Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire, conception, chorégraphie et mise en scène d’Ushio Amagatsu /Sankai Juku

 

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire umusuna-2701photos-sankai-juku

© Sankai Juku

Le spectacle est construit en sept tableaux qui s’enchaînent comme une spirale, dans une chorégraphie faisant alterner solos et chœurs de trois, quatre et jusqu’à sept danseurs. Ces tableaux sont nommés : Atokata/empreintes, Tout ce qui naît, Mémoire(s) de l’eau, Dans le vent qui faiblit au loin, Miroir des forêts, Sédimentation et érosion à l’infini, Ubusu. Chacun annonce une couleur, reprise dans un signe du costume : de la plus pâle comme l’écru et le blanc, au rouge indéfinissable des drapés de soie, puis au vert, tout aussi délicat, et repris en idéogrammes par des bandes de tissus qui s’intercalent, fugaces, dans la scénographie – conjuration du mauvais sort ? – C’est dans un rapport philosophique au temps et à l’espace, bien loin du réel, que nous sommes conviés: deux sabliers, posés comme sur les plateaux d’une balance, symbole d’équité, suspendus de part et d’autre du fond de scène en un parfait équilibre, oscilleront  l’un et/ou l’autre, ensemble ou en décalé   et laisseront s’écouler, à peine perceptible, un fil de sable transparent. . Deux plateformes à peine surélevées et séparées d’une allée que le danseur descendra et montera, compose l’espace épuré, comme un tatamis de sable vierge digne du plus grand sanctuaire, sur lequel s’imprimeront des traces de pas, tout au long du spectacle. Un long filet de sable blanc s’écoulera, de manière ininterrompue pendant la représentation, du gril au plateau, à la césure des tapis, formant à la fin un amas dont prendra possession le danseur.
Umusuna,
un mot venu du fond des âges, signifie L’endroit où nous sommes nés : il n’est pas si hospitalier, plutôt une immensité désertique et brûlée, inhabitée, datant de millions d’années ; il parle du sacré, de l’origine de la vie et de la naissance du monde, autant dire d’infini et d’éternité. Le danseur y travaille, de l’intérieur, tension et énergie maîtrisées et remonte le cours du temps, entre éveil et souffrance, innocence et peur, illusion et illumination, concentration et justesse. Il construit le cycle des naissances et des renaissances, de la vie et de la mort. On le dirait végétal quand il s’enracine comme une ramure, animal des fonds sous marins, fœtal nageant dans le liquide amniotique des origines, et passant du sol à la marche debout, jusqu’à l’autre côté du miroir.
Fondée en 75, la compagnie Sankai Juku » atelier de la montagne et de la mer  » – fait partie de la seconde génération de danseurs Butô, aujourd’hui dirigée par Ushio Amagatsu. La compagnie présente toutes ses créations, depuis 82, en avant-première mondiale, au Théâtre de la Ville. Une formidable fidélité réciproque, dans ce partenariat ! Amagatsu a approché les danses traditionnelles japonaises, a ensuite été formé en danse classiqueet moderne à Tokyo, puis a opté pour l’approfondissement du Butô. Il s’intéresse à la gravité et développe, autour de ce concept, sa recherche : « Quelle que soit sa position, horizontale, s’il est couché, verticale s’il se tient debout, l’homme vit inévitablement dans un échange constant avec la gravité ».
Née au Japon dans un contexte socio-politique d’après-guerre, sous l’impulsion de Tatsumi Hijikata et Kazuo Ohno deux maîtres aujourd’hui disparus, la danse Butô,-danse du corps obscur ou danse des ténèbres-fait suite aux traumatismes de l’après-Hiroshima et voit le jour à la fin des années 50, en jetant les bases d’une approche radicale de la danse contemporaine japonaise.
Le corps est enduit de blanc, couleur du deuil dans de nombreux pays, notamment chez certains peuples d’Afrique, forçant la fascination. Dans le Butô, « elle permet de voyager dans une autre dimension », comme le dit le chorégraphe. Le crâne est rasé. Ni nô, ni kabuki, spectacles aux techniques ancestrales japonaises, le Butô est subversif, notamment par son introspection au monde et son rapport au cosmos, par sa lenteur. L’impersonnalité est son alphabet, avec un danseur  seul et collectif, semblable au monde où n’existe qu’une simple agrégation de phénomènes conditionnés
Umusuna est une méditation poétique d’une beauté et d’un raffinement inouïs, dans  une chorégraphie et  une mise en scène réalisées par Ushio Amagatsu, directeur artistique de la Compagnie, les costumes précieux de Masayo Lizuka et les lumières de Genta Iwamura. Elle est un peu troublée par une musique très élaborée certes, où se superposent différents messages, allant du bâton de pluie aux fines crotales, mais où dominent le bruit et la fureur d’aujourd’hui, qui,  jouant de contraste, à certains moments nous saturent.
Les ruptures de silence permettent quelques respirations, dans cette symphonie non verbale et magnétique, magnifiquement dansée, qui s’inscrit dans les mémoires, même si comme le dit Amagatsu : « L’œuvre jouée sur scène n’est pas dotée d’une vie éternelle, en l’espace d’une heure et demi à peine, elle apparaît puis disparaît instantanément, telle une bulle ».

