Rêveries d’une jeune fille amoureuse

Rêveries d’une jeune fille amoureuse d’Arthur Vernon.

Rêveries d’une jeune fille amoureuse photo2A la Folie-Théâtre, le rouge des fauteuils de l’accueil rappelle celui du rideau   utilisé comme élément de transition pour ce spectacle imaginé par Arthur Vernon à qui va bien le rouge du rituel et de la provocation.
Ce jeune homme, de bonne famille comme on dit  chez  Labiche, veut permettre au corps et aux fantasmes féminins de s’exprimer en toute liberté.
“Cette pièce militante, dit-il, avec son interprétation presque exclusivement féminine, veut décomplexer la société et les femmes en particulier pour qu’elles puissent se réapproprier leur corps. Elle s’inscrit dans la mouvance des féministes pro-sexe: le sexe pour le sexe”.
Ambitieux projet! Sa propre écriture côtoie en effet celle de Victor Hugo, de Saint-Augustin et  de l’ auteur inconnu  du Godemichet royal (1789). Ces textes   rappellent l’éternelle opposition entre le sexe à but de procréation et le sexe pour le plaisir.
Arthur Vernon met en scène  un seul comédien et  six jeunes actrices d’une vingtaine d’années, qui donnent toute  leur énergie à ce spectacle sans temps mort. Pour certaines, c’est leur première expérience professionnelle sur scène.
La musique, constamment présente, oscille entre des morceaux du très “mode” Sébastien Tellier à Brahms avec ses Danses hongroises. Serge Gainsbourg est aussi mis à contribution avec trois chansons, lors d’un duo réussi entre deux comédiennes,  dont l’une joue le rôle de “Serge. Des lumières tamisées  accompagnent les rêveries de cette jeune fille. La chorégraphie, sur les conseils de Nasser Martin-Gousset, est inspirée de Loï Fuller et d’Isadora Duncan, véritable défi dans cet espace limité à quelque quatre mètres de profondeur pour une ouverture de sept…
L’ensemble du spectacle est un peu disparate, on passe d’une scène romantique à une scène burlesque, ou à une autre carrément provocante. En particulier, ce rituel d’ondinisme de la jeune fille, moment qui serait sans doute applaudi dans un centre d’art contemporain mais qui peut surprendre ici… Certains regards de spectateurs n’osent s’aventurer sur le corps totalement nu de la comédienne.
Dans cette auberge espagnole, chacun peut trouver son interprétation. Une première création qui ne laisse pas indifférent et dont  les spectatrices sortent plutôt joyeuses .

Jean Couturier

La Folie-Théâtre

www.folietheatre.com


Archive pour mai, 2013

Elena’s Aria

Elena’s Aria chorégraphie d’Anne Teresa de Keersmaeker.

 

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©Herman Sorgeloos

En l’espace d’un mois le public du théâtre de la Ville  découvre deux œuvres marquantes de la danse contemporaine, Kontakthof par le Tanztheater Wuppertal de feu Pina Bausch et cette pièce de la chorégraphe flamande, vingt-sept ans après sa création.
Elena’s Aria  a marqué un tournant dans la vie de sa compagnie; c’est une œuvre de jeunesse,  audacieuse, pas simple d’accès pour le grand public  et qui n’avait jamais été reprise.
Les vingt dernières minutes sont d’une impressionnante beauté, mais voilà: la pièce en dure  110… Pour la première fois, la chorégraphe utilisait des textes , et  des projections vidéo en association avec la danse. Sur un plateau nu,  une vingtaine de chaises de couleur pastel, un lampadaire  à cour,  et un ventilateur à jardin.
La pièce débute par la lecture d’un texte peu compréhensible, ce qui est d’emblée gênant! Parmi les chaises, cinq danseuses, dont la chorégraphe, contraintes  dans  leurs robes  moulantes et courtes, tentent d’initier quelques pas de danse, et  parfois se dessine un solo, un trio, voire un quatuor.
Aidé par de belles lumières, le tableau est remarquable et la chorégraphie, toute en hésitations et changements de rythme, est d’une grande précision.
Mais il existe une vraie dissociation entre ce qui est donné à voir et  ce qui est donné à entendre. Autant les images,  quoique répétitives,  sont fortes,  autant le son,  utilisé comme  bruit parasite,  met le public à l’épreuve,   que cela soit celui  du ventilateur, des musiques,  d’un discours de Che Ghevara faiblement entendu depuis les coulisses, ou encore celui des textes lus par les danseuses ou  des talonsqui frappent le sol.
S’y ajoute le bruit de fermeture des fauteuils … même si une majorité de spectateurs est reste quand même. Les dernières minutes sont remarquables: devant le rideau de fer descendu, les longs silences et les longues périodes d’immobilité ont disparu, et les danseuses,  face  public, assises  sur leur  chaise,  nous prennent à témoin, en voulant nous transmettre gestuellement quelque chose sans jamais y réussir, sur une  musique de Mozart: bref, l’émotion est là… Mais cela valait-il une aussi longue attente ?

