Je Pense à Yu

Je Pense à Yu

de Carole Fréchette

Mise en scène Jean-Claude Berutti

 

Je Pense à Yu piecegalerie.1078.thumb_Février, dehors la neige tombe en tempête. Madeleine, calfeutrée dans son appartement dont elle ne réussit pas à vaincre le désordre, peine à finir une traduction sur le traitement des déchets domestiques. Une histoire l’obsède, celle de Yu Donguye incarcéré pendant 17 ans pour avoir lancé avec deux camarades des œufs emplis de peinture sur le portrait géant de Mao, place Tien An Men, pendant la révolte étudiante de mai 1989.

Elle s’enferme chez elle, consulte Internet, fébrile, pour en savoir plus, pour comprendre. Elle interroge aussi son propre passé. Qu’a t’elle fait pendant ces dix sept années d’une vie chaotique ? A t’elle vraiment aimé Pierre-Louis ? Et les autres ? Qu’en est-il des idéaux de sa jeunesse ?

Malgré elle, deux personnages vont partager avec elle l’histoire de Yu : Jérémy son voisin dont la vie a basculé lorsque sa femme l’a quitté et Lin une jeune exilée chinoise à qui elle donne des cours de français. Jérémy envahit peu à peu l’espace de sa voisine, y construit une bibliothèque pour ranger ses livres épars quand il n’est pas au téléphone avec son fils placé dans une institution ; la petite Chinoise force sa porte pour lui réciter la conjugaison du futur

La pièce est construite autour d’un subtil équilibre entre l’intime des personnages et leur réaction à ces événements qui les dépassent. Tandis que Madeleine s’emballe pour Yu : «  Les petits œufs éclatent sur le grand portrait et sa face devient une tache rouge. ça crie dans leur tête. » « Mais à quoi ça sert ? », demande son voisin. Même scepticisme chez, Lin, horrifiée par ce geste iconoclaste aussi inutile que dangereux en Chine : « On n’attaque pas Mao, jamais ! »

Madeleine insiste et analyse la portée symbolique de ce geste qui peut sembler dérisoire. N’a-t-on a raison de se révolter ?

La mise en scène sobre et efficace donne à entendre un texte habilement tissé et laisse libre cours à une belle partition à trois. Marianne Basler traduit subtilement le caractère à la fois exalté et dépressif de Madeleine. Antoine Caubet incarne un Jérémy dont la délicatesse tranche avec la force tranquille que dégage son imposante stature. Yilin Yang campe une gamine intrépide et volontaire, pleine du bon sens populaire que lui prête le rôle. Sa malice tout comme la gaucherie de Jérémy pimentent la pièce d’un humour bienvenu dans ce contexte tragique.

D’œuvre en œuvre, notamment dans Le Collier d’Hélène, Carole Fréchette explore sans afféterie son rapport au monde en plaçant ses personnages dans des situations qui les interpellent et qui, par là même, déclenchent notre propre questionnement. Une voix singulière dans le paysage du théâtre québécois.

C’est ainsi que, après être tombée, un jour de février 2006, sur un entrefilet dans le journal annonçant la libération de Yu Dongyue, l’auteure québécoise imagine une pièce calquée sur sa propre réaction. « Je pense à Yu, écrit-elle, se situe au coeur de la question qui me hante comme auteur : comment parler du monde sans faire abstraction de soi ? A la jonction de la grande histoire et de la petite histoire, du monde réel et de celui que j’invente, cette aventure m’a menée dans des zones dramaturgiques inédites pour moi entre fiction et documentaire. »?

Si elle raconte la Chine deMao et d’aujourd’hui la pièce met surtout le spectateur face à son propre engagement et à sa capacité de résistance à la tyrannie.

Mireille Davidovici

 

Théâtre Artistic Athévains 5 bis rue Richard Lenoir 75011 Paris tél 0143563832

14 mai-30 juin

La pièce est éditée chez Actes Sud-Papiers

 

 

 


Archive pour mai, 2013

L’île inconnue

L’île inconnue, conception de Brice Coupey, mise en scène d’Ombline de Benque et Caroline Nardi Gilletta.

 

