Fadjiri

Fadjiri, chorégraphie de Serge-Aimé Coulibaly.

Fadjiri fadjiri55ph.ericlegrandL’homme au gilet blanc est enraciné dans le sol, habité d’une grande force dramatique. Son balancement est récurrent, comme son rire, qui devient douleur et cri.
On pense à Munch. Lui, fait référence au tableau du Prado, El Tres de Mayo peint par Goya en 1814. Ce n’est pas tant le contexte historique -les soldats français exécutent les combattants espagnols faits prisonniers-qui intéresse le chorégraphe, également concepteur et interprète du spectacle, que l’homme vêtu de blanc qui va être fusillé et lève les bras face au peloton d’exécution.
La force émotionnelle qui s’en dégage, l’a nourri. Coulibaly l’intériorise, elle l’inspire. Le spectacle débute avec  une certaine lenteur et une grande intensité, avec la présence de ce Christ recrucifié. Une vidéo déroule des éléments d’eau, de feu, et de nuages sur les différents espaces de la scénographie : de formes et niveaux différents, ces plateformes souples où il marche comme dans le sable et s’enfonce, balisent son chemin initiatique. Mais avec qui l’homme communique-t-il ? C’est la bande-son qui le guide, enchaînant les musiques, éclectiques, du classique au vocal, des percussions à la world musique.
Fadjiri
est une expression dioula, qui indique ce tout petit moment, juste avant l’aube, quand les esprits maléfiques sortent et que tout devient possible. Et le danseur, dans sa concentration aigüe,  joue entre possession et dépossession de lui-même, passant par la transe, les tremblements, les chutes, le sémaphore, l’autodestruction.
Il est végétal, animal, et humain, en souffrance. Tout est intériorisé à l’extrême, il esquisse un geste et immédiatement le contredit, ses regards sont perdus et éperdus, ses gestes saccadés, parfois syncopés. Il sait être félin, avec quelques bonds puissants, puis esquisse quelques  pas de danse sorte de remémoration, cherche ses vocabulaires, se crée des embûches dans un tracé en marche arrière, se jette de tout son long, et appuyé contre le mur, ressemble à un arbre mort.
Imprégné de Césaire, Serge-Aimé Coulibaly cherche du côté de ses racines burkinabé. Il a créé sa compagnie, Faso Danse Théâtre en 2002 et travaille aussi avec des chorégraphes comme Alain Platel, Rachaël Swain et Sidi Larbi Cherkaoui. Sa forte présence dégage une certaine étrangeté, et quand, dans Fadjiri, la marée montante envahit le plateau, il remonte le courant avec son énergie vitale, et il nous  transmet comme une sensation d’éternité.

 Brigitte Rémer

Le Tarmac, 159, avenue Gambetta. 75020, du 4 au 15 juin, du mardi au vendredi, à 20h, samedi à 16h. Tél : 01-43-64-80-80. www.letarmac.fr


Archive pour 14 juin, 2013

Cendrillon

Cendrillon, de Joël Pommerat

C’est une reprise, mais il faut  rappeler la qualité de ce spectacle éblouissant (voir Le Théâtre du Blog novembre 2011).De siècle en siècle, l’imaginaire de ce conte universel renouvelle la légitimité de son espace, littéraire et théâtral,dont s’emparent successivement les jeunes générations. Avec Perrault en 1697, les Frères Grimm en 1812 et Joël Pommerat maintenant, Cendrillon se plie au temps fondu et amer de notre contemporanéité. À sa manière analytique, l’auteur et metteur en scène réécrit  en effet cet ouvrage mythique destiné aux enfants et aux adultes.
Le matériau initial tourne autour d’une fillette qui, devenant orpheline de mère, perd non seulement l’attention paternelle mais « récupère » encore une marâtre dotée de deux filles aussi stupides que désagréables. Le monde est décidément un enfer, mais heureusement, il existe des marraines bienfaisantes et des princes charmants que l’on veut sortir de leur égarement.Pour le réveiller à l’aune du deuxième millénaire, Joël Pommerat adapte le conte en le prenant à rebrousse-poil, insérant dans la parole et le jeu de ses interprètes belges, humour et moquerie, ironie noire et sarcasme, une vision satirique du temps.

Cendrillon ciciolssonSa Cendrillon  la « très jeune fille », interprétée avec peps par Deborah Rouach, dégage une détermination et une certitude d’elle-même bien rares, prise entre l’image de sa mère défunte à laquelle elle se raccroche puisqu’elle est portée par la culpabilité d’avoir survécu à cette fatalité.
Elle s’oppose à sa belle-mère odieuse (Catherine Mestoussis) avec pertinence et un bel esprit de répartie, allant dans le sens de sa folie.
Elle acquiesce aux demandes de ce tyran en jupes, tout en restant sourde aux dénigrements de ses deux filles (Noémie Carcaud,)qui incarne également la fée protectrice et déjantée en mal de leçons pratiques de prestidigitation, et Caroline Donnelly, qui joue aussi le Prince incertain.
Alfredo Canavate est un père velléitaire et faillible, comme il se doit. La voix de la narratrice (Marcella Carrara) à l’accent italien,est saisissante de justesse et de clarté  et un narrateur (Nicolas Nore) sur la scène vide raconte dans le langage des signes et des gestes la beauté sombre de ce conte troublant.
Il y a un  beau décor et des lumières d’Éric Soyer, un cube noir à l’intérieur duquel les figures jouent leur scène comme une partition, tandis que les nuages dansent sur les murs alentour, tel un paysage céleste enserrant public et comédiens. Un rêve acidulé.

Véronique Hotte

Spectacle pour tous à partir de 8 ans.
Ateliers Berthier/Théâtre de l’Odéon. T. : 01-44-85 -40-40

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