Iphis et Iante

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Iphis et Iante d’Isaac de Benserade, mise en scène de Jean-Pierre Vincent.

Isaac de Benserade? Son nom, au mieux, est encore cité dans les histoires de littérature française. mais, en son temps, ce fut  un poète et dramaturge connu et reconnu, protégé de Richelieu, puis de Mazarin et Louis XIV,  qui commit  à vingt-deux ans seulement- la valeur n’attend pas le nombre des années! – cette comédie en vers, tirée des Métamorphoses d’Ovide qui fut jouée à l’Hôtel de Bourgogne en 1634.
C’est l’histoire d’Iphis, une jeune fille qui a vécu comme un garçon, selon la volonté de son père, et qui va tomber amoureuse et épouser la belle Iante. Chez Ovide, Iphis est changée en homme,  avant le mariage,  alors qu’ici  les deux jeunes femmes, avec la plus grande franchise et le plus grand plaisir, racontent leur très douce nuit d’amour: “J’oubliais quelquefois que j’étais fille/Je ne reçus jamais tant de contentements”. Ce à quoi, Iante qui, dit-elle, n’a aucune raison de se plaindre, craint tout de même le jugement de la société: “Il faut que je l’avoue ; ce mariage est doux, j’y trouve assez d’appas. Et si l’on n’en riait, je ne m’en plaindrais pas. Si la fille épousait une fille comme elle,/Sans offenser le ciel et la loi naturelle,/ Mon cœur assurément ne serait point fâché”.
Mais il y a aussi des intrigues secondaires: le bel Ergaste qui est fou amoureux  de la jeune femme… alors que la belle Mérinte l’aime  toujours,  son frère Nise et des parents quelque peu désorientés  par cette histoire hors-normes mais qu’on peut supposer n’avoir pas été  aussi exceptionnelle que cela au 17 ème siècle.
Bien entendu, comme le dit Jean-Pierre Vincent, le véritable moteur de cette comédie romanesque est le désir -et son empêchement et ses interdits- qui parcourt ces lignes , utopique et tragique à la fois. Et il ne faudra pas moins d’une déesse, la belle Iris (dea ex machina) pour que tout rentre dans l’ordre moral, social, sentimental, économique, sexuel, mis pour un temps en péril léger mais en péril quand même.

Il y a de la fantaisie, du conte lyrique mais aussi du comique le plus débridé dans  cette pièce, sans doute très inégale, parfois bavarde qu’on aurait pu abréger sans dommage aucun,   mais charmante et d’une modernité absolue en ces temps de mariage pour tous. Et parfois même d’un style brillant.
Jean-Pierre Vincent, s’est entouré de ses vieux complices: Bernard Chartreux pour la dramaturgie, Jean-Paul Chambas pour un décor à la fois simple et ironique, et pour les costumes, Patrice Cauchetier et Alain Poisson. pour les lumières Ce qui donne ,comme d’habitude chez Vincent une remarquable unité dans la mise en scène. Comme si les choses étaient naturelles-mais bien entendu, elles ne le sont pas et sont fondées sur un vrai travail théâtral- avec, de temps à autre, une mise en abyme  dans le traitement de ce conte poétique où Jean-Pierre Vincent ne se prend pas au sérieux…
D’autant que plus que Suzanne Aubert (Iphis) et Chloé Chaudoye (Iante) sont tout à fait convaincantes. Le soir de la première, la diction des autres comédiens n’était  pas d’une grande qualité. Mais notre amie Christine Friedel  nous l’a assuré: quelques jours plus tard, les choses s’étaient arrangées… Sans doute une question d’adaptation à l’acoustique pas très évidente de la nouvelle salle du Théâtre Gérard Philipe, certes confortable avec de belles banquettes mais, avec ses planches de pin de hauteur  inégale sur les parois, d’une rare prétention…
Alors, à voir? Oui, malgré des longueurs-Isaac de Benserade n’est quand même pas Corneille-pour découvrir un texte étonnant et tout à fait curieux, même si de nombreux textes du 17ème siècle ont pour thème l’homosexualité féminine, et pour la mise en scène de Jean-Pierre Vincent.

Philippe du Vignal

Double plaisir : retrouver la malice de Jean-Pierre Vincent, et entendre des mots d’amour en ces temps de haine. Pour en remettre une couche sur le papier de  notre ami du Vignal : oui, cette pièce de Benserade tombe à pic. Et, avec plus de gravité qu’il ne semble. D’abord par le sacrifice exigé par le père, à l’origine : si l’enfant de Lidge et Télétuse (on vous conseille ces prénoms pour changer de Camille, Léo, Léa…) est un garçon, il vivra, si c’est une fille, elle doit périr.
L’histoire inspirée des Métamorphoses d’Ovide,  rappelle trop, aujourd’hui, la sinistre sélection prénatale au détriment des filles, en Inde comme en Chine. Dieux merci, parfois les femmes résistent et, comme, ici sauvent leurs filles qui résistent aussi.Vincent insiste là-dessus, parce qu’il s’agit de l’adolescence, âge de la vie compliqué, plus que jamais épinglé par des adultes,  à la fois permissifs  et normalisateurs.
 Ici, au moins, avec un père de famille tout puissant, la fille-fils et la mère peuvent ruser, se cacher, jouer du secret, dur à vivre, mais protecteur, et précieux. Et merveilleusement – diraient les Précieuses de Molière – fait pour le terrain d’expérimentation qu’est le théâtre. Amour, amours : ici, la jeune génération explore au carré les différentes figures, et elle y va de tout son cœur, à corps perdu, et à plaisir trouvé, à chaque fois. On n’en voudra pas à Benserade de ne pas être le Shakespeare de Comme il vous plaira.
Dernier clin d’œil mais… c’est la faute à Ovide : la déesse qui arrange tout, c’est Iris, dont les gays ont pris pour drapeau l’écharpe arc-en-ciel…

Christine Friedel

 Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis jusqu’au 6 mai. T: 01-13-70-00.
Le texte est publié aux éditions L’Avant-Scène Théâtre.

 


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