L’île inconnue lile-inc-2

La salle est à la fête, pleine d’enfants venus des centres de loisirs alentour, vacances obligent. Après les recommandations d’usage -éteindre complètement les téléphones et bien se caler dans son fauteuil- faites par un bienveillant M. Loyal (le directeur du théâtre), le silence sera de qualité, avec une participation active et admirative, sous forme de ah ! et de oh ! aux moments de mystère du spectacle qui a été adapté du Conte de L’île inconnue de José Saramago. Le grand  auteur portugais l’avait écrit  pour l’exposition universelle de Lisbonne, en 98, année où il reçut le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre, une première dans son pays.
Des coffres/cubes en bois de toute dimension  abrite l’inventivité de la manipulation et réservent des surprises. Brice Coupey construit et déconstruit, comme un docker, poussant, ouvrant, tirant, se cachant, puis érige le palais du roi. Toc, toc, toc ! Qui frappe à la porte des requêtes? Le roi n’a guère envie d’entendre ce citoyen-là et délègue à sa servante la prise de décision; elle  le renvoie au premier secrétaire, qui le dirige vers le second, qui lui-même délègue au troisième, et ainsi de suite… Premier adjoint, second puis troisième adjoint, tournez manège ! Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence..
Comme il voit que le volume des offrandes a bien baissé et que le royaume frise l’émeute, l’altesse, sur un trône à roulettes, consent à écouter son
sujet dont la demande, jugée excentrique, le stupéfie :”Donne-moi un bateau, je dois partir à la recherche de l’île inconnue ”, dit-il  avec aplomb. De fil en aiguille, sur fond de quiproquos et tergiversations, un “ bateau avec beaucoup d’expérience, ni paquebot, ni cargo, ni navire de guerre”, lui est attribué, mais…. sans l’équipage !
Après moult aménagements et adaptations,  réalisés avec l’aide de la servante qui, sortie du Palais par la porte des décisions, a choisi de prendre en mains son destin, le rafiot se transforme en une belle caravelle trois mâts. On imagine la suite : la rencontre de l’homme et de la femme, et le rêve d’amour et d’auto-réalisation qui les guide ; un happy-end en forme de pirouette, quand la quête de
l’île inconnue n’est plus à l’ordre du jour mais devient le nom de cette caravelle qui s’apprête à prendre la mer “à la recherche d’elle-même” et y est peut-être encore.
C’est une belle histoire, adaptée ici pour un comédien seul en scène, qui joue de toutes les voix et tient les rôles de conteur, roi, et capitaine de vaisseau, signifiés par un élément de costume. Il se démultiplie avec des personnages marionnettes, dirigés à vue : la femme est habillée de  tissu brodé, et le jeu circule entre elle et lui, le comédien, qui revêt le même tablier ; l’homme est une marionnette en bois sculpté et articulé, et chaque personnage existe en  trois dimensions, légèrement plus grand à chaque apparition, entretenant l’illusion et se rapprochant ainsi progressivement du spectateur. Brice Coupey, habile  manipulateur, les fait vivre avec subtilité et virtuosité: ils sont ainsi bien réels. Sa présence  est chaleureuse, il joue de tous les alphabets, dedans comme dehors. Formé auprès d’Alain Recoing, la référence ne matière de marionnettes à gaine, Coupey les manipule avec simplicité et fluidité, comme une évidence.
Si le jeu des coffres en bois plein de cachettes, en première partie, fonctionne comme un ensemble de poupées russes, la seconde partie consiste en la préparation du vaisseau fantôme, qui remplit à la fin l’espace scénique, de façon suggérée et symbolique. Des cordages, tirés artisanalement, dessinent la voilure, et le narrateur/manipulateur tient  le gouvernail grâce à un jeu de contrepoids, avec dextérité, jusqu’à ce que trois voiles blanches se déploient.
Brice Coupey a créé sa compagnie, L’Alinéa, en 2002, et
L’Ile inconnue est son quatrième spectacle. Ombline de Benque signe pour la version française la mise en scène et la fabrication des marionnettes, et Caroline Nardi Gilletta la mise en scène, pour la version originale en portugais, qui est également proposée. C’est une réalisation sensible qui plaît aux enfants et qui devrait aussi plaire aux parents. Ne boudons pas l’utopie, embarquement immédiat !

Brigitte Rémer

Théâtre Berthelot de Montreuil, le 7 mai, à 15h en langue française, à 20h30, en langue portugaise, et en tournée. Tout public, à partir de 7 ans.

 

 

 

Perdus dans l’Île de San Luis/Station mobile 1.5

Perdus dans l’Île de San Luis/Station mobile 1.5, de Verónica Musalem, travail en cours de Lydia Margules

Perdus dans l’Île de San Luis/Station mobile 1.5 postal-estp C’est une mise en espace, un spectacle en devenir, Los perdidos de la Isla de San Luís donné en langue originale (mexicaine) et interprété par quatre comédiens, texte à la main.
La traduction du titre peut elle-même prêter à confusion, perdidos pouvant signifier perdus autant que perdants, les deux pouvant coller au thème, celui de l’émigration. L’équipe artistique, mexicano-française, est dispersée dans plusieurs pays-Mexique, Espagne, France et Allemagne- et quand elle se rencontre, fait évoluer la représentation, notamment en fonction de la singularité des lieux où le travail en cours est présenté.

Pour cette cinquième version, la performance se déroule dans un lieu labyrinthe-les sous-sols de l’Ecole supérieure de travaux publics, de part et d’autre d’un couloir, scénographie toute trouvée pour faire passer la notion de traque aux spectateurs, assis en quinconce et vis-à-vis. Les acteurs vont courir et s’égarer entre couloirs et portes, à la recherche de l’autre, à la recherche d’eux-mêmes.
Le thème ? L’émigration, la solitude, la quête d’amour. « Emigrer c’est disparaître, pour ensuite renaître. Emigrer, c’est renaître, pour ne plus jamais disparaître »dit Sami Naïr.

L’action se passe dans la rue d’une ville indéterminée, hier, aujourd’hui ou demain, les personnages sont à peine esquissés, le texte se répartit comme dans un chœur, et il n’y a pas réellement de rôles.
L’auteur, Verónica Musalem, scénariste,  dramaturge et metteur en scène a fait des études en Littérature dramatique à Mexico, puis en Dramaturgie, à Barcelone. Très connue au Mexique mais éloignée des canons classiques, son œuvre est controversée.  Verónica Musalem fait partie de cette génération d’auteurs coincée entre des aînés au style plus conventionnel et une jeune génération happée par la violence et le social, ce qui, reconnaît la metteur en scène, réduit beaucoup les choses.