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 19 mai.

La Vie de Galilée

La Vie de Galilée  de Bertold Brecht, mise en scène de Christophe Luthringer.

Brecht a quarante ans en 33 et  doit quitter l’Allemagne quand les nazis brûlent son œuvre! Il  arrive au Danemark où il  écrit La Vie de Galilée. Il vit ensuite en Suède, puis en Finlande et  s’installe en Californie en 41, mais doit en repartir en six ans plus tard,  chassé par le Maccarthysme . Après avoir vécu en  Suisse, il retrouvera  l’Allemagne en 48 seulement , après  quinze années d’exil! Et  cette pièce ne fut créée à Zurich qu’en 43, puis reprise à Hollywood en 47, cette fois  dans une mise en scène de lui. Impossible de ne pas faire le lien entre un auteur dont  les autorités de la République Démocratique Allemande  trouvaient les pièces peu conformes au principes du réalisme socialiste et ce Galileo Galilei , professeur de mathématiques à Padoue qui veut démontrer la vérité  du nouveau système du monde imaginé par Copernic  que l’Inquisition mettra à l’index en 1616
La fable écrite par Brecht dans une belle langue ne manque pas de charme, même si elle traîne parfois en longueur,  et si les répliques pourraient souvent être plus courtes. Jean-Fançois Sivadier, qui en avait fait une remarquable mise en scène, fait justement remarquer qu’elle « raconte la destruction d’un certain ordre du monde et l’édification d’un autre. En Italie, au début du XVIIe siècle, Galilée braque un télescope vers les astres, déplace la terre, abolit le ciel, cherche et trouve des preuves, fait voler en éclats les sphères de cristal où Ptolémée a enfermé le monde et éteint la raison et l’imagination des hommes. Il fait vaciller le théâtre de l’Eglise et donne le vertige à ses acteurs. L’Inquisition lui fera baisser les bras, abjurer ses théories sans pouvoir l’empêcher de travailler secrètement à la « signature » de son oeuvre, ses Discorsi ».
Reste à savoir si, quand on élague ainsi un texte, il peut encore avoir un sens… La réponse est évidemment non,  ou alors il faudrait des acteurs capables d’emmener un public  comme ceux du Théâtre de l’Unité mais là on est loin du compte!  Christophe Luthringer  a pris le parti d’en faire une  sorte de pièce de tréteaux, en gardant la trame mais avec cinq acteurs seulement pour interpréter nombre de personnages, qui, dans la pièce originale,  doivent être au moins une cinquantaine… « L’oeuvre, dit-il, délivre un message simple où Galilée : « Je crois en la douce violence de la raison sur les hommes. » Mais ce message n’a rien de didactique, il procède d’une distanciation ludique, faite de clins d’oeil et de légèreté, de cette légèreté amusée qui caractérise le personnage de Galilée ».
Luthringer essaye bien de faire ressortir tout ce que la pièce peut avoir de joyeux mais ne sen sort pas très bien… A de rares  moments, la fable de Brecht arrive quand même à passer mais cette suite de petites scènes reste quand même assez peu convaincante.
Il y a quand même quelques belles idées de mise en scène comme ce coffre/malle à tout faire ou cette gondole faite d’une grande bande de tissu rouge mais l’interprétation est des plus limites, parfois même proche de l’amateurisme: les lumières sont d’une laideur absolue, la direction d’acteurs est aux abonnés absents et tout le monde  criaille presque sans arrêt, ce qui devient vite fatiguant. Et Christophe Luthringer aurait pu nous épargner cette petite scène de théâtre dans le théâtre avec cette engueulade,  cent fois vue entre un comédien et le technicien, qui sonne faux comme ce n’est pas permis. Si on veut à tout prix augmenter encore le fameuse distanciation brechtienne, autant le faire proprement!  Le spectacle ne dure qu’une heure quinze et malgré tout traîne en longueur, faute d’une véritable structure dramaturgique….
Nous n’étions que dix-sept à voir cette chose  approximative et  très franchement, on ne vous incitera pas à y aller.

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au  24 août . du mardi au samedi 21h30, le dimanche à 17h  T : 01-42-22-26-50

http://www.dailymotion.com/video/xrqrlc

Témoigner, mourir Olivier Voisin

Témoigner, mourir Olivier Voisin dans actualites ol.-voisin-photo_1280


Témoigner, mourir, exposition des photographies d’Olivier Voisin.

