Tsunami

Tsunami, texte de Jalila Baccar, mise en scène de Fadhel Jaïbi.

Tsunami tsunami-web1Sur le grand plateau nu de la salle Jean Vilar, avec, en fond, un écran pour la projection de grandes fresques  aux motifs non figuratifs, douze comédiens si hommes et six femmes entrent dans un silence total. Ils vont  dans de courtes scène et  durant quelque 110 minutes, incarner de façon très crédible les habitants d’une Tunisie au bord de la guerre civile.  C’est en fait la projection d’une tragédie possible. Avec en préambule et en voix off,  un avertissement qui fait déjà froid dans le dos: quelques lignes de Tertullien, deuxième/ troisième siècle,  berbère converti au christianisme, penseur radical et extrêmiste qui voulait légiférer sur les bijoux d’or et d’argent des femmes qu’il condamnait à porter le voile, et qui n’était pas un chaud partisan  des arts et des spectacles. S’il n’interdisait pas, il dissuadait fortement…  Bref, rien de très neuf sous le soleil tunisien.
Jalia Baccar et Fadhel Jaïbi ne disent pas que cela va arriver mais qu’est tout à fait possible,  la montée en puissance  d’une « théocratie fascisante » qui voudrait imposer à  tous les Tunisiens, et surtout aux Tunisiennes, un système politique fondé sur la charia. Le texte de Jalila Baccar est tout à fait explicite et met le doigt où cela fait mal: c’est bien de deux projets de société dont le pays va avoir à débattre: d’un côté, tout droit sortie de la révolution tunisienne après la chute du dictateur Ben Ali, (dont  Michèle Alliot-Marie,  ci-devant ministre des Affaires étrangères était proche), une nation moderne,libre, laïque et démocratique où la place de la femme  est  essentielle,  et de l’autre, un peuple qui serait replongé illico  » dans les ténèbres d’un nouveau moyen-âge obscurantiste ».
Avec,  comme apogée de ce scénario catastrophique mis en place par les intégristes musulmans: négation des droits de l’homme et de la liberté de la justice, idéologie religieuse imposée à la nation et, bien entendu, mise aux placard des pratiques artistiques et culturelles, le tout au nom d’une absence de morale qu’il faudrait absolument combattre sans répit, car prétendument  contraire à l’Islam…

C’est une sorte d’exorcisme que présente le spectacle  où l’on voit, comme projetée dans un avenir proche, une société qui se coupe  en deux et de façon irréversible, pour un bon moment. Avec, un combat permanent entre différentes forces politiques, à l’intérieur même des familles où les jeunes femmes sont-le plus souvent sexuellement et  psychologiquement -prises en otage. Ce sont les mêmes jeunes femmes libres qui interprètent aussi  celles qui passent, voilées de la tête aux pieds!  Aux meilleurs moments, on ressent très bien cela,quand l’une d’elle est obligée de s’enfuir avec son amoureux pour ne pas avoir à subir un mariage forcé.
Le texte-assez habilement-montre bien les incertitudes où se trouve  plongé tout un peuple courageux qui, à peine délivré de la dictature de Ben Ali, doit maintenant affronter un avenir politique et social des plus incertains dont les plus jeunes sont évidemment les premières victimes…  » Un combat décisif, d’avenir, une question de vie ou de mort » précise Fadhel Jaïbi; les nombreux Tunisiens présents dans la salle étaient très attentifs aux situations mises en scène et remarquablement interprétées. Cela dit, on ne comprend pas bien pourquoi le spectacle s’étire sans raison, alors qu’il aurait été cent fois plus efficace s’il avait duré la moitié du temps actuel.  L’attention se perd et, même si les images sont le plus souvent d’une grande beauté, elles ne peuvent pallier un manque évident de dramaturgie. Si le spectacle avait été  mieux construit, la mise en scène n’en aurait été que plus forte et

Le texte est sans doute un peu  bavard, avec une tendance parfois  à l’expression de bons sentiments dégoulinants mais ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir à Paris un spectacle venu tout droit du Maghreb, donc autant en profiter… Le théâtre, même s’il ne faut pas se faire trop d’illusions, peut encore servir de signal d’alarme mais, à condition, pour être vraiment convaincant,  d’être lui-même des plus rigoureux quant aux formes d’expression…

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué au Théâtre National de Chaillot du 23 au 25 mai.

 


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