C’est la sixième fois que Lydia Margules travaille avec l’auteur. Ce texte est une commande qu’elle lui a passée, lui donnant pour mot-clé : l’émigration et ses conséquences sur la vie intime de l’individu. On y parle de la quête d’amour, du sexe, des autres cultures, de la recherche des origines, de l’identité. Le spectacle repose sur les « petites » histoires de gens ordinaires qui ont émigré, sur des événements, sur la mémoire. Les acteurs ont participé au canevas d’écriture, en racontant leur expérience de l’ailleurs, de leur émigration,  et  en donnant leur témoignage.
Dans la pièce, tout émigre, les mots tournent en boucle, et construisent le sens,  dans une sorte de  puzzle. Le texte, évolue, comme la mise en scène, d’une représentation à l’autre et d’un lieu à l’autre, dans un parti-pris d’instabilité et d’insécurité. La première phase du projet a débuté à Mexico-ville, en novembre dernier, avec une première équipe argentino-mexicaine, suivi d’une seconde étape, qui s’est déroulée à Cadiz en début d’année avec une équipe « nomade », puis à Cachan. La suite se passera au Mexique avec une série de représentations, à l’automne prochain.
Formée d’abord comme comédienne, en France, auprès de Niels Arestup à l’Ecole théâtre du Passage, puis chez Jacques Lecocq au Laboratoire d’études du mouvement où elle a travaillé sur l’espace, Lydia Margules est passionnée d’éclairage et donne des cours en création-lumière, au Mexique. La transmission, pour elle, est aussi passée par son père, Ludwig Margules, grand metteur en scène d’origine juive polonaise, émigré au Mexique dans les années 60, et qui a formé nombre de metteurs en scène et son histoire familiale et personnelle se superpose à l’expérience artistique. De parents émigrés-sa mère est espagnole-elle semble en transit et s’interroge sur le concept d’identité, et comme tout mexicain, sur le  métissage, source d’altérité mais aussi de tension.
La metteur(e) en scène est aussi auteur(e). Elle est actuellement en résidence d’écriture et prépare un second volet sur ce même thème de l’émigration, qu’elle intitule Station ouverte (Estación abierta) et qu’elle annonce plus philosophique et abstrait que le premier. Elle présente actuellement, sous le titre Invitation au silence, l’adaptation qu’elle a faite de textes de Marguerite Duras-dont Agatha-dans les petits lieux indépendants de Mexico et espère prochainement s’affronter à un Calderón de la Barca ou Shakespeare. A suivre…

Brigitte Rémer

Spectacle vu en mars au campus de l’Ecole Supérieure de Travaux Publics de Cachan, (Département d’espagnol/Ana Cecila Hornedo Marín). Prochaines représentations : du 7 au 30 novembre, Espace Lab 13, Mexico ville , et du 7 au 15 décembre, Teatro El Milagro, Guadalajara.

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire, conception, chorégraphie et mise en scène d’Ushio Amagatsu /Sankai Juku

 