 

Olivier Voisin s’était rendu en Syrie l’été dernier, puis, en janvier, cette année,  et  il est  revenu dans ce pays en guerre à la mi-février  afin d’accompagner un groupe de rebelles. Il a été mortellement blessé par des éclats d’obus à Idlib, et son dernier reportage s’est interrompu le 21! Les photos retrouvées dans son appareil témoignent de ses dernières heures de  photojournalisme.
C’est son acte de foi, sorte de manifeste, qui introduit l’exposition : « Je suis photographe. C’est mon boulot d’aller voir et d’appuyer sur le déclencheur. L’idée de rejoindre une guerre est insensée, terrible. Qu’est-ce qui pousse une personne à aller voir la guerre et la rapporter ? Avant tout la rencontre de l’autre, chez lui, dans son contexte de ruptures multiples, et se laisser habiter par cette réalité, simplement, humblement. Commencer une aventure humaine avant toute chose et aimer les gens que je vais rencontrer, même les barbus… et là, enfin, commencer à TÉMOIGNER ».
Une photo d’Ethel Bonet le montre sur la scène de guerre, en train de photographier un soldat. Plus loin, Edouard Elias le prend en photo, parlant avec des soldats. Humaniste, révolté, après un parcours atypique, Olivier Voisin avait repris la photo à trente-six ans pour se rapprocher de ce qu’il jugeait essentiel, et accepté de risquer sa vie pour témoigner et pour  interroger la condition humaine. Aujourd’hui, avec cette exposition, ses amis lui rendent hommage.
La plupart des clichés sont en couleurs, quelques-uns en noir et blanc. Ils remontent le temps dans des villes-fantômes figées, où les rideaux de fer sont baissés. Gravats, empilements de sacs barrant la route, impacts de balles, silence glacé, kalachnikov, mortiers et obus sont l’alphabet du quotidien, dans ces bouteilles à la mer transmises par Olivier Voisin.
Alep, août 2012, puis janvier 2013, quelques photos : un combattant en contre-plongée, kalachnikov à la main, devant un hôtel au rideau métallique fermé, barbe taillée, foulard autour de la tête, le regard dur, posté aux aguets, prêt à tirer, petit coin pâle d’un ciel, bleu des vêtements jean et polo. Dans une rue aux boutiques effacées, debout et de dos, deux tireurs froids en action, l’un portant gilet de camouflage et pistolet à la ceinture, l’autre, costume et lunettes de soleil, pointant son arme d’une main, cigarette dans l’autre. Un homme jeune menace le photographe et barre la photo, main provocante face à l’objectif, derrière, un semblant de normalité, quelques silhouettes et deux camionnettes semblant faire l’inventaire. Un morceau de drap, du sang ; un homme assis dans les rues qui n’en sont plus, seul et blessé ; un sens interdit ; une enseigne écroulée ; un reste d’ogive, une église ? de l’acharnement.

Idlib, février 2013, trois dernières photos et la chronologie des derniers moments, traces laissées par ses amis, dans une vidéo qui ferme l’exposition :
6h33, le petit matin, les lumières passent par une fente.
7h02, les combattants sont en action, fusils à la main, ils font le V de la victoire.
8h, les balles se rapprochent.
8h11, (photo) quatre combattants enfouis dans une tranchée, autour, une nature calme et quelques nuages, tension, inquiétude, écoute.
8h 21, (photo) au centre, un arbre mort, un combattant, de dos, regarde dans la lunette de son fusil, près d’une tranchée, autour, terre, pierres, solitude, observation, attente. Le chaos à l’horizon. Au loin, à droite, un toit dépassant de la végétation, à gauche, un reste de maison écroulée.
8h23, (dernière photo) deux groupes d’hommes, en embuscade, leurs sacs posés devant eux, à l’arrière plan, un taillis recouvert d’une pointe de noir, tissu ou oiseau de malheur ? Peu après, les obus tombent. Un éclat touche le photographe à la tête et au bras. Et le temps se suspend.
  « Voilà, c’est le début et la fin d’un nouveau voyage, écrivait-il dans son carnet de reportage, depuis Antakya (Turquie) où il se trouvait en janvier. Vivre de l’intérieur, profondément, les rencontres que nous faisons, voilà mon destin. Il ne s’agit pas d’être le meilleur photographe de mode, mais bien de cette rencontre de l’infini humain. Parfois c’est très moche. Parfois c’est très beau ».
Au-delà de ces clichés, témoignages chargés d’une guerre qui s’étire et d’un métier risqué, l’exposition propose une seconde séquence, autour de quelques photographies issues des reportages qu’il avait faits à la frontière entre le Liban et Israël (96), entre la Somalie et le Kenya (2011), au Brésil, en Libye et en Haïti.
Homme des frontières, il nous conduit face au réel. « Photographier l’horreur n’a pas de sens, si ce n’est pour contribuer à y mettre fin. Les photos sont porteuses d’un enseignement pour le futur. Elles sont faites pour que des choses pareilles n’arrivent plus »… dit Jean Galard, philosophe et homme de culture, s’interrogeant sur la notion de représentation.

