Prix Collidram 2013

Le prix Collidram 2013.

Prix Collidram 2013 dans actualites collidram-2013-remise-de-prix

Il y a sept ans, sous l’égide d’Aneth et dans le sillage du Grand prix de littérature dramatique, naissait Collidram. A ce joyeux vocable ,correspond la remise de ce même prix  mais attribué cette fois par des collégiens. Depuis, conduit par l’association Postures sous la direction de Pascale Grillandini, l’affaire a pris de l’ampleur. *
Ainsi, durant  cette année scolaire , il a essaimé dans treize  classes en Île-de-France, quatre  en Rhône-Alpes, deux en Alsace, deux  en Lorraine, deux  dans le Nord-Pas de Calais, une   en Provence-Côte d’Azur,  et deux en Poitou-Charente. Soit au total,  780 élèves.
Dans  chaque classe, les collégiens, réunis en comité de lecture, ont confronté leurs points de vue, fourbissant leurs arguments avant de voter. Ils ont pu rencontrer leur auteur favori avant d’envoyer une délégation affronter  celles  des autres classes pour le choix final.  Avec des débats toujours très animés… favorisant l’écoute de l’autre et  la prise de parole. C’est  aussi un moyen d’accès aux multiples sens d’une œuvre et un porte ouverte sur le théâtre…
Les collégiens, ce 30  mai au Centre dramatique national  de Montreuil,  ont lu des extraits de la pièce lauréate.
parmi les quatre restées en lice, sélectionnées dans les parutions de la saison passée: Maman dans le vent de Jacques Descordes, 2084 de Philippe Dorin, Mon frère ma princesse de Catherine Zambon (L’Ecole des loisirs), A la périphérie de Sedef Ecer (L’Espace d’un instant).
Les suffrages sont allés à la pièce de Catherine Zambon: un choix ambitieux  qui résonne  avec l’actualité; elle 
met en scène un jeune garçon qui se préfère en fille, agit et se rêve en fille. Que faire de cet être dont l’existence remet en question la norme sociale ? Au-delà du destin de cet enfant, la pièce s’interroge sur la place de tout individu dans la société. L’auteure traite de ce sujet brûlant, avec tact et sensibilité, sans tomber dans les clichés, à travers des personnages attachants où chaque adolescent peut se reconnaître. Croisant habilement les points de vue, elle compose avec une écriture fine et précise de vraies « figures » qui appellent le théâtre.

Catherine Zambon n’est pas une auteure pour  jeunes, même si l’Ecole des loisirs a déjà publié six de ses pièces. Ses œuvres sont souvent issues de l’écoute de d’autrui ; c’est cette immersion dans la parole des autres et la délicatesse de leur transposition qui donnent à Mon frère ma princesse, cette humanité. « Un ami, un jour, dit-elle,  me confia sa perplexité face au désir de son fils de cinq ans de s’habiller en fille.
Lui n’y voyait pas d’inconvénient majeur mais il a bien fallu expliquer à son enfant que ce n’était pas envisageable d’aller à l’école en robe. Il m’a, par ailleurs, relaté l’histoire d’un autre petit garçon violemment agressé en primaire parce qu’il portait les cheveux longs (…). Il était temps pour moi de prendre parole sur ce sujet du « genre » qui travaille en sourdine dans plusieurs de mes textes.
Là, il m’a semblé indispensable de l’aborder pour, et avec,  les enfants. Pour cette recherche, j’ai été accueillie en résidence à Albi- où j’ai cheminé avec une classe sur ces questions : c‘est quoi être une fille? c’est quoi être un garçon? Les réponses m’ont souvent atterrée. Tant de violences et de regards déjà parfaitement normés. Dans Mon frère, ma princesse, on voit autant le rêve et le désarroi d’un petit garçon qui se voudrait fille, que la brutalité d’un monde qui ne veut pas parler l’autre dans sa différence et qui le rejette puissamment. Mais pas que… »

 

Mireille Davidovici

*En 2007 : Dominique Wittorski, Ohne, Actes Sud-Papiers. 2008 : Dominique Richard,Une Journée de Paul, éditions Théâtrales. 2009 : Sébastien Joanniez, Désarmés, Cantique, Espaces 34. 2010 :  Suzanne Lebeau, Le Bruit des os qui craquent, éditions Théâtrales . 2011 : Sylvain Levey, Cent culottes et sans papiers, éditions Théâtrales. 2012 : Françoise Duchaxel, Ce matin, la neige, éditions Théâtrales.


Archive pour mai, 2013

L.A. Danse project.

Refelctions, Quintett et Moving Part par L.A Dance Project,  conception de Benjamin Millepied.

 

 


L.A. Danse project. mnm_6002-marie-noelle-robertComme Serge Diaghilev, son  prédécesseur  au Châtelet, Benjamin Millepied va  bientôt aller à l’Opéra, comme chorégraphe en mai prochain puis, comme directeur de la danse,  en remplacement de Brigitte Lefèvre. A  trente-six ans, il  y  a présenté deux de ses créations,  tout en délicatesse, Reflections en première mondiale  et une création récente Moving Parts. Et enfin Quintett, célèbre chorégraphie de William Forsythe, un maître dont il se revendique.