Umusuna-Mémoires d’avant l’Histoire umusuna-2701photos-sankai-juku

© Sankai Juku

Le spectacle est construit en sept tableaux qui s’enchaînent comme une spirale, dans une chorégraphie faisant alterner solos et chœurs de trois, quatre et jusqu’à sept danseurs. Ces tableaux sont nommés : Atokata/empreintes, Tout ce qui naît, Mémoire(s) de l’eau, Dans le vent qui faiblit au loin, Miroir des forêts, Sédimentation et érosion à l’infini, Ubusu. Chacun annonce une couleur, reprise dans un signe du costume : de la plus pâle comme l’écru et le blanc, au rouge indéfinissable des drapés de soie, puis au vert, tout aussi délicat, et repris en idéogrammes par des bandes de tissus qui s’intercalent, fugaces, dans la scénographie – conjuration du mauvais sort ? – C’est dans un rapport philosophique au temps et à l’espace, bien loin du réel, que nous sommes conviés: deux sabliers, posés comme sur les plateaux d’une balance, symbole d’équité, suspendus de part et d’autre du fond de scène en un parfait équilibre, oscilleront  l’un et/ou l’autre, ensemble ou en décalé   et laisseront s’écouler, à peine perceptible, un fil de sable transparent. . Deux plateformes à peine surélevées et séparées d’une allée que le danseur descendra et montera, compose l’espace épuré, comme un tatamis de sable vierge digne du plus grand sanctuaire, sur lequel s’imprimeront des traces de pas, tout au long du spectacle. Un long filet de sable blanc s’écoulera, de manière ininterrompue pendant la représentation, du gril au plateau, à la césure des tapis, formant à la fin un amas dont prendra possession le danseur.
Umusuna,
un mot venu du fond des âges, signifie L’endroit où nous sommes nés : il n’est pas si hospitalier, plutôt une immensité désertique et brûlée, inhabitée, datant de millions d’années ; il parle du sacré, de l’origine de la vie et de la naissance du monde, autant dire d’infini et d’éternité. Le danseur y travaille, de l’intérieur, tension et énergie maîtrisées et remonte le cours du temps, entre éveil et souffrance, innocence et peur, illusion et illumination, concentration et justesse. Il construit le cycle des naissances et des renaissances, de la vie et de la mort. On le dirait végétal quand il s’enracine comme une ramure, animal des fonds sous marins, fœtal nageant dans le liquide amniotique des origines, et passant du sol à la marche debout, jusqu’à l’autre côté du miroir.
Fondée en 75, la compagnie Sankai Juku » atelier de la montagne et de la mer  » – fait partie de la seconde génération de danseurs Butô, aujourd’hui dirigée par Ushio Amagatsu. La compagnie présente toutes ses créations, depuis 82, en avant-première mondiale, au Théâtre de la Ville. Une formidable fidélité réciproque, dans ce partenariat ! Amagatsu a approché les danses traditionnelles japonaises, a ensuite été formé en danse classiqueet moderne à Tokyo, puis a opté pour l’approfondissement du Butô. Il s’intéresse à la gravité et développe, autour de ce concept, sa recherche : « Quelle que soit sa position, horizontale, s’il est couché, verticale s’il se tient debout, l’homme vit inévitablement dans un échange constant avec la gravité ».
Née au Japon dans un contexte socio-politique d’après-guerre, sous l’impulsion de Tatsumi Hijikata et Kazuo Ohno deux maîtres aujourd’hui disparus, la danse Butô,-danse du corps obscur ou danse des ténèbres-fait suite aux traumatismes de l’après-Hiroshima et voit le jour à la fin des années 50, en jetant les bases d’une approche radicale de la danse contemporaine japonaise.
Le corps est enduit de blanc, couleur du deuil dans de nombreux pays, notamment chez certains peuples d’Afrique, forçant la fascination. Dans le Butô, « elle permet de voyager dans une autre dimension », comme le dit le chorégraphe. Le crâne est rasé. Ni nô, ni kabuki, spectacles aux techniques ancestrales japonaises, le Butô est subversif, notamment par son introspection au monde et son rapport au cosmos, par sa lenteur. L’impersonnalité est son alphabet, avec un danseur  seul et collectif, semblable au monde où n’existe qu’une simple agrégation de phénomènes conditionnés
Umusuna est une méditation poétique d’une beauté et d’un raffinement inouïs, dans  une chorégraphie et  une mise en scène réalisées par Ushio Amagatsu, directeur artistique de la Compagnie, les costumes précieux de Masayo Lizuka et les lumières de Genta Iwamura. Elle est un peu troublée par une musique très élaborée certes, où se superposent différents messages, allant du bâton de pluie aux fines crotales, mais où dominent le bruit et la fureur d’aujourd’hui, qui,  jouant de contraste, à certains moments nous saturent.
Les ruptures de silence permettent quelques respirations, dans cette symphonie non verbale et magnétique, magnifiquement dansée, qui s’inscrit dans les mémoires, même si comme le dit Amagatsu : « L’œuvre jouée sur scène n’est pas dotée d’une vie éternelle, en l’espace d’une heure et demi à peine, elle apparaît puis disparaît instantanément, telle une bulle ».

Brigitte Rémer

 Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, du 2 au 11 mai, à 20h30, dimanche 5 mai à 15h, (www.theatredelaville-paris.com)

Ushio Amagatsu, des rivages d’enfance au butô de Sankai Juku, propos recueillis par Kuoko Iwaki, édit. Actes Sud (www.actes-sud.fr)

Festival de Teatro Memoria de Santa Cruz

Festival de Teatro Memoria de Santa Cruz de la Sierra en Bolivie : El Naufragio de Nuflo de Chavez mise en scène de Marcos Malavia

Festival de Teatro Memoria de Santa Cruz photoC’est à l’Ecole Nationale de Théâtre que ce spectacle a été joué avec les élèves de quatrième année. Pour parvenir à l’Ecole depuis Santa Cruz de La Sierra, il faut faire 45 mn de route goudronnée (la plupart des autres chemins partant de cette route principale sont en terre !) qui fait penser  à un paysage urbain d’il y a cent ans…
Petites boutiques ouvertes sur la rue,  infirmeries, cabinets d’avocat ou de médecins côtoient les échoppes  de réparateurs de voitures et des bazars en tout genre. Pas de taxis mais  des carrioles à chevaux…
Puis, au milieu de nulle part , on découvre  cette récente Ecole Nationale de Théâtre dirigée par Marcos Malavia, voisine de l’Université catholique de Bolivie.
Avec les structures d’une école moderne: salle de spectacle de cinq cent  places, plusieurs salles de répétition au nom d’Antonin Artaud et  de Marcel Marceau, une bibliothèque, des ateliers de fabrication,  et des bâtiments pour les pensionnaires.
Cette école a comme spectateurs fidèles, les élèves des écoles environnantes. Marcos Malavia monte avec ses quinze élèves une adaptation scénique d’un texte de José Sanchis Sinisterra qui nous conte l’aventure de Nuflo de Chaves et des conquistadors venus comme lui d’Espagne  pour  envahir les terres indiennes à la recherche d’or, dans des combats sans pitié avec les populations indiennes.
En 1544, il participe à la révolte contre le gouverneur espagnol et, en 1561, fonde Santa Cruz de la Sierra du nom d’une petite ville espagnole dont il  était  originaire. L’énergie de jeu des jeunes comédiens,  comme souvent pour des présentations d’élèves, est  ici bien réelle. Les lumières et les musiques, (le metteur en scène n’hésite pas à reprendre la musique d’Ennio Morricone pour Mission de Roland Joffé !) contribuent à créer un spectacle très cinématographique constitué d’une succession de scènes rappelant parfois des tableaux de Géricault.
Mais paradoxalement, Marcos Malavia se refuse  à user d’une mise en scène  traditionnelle, et  plusieurs  scènes, pleines d’ironie, viennent briser l’identification, avec un jeu au second degré,  d’où une certaine confusion dans la mise en scène.
Malgré ces réserves, le public du  festival semblait conquis par le spectacle  qui a le mérite de donner à voir un épisode constitutif de l’histoire de la Bolivie, ce qui explique aussi l’extrême motivation des comédiens.

