2013 comme possible

2013 comme possible, des adolescents se racontent, mise en scène de Didier Ruiz

 

2013 comme possible visuel-2013-comme-possible

Emilia Stefani-Law

Libérer la parole, telle fut la démarche de Didier Ruiz et du chorégraphe Toméo Vergès pendant huit mois de travail avec des adolescents de Saint-Ouen, Clichy-la-Garenne et du 17  ème arrondissement de Paris.
2013 comme possible est le résultat de ce parcours, des plus sensibles,  où l’on perçoit leur univers.
Quatorze chaises face public, quatorze adolescents qui nous regardent. Chacun se raconte, devant les autres, avec pudeur mais sans tabou, sur leur intimité.
A la question, qu’est-ce que l’adolescence(?)  ils répondent : c’est une découverte, c’est apprendre à se protéger comme un papillon qui cherche à voler ; c’est perdre ses illusions ; c’est s’enterrer dans la terre et donner une forme au monde ; c’est décider ; c’est choisir entre le bien:les études, et le mal: la drogue, les filles, la boisson;  c’est une odeur, différente selon les saisons, jamais la même ; c’est la prise de responsabilités.
« Qui êtes-vous ( ?) » provoque  leur réflexion sur l’identité et le métissage, dont ils affirment que c’est un plus, une chance, même s’il y a parfois des tiraillements : ma mère est marocaine, mon père est tunisien, je suis français; ma mère, là-bas, est de nulle part mais, ici, elle est arabe ; je suis cent pour cent comorien ; je suis de mère algérienne et de père marocain, personne ne me croit quand je dis que  je m’appelle Isabelle, pas Sabrina ni Fatima ; je suis cent pour cent tunisien, cent pour cent français ; je m’appelle Siam, c’est mon prénom, de nationalité algérienne ; je m’appelle Epiphanie, tout le monde m’appelle galette des rois, mais j’aime mon prénom ; je suis africain, né en Guinée, j’ai un continent, des valeurs, une langue, mon père m’a dit…

La famille qui reconnaît mal que l’on grandit : mon père crie tout le temps et ma mère veut toujours que je lui dise que je l’aime ; je joue avec mon petit frère, je joue tout le temps même quand il ne faut pas, c’est bon pour l’imaginaire ; je joue avec ma petite sœur ; ma grand-mère et moi… dit-elle,  en tendant la photo à la salle, regardez…L’aspect physique, ce tsunami qui les transforme, un long temps de mutation ; celle qui n’a pas de poitrine mais qui porte un soutien gorge ; les règles ; les boutons et la crème ; les poils sur le pubis et l’inquiétude face aux potes ; ma taille…
La mort: quelles réactions, quelle interprétation ? Entre disparaître et vivre ; l’inconnu ; la mort de ceux que j’aime, je me demande ce que je deviendrai ; à mon enterrement, je veux tout le monde en jaune fluo ; le suicide, je pense à quelle méthode j’emploierai, médicaments, se tirer une balle, se défenestrer, j’en ai pas envie ; je ne sais s’il y a quelque chose d’autre après, s’il y a un enfer et un paradis, une réincarnation ; dormir, mourir :parfois je ne veux pas dormir par peur de ne pas me réveiller ; on revit dans un autre ; je ne serai pas triste ; je ne réfléchis pas à comment ça finit, on peut aussi se demander comment ça a commencé…

A la question:  vous a-t-on dit: je t’aime, l’avez-vous déjà dit ?, les réponses sont : c’est le regard des filles ; c’est grandir ; je déteste, (je t’m en texto) déjà le mot est court ; moment intense, quand le souffle de l’autre… on sait qu’on a grandi ; l’amour, c’est pas dans le cœur, c’est dans le cerveau ; j’aime ma mère, mon père, je dis : je t’aime à mon chat ; faire le tour du monde sur un voilier, avec mon amoureux, mon rêve ; je l’ai dit, mais je ne le pensais pas ; le mot est malade, trop souvent dit, banalisé ; je le ressens pas… trop dit ; sans, on meurt…
Les potes, la musique, les sorties, la cité Sortir avec les potes, c’est aussi oublier le quotidien et tout ce qu’il y a à faire à la maison, c’est changer d’air ; j’habite rue des Boute-en-train, une cité, on a un problème, on n’a pas de quartier; ceux de Garibaldi,  ils ont le quartier Garibaldi; ceux de Saint-Ouen,  ils ont leur quartier mais, nous, on n’a pas de quartier.
  C’est signé: Aliane Abdou, Epiphanie Aman, Quentin Aprile Mandillon, Erwan Atif, Clémentine Billy, Siham Boukhenaïssi, Isabelle Bousmah, Colline Charli, Clara Chebili, Naim Gharaïani, Myriam Lair, Maria Sabbah, Théo Sigognault et Toumany Traoré,  qui ont travaillé   avec Didier Ruiz, accompagnés par l’Odéon-Théâtre de l’Europe dans le cadre d’Adolescence & Territoire(s), l’Espace 1789 de Saint-Ouen, où le metteur en scène est en résidence, et le Théâtre Ruteboeuf de Clichy-la-Garenne, trois lieux, trois représentations.
Ils déplacent les chaises  en fond de scène, toujours face public. Deux adolescents se parlent entre les figures avec leur ballon de basket. Et quatorze, qui nous regardent  encore. Le spectacle est ponctué d’une  chorégraphie avec  un ou plusieurs d’entre eux, qui revient comme une chanson, avec jeux de mains, subtilement, jusqu’à ce qu’une musique mette en action tout le groupe : une musique qui me ressemble, dit l’un d’eux, qui m’aide à aller à l’école, une musique qui me donne la patate.
Non, les ados ne sont pas que… Ils sont aussi tout ça, et,  ici, chacun est son propre auteur.

Brigitte Rémer

 

Vu le 18 mai à l’Espace 1789 de Saint-Ouen. Prochaine et dernière représentation: le 8 juin, au Théâtre Rutebœuf de Clichy-la-Garenne, 18, allée Léon Gambetta. T : 01-47-15-98 -50

http://www.dailymotion.com/video/xziegs

 

 

 

 

 

 


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