Célébration

Célébration de Jean-Pierre Brisset par Marcel Bénabou,  David Christoffel, Philippe Collin, Marc Décimo, Chloé Delaume, Yves Koerkel, Christian Prigent, Jacques Rebotier, à l’initiative de la Maison des écrivains.

Il y a cent ans, le 13 avril 1913, sous la houlette de Jules Romains, un joyeux aréopage d’écrivainCélébration brisset-au-musee-rodins : Max Jacob, Stefan Zweig, Yvonne George, Apollinaire… entraînait un petit vieillard devant Le Penseur de Rodin qui trônait alors devant le Panthéon. Ils le couronnèrent Prince des penseurs .Comme il n’avait pas perdu de son humour, malgré son émotion et ses soixante-seize ans, il déclara : « Il n’est pas nécessaire d’être nu pour penser.»
De même, dans les jardins
du Musée Rodin, un cénacle d’écrivains commémore l’événement devant le même Penseur, en lançant les mots de Brisset sous le ciel mitigé d’un printemps qui hésite.
Elle n’a pas pris une ride,
la langue de ce fou du verbe, archéologue du langage, qui décortique les mots jusqu’à l’os de leurs sens, et qui démultiplie le logos, à n’en plus finir. « La geule oire, la gloire. La gloire appartient à celui qui a rempli la bouche de l’homme de sa parole.  » « Le gosse lançant son eau fut le premier logos… »Les jeux de mots, de langue et de sens mènent au gouffre vertigineux des phonèmes. Un plaisir partagé par un public réceptif.
 » Quand on est mort, c’est pour longtemps « , dit Brisset, mais Brissettologues et Brissetphiles se chargent de ressusciter le théoricien du devenir-homme des grenouilles, qui enthousiasma Marcel Duchamp. Un site ludique lui est consacré, ainsi que des publications récentes .*
La Maison des écrivains**, qui organise par ailleurs de nombreuses rencontres, nous promet un banquet Brisset . À suivre…

Mireille Davidovici

* Les Origines humaines, préface de Christian Prigent. Éditions Rroz. Œuvres complètes, réunies et préfacées par Marc Décimo Les Presses du réel.Œuvres natatoires, préface et postface de Marc Décimo, Les Presses du réel.

**Maison des écrivains de la littérature : T: 01-55-74-60-90

http://www.m-e-l.fr/index.php


Archive pour 15 avril, 2013

The Tempest

The Tempest ttempest-b-01-300dpi

©Alípio Padilha

The Tempest d’après Shakespeare et Purcell, par le Teatro Praga de Lisbonne.