 

Jean Couturier

 

http://festivalesapac.com/festival-de-teatro-2013/

Laurence Louppe, un héritage sensible et théorique

Laurence Louppe,  un héritage sensible et théorique, au Cratère/Scène nationale d’Alès.

 

Très vite, après sa disparition en février 2012, l’association Sentiers consacrée à la danse contemporaine, que dirige Marie-Claire Gelly-Aubaret et dont Laurence Louppe fut la présidente de 2001 à 2008,  avait  préparé une journée d’hommage à son travail de chercheuse et de critique qui a eu lieu ce 20 avril. Avec la complicité de Denis Lafaurie, le directeur du Cratère/Scène nationale d’Alès qui a coproduit cet hommage et auquel ont assisté et/ou participé une centaine de personnes…
Dans le hall du Cratère, était projeté en boucle un film de Catherine Contour sur des travaux en relation avec l’enseignement de Laurence Louppe, et dans deux vitrines étaient rassemblés manuscrits, photos personnelles, et plusieurs albums prémonitoires où, à dix ans, la future critique croquait déjà les interprètes de ballets classiques…
Plus loin, on pouvait entendre, lové dans un grand canapé, la voix si particulière de Laurence Louppe,  lors de conférences et séminaires, notamment à Alès. Puis les participants furent conviés à un atelier  imaginé par Laurence Saboye, autour de la notion de suspension, où une quarantaine de danseuses-quelques danseurs seulement! -improvisaient des chorégraphies, en construisant chacun son propre atelier , en solo, ou à deux ou plus, avec des bandes de tissu tissé, des gros ballons au sol ou d’autres volant en l’air, et de petits papiers où étaient cités de courts textes sur l’art: Pierre Schneider, Laurence Louppe, etc…. Dans un mutisme total, sans musique, juste avec le son des pas sur le tapis de danse,  le froissement ou parfois l’éclatement de ballons, sous l’égide de Doris Humphrey dont on pouvait voir quelques chorégraphies sur  écran.
 Suivit une conférence de  Daniel Dobbels, chorégraphe, critique et théoricien de la danse contemporaine a retracé sa démarche théorique, en mettant notamment en valeur la notion de poids du corps, à laquelle elle avait toujours sensible. Elle  avait été notamment frappée par la bourrée de paysans cantaliens d’une centaine de kilos, qui dansaient pourtant avec précision et légèreté.: “En danse, comme le dit Daniel Dobbels, on ne pose pas le pied sans savoir où on va le mettre”.
  Il a aussi rappelé qu’un ballet contemporain tolère un certain sommeil chez l’interprète, à la différence de la danse classique, et a cité la belle phrase bien connue d’Euripide: “Il n’y a pas sur le corps de marque qui différencierait le bon du méchant”. Daniel Dobbels a aussi souligné la difficulté pour les chorégraphes qu’il y avait  à multiplier les postures dans l’espace, sans que les corps ne s’entrechoquent, comme l’avaient fait remarquer Merce Cunningham et John Cage… Ce qu’avait déjà aussi formulé en d’autres termes Oskar Schlemmer:  » Sentir l’espace en douceur et en toute discrétion ».
Il a rappelé aussi l’exemple de Mary Wigman, avec  sa célèbre Danse de la sorcière qu’elle interprétait avec une extrême délicatesse, au sens  où, dit-il, elle  touchait,  à des points extrêmes de l’être.  Mais aussi de  Vaslav Nijinski  qui finit par développer dans l’écriture ce qu’il n’avait pu faire sur scène, et les gestes de pure vie, non déterminés par la mort, qu’Isadora Duncan avait réussi à créer. Tous ces exemples de travail et de pensée chorégraphique accompagnèrent la vie de Laurence Louppe.
Daniel Dobbels  avait présenté la veille sur la grande scène du Cratère, Si(x) danseurs en quête d’auteur, un ballet avec cinq danseurs, où il intervenait en voix off en lisant des extraits de ses textes, “auteur hybride dit-il sachant qu’un texte ne peut tout dire, de même qu’un corps ne peut tout danser”