La justesse et la simplicité du travail d’Olivier Voisin, ni grandiloquent, ni esthétisant, au-delà de l’interprétation, fait acte de création. Il montre la vulnérabilité, la surenchère, les émotions, la solitude et la détresse, ses doutes, en ce dernier voyage accompli, sans retour…

 Brigitte Rémer

 Société Civile des Auteurs Multimédias, 5 avenue Vélasquez. Paris Métro : Villiers, jusqu’au 14 juillet, du lundi au vendredi de 9h à 17h.  Accès libre. T : 01-56-69-58-58. (Exposition réalisée avec le soutien de France 24, de la S.C.A.M. et de Paris-Match).

Et des poussières

Et des Poussières… de  Nabil Hemaïzia, Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne et Marie Bauer.

Venus de la danse, des arts du cirque, du hip-hop et du sport, les interprètes du collectif  2 Temps 3 Mouvements fondé en 2006 avait déjà créé des  spectacles singuliers: Reflets, La stratégie de l’échec, Sous nos yeux et Prêt à penser. Marie Bauer venue du CNAC, du Cirque Baroque et des Ballets C de la B, qui avait suivi leur parcours, les a rejoints.
Elle est debout devant un énorme tas de vêtements sur lesquels elle se penche, et les trois danseurs entrent en scène tels des automates. Ensemble, avec  une précision mécanique , ils se rapprochent du tas, en avant, en arrière, tels des culbutos, et la jeune femme se jette sur eux pour les déshabiller.
Un jeu ironique se noue entre les quatre comparses autour de leurs vêtements,  et elle devient une femme-objet vêtue de rouge…Le moment culminant est une  pluie de feuilles mortes qui tombe des cintres, formant un grand cercle foulé par les danseurs. Peu ou pas de texte, quelques phrases inaudibles au fond de la salle. Les éclairages très soignés  de Vincent Toppino donnent à ce spectacle une belle dimension.

Edith Rappoport

Le Monfort, jusqu’au 18 mai, du mardi au samedi à 20 h 30, T: 01-56-08-33-88, http://www.lemonfort.fr

http://www.dailymotion.com/video/xxsktv

Dénommé Gospodin

 Dénommé Gospodin de Philippe Löhle, mise en scène de Benoît Lambert.

Dénommé Gospodin denommeC’est toujours avec appétit qu’on s’apprête à découvrir un nouvel auteur  sur nos plateaux.
A trente-cinq ans, Philip Löhle, est déjà largement reconnu en Allemagne et ne déçoit pas notre  attente, d’autant qu’il est ici intelligemment servi par la mise en scène et les comédiens
La pièce fait partie de ce qu’il appelle La Trilogie des rêveurs et Gospodin (en russe :seigneur ) en est bien un de rêveur : il entend vivre dans la société capitaliste mais …en dehors du système capitaliste.
Quand son lama lui est enlevé « qui me  permettait de survivre de façon agréable en dehors du capitalisme, en dehors de toute exploitation par le travail, de façon relax …  » il entreprend de se défaire de toute propriété, de se passer d’argent et d’avoir recours au troc. Dans sa douce utopie, il se demande: « Ne suis je pas en train de devenir heureux ? Prendre le capitalisme par les couilles ! ».
Il va à la cave, à l’endroit où était le lama et va chercher le bidon de lait avec lequel il donnait à boire au lama. Il repose donc le bidon, l’ouvre et écrit de sa  main nue avec du lait de façon à peine lisible, son dogme. »
Christophe Brault, grand bébé hirsute, indigné et boudeur, pétillant de malice, incarne Gospodin ; Don Quichotte non violent de la décroissance, il résiste aux assauts de la société. Deux acteurs postés à l’avant-scène, se font tantôt narrateurs, car la pièce se présente comme le récit des aventures de Gospodin, illustré par une série de brefs tableaux mettant en jeu le protagoniste face à sa petite amie, la copine de celle ci, sa mère et ses potes dont un mystérieux malfrat.
Mais voilà aussi les deux acteurs entrés dans l’histoire : Chloé Réjon, endosse avec virtuosité tous les personnages féminins. Emmanuel Vérité, interprète avec fougue toutes les figures masculines. Leur vivacité, la rapidité de passage d’une saynète à l’autre tranchent avec la force tranquille de notre héros
Benoit Lambert, nommé récemment directeur du centre dramatique national de Dijon, fait évoluer les acteurs dans une boîte lumineuse qu’il fera imploser en cours de route,  dévoilant les coulisses de la fable. La scénographie rythme et soutient la narration. Construite comme une bande dessinée où l’on saute de case en case, la pièce explore en s’amusant les effets dérégulateurs du capitalisme et rejoint des questionnements proches de ceux du mouvement des Indignés ou d’
Occupy Wall Street.
Il n’y a  ici ni déploration ni  rancœur, tout au plus une rêverie ironique, une utopie désabusée.
Un spectacle dans l’air du temps pour réfléchir en riant !