La transmission de la danse contemporaine est une forme de compagnonnage,  et Benjamin Millepied a aussi un autre maître à penser qu’il admire: c’est Mikhaïl Baryschnikov. Et il dit de lui: « C’est un véritable apprentissage d’être son ami. Pour moi,  ce n’est pas seulement le plus grand danseur de son époque, c’est aussi cette ouverture d’esprit, cette ténacité, il regarde toujours vers demain, pas derrière lui. C’est une inspiration énorme pour moi et d’autres actuellement. Aux Etats-Unis, il a créé l’un des rares lieux qui soutient une certaine danse, il rassemble ».
 C’est dans cet esprit  que Millepied a créé L.A Dance Project, une compagnie ouverte aux  créateurs contemporains et  vivant grâce aux  revenus des tournées, de sponsors privés et d’un partenariat de Van Cleef & Arpels pour trois créations sur trois ans. Quintett est toujours aussi émouvant avec cette chanson répétitive Jesus’Blood Never Failed Me Yet, et  les trois danseurs et les deux danseuses font renaître la même émotion que celle ressentie à la création, et  sur cette même scène en 93.
 Le talent des interprètes éclate dans les deux autres chorégraphies de Millepied. Avec Moving Part, la musique de Nico Muhly, jouée en direct, les emporte dans une succession de mouvements du solo au quintette qui évoquent  des ruptures ou des rencontres. Sans que l’on n’entende le bruit de pas des danseurs, tous en chaussettes et genouillères...
Ils  déplacent des panneaux mobiles recouverts de lettres et de chiffres, ce qui, associé aux variations des lumières, donne une sensation de permanente mobilité. Reflections est fondé  sur une scénographie étonnante de Barbara Kruger qui a conçu un design de mots blancs sur fond rouge, placés  en toile de fond et au sol et un troisième élément de décor mobile. Mais la sensation d’harmonie entre danse et  images est ici moins évidente  et la musique au piano d’Andrew Zolinsky est parfois dissonante.
Mais ce triptyque constitue une très belle soirée. Micha devrait  être satisfait !

Jean Couturier

Au Théâtre du Châtelet du 23 au 25 mai.               

L’Espace Public

L’Espace Public, exposition des travaux d’élèves, dans le cadre du programme La Fabrique du Regard

L’Espace Public dans actualites photo-credit-emilia-stefani-lawCréé en 2008 par Raymond Depardon,  président fondateur du Bal et par Diane Dufour, directrice de ce lieu dédié à l’image-document et à l’écriture du réel, La Fabrique du Regard, plateforme pédagogique du Bal, a pour but de d’élargir l’ horizon  culturel et mental des jeunes et de promouvoir l’art dans les établissements scolaires. « Pourquoi nous ne faisons pas attention aux images qui stimulent notre réflexion, alors que les images publicitaires nous attirent »? demande  Jérémy, du Lycée Blanqui de Saint-Ouen.
La Fabrique du regard emprunte son nom  à celui d’ un livre de Monique Sicard, qui montre comment la technique a modifié notre vue sur le monde et comment nos images ne se contentent pas d’affiner notre regard, mais le fabriquent littéralement, en donnant accès à un réel inaccessible à l’œil humain. Pour Jean-Baptiste, du Lycée Georges Mandel de Montreuil: « Voir autrement, c’est comprendre à quel point on est formaté », et pour Cécile, en CE1 à l’école Houdon: « Une image documentaire, c’est une image qui montre comment on nous raconte l’Histoire ».
Depuis cinq ans, 8. 000 jeunes ont été formés à la production et au décryptage des images,  l’enjeu étant de donner une chance à tous ces jeunes issus de filières générales ou professionnelles, du primaire ou du secondaire, chaque atelier étant adapté à leur âge. Ils ont été entourés d’historiens de l’art, journalistes, photographes…. Avec cinq programmes   : Regards Croisés, Mon œil ! Mon Journal du Monde, L’Image en Partage et Artistes en Résidence, autour de trois axes : analyse de l’image; découverte de ses contextes de production, diffusion et réception; participation concrète à un projet collectif: film, journal, publication, affiche, etc.
Le travail proposé cette année portait sur le thème : Voir l’espace public, et le Bal vient d’en exposer les résultats, contribuant ainsi à donner une autre image des jeunes. Comment définir un espace public ? Comment l’habiter? Quels rôles l’image peut-elle jouer dans notre perception, nos comportements et usages de ces espaces publics? Fatoumata, (15 ans), répond : « L’espace public, c’est le regard de l’autre sur nous» et Arek, du Lycée Maximilien Perret d’Alfortville : »L’image d’un territoire est impossible parce que chacun la lit différemment. Le mot habiter engage-t-il l’individu ou le collectif» ?
2300 jeunes de la Fabrique du Regard ont, cette année, interrogé l’image comme construction et langage.  Mon journal du Monde, c’est tout un mur où sont affichés les travaux  de l’école Coysevox : « »J’ai compris que le sens d’une image publiée dépendait de la construction de toute la page », dit Chaana, du collège Marie-Curie (Paris) et Marilou, du Collège Voltaire d’Asnières-sur-Seine: « J’ai appris qu’avec une seule image, je pouvais en faire plusieurs».
Comment raconter avec des images et illustrer le propos du journaliste? Nombreuses ont été les propositions, avec une réflexion collective sur la représentation de soi, intitulée Cache-cache dans un jeu de l’image en mouvement ; des auto-portraits dans l’espace public où les jeunes se présentent, visage cachés ou masqué ;un groupe d’enfants explore une école désertée, se réapproprie l’espace par le jeu, par le sommeil, par la construction d’un nouvel habitat, ça s’appelle L’Ile ; Le Bureau des utopies, confirme qu’ »au sein des espaces publics, il y a des règles et des normes » ; le monde idéal  est « un espace public, les rêves de chacun » ; cinq à six actions variant dans le temps et dans l’espace, montrent « des jeunes qui se rencontrent, entrent et sortent » ; Limites de propriété, «rapport à l’espace privé, un personnage au centre, emprisonné dans un ruban ». Tout est ici atypique, personnel et osé.

