Mouvement [capturé] – Biennale nationale de photographie de danse

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Mouvement [capturé]-Biennale nationale de photographie de danse.

C’est une première édition, imaginée et réalisée par le danseur et chorégraphe Pedro Pauwels, qui fait se croiser  l’art photographique et l’art de la danse,  à  Limoges où sa compagnie est en résidence depuis trois ans.
La proposition est multiple: expositions,    tables rondes  et  performances dansées, dans différentes rues et vitrines. Invité  à exposer son travail, Laurent Paillier présentait ainsi au Pavillon du Verdurier,  Belles de danse, une trentaine de grands formats , où il  donne sa vision de l’interprète soliste, au féminin:  Azusa Seyama, dans Rought cut de Pina Bausch, montrant,  comme une peinture, la danseuse de dos et torse nu, bras croisés pour cacher sa poitrine, geste suggéré par la position de ses mains, cheveux noués en chignon dégageant la nuque, drapée d’une jupe de soie rouge fermée par un grand  nœud donnant du mouvement à l’étoffe, et hauts talons laissant entrevoir la cheville.
Germaine Acogny, dans Songook Yaakaar, dont le visage de trois-quarts, au regard concentré à l’extrême, quasi théâtral, le bras tendu et la main expressive comme une branche tordue, lui conférant un pouvoir magique.  Kaori Ito où dans  The Island of no memories, un saut ouvert  la propulse  en l’air comme une mouette, robe et cheveux envolés. Et les interprètes de Cunningham, Diverrès, Duato, Forsythe, Preljocaj…  Laurent Paillier n’en est pas à son coup d’essai: il fixe la danse  en un temps et un instant décisif.
La seconde étape est liée à la transmission,  avec les travaux  des étudiants de l’Ecole d’art de Limoges,  suite à un atelier mené par Laurent Paillier et Pedro Pauwels: clichés,  séries  et réflexions, à partir de photos, dessins et  encres..
Ils ont mis en perspective les enchaînements des postures et dissociations des gestes, que  leur suggérait le mouvement dansé: Capture de mouvements à partir d’un son, cinq clichés de Li Zhu ; Aisthanestai, une série de trois clichés, mouvement d’encre diluée, d’Hélène Parveau  ; Cinq secondes de pesanteur, performance sur mousse à mémoire de forme de Lucie Berthon ; Le flou, outil pour capturer le mouvement, série de cinq clichés de Laurent Furelaud et Gaëlle Pradignec.
La troisième étape: Thierry Laporte et Mathieu Roth le Gentil exposaient  dans les  vitrines des Galeries Lafayette, Krys, Nicolas, Maroquinerie de Paris… des clichés grand format  sur le thème A la découverte de la photographie de danse régionale. Accompagnant ces photos, des performances dansées étaient présentées dans les rues du centre ville et dans des vitrines,  ainsi que sur  un plancher de danse, installé  Place de la Motte.
Ces différents moments improvisés ont permis aux danseurs de la compagnie Pedro Pauwels et à ceux du groupe Présence’s  de partager avec les habitants leurs mouvements musicaux et chorégraphiques.
A la galerie du Jardin d’Hiver, lieu magique de la Bibliothèque Francophone Multimédia, étaient exposés des clichés d’habitants du Limousin, sur le thème : La danse autour de moi, accompagnés de quelques mots racontant leur rencontre avec la danse. Regards et sensibilités hétérogènes, du bal populaire au flamenco, en passant par le « balai » de la ménagère, jeu de mots et jeux de mains avec ballet, ont créé une belle dynamique , réunissant toutes les générations. Le vernissage s’est fêté avec une performance dansée, qui donnait tout son sens à la démarche.
Trois tables rondes  sur les rapports entre photo et danse sont aussi progammées.1) Photographier le mouvement dansé : entre technique et intuition. Philippe Verrièle, critique de danse,  a donné quelques précieuses pistes de réflexion. Ainsi, la définition de Lois Greenfield: »La danse est un paysage, le mouvement son interprétation », ou cette remarque d’Auguste Rodin : « La photographie est menteuse ». Des questions, et peu de réponses, à travers ce parcours historique et ces interactions entre peinture et photo, ont montré  la complexité du sujet : photographier la danse, ce n’est ni le mouvement, ni la danse, serait-ce l’œuvre ? Comment capter l’énergie chorégraphique et montrer les qualités de la danse : air, eau et feu? La photo, démarche scientifique ou artistique ? Est-elle soumise à la danse ? Quelle est l’origine de cette interaction ?

2) De la photographie de danse, objet documentaire ou artistique ? animée par Daniel Barroy, chef de la mission de la photo au ministère de la Culture. Pour lui, la photo, sous-tendue par une intention, n’est  pas une image. Et, si elle est un mode d’expression autonome, sa fonction documentaire transcende l’insuffisance de l’écrit, et sa fonction mémorielle, permet de garder les instants fugitifs d’un spectacle. On a aussi parlé  de Muybridge et de ses décompositions du mouvement, de l’orientalisme  puis des danses de salon, jusqu’à la  numérisation des fonds, et des droits d’auteur,  en sachant, selon Kundera, que « la mémoire est photographique ».
3) Animée par Philippe Verrièle, elle  avait pour thème  La photographie de danse, outil pour le patrimoine chorégraphique ? Certains ont un corpus, comme Pina Bausch, d’autres, comme Odile Duboc, n’en ont pas et chacun cherche sa marque de fabrique. Le photographe se doit de trouver un équilibre entre son goût et le travail du chorégraphe, et si la photo de danse a bien une valeur documentaire, elle contribue aussi à l’existence de l’œuvre. Le Directeur Régional des Affaires culturelles, Philippe Geffra, lui, évoqué « l’éloge de l’éphémère » et défini la photo de danse, comme  « une suspension dans le temps ». Le  Conseil Général et d’autres partenaires publics et privés ont soutenu cette   première édition et ont  joué gagnant, en termes de proposition et d’organisation ,  comme  de rencontres avec les habitants.
« Photographier la danse est impossible (…) L’intéressant dans la démarche, c’est la rencontre des deux arts: la photographie -la danse- le mouvement, son vertige et sa mort éternisée. Alors la photo s’envole et devient autre chose que reportage, elle est code, formule magique, jeu du je » ! disait Maurice Béjart à la photographe Colette Masson…

Brigitte Rémer

Pavillon du Verdurier, Bibliothèque francophone multimédia, vitrines du centre ville, Limoges, du 10 au 12 mai.
Compagnie Pauwels : www.cie-pedropauwels.fr
Laurent Paillier : www.photosdedanse.com -

 


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