Mireille Davidovici


Théâtre de la Colline jusqu’au 15 juin. T:  01- 44-62-52-52

Une faille

Une faille feuilleton théâtral-création. Saison 1 : Haut-bas fragile épisodes 7 et 8 Reconstruire. Mise en scène de Mathieu Bauer

Une faille une_faillecpierre_groboisNous en sommes au troisième spectacle du feuilleton au long cours instauré par Mathieu Bauer depuis son arrivée à la direction du Nouveau Théâtre de Montreuil.
Le projet n’a pas perdu une miette de sa pertinence ni de son ambition. Mathieu Bauer connaissait bien Montreuil avant de devenir directeur . Gilberte Tsaï avait régulièrement invité ses spectacles.
Diriger un Centre Dramatique National est une  affaire qu’il a prise à bras-le-corps. D’abord comme artiste : sa marque personnelle, c’est un théâtre musical, cinématographique, qu’il déploie ici pleinement, renvoyant  avec malice la télévision à une vieille fonction dépassée. Ensuite comme organisateur, qui a su  mettre toute la « maison » dans le bain. On entre là dans le politique, dans la politique directe, concrète, sur le terrain.
Premier signe : la troupe, pas nécessairement institutionnelle. Plus de quarante personnes sur le plateau, comédiens, musiciens, choristes, un générique long comme une superproduction : c’est l’utopie réalisée des C. D.N, du théâtre/service public. Le service public,  c’est  sous la forme du chœur, la plus antique représentation de la collectivité, et la ville est bien  chez elle sur le plateau. Ce n’est pas un simple  geste citoyen .
Mathieu Bauer a choisi de parler de son quartier. Les grues tournent un peu moins aujourd’hui autour du théâtre, mais Montreuil reste un perpétuel chantier-en étant l’emblème d’une ville en mutation, et non Montreuil elle-même, bien entendu , avec ce que cela implique de pots-de-vin, dessous-de-table, malfaçons, et autres acrobaties financières. Avec ses coscénaristes et auteurs, il a regardé ce quartier comme un microcosme du “système“, avec ses grandes et petites failles, la question insupportable du logement –le Droit Au Logement  accompagne le projet-, la fuite des « responsables » devant leurs responsabilités, avec, en bruit de fond, le grondement sourd du peuple.
Point de départ du feuilleton (terme rétro heureusement préféré à celui de série  forcément culte!): à cause de la construction trop rapide d’un immeuble, un foyer pour personnes âgées s’écroule. Il y a des morts, et sept survivants  seront bloqués sous les décombres.
Ce sera l’histoire de leur sauvetage « en haut  » et de leur vie « en bas  » On aura vu, on verra, le secrétaire général de la Mairie, jeune technocrate au cœur de plus en plus pur, se démener comme un beau diable pour colmater l’affaire, en l’absence du maire, et finir en fusible. On verra évoluer les prisonniers : un mort, deux en fuite, dont le promoteur, les deux femmes-la jeune policière et la docteur de la maison de retraite-faire vraiment connaissance. On assistera à la sortie au jour des rescapés : pour elles, pour eux, rien ne sera plus comme avant, ce que la mise en scène relaie fort bien en basculant dans l’onirisme.
Il y a, dans ce troisième spectacle, de très beaux moments, dont le chœur initial du spectacle, et une formidable générosité. Il est beau (juste) que l’épisode baptisé Reconstruire soit hésitant, entre désillusion et utopie. Mais il manque ici une chose importante à notre bonheur et à notre adhésion sans condition : la marque d’un auteur, d’un poète…
On peut féliciter le collectif, admirer l’écriture scénique, mais, même avec des comédiens formidables (Christine Gagneux, colonne vertébrale du spectacle  dit une spectatrice, Pierre Baux dans  trois rôles, Mathias Girbig en jeune loup au cœur d’agneau, et les autres), les scènes dramatiques  « plombent ».
Vrai problème, balayé par l’énergie et l’inventivité, mais à méditer pour la suite, puisqu’il y aura une suite, avec deux nouveaux metteurs en scène, Bruno Geslin et Pauline Bureau.

Christine Friedel

Nouveau Théâtre de Montreuil T:  01 48 70 48 90  jusqu’au 7 juin

La nouvelle saison de l’Odéon.