Les jeunes se sont nourris de mots, d’images, de lieux, de scénarios, de faits-divers, toujours extraordinaires : « Nous sommes devant des capteurs, des témoins, des enquêteurs », dit Fedia, (13 ans). L’espace public, « c’est aussi un espace poétique à habiter, par l’imag » suggère Yanis, (17 ans).  Dans Autour de Barbès, ils ont capté boutiques, tissus, pancartes, et l’usine de  PSA-Peugeot à Saint-Ouen, est montrée, vue de la rue, dans toute sa profondeur . « La photo nous rappelle que l’on ne peut pas tout voir »,  dit Wassilas, de Garches.
La Fabrique du Regard s’est lancée pour défi de « »former des regardeurs, actifs, concernés, conscients que l’image obéit à des codes, à des usages, qu’elle est avant tout un langage, une construction  » et  de nombreux partenaires, publics et privés, accompagnent le projet,  «A l’heure où tout est prétexte à capturer les images et à les diffuser, il est important d’offrir aux jeunes une éducation au regard. Penser le monde en images, devenir des regards conscients » dit Raymond Depardon…

Brigitte Rémer

Le Bal, 6 impasse de la Défense, 75017, métro : Place de Clichy, du 17 au 20 mai, www.le-bal.fr

Belgrade

Belgrade d’Angelica Liddell, traduction de Cristilla Vasserot, mise en scène de Julien Fošera.

Belgrade belgrade-6Angelica Liddell, comédienne/auteur et metteur en scène espagnole, avait bouleversé, avec un langage oral et gestuel des plus crus, il y a trois ans déjà, le paysage tranquille du Festival d’Avignon avec La Casa de la fuerza, (Voir Le Théâtre du Blog) un spectacle qui allait la consacrer. Elle a depuis récidivé avec Richard, une sorte de performance solitaire, inspirée de la célèbre pièce de Shakespeare où elle ne mâchait non plus ses mots: « Vous vous souvenez des Tibétains, des Kurdes, des Libanais, des Péruviens, des Arméniens, des Cambodgiens ? Vous vous souvenez de tous ces morts ? De toutes ces tueries ? Non ! Vous ne vous souvenez que des Juifs. Vous savez pourquoi ? Vous ne vous souvenez que des Juifs parce que ces cons se sont mis à écrire. Ils ont survécu, et ils ont écrit des centaines de putains de livres ».
Ecrite en 2008, Belgrade n’a encore  jamais été jouée. On est en 2006, quand ont lieu, à Belgrade, les funérailles de Miloševic, accusé auprès du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye, de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, et  qui est mort la cinquième année de son procès.
Baltasar, un jeune Espagnol  qui travaille avec son père,  spécialiste des conflits balkaniques et lauréat du prix Nobel, recueille les témoignages d’habitants;  fait  la connaissance d’un gardien du musée où est exposé le corps  du dictateur,  et d’ Agnès, une jeune femme reporter, retour du Kosovo.

 Cela l’amène à essayer de comprendre la situation politique en Serbie et l’attitude de la communauté internationale durant les guerres dites de Yougoslavie. Mais, il  se décidera à rentrer chez lui où il va  interroger sa mère; mais avant tout, il essaye de régler ses comptes et  se bat  contre l’autorité dont son père, prix Nobel, a pu faire preuve à son égard.
Ici, Angelica Liddell convoque déjà,  pour mieux les exorciser,  ses vieux démons: la guerre sans merci que les humains se livrent entre eux, l’amour et/ou domination, le viol, la vie privée et la société, le sexe, les relations entre père et fils, le mal et l’inimaginable cruauté de l’être humain aux comportements incompréhensibles quand il est  confronté à des situations de guerre ou d’après-guerre, comme le rappellent aussi ces images terribles  dans notre  douce France à la Libération, avec  ces femmes tondues, simplement parce qu’elles avaient été les amantes de soldats allemands.*