Le Teatro Praga, collectif d’artistes portugais, rassemble comédiens, chanteurs, musiciens, plasticiens et vidéastes et présente, après Le Songe d’une nuit d’été, monté en 2010, le second volet d’un projet en triptyque. La démarche part du semi-opéra, (genre musical lyrique baroque) de Purcell, La Tempête, écrit en 1695.
Un écran miroir fait face aux spectateurs lorsqu’ils pénètrent dans le théâtre. Ils s’y réfléchissent et sont accueillis par deux personnages, drôles et impertinents, une actrice aux cheveux verts, elfe moderne et un acteur anachronique et pince-sans-rire, en costume d’époque shakespearienne. Ce duo ébouriffé passe d’une allée à l’autre, en un happening débridé, et apostrophe le public, sous le regard d’une vidéaste, qui renvoie les images sur grand écran. Gros plans sur spectateurs et questions décalées, avec réponses imaginées, en play-back.
Dans une grande cage, au centre du plateau, objet principal de la scénographie dont on entre et on sort, des personnages s’invectivent et gesticulent. C’est le lieu musical, repère des cinq chanteurs et des deux musiciens  entourés d’une pile de machines.électroniques. De temps en temps, une soprano fait entendre sa magnifique voix.
Et l’action se déroule, un voilier modèle réduit, sombre, repris par un jeu de caméra qui accompagnera tout le spectacle, principe même du parti-pris de mise en scène, avec un Ariel réalisateur. Sur écran, paquets de mer et croisière avec jeunes femmes en bikini, commentaires parallèles, au sol, une machine à vent. Deux Prospero, super-régisseurs, s’occupent de la magie, faisant descendre des cintres des rampes de néons couleurs, qui s’échouent sur le plateau, et plantent des décors de palmiers électriques version kitch, paradis artificiels de notre bord de mer. .
Don’t disturb (ne dérangez pas…) les acteurs… très concentrés, occupés à brouiller les cartes et à faire perdre le nord. Ne cherchons pas le tracé shakespearien, les personnages sont ici placés dans une centrifugeuse tournant à grande vitesse, et libremement ré-interprétés : Antonio, Ariel, Caliban, Ferdinand, Miranda, Prospero et le roi de Naples, nous soumettent donc à leurs intempéries.
Gîte et ambiance fellinienne, à certains moments, spectacle dans le spectacle à en perdre son portugais et son anglais (ici sur-titrés),  le fil conducteur restant la musique et les superbes voix, auxquels s’intercalent d’autres lectures et propositions décalées : une séquence piano-chant et l’ombre des acteurs sur écran,effet version film ancien type sépia, chansons pot-pourri de Jacques Brel (Une Ile),  à la Compagnie Créole, en passant par Milly Scott.
Ode au petit frère mort et faux squelette ; distribution de vodka dans la salle ; énormes plumes en carton-pâte; mutinerie générale et coups de pistolet, dans la cage aux musiciens, le chaos est général et chacun mène sa partition, version thriller, créant l’illusion. Au final, Ariel se couvre du rideau de scène : “Je vis du temps prêté”,  dit-il, drapé d’or, comme Prospero, jetant les clés à son frère Antonio.
Fin du rêve éveillé. L’objet est exotique, entre artisanat, technologies et grand spectacle. On ne peut citer le long générique, professionnel et amusé. Pas sûr pourtant, qu’avec cette Tempête, chaotique à souhait, la magie n’agisse vraiment. Et le spectateur met les voiles.

Brigitte Rémer

MC 93 Bobigny, Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis, du 5 au 7 avril. Représentation en portugais sur titrée.

 

Torquato Tasso

Torquato Tasso, de Johann Wolfgang von Goethe, texte français de Bruno Bayen, mise en scène de Guillaume Delaveau.

 

Torquato Tasso torquato-tasso-pascal-gely-300x199Le plus grand poète de son temps, pilier de la littérature et de la langue italienne, enjeu de luttes de pouvoir entre les princes, emprisonné, interné : Torquato Tasso (dit Le Tasse), auteur de  La Jérusalem délivrée. Il a aussi écrit , avec génie,  Tancrède et Clorinde, Renaud et Armide, Les Muses galantes, qui ont inspiré Monteverdi et  nombre de compositeurs d’opéra.
Le personnage historique semble bien avoir été, tel que le représente Goethe, infantile, capricieux, paranoïde (au moins), bipolaire… En face de lui, un « bon prince », Alphonse II duc de Ferrare, est un vertueux et efficace diplomate.
Ce drame ne suffirait pas à assurer la gloire durable de Goethe mais pose la question du rapport de l’artiste avec le prince, donc de sa liberté. Et cela, de façon aiguë et sensible, ce qui n’est pas indifférent en ces temps de subventions en voie de tarissement, égarées dans les sables mouvants d’une politique illisible.
Mais la pièce est avant tout autobiographique : s’y heurtent les Lumières et le Sturm und Drang (le préromantisme allemand), et s’y séparent les différentes figures de Goethe : le jeune poète qui se voudrait fou, qui verse les torrents de larmes d’une sensibilité frémissante (relire Werther, autre source d’opéra), et qui fuit en Italie, et, plus tard, le sage diplomate, le notable des lettres. Goethe se projette à la fois dans Tasso, dans l’habile Antonio, et même dans le bon prince, qui impose des chaînes à l’artiste inspiré.

