La Tempête

La Tempête de William Shakespeare, mise en scène de Philippe Awat, traduction et adaptation Benoîte Bureau.

La Tempête phob5995574-bbce-11e2-9156-2005708877ee-805x453-300x170Sur cette île déserte et sauvage, le puissant seigneur magicien Prospero règne sur trois sujets, en plus de lui-même : sa très jeune fille Miranda et deux serviteurs, le repoussant Caliban, voué aux rudes besognes,  et le (ou la) charmant(e) Ariel, esprit des airs préposé aux tours de magie. C’est tout. Et pourtant, il règne, incontestablement. Voilà déjà posée avec force la question du pouvoir, développée tout au long de la pièce. Ce jour-là – car sur ce point, La Tempête est une pièce classique-, ce jour-là, donc, Prospero a déclenché une terrible tempête qui doit à la fois le venger de ses ennemis, et en premier lieu de son frère, usurpateur de son trône à Milan, et en même temps lui permettre de leur pardonner. Ainsi sera rétablie, avec la légitimité du pouvoir, l’harmonie du monde. Il commence donc par disperser les naufragés, pour leur faire bien peur, s’amuse à les laisser déployer tous leurs mauvais desseins et leurs bassesses, puis calme peu à peu le jeu, à son gré.

Naturellement, parmi les naufragés, il y a un beau prince, naturellement Miranda s’enflamme aussitôt pour lui (et réciproquement) ; en bon père, après quelques épreuves qualificatives, Prospero favorise cet amour. Ce n’est qu’une toute petite partie du propos : on verra l’esclave Caliban chercher à être encore plus esclave, Ariel obtenir difficilement sa liberté, et les méchants « honteux et confus », une fois rendu le jugement de Prospero (mais après ? Qui dit qu’il ne vont pas récidiver, une fois la pièce finie ?). Prospero, autrefois perdu dans ses livres, a perdu, et mérité de perdre, son pouvoir à Milan. Il l’a retrouvé après douze années de retraite et de méditation forcée, pour y renoncer de lui-même : la vie est un songe, et « nous sommes faits de l’étoffe des rêves ». Donc, autant revenir à la raison, et sur le droit chemin, sur cette terre, puisque rien ne nous dit qu’il existe un autre monde, plus consistant que celui-ci.

Philippe Awat et Thierry Bosc, qui interprète Prospero, font de lui un personnage très terrestre, affecté par la rancune et la vengeance, mais calmé par l’épreuve du temps, raisonnable autant qu’il est possible. À la fin de la pièce, la vie est passée comme un souffle, Prospero peut prendre sa retraite : il n’est pas un dieu ni un démiurge, ses miracles ne sont que du théâtre. Un théâtre plein de charme, d’allant et d’élan. La scénographie de Benjamin Lebreton et les effets scéniques–la vraie magie- de Clément Debailleul donnent aux acteurs une belle liberté de jeu, avec tout ce qu’il faut d’humour et de tension. Tous sont obligés d’être plus ou moins acrobates, dans une invention physique sans cesse renouvelée.

Voilà toute une vie écoulée en une journée, en une représentation. Shakespeare se sera bien amusé, n’aura pas surévalué l’homme ni idéalisé son vieux duc, et jette un beau regard en arrière. Ce qu’il y a devant –la jeunesse, l’amour, et, une fois encore, le pouvoir- ne le regarde plus.

Christine Friedel

Théâtre d’Ivry Antoine Vitez – jusqu’au 9 juin – 01 43 91 11 11

 


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