La nouvelle saison à l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

C’est la deuxième saison de Luc Bondy, dont la nomination, l’an passé, par Frédéric Mitterrand, influencé , dit-on, par Carla Bruni, peu de temps avant l’échec de son cher mari, avait créé quelque émoi dans le petit monde théâtral  de l’hexagone. (voir Le Théâtre du Blog). Puisqu’était évincé  ipso facto Olivier Py, recasé vite fait  à la direction du Festival d’Avignon, grâce à un de ces tours de passe-passe- juridiquement des plus contestables-que le Ministère de la Culture-qui n’en est pas à un coup tordu près-garde toujours en stock…
On prédisait le pire à Luc Bondy devenu directeur de l’Odéon comme il voLa nouvelle saison de l'Odéon. thumb1ulait depuis longtemps et qui fut sans aucun doute un des  plus grand metteurs  en scène européens depuis la disparition de Peter Zadek et de Klaus-Michaël  Grüber. De ces nouvelles fonctions, Bondy ne s’est finalement pas si mal tiré et a rempli le contrat-à quelques erreurs près, avec une saison surtout  allemande  mais le public, du moins celui d’un certain âge-, a  quand même suivi. Même s’il  y a eu une nette tendance au vedettariat, tendance  facile et un peu trop fréquente en France et… toujours coûteuse.
Cette saison 2013-2014 verra défiler dix spectacles. Pour la plupart des reprises , et tous des valeurs sûres, de par leur auteur et/ou leur metteur en scène. Luc Bondy n’a guère pris de risques: c’est le moins que l’on puisse dire et la palette va des grands classiques comme Les Fausses confidences, avec notamment Isabelle Huppert-c’est la quatrième fois qu’il  mettra  Marivaux en scène- ou  Cyrano de Bergerac, pièce mythique, revisitée  à la lumière de la psychanalyse par Dominique Pitoiset qu’il créa  cette année à Bordeaux.
Du côté germanique, il y aura aussi  un Fassbinder  bien connu: Les Larmes amères de Petra von Kant, mis en scène de Martin Kusej et Le papier peint jaune d’après Charlotte Perkins Gilman, mise en scène de Katie Mitchell .
Comme il vous plaira sera monté par Patrice Chéreau accompagné de son scénographe d’excellence Richard Peduzzi, et salué comme une vedette par le public présent ce soir-là, ou comme Michel Piccoli venu en spectateur.

Du côté des auteurs/metteurs en scène de notre époque, là rien de très neuf mais  il y  aura la reprise de Au monde  et Les Marchands, excellents spectacles de Joël Pommerat,artiste associé de l’Odéon, qui mettra aussi en scène la belle petite pièce de Catherine Anne d’après Rilke Une année sans été qu’elle écrivit et monta avec trois bouts de ficelle quand elle n’avait que vingt-sept ans.
Luc Bondy a aussi fait appel, comme pour se dédouaner un peu,  à Angelica Liddell  qui n’est plus du tout la quasi-inconnue d’il il y a quatre ans (voir Le Théâtre du Blog) avec Tout le ciel au dessus de la terre. Le syndrome de Wendy qu’elle créera en Avignon cet été. Mais là aussi , peu de risques, même si ses spectacles n’ont pas toujours la même force dans une salle fermée qu’au cloître des Carmes quand elle avait monté son fascinant La Casa de la fuerza.
Le directeur de l’Odéon a eu raison de confier  à deux jeunes metteurs en scène déja connus de la profession mais pas du grand public,  Jean Bellorini qui créera  La Bonne âme de Se-Tchouan de Brecht et Benjamin Porrée, qui reprendra la première pièce fleuve d’un jeune Tchekov de vingt ans Platonov qu’il avait montée au Théâtre de Vanves l’an passé. Dénominateurs communs:  texte bien connu,  spectacle long, nombreuse distribution. Et une « énergie neuve » comme dit Luc Bondy. Même si cette énergie neuve e ne concerne que deux spectacles…

Bref, une saison solide sans doute mais un peu trop propre sur elle, où l’on aurait aimé  qu’il y ait plusieurs événements qui perturbent l’ordre établi et qui donne envie aux jeunes spectateurs de continuer à venir à l’Odéon autrement qu’en service scolaire commandé… Juste par envie, par désir que le grand Spinoza,  cité par Bondy, associait dans son Ethique au mot joie…Et de ce côté-là, désolé mais  le compte n’y est pas tout à fait.
Les temps certes ne sont plus les mêmes mais il est temps que les  directeurs des grandes institutions théâtrales françaises-et surtout parisiennes-prennent davantage de risques (le  recours au vedettariat, surtout quand les dites vedettes n’ont plus l’âge requis pour le rôle, est  une solution  à très court terme!) si elles veulent attirer un public aux cheveux encore foncés, et non des cohortes de jeunes retraitées de l’Education nationale.  Il y a vraiment  urgence…

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe T: 01-85-44-00

Sobre la Cuerda Floja

 

Sobre la Cuerda Floja par le Teatro Milagros.

