Rituel pour une métamorphose

Rituel pour une métamorphose de Saadallah Wannous, traduction de Rania Samara, mise en scène de Sulayman Al-Bassam.

Rituel pour une métamorphose  cosimo-mirco-magliocca-1

Sulayman Al-Bassam parle avec passion de Saadallah Wannous, né en 1941 en Syrie et disparu en 97, auteur d’une œuvre théâtrale engagée vers une nouvelle conception de la société. Ce n’est pas du printemps arabe dont l’auteur syrien a été le contemporain, encore moins des violences et exactions qui ont cours aujourd’hui dans son pays mis tragiquement à feu et à sang, sous l’œil des ses caméras.

Saadallah Wannous a vécu une révolution nationaliste, conséquence des luttes de libération du pouvoir colonialiste. Ainsi, le projet artistique a consisté pour ce pionnier et ses pareils inscrits dans la création théâtrale arabe, à relier la transmission littéraire culturelle, celle des codes et des fables, aux enjeux de la société contemporaine.
Le metteur en scène, né en 1972 au Koweït, dit de lui qu’ «  il a développé entre Damas et Beyrouth, une conception du théâtre non seulement liée à l’histoire, mais capable de mettre également à nu l’idéologie dans laquelle baignait le peuple arabe, de décrire la grande déception causée par les mouvements nationalistes et la transformation de ces sociétés en des prisons à ciel ouvert principalement contrôlées par les militaires. »

L’intrigue de Rituel pour une métamorphose est plutôt ludique : un prévôt des notables à Damas est pris en flagrant délit avec une prostituée. Le complot vient du Mufti, garant des valeurs ancestrales et jaloux d’un pouvoir à maintenir. Il veut fragiliser ce rival, tout en feignant de le sauver, pour mettre mieux à bas encore le chef de la police, autre potentat réalisateur naïf de la mission honteuse.

Mais l’architecture de ce pouvoir magistral, autoritaire et masculin, a beau être théologique, militaire et violente, une jeune femme issue de la bonne société dirigeante, s’insurge contre la tyrannie. C’est l’épouse même du prévôt qui choisit la répudiation avant une émancipation personnelle extrême, le choix de se faire putain et non nonne.
La transgression emporte dans son élan libérateur et anarchiste la reconnaissance des minorités homosexuelles masculines.
Deux mondes s’opposent ainsi dans ce Damas du XIXème siècle, « métamorphosé » jusqu’à nos jours, puisque Saadallah Wannous anticipait, dès 1994 dans sa vision du monde, le repli sur soi et l’enfermement de la société syrienne actuelle.

La pièce est étrangement prémonitoire en sauvant d’un côté, la convention, la tradition, les apparences – femmes voilées et soumises face aux femmes prostituées et « nécessaires » aux hommes, rejet de la différence, autocratie misogyne – et de l’autre côté, la vie, le désir, la reconnaissance et la maîtrise de sa propre liberté. Chaque personnage sortira « métamorphosé » : un peu plus tyrannique, un peu plus mystique, un peu plus fou, un peu plus cruel et aveuglé. La seule métamorphose « positive » est celle de la femme rebelle même si elle est promise à la mort.

La mise en scène se réclame ouvertement de l’univers des Contes des Mille et une nuits et de la commedia dell’ arte avec ses types identifiables, en se refusant à tout exotisme qui sombre pourtant dans un orientalisme kitch.
Tenues merveilleuses de vizir ou de sultan, danses du ventre ironiques, le spectateur pourrait se croire dans une boîte de nuit à thème avec son génie Aladin, le méchant, le gentil… Les personnages forcément comiques sont dressés de façon brute et caricaturale dans une comédie sans nuances qui dénonce certes, avec courage dans son contexte culturel, social, politique et géographique, les abus et la tyrannie.

A la Comédie Française, la représentation devient un spectacle où l’on répertorie depuis son fauteuil, clichés et préjugés de sociétés archaïques et réactionnaires. N’y a-t-il pas un compromis possible que la femme ne soit ni pute ni soumise ?
Les comédiens jouent avec bonne humeur un jeu hyperbolique et cru, Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Hervé Pierre, Bakary Sangaré et les autres, si ce n’est Julie Sicard, princesse de toute poésie.