Le langage d’Angelica Liddell est déjà d’une rare violence et : « La vie est un massacre en scène » . « J’avais besoin d’une bouillie sentimentale », etc…  Malgré un texte qui ne semble pas tellement écrit pour le théâtre, le public-jeune-une heure et demi durant! est d’une extrême attention. Malgré une sorte de logorrhée et une série de monologues forcément inégaux, et de trop rares dialogues. Avec aussi des personnages qu’on ne situe pas toujours bien, très bavards ou, à la fin, comme dans un film, réduits à de muettes silhouettes, comme cette mère ou ce jeune homme  qui n’existent qu’une  minute  sur le plateau.
La mise en  scène de Julien Fošera est du genre précis et rigoureux… Mais  la  direction des acteurs qui n’ont pas tous une diction impeccable semble beaucoup plus hésitante et on ne voit pas bien pourquoi il s’obstine à les placer en position statique-ce qui est très mode- et souvent dans une demi-obscurité décourageante…
Ce qui n’est en rien justifié par un texte fort mais  inégal où il y a  souvent de longs tunnels que rien ne vient aérer. Un » théâtre de la parole en action »,  comme Julien Fošera le revendique, oui, sans  doute  mais il faudrait quand même aider le pauvre spectateur durant une heure et demi….
Et  la scéno, assez prétentieuse, ne  rend pas vraiment service aux comédiens.  Virginie Mira est architecte, et cela se voit: son décor  fait penser aux formes de la  gare de Lille- mais inversée- imaginée il y a  vingt ans par Jean-Marie Duthilleul. Elle a sans doute voulu imposer  ces quatre gros blocs   comme un sorte de personnage à part entière. Mais ils écrasent les  autres  véritables personnages de la pièce qui commencent à exister, au moment où il s’écartent un peu de cette gangue de béton.

Alors à voir? Oui, malgré ces réserves, si vous voulez découvrir un texte – mais mineur-de la grande Angelica Liddell.Pour le reste, autant en emporte le vent…

* Voir l’exposition  Cheveux chéris au Musée du Quai Branly.

Philippe du Vignal

Théâtre de Vanves 12 rue Sadi Carnot T: 01-41-33-92-91 jusqu’au 1 er juin.

L’autre monde ou les états et empires de la lune

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L’autre monde ou les états et empires de la lune, de Savinien de Cyrano de Bergerac, adaptation et mise en scène Benjamin Lazar.

Il aura fallu du temps à Cyrano (appelons-le ainsi pour faire court) pour échapper à l’amour dévorant d’Edmond Rostand :  le personnage de théâtre, si populaire que le public connaît non seulement son nom mais aussi ses mots, qui fait rire et pleurer et pare à jamais de son panache le comédien qui l’a interprété, est devenu plus “vrai“ que l’homme, l’écrivain, qui lui a donné son nom. Celui-ci, libertin, libre-penseur comme on savait l’être au début du XVIIème siècle, a fait rire jusqu’à la cour avec ses pamphlets, pointes et piques. Mais L’autre monde, Les états de la Lune, n’a pas été édité de son vivant, et longtemps censuré et édulcoré après sa mort. Ce que l’on comprend, sous un ancien régime si ennemi de la liberté. Cyrano, donc, allant dans la lune par toutes sortes de moyens aussi imaginatifs que ceux de Leonard de Vinci et juste un peu plus fantaisistes, peut se permettre de mettre le monde à l’envers, cul par-dessus tête. Dans son renversement carnavalesque, il nous montre par exemple des vieillards faisant des courbettes à des jeunes gens (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?), la terre lointaine comme une lune (nous ne somme donc pas le centre du monde ?). Dans sa fiction poétique, il invente des livres à écouter, des plats dont seule la fumée nourrit, et mille autres facéties, à lire en vente libre aujourd’hui.

Benjamin Lazar et l’ensemble La rêveuse, Florence Boton à la viole de gambe et Benjamin Perrot au théorbe et luth, nous renvoient radicalement à l’époque de l’écriture, en plein âge baroque. Bel hommage, belle tentative, mais qui déçoivent. La douce et égale mélancolie (de très haute et indéniable qualité) des instruments anciens berce jusqu’à l’éteindre la flamme cyranienne. L’acteur a de beaux éclats et des moments de virtuosité qui font plaisir, mais la déclamation baroque aplanit les crêtes, rabote le propos. En un mot, le libertin est enfermé dans une nouvelle prison, celle d’une déclamation qui, si soignée et tenue soit-elle (encore a-t-elle quelques petits accidents), ne peut restituer le dire de l’époque. L’éclairage aux bougies participe du même malentendu, avec le même charme décevant. Il produit une douce lumière dorée, juste suffisante pour que nous puissions voir musiciens et acteur, mais (passons sur les bougies, inventions du XIXe siècle au lieu, heureusement, de puantes chandelles) la rampe est placée sur la scène, trop loin de nous, derrière le rideau de fer, comme l’exigent les consignes de sécurité, derrière le proscenium. Cela nous éloigne du spectacle, qui par ailleurs a le mérite d’user de moyens simples –un escabeau qui sert de prison, d’accès au gigantisme et aux autres mondes, un petit bureau et une marionnette peu utilisée. Et cette simplicité nous donne envie d’une plus grande intimité.