Le décor évoque un hall de musée, avec les bustes de Virgile et de l’Arioste, ou le siège social d’une société cossue et cotée, avec des pelouses en tapis brosse/ jardins des délices, deux jeunes femmes,(inspirées un peu lourdement, par celles de Shakespeare (on pense à Peines d’amour perdues, mais, qui, ici,  ne sont pas perdues… ou à l’éloge de la musique, à la fin du Marchand de Venise), couronnent le merveilleux jeune poète pour le manuscrit –pour lui, encore insatisfaisant- qu’il vient de leur remettre.
Couronne prématurée, semble-t-il, pour le jaloux, ou prudent Antonio. Conflits, querelles, arbitrage du Prince et pression des dames, excuses réciproques, ça s’arrangerait presque, sans les insolentes et dépressives mutineries du poète, avec son côté rappeur buté.
C’est joué de façon très juvénile, sans nuances, même par Océane Mozas et Violaine Schwartz qu’on a connues plus passionnantes. Comme si cela  risquait de faire basculer la pièce dans un réalisme honni, et, de fait, hors de propos. Mais, du coup, il ne se passe pas grand-chose, et l’on a tout le temps d’échafauder des hypothèses, par exemple, sur le caractère autobiographique (et d’auto-célébration) de la pièce.
Le théâtre y perd, mais… cela reste une intéressante curiosité.

Christine Friedel

Théâtre de Nanterre-Amandiers jusqu’au 27 avril. T : 01-46-14-70-70

Ravel

Ravel, de Jean Echenoz, adaptation et mise en scène d’Anne-Marie Lazarini.

Ravel ravel4-300x216Jean Echenoz a bien « fait du roman », en inventant, avec tendresse et ironie, le personnage de Maurice Ravel,  inspiré par des témoignages indirects sur le compositeur. Photos, anecdotes dessinent ce petit homme impeccable, bon nageur, idole des foules mais  plutôt solitaire, grand consommateur de Gauloises et d’amitiés tyranniques, finalement miné par les effets sournois d’un accident de taxi.
Dans un décor d’un bleu, disons simpliste !(même le piano de concert mais  c’est une simple  pellicule!), Ravel et les deux narrateurs passent d’un jouet à l’autre: un joli train électrique fait circuler les tournées de Ravel à l’avant-scène, une maquette de paquebot emmène le récit en Amérique, une malle-cabine escamote les épisodes successifs, on joue à l’automobile… Le style de la mise en scène, collé au récit d’Echenoz, est précis, ironique, et parfois cocasse.
Les deux narrateurs (Coco Felgeirolles et Marc Schapira) jouent, successivement et avec bonheur,  les personnages rencontrés par Ravel: ArturoToscanini, Ludwig Wittgenstein, puis le pianiste manchot-qui lui avait passé commande  du Concerto pour la main gauche-pas satisfait  du résultat, et enfin la fidèle Marguerite Long… Une frustration cependant: Anne-Marie Lazarini, emportée par le tempo, ce que l’on veut admettre quand on parle du Ravel du Boléro, ne  laisse ni aux acteurs ni à nous, le temps du plaisir du texte. Mais l’auteur a aimé le spectacle! Alors…

Michel Ouimet en Maurice Ravel piquant, à l’unisson de ses partenaires, glisse en douceur vers une fragilité de plus en plus émouvante, jusqu’à être bouleversante : une émotion que l’on n’attendait plus. Cela commence quand  il chante, avec une justesse et une simplicité parfaites,  une de ses mélodies.
Car la musique tient dans ce spectacle la place qu’elle mérite. Au piano, on entend Yann Robillard ou Andy Emler, qui a écrit sur mesure (!) de courts morceaux en hommage vivant à Ravel, de Ravel, pour Ravel, en souvenir de Ravel, du jazz qu’il aimait, de Gershwin… La musique, elle, prend le temps qu’il lui faut, et c’est très bien ainsi.

 

Christine Friedel

 

Théâtre Artistic-Athévains. T: 01-42-81-35-23, jusqu’au 5 mai.

Le texte est publié aux Editions de Minuit.

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