The Tempest

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©Alípio Padilha

The Tempest d’après Shakespeare et Purcell, par le Teatro Praga de Lisbonne.

Le Teatro Praga, collectif d’artistes portugais, rassemble comédiens, chanteurs, musiciens, plasticiens et vidéastes et présente, après Le Songe d’une nuit d’été, monté en 2010, le second volet d’un projet en triptyque. La démarche part du semi-opéra, (genre musical lyrique baroque) de Purcell, La Tempête, écrit en 1695.
Un écran miroir fait face aux spectateurs lorsqu’ils pénètrent dans le théâtre. Ils s’y réfléchissent et sont accueillis par deux personnages, drôles et impertinents, une actrice aux cheveux verts, elfe moderne et un acteur anachronique et pince-sans-rire, en costume d’époque shakespearienne. Ce duo ébouriffé passe d’une allée à l’autre, en un happening débridé, et apostrophe le public, sous le regard d’une vidéaste, qui renvoie les images sur grand écran. Gros plans sur spectateurs et questions décalées, avec réponses imaginées, en play-back.
Dans une grande cage, au centre du plateau, objet principal de la scénographie dont on entre et on sort, des personnages s’invectivent et gesticulent. C’est le lieu musical, repère des cinq chanteurs et des deux musiciens  entourés d’une pile de machines.électroniques. De temps en temps, une soprano fait entendre sa magnifique voix.
Et l’action se déroule, un voilier modèle réduit, sombre, repris par un jeu de caméra qui accompagnera tout le spectacle, principe même du parti-pris de mise en scène, avec un Ariel réalisateur. Sur écran, paquets de mer et croisière avec jeunes femmes en bikini, commentaires parallèles, au sol, une machine à vent. Deux Prospero, super-régisseurs, s’occupent de la magie, faisant descendre des cintres des rampes de néons couleurs, qui s’échouent sur le plateau, et plantent des décors de palmiers électriques version kitch, paradis artificiels de notre bord de mer. .
Don’t disturb (ne dérangez pas…) les acteurs… très concentrés, occupés à brouiller les cartes et à faire perdre le nord. Ne cherchons pas le tracé shakespearien, les personnages sont ici placés dans une centrifugeuse tournant à grande vitesse, et libremement ré-interprétés : Antonio, Ariel, Caliban, Ferdinand, Miranda, Prospero et le roi de Naples, nous soumettent donc à leurs intempéries.
Gîte et ambiance fellinienne, à certains moments, spectacle dans le spectacle à en perdre son portugais et son anglais (ici sur-titrés),  le fil conducteur restant la musique et les superbes voix, auxquels s’intercalent d’autres lectures et propositions décalées : une séquence piano-chant et l’ombre des acteurs sur écran,effet version film ancien type sépia, chansons pot-pourri de Jacques Brel (Une Ile),  à la Compagnie Créole, en passant par Milly Scott.
Ode au petit frère mort et faux squelette ; distribution de vodka dans la salle ; énormes plumes en carton-pâte; mutinerie générale et coups de pistolet, dans la cage aux musiciens, le chaos est général et chacun mène sa partition, version thriller, créant l’illusion. Au final, Ariel se couvre du rideau de scène : “Je vis du temps prêté”,  dit-il, drapé d’or, comme Prospero, jetant les clés à son frère Antonio.
Fin du rêve éveillé. L’objet est exotique, entre artisanat, technologies et grand spectacle. On ne peut citer le long générique, professionnel et amusé. Pas sûr pourtant, qu’avec cette Tempête, chaotique à souhait, la magie n’agisse vraiment. Et le spectateur met les voiles.

Brigitte Rémer

MC 93 Bobigny, Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis, du 5 au 7 avril. Représentation en portugais sur titrée.

 

 


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