Une partie du public est conquise, l’autre s’ennuie en douceur. C’est vraiment dommage de servir un chantre absolu de la liberté dans un tel carcan, au nom d’une illusoire authenticité. Lui qui rêvait d’un pays « où même l’imagination serait libre… ».

Christine Friedel

Théâtre de l’Athénée –jusqu’au 8 juin – 01 53 05 19 19

La Tempête

La Tempête, de William Shakespeare, mise en scène Philippe Awat, traduction et adaptation Benoîte Bureau.

La Tempête phob5995574-bbce-11e2-9156-2005708877ee-805x453-300x170Sur cette île déserte et sauvage, le puissant seigneur magicien Prospero règne sur trois sujets, en plus de lui-même : sa très jeune fille Miranda et deux serviteurs, le repoussant Caliban, voué aux rudes besognes,  et le (ou la) charmant(e) Ariel, esprit des airs préposé aux tours de magie. C’est tout. Et pourtant, il règne, incontestablement. Voilà déjà posée avec force la question du pouvoir, développée tout au long de la pièce. Ce jour-là – car sur ce point, La Tempête est une pièce classique-, ce jour-là, donc, Prospero a déclenché une terrible tempête qui doit à la fois le venger de ses ennemis, et en premier lieu de son frère, usurpateur de son trône à Milan, et en même temps lui permettre de leur pardonner. Ainsi sera rétablie, avec la légitimité du pouvoir, l’harmonie du monde. Il commence donc par disperser les naufragés, pour leur faire bien peur, s’amuse à les laisser déployer tous leurs mauvais desseins et leurs bassesses, puis calme peu à peu le jeu, à son gré.

Naturellement, parmi les naufragés, il y a un beau prince, naturellement Miranda s’enflamme aussitôt pour lui (et réciproquement) ; en bon père, après quelques épreuves qualificatives, Prospero favorise cet amour. Ce n’est qu’une toute petite partie du propos : on verra l’esclave Caliban chercher à être encore plus esclave, Ariel obtenir difficilement sa liberté, et les méchants « honteux et confus », une fois rendu le jugement de Prospero (mais après ? Qui dit qu’il ne vont pas récidiver, une fois la pièce finie ?). Prospero, autrefois perdu dans ses livres, a perdu, et mérité de perdre, son pouvoir à Milan. Il l’a retrouvé après douze années de retraite et de méditation forcée, pour y renoncer de lui-même : la vie est un songe, et « nous sommes faits de l’étoffe des rêves ». Donc, autant revenir à la raison, et sur le droit chemin, sur cette terre, puisque rien ne nous dit qu’il existe un autre monde, plus consistant que celui-ci.

Philippe Awat et Thierry Bosc, qui interprète Prospero, font de lui un personnage très terrestre, affecté par la rancune et la vengeance, mais calmé par l’épreuve du temps, raisonnable autant qu’il est possible. À la fin de la pièce, la vie est passée comme un souffle, Prospero peut prendre sa retraite : il n’est pas un dieu ni un démiurge, ses miracles ne sont que du théâtre. Un théâtre plein de charme, d’allant et d’élan. La scénographie de Benjamin Lebreton et les effets scéniques –la vraie magie- de Clément Debailleul donnent aux acteurs une belle liberté de jeu, avec tout ce qu’il faut d’humour et de tension. Tous sont obligés d’être plus ou moins acrobates, dans une invention physique sans cesse renouvelée.

Voilà toute une vie écoulée en une journée, en une représentation. Shakespeare se sera bien amusé, n’aura pas surévalué l’homme ni idéalisé son vieux duc, et jette un beau regard en arrière. Ce qu’il y a devant –la jeunesse, l’amour, et, une fois encore, le pouvoir- ne le regarde plus.

Christine Friedel

Théâtre d’Ivry Antoine Vitez – jusqu’au 9 juin – 01 43 91 11 11

Le Misanthrope mise en scène de J.F. Sivadier

Le Misanthrope de Molière, mis en scène de Jean-François Sivadier.

Le Misanthrope mise en scène de J.F. Sivadier le_misanthrope_sivadier_51Le Misanthrope ou L’Atrabilaire amoureux,  inspirée du Dyscolos de Ménandre, en cinq actes, et en  alexandrins,  fut créée  le 4 juin 1666 soit déjà plus de trois  siècles! au Théâtre du Palais-Royal. La pièce est écrite dans une langue admirable-on le sait mais c’est encore un étonnement  à chaque fois. Il y a eu de belles  mises en scène: entre autres, celles de Barrault, Vitez, Engel, Pradines ou Lassalle, Mais celle de Jean-François Sivadier, est différente dans la mesure où il  a privilégié  le comique de la pièce. Il faudrait tout citer mais entre autres: la scène du sonnet d’Oronte, celle des deux petits marquis le combat  que se livrent Alceste et Oronte, Clitandre et Acaste, Alceste et Célimène, Arsinoé et Célimène, etc… Autant de scènes  dirigées avec intelligence, et où le public rit de bon cœur!
Quitte à rendre parfois un peu artificiel l’alexandrin. -mais ce vers  emblématique du théâtre classique  a-t-il jamais été « naturel »-, Sivadier fait sonner les vers de Molière avec beaucoup de maîtrise depuis le début où  la pièce glisse  ensuite  est fondée sur la peinture de personnages grotesques vers le négatif: Alceste va sans doute perdre son procès, Célimène, confondue par ses lettres d’injures, passe du rôle de grande séductrice  à celle de mauvaise langue notoire, puis Alceste  se voit refuser tout net son offre de  retraite dans un désert avec elle. Bref, cela grince et rien n’est plus dans l’axe dans ce microcosme bien parisien dont les valeurs  paraissent encore plus artificielles