  Dans l’après-midi, Les Dormeuses: Véronique Albert, Isabelle Dufau et Laurence Saboye , qui avaient partagé l’enseignement de Laurence Louppe, proposèrent un sorte d’atelier/performance dans le grand hall et les escaliers du Cratère à l’architecture brutaliste. Après un « thé louppien » (sic) animé par Catherine Contour,  suivit une table ronde animée par Joëlle Vellet qui sut bien mettre en valeur, à partir de paroles et des écrits de Laurence Louppe, le rôle essentiel qu’elle eut, quand elle réussit à stimuler le discours des danseurs et chorégraphes, et à initier une réflexion sur la question même des textes  à écrire sur les pratiques et les aspects théoriques de la danse en relation avec les autres arts comme le théâtre, le cinéma, et les arts plastiques.
Il y eut enfin une “conférence-performance-atelier en pente douce”, non dénuée d’humour, de Catherine Contour sur le grand plateau du Cratère. Elle reprenait, du moins en partie,  une performance qu’elle avait faite avec Laurence Louppe qui avait prononçé un texte assez délirant, avec cette voix si particulière que l’on entendait une fois de plus, non sans émotion. Elle a symbolisé pendant presque trente ans, l’exigence de la pensée critique en danse contemporaine.
On regrette qu’Hubert Godard et Dominique Dupuy qui furent les compagnons de longue route de Laurence n’aient pas été là. Mais cette mise en perspective, à la fois ludique et théorique, après le bel hommage qui lui avait été rendu l’an passé au Théâtre National de Chaillot par tous ceux qui avaient travaillé avec elle, puis à Bruxelles aux Editions Contredanse, fut à la mesure de celle qui dort son dernier sommeil, sous des rosiers, comme elle l’avait souhaité, dans un humble et beau cimetière de Cassaniouze, petit village cantalien.

Philippe du Vignal

Une « traversée » avec Jerzy Grotowski

Une « traversée » avec Jerzy Grotowski, organisée par l’IMEC-Abbaye d’Ardenne et le Studio-Théâtre de la Comédie Française.

Une

akropolis

Grotowski: un nom magique, autour des  années soixante. Dans une Pologne souterraine, créative à l’extrême, où il y avait un mur à pousser. Avec Tadeusz Kantor, autre grand de ce temps sur la scène artistique, des plasticiens, écrivains, graphistes, réalisateurs, acteurs et metteurs en scène, longtemps sous le manteau pour raison de stalinisme, ont ébranlé le paysage théâtral.

Jerzy Grotowski, lui, metteur en scène et théoricien, a révolutionné le théâtre en plaçant l’acteur au cœur du processus de création, dans le plus grand dépouillement, et le plus fort engagement. Travailler au Théâtre-Laboratoire de Wroclaw, en Pologne, selon les canons de son “théâtre pauvre”, était pur sacerdoce: il était l’officiant et appliquait ses théories.
La mise en condition par des entraînements quotidiens intensifs dignes d’athlètes de haut niveau, exercices dits : Physique, Plastique et Improvisation “au-delà de la douleur” comme il se plaisait à le dire, ne pouvait rendre, en éliminant les résistances, que virtuose ou fou.

Tel fut le chemin emprunté par Jerzy Grotowski (1933/99) qui a interpellé de nombreux acteurs de tous pays, en quête d’un nouveau langage théâtral, se jetant à corps perdu, dans l’expérience : recherche des limites du corps et de la psyché, du charnel et du spirituel, de soi et de l’autre, mise en marche de l’imaginaire à partir de l’expérience intime, telles sont les bases de son théâtre qui ont changé la relation fondamentale au texte et englobé les spectateurs dans une dramaturgie spécifique à chaque représentation.

Peter Brook, parlant du travail de Grotowski, dit, en 77, dans
L’Espace vide : «Le spectacle devient un acte de sacrifice, une offrande publique de ce que la majorité des gens préfèrent cacher, et une offrande au spectateur. Grotowski avait  converti la pauvreté en idéal, ses acteurs se sont dépourvus de tout, sauf de leur propre corps ; ils disposent d’instruments-de leur organisme et d’un temps illimité, rien d’étonnant alors s’ils considéraient leur théâtre le plus riche du monde».
Avec son Théâtre-Laboratoire créé en 62, derrière le “mur” encore, et envié du monde entier, Grotowski a semé le doute quant à la finalité de la représentation, qui était pour lui,  une véritable célébration. Ses travaux aboutirent à des mises en scène très personnelles, qu’il mettait un long temps à peaufiner, au corps à corps avec les acteurs : “
Akropolis en 63, Le Prince Constant en 65, Apocalypsis cum figuris en 68 ont fait date et parcouru le monde. Il partit  ensuite pour les  Etats-Unis et occupa, à partir de 83, une chaire à l’université de Californie (Irvine), puis se fixa en Toscane, à Pontedera, où il créa et dirigea, à partir de 86, un Workcenter consacré à la recherche pure. Naturalisé français, il devint titulaire de la chaire d’anthropologie théâtrale au Collège de France, créée pour lui en 96.
Les travaux du Workcenter se poursuivent aujourd’hui sous la conduite de Thomas Richards, directeur et Mario Biagini, directeur associé, qui prolongent ainsi son enseignement. Tous deux sont venus témoigner, au cours de cette journée, de l’apport de ce grand théoricien autant que praticien, en présence d’Olivier Corpet, directeur de l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine (IMEC) et d’Albert Dichy, son directeur littéraire, gestionnaires du fonds d’archives du Workcenter of Jerzy Grotowski dà Pontedera et de celles de l’Académie expérimentale des théâtres que dirigea Michelle Kokosowski, spécialiste du théâtre polonais,  et qui reste à la source de cette Traversée.
Alors, faut-il revoir ce travail, sommes toutes daté, (cinquante ans ont passé) dans ses formes comme dans son processus et sa philosophie ? Peut-être non, sauf en termes de remémoration, au plan historique et des mutations sociale, économique, politique et culturelle de l’époque, à la mesure de l’onde de choc artistique qui a traversé le monde.