Brigitte Rémer

 Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, du 2 au 11 mai, à 20h30, dimanche 5 mai à 15h, (www.theatredelaville-paris.com)

Ushio Amagatsu, des rivages d’enfance au butô de Sankai Juku, propos recueillis par Kuoko Iwaki, édit. Actes Sud (www.actes-sud.fr)


Archive pour 6 mai, 2013

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire, conception, chorégraphie et mise en scène d’Ushio Amagatsu /Sankai Juku

 

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire umusuna-2701photos-sankai-juku

© Sankai Juku

Le spectacle est construit en sept tableaux qui s’enchaînent comme une spirale, dans une chorégraphie faisant alterner solos et chœurs de trois, quatre et jusqu’à sept danseurs. Ces tableaux sont nommés : Atokata/empreintes, Tout ce qui naît, Mémoire(s) de l’eau, Dans le vent qui faiblit au loin, Miroir des forêts, Sédimentation et érosion à l’infini, Ubusu. Chacun annonce une couleur, reprise dans un signe du costume : de la plus pâle comme l’écru et le blanc, au rouge indéfinissable des drapés de soie, puis au vert, tout aussi délicat, et repris en idéogrammes par des bandes de tissus qui s’intercalent, fugaces, dans la scénographie – conjuration du mauvais sort ? – C’est dans un rapport philosophique au temps et à l’espace, bien loin du réel, que nous sommes conviés: deux sabliers, posés comme sur les plateaux d’une balance, symbole d’équité, suspendus de part et d’autre du fond de scène en un parfait équilibre, oscilleront  l’un et/ou l’autre, ensemble ou en décalé   et laisseront s’écouler, à peine perceptible, un fil de sable transparent. . Deux plateformes à peine surélevées et séparées d’une allée que le danseur descendra et montera, compose l’espace épuré, comme un tatamis de sable vierge digne du plus grand sanctuaire, sur lequel s’imprimeront des traces de pas, tout au long du spectacle. Un long filet de sable blanc s’écoulera, de manière ininterrompue pendant la représentation, du gril au plateau, à la césure des tapis, formant à la fin un amas dont prendra possession le danseur.
Umusuna,
un mot venu du fond des âges, signifie L’endroit où nous sommes nés : il n’est pas si hospitalier, plutôt une immensité désertique et brûlée, inhabitée, datant de millions d’années ; il parle du sacré, de l’origine de la vie et de la naissance du monde, autant dire d’infini et d’éternité. Le danseur y travaille, de l’intérieur, tension et énergie maîtrisées et remonte le cours du temps, entre éveil et souffrance, innocence et peur, illusion et illumination, concentration et justesse. Il construit le cycle des naissances et des renaissances, de la vie et de la mort. On le dirait végétal quand il s’enracine comme une ramure, animal des fonds sous marins, fœtal nageant dans le liquide amniotique des origines, et passant du sol à la marche debout, jusqu’à l’autre côté du miroir.
Fondée en 75, la compagnie Sankai Juku » atelier de la montagne et de la mer  » – fait partie de la seconde génération de danseurs Butô, aujourd’hui dirigée par Ushio Amagatsu. La compagnie présente toutes ses créations, depuis 82, en avant-première mondiale, au Théâtre de la Ville. Une formidable fidélité réciproque, dans ce partenariat ! Amagatsu a approché les danses traditionnelles japonaises, a ensuite été formé en danse classiqueet moderne à Tokyo, puis a opté pour l’approfondissement du Butô. Il s’intéresse à la gravité et développe, autour de ce concept, sa recherche : « Quelle que soit sa position, horizontale, s’il est couché, verticale s’il se tient debout, l’homme vit inévitablement dans un échange constant avec la gravité ».
Née au Japon dans un contexte socio-politique d’après-guerre, sous l’impulsion de Tatsumi Hijikata et Kazuo Ohno deux maîtres aujourd’hui disparus, la danse Butô,-danse du corps obscur ou danse des ténèbres-fait suite aux traumatismes de l’après-Hiroshima et voit le jour à la fin des années 50, en jetant les bases d’une approche radicale de la danse contemporaine japonaise.
Le corps est enduit de blanc, couleur du deuil dans de nombreux pays, notamment chez certains peuples d’Afrique, forçant la fascination. Dans le Butô, « elle permet de voyager dans une autre dimension », comme le dit le chorégraphe. Le crâne est rasé. Ni nô, ni kabuki, spectacles aux techniques ancestrales japonaises, le Butô est subversif, notamment par son introspection au monde et son rapport au cosmos, par sa lenteur. L’impersonnalité est son alphabet, avec un danseur  seul et collectif, semblable au monde où n’existe qu’une simple agrégation de phénomènes conditionnés
Umusuna est une méditation poétique d’une beauté et d’un raffinement inouïs, dans  une chorégraphie et  une mise en scène réalisées par Ushio Amagatsu, directeur artistique de la Compagnie, les costumes précieux de Masayo Lizuka et les lumières de Genta Iwamura. Elle est un peu troublée par une musique très élaborée certes, où se superposent différents messages, allant du bâton de pluie aux fines crotales, mais où dominent le bruit et la fureur d’aujourd’hui, qui,  jouant de contraste, à certains moments nous saturent.
Les ruptures de silence permettent quelques respirations, dans cette symphonie non verbale et magnétique, magnifiquement dansée, qui s’inscrit dans les mémoires, même si comme le dit Amagatsu : « L’œuvre jouée sur scène n’est pas dotée d’une vie éternelle, en l’espace d’une heure et demi à peine, elle apparaît puis disparaît instantanément, telle une bulle ».

Brigitte Rémer

 Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, du 2 au 11 mai, à 20h30, dimanche 5 mai à 15h, (www.theatredelaville-paris.com)

Ushio Amagatsu, des rivages d’enfance au butô de Sankai Juku, propos recueillis par Kuoko Iwaki, édit. Actes Sud (www.actes-sud.fr)

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