Noirceur, amertume, cruauté, sombres perspectives quant à l’avenir: la société du paraître, des intrigues amoureuses, de la frime ridicule, du rôle à jouer pour essayer, coûte que coûte, d’avoir une identité va vite prend vite l’eau: le constat de Molière, si bien traduit par Sivadier, est sans appel. Sa direction d’acteurs est  brillante et  l’on ne se lasse pas d’écouter les célèbres répliques qu’on connaît si bien, entre autres: « Sur quelque préférence, une estime se fonde, Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde ».  » Le temps ne fait rien à l’affaire »   » Il est bon à mettre au  cabinet »ou  » Ah! Qu’en termes galants, ces choses-là sont mises ».  » Belle Philis, on désespère, Alors qu’on espère toujours ».
Bref, Sivadier, l’air de ne pas y toucher,  donne à entendre avec générosité  la langue de Molière comme on l’ a rarement entendue, grâce surtout à Nicolas Bouchaud, qui, pour n’avoir plus du tout l’âge du rôle, possède une présence tout à  fait  remarquable. C’est lui, avec une diction parfaite et une magnifique gestualité, qui met  en valeur, et dès le début, le sens de  toute la pièce; il y a, pour l’accompagner, une distribution de premier ordre: en particulier,Nicolas Guédon (Philinte), Cyril Bothorel  (Oronte), Cristèle Tual  (Arsinoé).
Mais Norah Krief,  est, elle, beaucoup moins à l’aise. Elle est peu crédible  en  Célimène: un peu raide, plus âgée qu’il ne faudrait-cette coquette a vingt ans!-plus agressive et médisante que séductrice. Cette erreur de distribution est d’autant plus ennuyeuse que la très jeune femme est le pivot de la pièce!

Le spectacle est  une « lecture » personnelle, comme on disait dans les années 70,  d’une grande pièce classique et,  comme à son habitude, Sivadier met en abyme la théâtralité  d’une pièce:  trois  petits jets d’eau, Alceste,  et Oronte aux cheveux très longs, tous les deux en kilts, une jeune domestique en mini-robe noire, des musiques de ballet de Lully des croisements de jambes en chœur comme chez Pina Bausch: anachronismes et citations qui ne sont guère nouveaux mais toujours très efficaces.
Mais il aurait sans doute pu, et sans dommage, nous épargner références et clins d’œil de mise en scène et scénographie…qui appartiennent aux  stéréotypes du théâtre contemporain, et qui pèsent inutilement sur le spectacle. Avec, entre autres, un plateau nu-où l’acoustique n’est pas toujours évidente et où certaines répliques  sont donc peu audibles;  un sol jonché de pétales noirs que vont balayer  les personnages à la fin du premier acte, suivie d’une pluie de ces mêmes pétales noirs.
Quand, à la fin,  les choses se mettent à aller mal, Alceste se mettra lui aussi, bien seul, à balayer la scène dans un mouvement circulaire (cela surligne sans raison la tristesse d’Alceste à la fin  de la pièce mais bon… ) ; une table  de maquillage à vue, un rideau brechtien blanc, et  pour faire bon poids, quelques tas de chaises d’école tubulaires et deux servantes, en fond de scène, qui s’allument de temps en temps. Et Arsinoé, qui arrive dans son carrosse-un praticable avec  deux de ces mêmes  chaises d’école, muni d’une série d’ampoules et  difficilement poussé par des accessoiristes; des perruques grotesques comme pour signifier que ce sont bien des perruques et que l’on enlève et  l’on remet,  les  deux petit marquis, en caleçon, maillot et bas noirs, s’entraînent à lutter ensemble…

On veut bien, mais désolé, Jean-François Sivadier! ces facilités, ces trucs de vieux théâtre  que l’on a vus un peu partout et dont  en est saturé, doivent  sans doute être  perçues au second, voire au troisième degré, mais n’ont  plus aucune efficacité scénique. Et c’est un peu dommage, alors que, répétons-le,il y a une formidable  direction d’acteurs.
Alors à voir? Oui, malgré ces réserves, surtout  pour l’intelligente mise en valeur du texte et pour Nicolas Bouchaud, vraiment  exceptionnel…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 29 juin.  