Les projections ont permis de visionner : un film,
Les cinq sens  sur le Théâtre Laboratoire où Jerzy Grotowski décrit sa grande aventure, une captation du spectacle Akropolis, au cœur d’un camp de concentration où les prisonniers morts-vivants construisent un crématoire, Le Prince Constant, d’après Calderón qui a pour thème la torture et le martyre, fruit d’un an de travail en vis-à-vis, avec Ryszard Cieslak, son acteur-phare, des « Fragments de travaux » du Workcenter de Pontedera et le « Laboratoire d’acteurs » de l’Académie expérimentale, présenté en 96, en présence de Grotowski.
Les formes théâtrales ont terriblement changé, ainsi que la relation au sacré, à la profanation, au blasphème,  et le jeu scénique, tendu à l’extrême comme on bande un arc, appelle la mémoire mais s’est éloigné de nous.   «L’acteur
saint dans un théâtre pauvre », qui fut son évangile, se décale de notre monde de bruit et d’images. Nous célébrons le profane quand il marchait sur l’eau…

 Brigitte Rémer

 Séminaire du 8 avril, au Studio-Théâtre de la Comédie Française.

Festival Teatro Memoria à Santa Cruz

Impacifico solo de danse au Festival de Teatro Memoria de Santa Cruz de la Sierra en Bolivie.

 

Festival Teatro Memoria à Santa Cruz  photo-bolivieA Santa Cruz de la Sierra, devenue le pôle central économique de la Bolivie, grâce au pétrole et au gaz, a eu lieu la neuvième édition du festival de Teatro Memoria.
Les trois principaux lieux de représentation (même s’il existe une programmation hors-les murs) se situent autour de la Place du 24 septembre.
Dominé par sa cathédrale du XVI ème siècle, et entouré de rues aux arcades d’architecture coloniale, le centre ville a un aspect intemporel dont  Hergé aurait pu s’inspirer pour un album de Tintin !
Ce festival dynamique ,subventionné par la ville, la région, l’Etat et des entreprises privées,  a une riche programmation nationale, avec quinze spectacles  venu surtout  d’Argentine, Brésil, Chili, Cuba, Equateur, Mexique, Pérou, Paraguay.
L’auteur et metteur en scène uruguyaen Gabriel Calderon a eu un énorme succès avec son spectacle Ex,  qu’on a vu récemment au théâtre des quartiers d’Ivry. (voir Le Théâtre du Blog) Des pays européens dont la France-l’Alliance Française a donné 500 euros de subvention !-étaient aussi présents. Un festival jeune public complétait  la programmation. et un colloque très suivi,  organisé par Marcos Malavia et Jean-Pierre Han,  a réuni plusieurs critiques sur le rôle de la critique dans la transmission d’une œuvre théâtrale.
Le théâtre est un art jeune en Bolivie, et les artistes n’ont pas toujours de références et de recul sur  leurs créations, comme ce fut le cas pour le solo de danse de Maria Eugenia Pereyra avec Impacifico. Sa danse au corps dissocié tente de nous évoquer deux épisodes importants de l’histoire de la Bolivie, avec à des vidéos en noir et blanc projetées au-dessus du plateau nu:  la guerre meurtrière du Chacos qui, entre 1932 et 1935, opposa la Bolivie et le Paraguay, pour la possession de champs de pétrole et, en 94, l’accès de l’équipe nationale de Bolivie à la phase finale du championnat mondial de football aux Etats-Unis. Maria Eugenia Peryra en alternant, épisode douloureux et  très joyeux traduit -non sans difficultés-la mémoire collective de son pays.
Chose rare chez une danseuse, elle s’exprime à la fois par  son corps mais aussi  par son visage. D’où une absence totale de distance par rapport au propos, ce qui est touchant, mais qui ne permet pas guère de ressentir l’émotion attendue. Son expression chorégraphique trop «théâtrale » lui a fait perdre une certaine sincérité. La danse contemporaine peu connue et en devenir dans ce pays peut expliquer toutes ces imperfections. 

 

Jean Couturier

 

http://festivalesapac.com/festival-de-teatro-2013/

Bouvard et Pécuchet

Bouvard et Pécuchet  adaptation et mise en scène de Vincent Colin

 

Bouvard et Pécuchet bouvard_et_pecuchet

Une raillerie sur la vanité des contemporains de Flaubert, tel était le projet initial d’écriture de Bouvard et Pécuchet, roman inachevé et publié en 1881, à titre posthume. L’auteur de L’Éducation sentimentale avait pensé à un sous-titre, Encyclopédie de la bêtise humaine, transposé finalement en Dictionnaire des idées reçues.
L’intrigue commence comme par accident :  par un été chaud, deux hommes marchent dans les rues de Paris et en viennent à converser – de tout et de rien. Ils se découvrent des intérêts communs au moment même où ils se rendent compte qu’ils exercent tous deux le métier de copiste.