Véronique Hotte

Jusqu’au au 11 juillet 2013, en alternance à la Comédie Française. T : 0-825-10-16-80 (0,15 euro la minute)


Archive pour 23 mai, 2013

Rituel pour une métamorphose

Rituel pour une métamorphose de Saadallah Wannous, traduction de Rania Samara, mise en scène de Sulayman Al-Bassam.

Rituel pour une métamorphose  cosimo-mirco-magliocca-1

Sulayman Al-Bassam parle avec passion de Saadallah Wannous, né en 1941 en Syrie et disparu en 97, auteur d’une œuvre théâtrale engagée vers une nouvelle conception de la société. Ce n’est pas du printemps arabe dont l’auteur syrien a été le contemporain, encore moins des violences et exactions qui ont cours aujourd’hui dans son pays mis tragiquement à feu et à sang, sous l’œil des ses caméras.

Saadallah Wannous a vécu une révolution nationaliste, conséquence des luttes de libération du pouvoir colonialiste. Ainsi, le projet artistique a consisté pour ce pionnier et ses pareils inscrits dans la création théâtrale arabe, à relier la transmission littéraire culturelle, celle des codes et des fables, aux enjeux de la société contemporaine.
Le metteur en scène, né en 1972 au Koweït, dit de lui qu’ «  il a développé entre Damas et Beyrouth, une conception du théâtre non seulement liée à l’histoire, mais capable de mettre également à nu l’idéologie dans laquelle baignait le peuple arabe, de décrire la grande déception causée par les mouvements nationalistes et la transformation de ces sociétés en des prisons à ciel ouvert principalement contrôlées par les militaires. »

L’intrigue de Rituel pour une métamorphose est plutôt ludique : un prévôt des notables à Damas est pris en flagrant délit avec une prostituée. Le complot vient du Mufti, garant des valeurs ancestrales et jaloux d’un pouvoir à maintenir. Il veut fragiliser ce rival, tout en feignant de le sauver, pour mettre mieux à bas encore le chef de la police, autre potentat réalisateur naïf de la mission honteuse.

Mais l’architecture de ce pouvoir magistral, autoritaire et masculin, a beau être théologique, militaire et violente, une jeune femme issue de la bonne société dirigeante, s’insurge contre la tyrannie. C’est l’épouse même du prévôt qui choisit la répudiation avant une émancipation personnelle extrême, le choix de se faire putain et non nonne.
La transgression emporte dans son élan libérateur et anarchiste la reconnaissance des minorités homosexuelles masculines.
Deux mondes s’opposent ainsi dans ce Damas du XIXème siècle, « métamorphosé » jusqu’à nos jours, puisque Saadallah Wannous anticipait, dès 1994 dans sa vision du monde, le repli sur soi et l’enfermement de la société syrienne actuelle.

La pièce est étrangement prémonitoire en sauvant d’un côté, la convention, la tradition, les apparences – femmes voilées et soumises face aux femmes prostituées et « nécessaires » aux hommes, rejet de la différence, autocratie misogyne – et de l’autre côté, la vie, le désir, la reconnaissance et la maîtrise de sa propre liberté. Chaque personnage sortira « métamorphosé » : un peu plus tyrannique, un peu plus mystique, un peu plus fou, un peu plus cruel et aveuglé. La seule métamorphose « positive » est celle de la femme rebelle même si elle est promise à la mort.

La mise en scène se réclame ouvertement de l’univers des Contes des Mille et une nuits et de la commedia dell’ arte avec ses types identifiables, en se refusant à tout exotisme qui sombre pourtant dans un orientalisme kitch.
Tenues merveilleuses de vizir ou de sultan, danses du ventre ironiques, le spectateur pourrait se croire dans une boîte de nuit à thème avec son génie Aladin, le méchant, le gentil… Les personnages forcément comiques sont dressés de façon brute et caricaturale dans une comédie sans nuances qui dénonce certes, avec courage dans son contexte culturel, social, politique et géographique, les abus et la tyrannie.

A la Comédie Française, la représentation devient un spectacle où l’on répertorie depuis son fauteuil, clichés et préjugés de sociétés archaïques et réactionnaires. N’y a-t-il pas un compromis possible que la femme ne soit ni pute ni soumise ?
Les comédiens jouent avec bonne humeur un jeu hyperbolique et cru, Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Hervé Pierre, Bakary Sangaré et les autres, si ce n’est Julie Sicard, princesse de toute poésie.

Véronique Hotte

Jusqu’au au 11 juillet 2013, en alternance à la Comédie Française. T : 0-825-10-16-80 (0,15 euro la minute)

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