Chassez le naturel

Chassez le naturel chassez-le-naturel

Chassez le naturel, extraits du Parti pris des animaux de Jean-Christophe Bailly et  de  textes de Norge, Alain Prochiantz et Jean-Jacques Rousseau.


La Nature est tout pour l’homme, entouré par elle, enlacé, impuissant à s’en évader, et non autorisé à pénétrer plus profondément dans ses taillis buissonneux : la Nature « crée éternellement des formes nouvelles ; ce qui est n’a jamais été, ce qui fut ne revient jamais, – tout est nouveau et c’est pourtant toujours la chose ancienne. » (Fragments sur la nature, Goethe.) L’être mélancolique tente de vivre en elle mais il lui reste étranger ; la Nature lui parle sans cesse mais ne trahit jamais son secret.Les bêtes hantent cet espace sauvage, habitants énigmatiques auxquels ne se confrontent pas les hommes et que ces derniers regardent vivre pourtant. Nul besoin d’interpréter leurs gestes hermétiques: ils relèvent d’un registre autre: « Mon souci n’est pas qu’on reconnaisse aux bêtes un accès à la pensée, il est qu’on sorte de l’exclusivité humaine » écrit Jean-Christophe Bailly.
Chassez le naturel ? Avec Jacques Bonnaffé et le danseur Jonas Chéreau, le naturel revient au galop dans des hennissements vigoureux sur le plateau nu, jonché de fils noirs  de rallonges électriques, abandonnées en escargot sur le sol, que les interprètes pourraient utiliser en panache ou en plume flottante mais qu’ils enroulent pour les ranger.
On rencontre les lapins d’Alice au pays des merveilles, découpés poétiquement pour lunthéâtre d’ombres. Plantée en  fond de scène, une rangée mobile de troncs d’arbres s’agite, salutation faite à Tchekhov et à sa Cerisaie,mais surtout à Rousseau, dont l’esprit est tapi dans le moindre moindre recoin de la forêt. » Me voici donc sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même » (Les Rêveries d’un promeneur solitaire).  « Ces heures de solitude et de méditation, poursuit-il,sont les seules de la journée où je sois pleinement moi et à moi, sans diversion, sans obstacle, et où je puisse véritablement dire être ce que la nature a voulu ».
Voilà donc le duo d’artistes prêt pour un voyage immobile, et décidé à se frotter avec ces  » régions étranges, inconnues, incomprises ou insoumises », que hantent les bêtes. La présence des singes et des chimpanzés, vivant notamment en Afrique, fait l’affaire : les vervets, les colobes, les Babouins, les bonobos… que les interprètes miment  dans la bonne humeur, non pas pour s’approprier l’âme impossible de ces animaux ou la réduire à leur merci mais, au contraire, pour les regarder vivre dans une approche personnelle.
La souplesse élancée  des deux interprètes ravit l’attention: ils dansent, virevoltent, caracolent ou bien lèvent leurs pattes velues… Jacques Bonnaffé déclame et son comparse dessine, en silence,  des arabesques félines. Ne serait-ce que pour écouter Le Trimardeur de Norge, arpentez les lacis de ce zoo éloquent, où l’on reste mystérieusement attentif à ces bêtes étranges qui voisinent plutôt bien avec nous.

Véronique Hotte

 

  Théâtre de la Bastille jusqu’au 9 juin T : 01-43-57-42-14

Zoologie des faubourgs

Zoologie des faubourgs  de Wladyslaw Znorko, lecture par Florence Masure et Denis Lavant.

Zoologie des faubourgs dans actualites 20130522_3_2_1_0_0_obj3830863_1-284x300  Plus d’un mois après la disparition de Znorko, chef de la Gare Franche, et  dix ans après  son installation dans ce lieu poétique qui joint le quartier de Saint-Antoine au Plan d’Aou, immense cité  en cours de réhabilitation surplombant la mer, l’équipe des vaillants cosmonautes vient d’inaugurer leur salle de spectacle ouverte en 2007, et enfin mise aux normes.
Florence Masure, complice dès l’enfance des aventures de Znorko à Roubaix,  pénètre sur le grand plateau; sa haute silhouette domine celle de Denis Lavant, coiffé de son bonnet et muni d’un minuscule accordéon. Eclairés  par quelques  bougies, ils vont nous guider dans un voyage,  dont nous ne possédons pas le plan, dans les faubourgs d’une ville du Nord.
Il y a forcément un train, celui qui figure sur l’invitation:celui de la gare oubliée du Trassibérien que Znorko avait pris avec son Cosmos Kolej (« chemin de fer pour le futur « en polonais). Il y a la maison de l’éclusier, une buvette sur cette lande qui n’appartient à personne et où l’on cultive le débris d’un monde ancien, il y a Pinocchio. On ne connaît pas encore ce dédale des ruelles lacérées des voies ferrées…
Au départ, la motrice arrive en ferraillant et grince des dents. Ces deux magnifiques acteurs, complices de Znorko- Denis Lavant avait joué dans Les Saisons, et Florence Masure,  dans À La gare du Coucou suisse et Le passage du Cap Horn, le dernier spectacle de Znorko créé l’an passé  (voir Le Théâtre du Blog). Ils nous  font revivre,  avec cette lecture,  l’âme de Wlad, très présent sur le plateau ce soir-là.

