Cendrillon

Cendrillon, de Joël Pommerat

C’est une reprise, mais il faut  rappeler la qualité de ce spectacle éblouissant (voir Le Théâtre du Blog novembre 2011).De siècle en siècle, l’imaginaire de ce conte universel renouvelle la légitimité de son espace, littéraire et théâtral,dont s’emparent successivement les jeunes générations. Avec Perrault en 1697, les Frères Grimm en 1812 et Joël Pommerat maintenant, Cendrillon se plie au temps fondu et amer de notre contemporanéité. À sa manière analytique, l’auteur et metteur en scène réécrit  en effet cet ouvrage mythique destiné aux enfants et aux adultes.
Le matériau initial tourne autour d’une fillette qui, devenant orpheline de mère, perd non seulement l’attention paternelle mais « récupère » encore une marâtre dotée de deux filles aussi stupides que désagréables. Le monde est décidément un enfer, mais heureusement, il existe des marraines bienfaisantes et des princes charmants que l’on veut sortir de leur égarement.Pour le réveiller à l’aune du deuxième millénaire, Joël Pommerat adapte le conte en le prenant à rebrousse-poil, insérant dans la parole et le jeu de ses interprètes belges, humour et moquerie, ironie noire et sarcasme, une vision satirique du temps.

Cendrillon ciciolssonSa Cendrillon  la « très jeune fille », interprétée avec peps par Deborah Rouach, dégage une détermination et une certitude d’elle-même bien rares, prise entre l’image de sa mère défunte à laquelle elle se raccroche puisqu’elle est portée par la culpabilité d’avoir survécu à cette fatalité.
Elle s’oppose à sa belle-mère odieuse (Catherine Mestoussis) avec pertinence et un bel esprit de répartie, allant dans le sens de sa folie.
Elle acquiesce aux demandes de ce tyran en jupes, tout en restant sourde aux dénigrements de ses deux filles (Noémie Carcaud,)qui incarne également la fée protectrice et déjantée en mal de leçons pratiques de prestidigitation, et Caroline Donnelly, qui joue aussi le Prince incertain.
Alfredo Canavate est un père velléitaire et faillible, comme il se doit. La voix de la narratrice (Marcella Carrara) à l’accent italien,est saisissante de justesse et de clarté  et un narrateur (Nicolas Nore) sur la scène vide raconte dans le langage des signes et des gestes la beauté sombre de ce conte troublant.
Il y a un  beau décor et des lumières d’Éric Soyer, un cube noir à l’intérieur duquel les figures jouent leur scène comme une partition, tandis que les nuages dansent sur les murs alentour, tel un paysage céleste enserrant public et comédiens. Un rêve acidulé.

Véronique Hotte

Spectacle pour tous à partir de 8 ans.
Ateliers Berthier/Théâtre de l’Odéon. T. : 01-44-85 -40-40

 


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