 

Sobre la Cuerda Floja photo1-300x248En 2009, lors de sa résidence à Santiago-du-Chili pour sa dernière création   avant sa disparition,  Pina Bausch avait  rencontré le Teatro Milagros. Impressionnée par le travail de ce théâtre de marionnettes, elle l’invita ensuite au festival de Wüppertal.
Le spectacle-ici en version française-pose une question délicate: comment parler de la mort aux enfants. Ici, un grand-père raconte à Ismé, sa petite-fille que son épouse, (qui vient de décéder) partie en voyage, est devenue acrobate dans un cirque.  « Elle avait l’air d’une femme ordinaire mais,  à l’intérieur, battait le cœur d’une équilibriste ». Dans un film d’animation alternant avec des scènes jouées, l’on suit le déroulement de la semaine d’Ismé chez son grand-père.
Les manipulateurs à vue, (trois pour le grand-père et deux pour la petite fille), en combinaison noire, font jouer des  marionnettes très réalistes (de quarante cms environ) dans des décors à l’échelle (cuisine, chambre et plage).
La précision et la délicatesse de la manipulation est impressionnante et réveille aisément l’animisme qui est en nous. Le public suit ce récit de cinquante minutes entre gaieté et tristesse avec une grande attention. Seul bémol: le théâtre des Abbesses est sans doute un peu vaste, et une jauge de cent spectateurs  aurait permis d’avoir un suivi plus intime du jeu.

Jean Couturier

Théâtre des Abbesses jusqu’au 18 Mai

Une nouvelle saison théâtrale à Bruxelles

Une nouvelle saison théâtrale à Bruxelles…

 Une nouvelle saison théâtrale à Bruxelles tnb-300x280C’est le mois de mai, nous découvrons enfin le soleil et comme à Paris, les nouveaux programmes: nous pourrons à nouveau nous enfermer dans nos théâtres préférés dès l’automne  et y hiverner jusqu’à l’été.
Que nous propose-t-on?  ? C’est toujours avec beaucoup de fébrilité que nous attendons les trouvailles de nos gentils programmateurs. Je me suis donc rendue, en courant-enfin, pas tout à fait!-à la présentation de saison d’un  » fameux » théâtre bruxellois.
Cela faisait même des années que j’en avais perdu le chemin. Comme des vieux amants, nous nous étions quittés: salles à moitié vides,  mises en scènes étranges. …Parfois,  l’on n’a plus rien à se dire.
Le beau soleil a cependant réveillé  mon  appétit de découvertes. Je file vers
le théâtre, sur une des grandes artères de Bruxelles, toujours aussi imposant et  lumineux… Derrière un long comptoir, trois nymphes s’affairent derrière leur ordinateur. En fait, une seule s’occupe d’une cliente devant moi. C’est elle qui, aujourd’hui, possède le don de parole. Les autres nymphes somnolent. « Oui, Médéme « (en Belgique, pays  ô combien gentil et accueillant, la syllabe « ma »  devient souvent « mé »!Et Madame  devient donc  Médéme). « Médéme, il y a une liste d’attente pour le spectacle de la grande salle, revenez vers vingt heures ! »
« Bonjour, je viens assister à la présentation de saison. - »Prenez l’escalier, c’est  au deuxième étage. Vous êtes invitée à consommer quelques nectars avant que notre Dieu-Directeur ne vous dispense sa parole. » Je remercie notre douce cerbère..