Vivre à la campagne et explorer les possibilités ouvertes du monde, tel est le rêve pour les nouveaux amis. Par chance, un héritage opportun pour l’un, et les économies de l’autre, rendent possible leur installation à la campagne pour une vie autre qui soit au plus près de la nature. Écolos avant l’heure, ils retournent à la condition existentielle de l’être à travers l’exploration de l’univers ; on décèle une résonance contemporaine chez ces compères flaubertiens, une allusion prophétique aux internautes ou « geeks  » d’aujourd’hui qui vivent en phase à travers des centres d’intérêt communs.
Chacun sait que l’auteur de Madame Bovary a ouvert avec force les portes de la modernité jusqu’à se cogner aux battants post-modernes. Dans la campagne normande, voilà Bouvard et Pécuchet aux prises avec l’agriculture, les sciences, l’archéologie, la littérature, la politique, l’amour, la philosophie, l’éducation … mais leur entendement personnel est, à vrai dire,  plutôt limité, émaillé de lieux communs à n’en plus finir. Empêchés de raisonner par l’encombrement involontaire de préjugés et idées toutes faites, ils se voient incapables de rien comprendre ni déduire.
Et pourtant, ils formulent haut et fort, sans arrière-pensées, leur volonté en marche et leurs désirs empêchés. Le metteur en scène Vincent Colin a saisi , dans son adaptation   ce comique efficace flaubertien à travers la frénésie enthousiaste des deux héros à vouloir tout embrasser et saisir par la seule connaissance, en répertoriant, classant et archivant sans jamais s’approprier véritablement l’ensemble de ces acquis volatils qui ne sont jamais « digérés » ni compris de l’intérieur.
Un fameux duo de comédiens burlesques au sérieux et au  brio imperturbables, Roch-Antoine Albaladejo et Philippe Blancher, investissent le plateau avec force. Des Dupond et Dupont, satisfaits de leur élan, et en mobilité constante, révélatrice de vacuité. Assis à des  bureaux fonctionnels, ils  discourent, écrivent, déjeunent ou dînent à même la table, non loin d’un micro  qui distinguent paroles rapportées, apartés et narration.
Vifs et pince-sans-rire, ils se répondent l’un l’autre, tels des instruments d’orchestre, fidèles quoiqu’il arrive à la partition. Ils ls se lèvent par intervalles , pour fredonner avec plaisir quelques refrains populaires de variétés. Ce régal d’humour froid interpelle chacun à tout coup.

Véronique Hotte

 

Bouvard et Pécuchet, d’après le roman de Gustave Flaubert, adaptation et mise en scène de Vincent Colin, jusqu’au 26 mai au Théâtre du Lucernaire à Paris. Tél : 01 45 44 57 34

 

 

Le Secret, l’Empereur et le Peintre

Le Secret, l’Empereur et le Peintre, écriture et mise en scène par Richard Demarcy

Le Secret, l’Empereur et le Peintre le-secret-lempereur-et-le-peintreLa pièce, inspirée de contes asiatiques, est écrite et mise en scène par Richard Demarcy; c’est un spectacle pour  enfants à partir de 5 ans à voir en famille, interprété par le comédien Antonio Nunes da Silva entre délicatesse, force et bonhomie.
D’un côté, l’intrigue est issue du Secret, un conte où le roi confie à son serviteur un secret trop lourd à supporter et lui impose un silence absolu sous peine d’être puni de mort. Revenu dans son village natal, il enfouit le trésor symbolique dans la terre pour s’en libérer. Mais au printemps, des fleurs poussent là où le paysan avait enterré le fardeau, semant le secret royal aux quatre coins du royaume… « Roi, comment voulais-tu qu’un aussi petit homme que moi puisse garder un secret qu’un aussi grand Roi n’a pas su garder ? »
L’acteur souffle alors sur sa main une tombée poétique de pétales de fleurs. De l’autre côté, l’inspiration scénique vient de L’Empereur et le Peintre, un conte zen où un fils du Ciel commande au peintre le plus réputé de son empire une fresque pour ses appartements où seraient représentés deux dragons dans le feu et la violence du combat. Or, même si le comédien peint avec panache des formes serpentines et éclatantes sur sa toile blanche, la livraison tarde et la fresque déçoit l’empereur : le peintre est jeté en prison.
Toujours en colère, l’empereur visite dans la montagne l’atelier du peintre réprouvé et découvre à sa surprise, des merveilles inattendues. La mise en scène cèle son secret comme un joyau précieux, un secret dans le secret, une mise en abyme vertigineuse qui ménage l’art de l’énigme, de l’insolite et du merveilleux.
Le spectacle est destiné à de jeunes spectateurs dont l’imaginaire est source d’exploration infinie, ouvert à tous les rêves et à toutes les aventures. L’attention des petits est vive, elle doit mener vers la résolution du mystère. Il suffit de quelques objets : un chiffon blanc avec ses figurines et pantins sortis d’une jolie boîte ou d’un sac à provisions en osier, des répliques de soldats et de chevaliers, des coquillages et jusqu’à l’auvent déployé d’une tente solaire aux rayures colorées.
L’acteur lusophone et polyglotte chevauche sa monture avec élan ou bien se promène élégamment dans plaines et vallées, s’assied sagement et porte, à l’occasion d’une représentation de théâtre, un joli masque d’or. Bercé par des musiques du monde, le voyage est initiatique, c’est le périple fondateur et enfantin d’une réflexion à la fois ludique et approfondie sur le pouvoir et la sagesse, le retour sur soi et la reconnaissance de ses propres erreurs, si grand soit-on. Pour grandir encore.

Véronique Hotte

Essaïon Théâtre, 6 rue Pierre-au-Lard Paris (4e). Jusqu’au 30 juin  les  mercredi, samedi et dimanche à 16h. Vacances de printemps jusqu’au 12 mai, du mercredi au dimanche à 16h. Tél : 01 42 78 46 42

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