Edith Rappoport

Au Cosmos Kolej, la Gare Franche de Marseille,ce  23  mai.

Le Passage du Cap Horn et Zoologie des faubourgs seront présentés comme prévu,  avant la disparition de Znorko à Villeneuve en scène  à Villeneuve-lès-Avignon du 4 au 24 juillet.
Et  Tuvawoir Znorko, trois  jours autour de son œuvre plurielle au Cosmos kolej  du 10 au 12 octobre.  La gare Franche  7 chemin des Tuileries, 13015 Marseille T : 04-91-65-17-77. contact@cosmoskolej.org

Tsunami

Tsunami, texte de Jalila Baccar, mise en scène de Fadhel Jaïbi.

Tsunami tsunami-web1Sur le grand plateau nu de la salle Jean Vilar, avec, en fond, un écran pour la projection de grandes fresques  aux motifs non figuratifs, douze comédiens si hommes et six femmes entrent dans un silence total. Ils vont  dans de courtes scène et  durant quelque 110 minutes, incarner de façon très crédible les habitants d’une Tunisie au bord de la guerre civile.  C’est en fait la projection d’une tragédie possible. Avec en préambule et en voix off,  un avertissement qui fait déjà froid dans le dos: quelques lignes de Tertullien, deuxième/ troisième siècle,  berbère converti au christianisme, penseur radical et extrêmiste qui voulait légiférer sur les bijoux d’or et d’argent des femmes qu’il condamnait à porter le voile, et qui n’était pas un chaud partisan  des arts et des spectacles. S’il n’interdisait pas, il dissuadait fortement…  Bref, rien de très neuf sous le soleil tunisien.
Jalia Baccar et Fadhel Jaïbi ne disent pas que cela va arriver mais qu’est tout à fait possible,  la montée en puissance  d’une « théocratie fascisante » qui voudrait imposer à  tous les Tunisiens, et surtout aux Tunisiennes, un système politique fondé sur la charia. Le texte de Jalila Baccar est tout à fait explicite et met le doigt où cela fait mal: c’est bien de deux projets de société dont le pays va avoir à débattre: d’un côté, tout droit sortie de la révolution tunisienne après la chute du dictateur Ben Ali, (dont  Michèle Alliot-Marie,  ci-devant ministre des Affaires étrangères était proche), une nation moderne,libre, laïque et démocratique où la place de la femme  est  essentielle,  et de l’autre, un peuple qui serait replongé illico  » dans les ténèbres d’un nouveau moyen-âge obscurantiste ».
Avec,  comme apogée de ce scénario catastrophique mis en place par les intégristes musulmans: négation des droits de l’homme et de la liberté de la justice, idéologie religieuse imposée à la nation et, bien entendu, mise aux placard des pratiques artistiques et culturelles, le tout au nom d’une absence de morale qu’il faudrait absolument combattre sans répit, car prétendument  contraire à l’Islam…

C’est une sorte d’exorcisme que présente le spectacle  où l’on voit, comme projetée dans un avenir proche, une société qui se coupe  en deux et de façon irréversible, pour un bon moment. Avec, un combat permanent entre différentes forces politiques, à l’intérieur même des familles où les jeunes femmes sont-le plus souvent sexuellement et  psychologiquement -prises en otage. Ce sont les mêmes jeunes femmes libres qui interprètent aussi  celles qui passent, voilées de la tête aux pieds!  Aux meilleurs moments, on ressent très bien cela,quand l’une d’elle est obligée de s’enfuir avec son amoureux pour ne pas avoir à subir un mariage forcé.
Le texte-assez habilement-montre bien les incertitudes où se trouve  plongé tout un peuple courageux qui, à peine délivré de la dictature de Ben Ali, doit maintenant affronter un avenir politique et social des plus incertains dont les plus jeunes sont évidemment les premières victimes…  » Un combat décisif, d’avenir, une question de vie ou de mort » précise Fadhel Jaïbi; les nombreux Tunisiens présents dans la salle étaient très attentifs aux situations mises en scène et remarquablement interprétées. Cela dit, on ne comprend pas bien pourquoi le spectacle s’étire sans raison, alors qu’il aurait été cent fois plus efficace s’il avait duré la moitié du temps actuel.  L’attention se perd et, même si les images sont le plus souvent d’une grande beauté, elles ne peuvent pallier un manque évident de dramaturgie. Si le spectacle avait été  mieux construit, la mise en scène n’en aurait été que plus forte et

Le texte est sans doute un peu  bavard, avec une tendance parfois  à l’expression de bons sentiments dégoulinants mais ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir à Paris un spectacle venu tout droit du Maghreb, donc autant en profiter… Le théâtre, même s’il ne faut pas se faire trop d’illusions, peut encore servir de signal d’alarme mais, à condition, pour être vraiment convaincant,  d’être lui-même des plus rigoureux quant aux formes d’expression…

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué au Théâtre National de Chaillot du 23 au 25 mai.

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