Là, une autre cerbère me renifle mais m’invite à  entrer. Me voilà chez les dieux. On y  retrouve  quelques demi-dieux, directeurs de ci, présidents de ça. Les héros sont aussi là, accoudés au bar, rappelant leurs récents exploits à des oreilles avides. On en reconnait certains, accompagnés de leur cour d’apprentis, dont le visage éclatant de soleil se marie à merveille avec la couleur des boissons.
Soudain,  notre Dieu-Directeur arrive. La foule s’écarte… Une groupie se jette à son cou, et reçoit, en remerciement, un hommage baveux: elle a de la chance ! Qu’il est beau et séduisant notre Dieu-Directeur ! Quelle forme ! Mais quel âge a-t-il déjà ? Bref, les vestales du premier rang sont près de la pâmoison. Quand le beau Dieu-Directeur va-t-il parler ? Justement,  il s’exprime. Micro en main, une cuisse  en appui sur un haut tabouret, il nous charme: « Merci d’être venu si nombreux au théâtre. Vous avez tous reçu le catalogue de la programmation construite sur l’idée de faire revenir nos anciens amants au théâtre. Beaucoup me disent non, le théâtre, je n’y vais plus, c’est chiant, on n’y comprend rien ! et puis on y dort mal !.. »
Le premier rang glousse….! Oh! oui, dis-moi ce que je souhaite entendre: des salles pleines, des mises en scènes captivantes, des scénographies innovantes…. Mais ces mots grossiers: budget, fréquentation en baisse ? Notre Dieu-Directeur serait-il un homme de chair et de sang ?  C’est à cela que l’on reconnait les grands Dieux : ils peuvent saigner comme des humains. Lui, il a su leur  imposer le respect. Malgré les baisses de subventions, il maintient  à flot son grand théâtre et va nous faire rêver pendant tout une saison. Le premier rang est en lévitation. Moi aussi… Nous salivons.
Il nous avait déjà parlé des spectacles à venir mais ouvre le programme qu’il a en mains dans un geste auguste…. et le lit pendant vingt bonnes minutes, jetant parfois un œil au public. Logorrhée des vieux amants aux petites heures du matin ! « Ce spectacle est bien… je l’ai vu, y a truc, dedans…. euh, il est bien ! venez ! vous verrez ! Euh… C’est un peu comme le spectacle du mois de février où y a machin !… Machin ? Mais, c’est le frère de Truc ! Il joue bien ! c’est une belle histoire…. » Notre Dieu-Directeur aurait il une baisse de forme ?
Et ça n’en finit pas. : « Le spectacle A… ouvre la saison parce qu’il faut bien ouvrir la saison ! Y a untel dedans ! J’ai entendu parler de son spectacle !… »
On est quand même surpris qu’un directeur nous lise aussi mal sa liste de courses, avec comme seul argument : « C’est bien ! ».
Et vingt minutes plus tard, il passe la parole à sa grande prêtresse. Je la reconnais, c’est notre cerbère : « Merci Dieu-Directeur, je tenais à attirer votre attention sur le spectacle de Truc… Ah, tu en as parlé ? Euh, j’ai bu un peu de vin ! Et celui de Machin, tu en as aussi parlé ? Hi, hi hi : Le vin était vraiment bon ! J’en ai un peu abusé… »
Ouf! Cette  présentation bâclée est enfin achevée! Nous sommes alors invités à assister à une pièce d’une heure vingt !!! Quelques visages connus et  quelques héros de la culture. Sur la grande scène plongée dans une demi-obscurité, deux hommes : l’un est armé d’une guitare et l’autre manipule des caisses en bois. Face public, il nous décrit à toute vitesse un monde imaginaire: son monde… Il parle, parle…sans respirer et parle encore. Son histoire est aussi sombre que le plateau! Je traduis: nous sommes des cons pour vivre dans une société qui nous asphyxie mais que nous aimons. Et il parle, et ne respire toujours pas.
Dans la salle, ni rire, ni applaudissements.  Un courageux quitte la salle… Je l’envie ! L’autre acteur parle toujours sans nous regarder  et toujours  sans respirer. Le metteur en scène a sans doute voulu nous dire que nos conditions de vie sont minables, et que nous sommes bien cons de les accepter…
Je regarde encore ma montre. A ma droite, on dort. Mais pourquoi ce type parle t-il si vite ? On ne comprend rien. Pourquoi ne bouge t-il pas ? Rhumatismes ? Pourquoi ne nous regarde -t-il jamais. Cécité ? Pourquoi  regarde-t-il un point fixe depuis douze minutes, en essayant sans doute de comprendre pourquoi il est entouré de caisses de bois (symbolisant sans doute le consumérisme?
Toujours aucune réaction dans la salle. Je vais m’endormir!  Mais, coincée au milieu de la rangée, impossible de sortir… Tiens, c’est fini. Le clan des Héros du dernier rang se lève et applaudit. Devant, ça applaudit, très mollement! Le bavard et l’homme guitariste muet, au physique de mafieux,  saluent trois fois! Ils ont l’air content. Ils font de grands gestes vers la droite, puis vers la gauche. Ouf, leurs bras fonctionnent! On est soulagé ! Mais pourquoi n’ont-ils pas réussi à se déplacer avant ? Sans doute encore une belle idée du metteur en scène pour montrer l’oppression?
Conclusion: ne  jamais  chercher à revoir nos vieux amoureux. Quand ils ont quitté nos vies, c’est souvent pour de bonnes raisons. Ai-je besoin de deux trucs bâclés  pour comprendre que j’ai le droit de ne pas tout accepter, même au nom de la culture belge? Maintenant, c’est gravé dans le marbre: ne plus jamais revenir dans ce pompeux théâtre officiel que tout le monde aura reconnu.
A la sortie, des jeunes filles distribuent des tracts : il a donc bien d’autres théâtres  à Bruxelles. Merci les Dieux !

Sylvie Suzor

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