L’intermittence en question

L’intermittence en question dans actualites 143-manifestation_d_intermittents_en_2003

A quelle sauce vont-ils être mangés ? L’intermittence en question

 Une assemblée générale d’information s’est tenue le 17 juin au théâtre de la Colline, à l’appel d’un comité de suivi composé de : CGT Spectacle, Coordination des Intermittents et Précaires, Fédération des Arts de la rue, Société des Réalisateurs de Films, SUD Culture Solidaire, SYNAVI, SYNDEAC, Syndicat des Musiques Actuelles, UFISC.

Les informations les plus contradictoires circulent au sujet du régime d’assurance-chômage des métiers de l’audiovisuel et du spectacle. D’un côté, la Cour des comptes lui attribue un déficit d’un milliard d’euros. De l’autre, le rapport Gille dément catégoriquement ce déficit. Ce député, à la suite d’une étude très précise, fait en outre observer  » la charge que constituerait l’attribution du revenu de solidarité active aux intermittents du spectacle si ceux-ci étaient exclus de l’indemnisation du chômage « . Fort de ce rapport, Michel Sapin déclare que le régime est pleinement légitime. Que les intermittents du spectacle ne représentent que 100.000 allocataires, soit 3% des chômeurs indemnisés. Pour le ministre du travail,  » il y a une forme d’incompréhension de la logique même du système assurantiel. »
Incompréhension, certes, il y a, dans  l’opinion publique, relayée par la presse, qui considère les intermittents comme des privilégiés, sans connaître la réalité des métiers du spectacle et de l’audiovisuel et la précarité de ceux qui les exercent.
Il s’agissait d’évoquer les prochaines négociations relatives à l¹assurance chômage et spécifiquement aux annexes 8 et 10 qui doivent se tenir d’ici la fin de l’année 2013. De dresser un état des lieux et de proposer une plateforme commune de revendications, à savoir : annexe unique pour les artistes et les techniciens ; indemnisation sur 12 mois pour 507 heures travaillées en 12 mois ; plafonnement du cumul salaires et indemnités.
Jusqu’à présent, le gouvernement ne s’est pas positionné sur les principales revendications de cette plateforme.
Cependant, les récentes communications ministérielles, les préconisations du rapport Gille, laissent à penser que l’Etat se satisferait d’un statu quo. La Cour des comptes propose, elle,  de durcir les conditions d’accès,  voire de supprimer l’annexe des techniciens ; le M.E.D.E.F, lui, verrait d’un très bon œil la fin de ce régime jugé « trop généreux « , à l’instar du F.M.I et de la commission européenne !
Or la situation est déjà catastrophique : les règles de l’assurance-chômage sont obscures depuis la disparition des Assedic spectacle: les textes sont complexes et les agents de Pôle emploi mal informés. Un soupçon de fraude pèse en permanence mais, malgré les fréquents contrôles, seulement 3% de fraudes ont été relevés. Quant aux « permittents », ils ne représentent que 4% des intermittents. Fragilisés, isolés, fustigés, les intermittents sont plus contrôlés que leurs employeurs
et renoncent souvent à se battre contre le harcèlement de l’administration. Ainsi, comme les autres bénéficiaires de l’assurance chômage, moins d’un intermittent sur deux se voit indemnisé.

Sans compter la fonte des budgets de la culture tant de la part de l’Etat que des collectivités territoriales qui ont d’ores et déjà une incidence sur l’emploi dans un secteur où les deux tiers des salariés ont le statut d’intermittent. Les petits lieux sont les premiers à disparaître et on assiste au délitement progressif d’une structure sociale et associative.
La partie risque donc d’être serrée à l’automne, aussi le comité de suivi envisage-t-il plusieurs actions : lecture d’un texte au lever de rideau pendant les festivals pour informer le public ; rassemblements à la date des négociations. Pour commencer, il accueillera la marche des chômeurs, à son arrivée, le 6 juillet car, même s’ils bénéficient d’un régime spécifique lié à la spécificité de leur travail, les intermittents ne doivent pas rester isolés ni se distinguer des autres chômeurs.

 Mireille Davidovici

Pour en savoir plus et suivre l’actualité  www.syndeac.org;  CGT spectacle : www.fnasac-cgt.com Site intermittents et précaires d’Ile-de-France : www.CIP-IDF.org et apport Gille : http://www.assemblee-nationale.fr


Archive pour 19 juin, 2013

Trauerzeit /En deuil

Trauerzeit /En deuil, d’après Le Chant d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke de Rainer Maria Rilke, mise en scène de  Johan Leysen, musique et direction de Dominique Pauwels. 

 

Trauerzeit /En deuil en_deuilC’est à partir d’un document que son oncle Jaroslav Rilke découvrit en faisant des recherches généalogiques, que le poète Rainer Maria Rilke écrivit Le chant d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke.

Un cornette est l’officier porteur de l’étendard dans une compagnie de cavalerie. Le poème rend hommage au destin tragique d’un ancêtre de Rilke, engagé comme porte-étendard des armées. Après avoir découvert l’amour dans les bras d’une jeune femme, le soldat se retrouve,  au matin, séparé du reste de la troupe et périt sous les coups de l’ennemi qui l’encercle.
Cette œuvre de jeunesse connut un vrai succès populaire durant la grande guerre, allant dans le sens d’un nationalisme que l’auteur n’avait pas voulu provoquer. L’année  1664 avait été choisie par Rilke pour évoquer un événement historique : la bataille victorieuse de l’alliance chrétienne, conduite par l’Empereur Léopold Ier contre les Turcs, à Mogersdorf et Saint-Gothard, le 30 juillet. Parmi les alliés, 5.000 soldats français sont envoyés par Louis XIV au secours de Léopold Ier, sous le commandement de Jean de Coligny.
La  prose versifiée de Rilke est marquée par un élan poétique et un rythme enlevé. Et pour lui, ce poème de jeunesse à une seule qualité: « Le rythme tout intérieur, le rythme du sang qui le traverse, qui le porte, qui l’entraîne d’un bout à l’autre, sans qu’il y ait un moment d’hésitation ou d’incertitude ». Le poème en prose, écrit en une seule nuit en 1899, et dont la troisième et dernière version de 1906 fait référence, associe étrangement des caractéristiques à la fois épiques et lyriques.
Le metteur en scène néerlandais Johan Leysen, a connu le poème grâce à la traduction néerlandaise qu’en fit son propre père et  reste fasciné par l’équilibre singulier de l’écriture de Rainer Maria Rilke. Cet art d’écrire fait se côtoyer dans une même œuvre « l’élégante délicatesse d’une très pure idylle amoureuse avec la sauvagerie barbare des mœurs brutales de la guerre ».  Le récit rappelle le destin d’un garçon quittant  sa mère pour aller rejoindre son armée : il entre dans le monde des adultes et découvre l’amitié, l’étranger, la cruauté, la solitude, la fatigue, l’ennui, la bataille, la reconnaissance… et les femmes. Récit des horreurs de la guerre, Le Chant transcrit des histoires de vie, d’amour et de mort. Le frère Otto est le seul héritier de son frère mort, En deuil donc.
Sous la direction  du compositeur Dominique Pauwels, avec le quatuor de violoncellistes Aton’& Armide et la soprano Louise Wayman, ce théâtre musical privilégie l’esprit grave de l’œuvre, quand  se font entendre aussi les voix de Johan Leysen  et de la comédienne Isabelle Ronayette. Le plasticien Hans Op de Beeck joue avec malice de l’encombrement des poussettes que l’on fait avancer de force ; et la cinéaste Laurence Rebouillon s’amuse du passé de l’enfance avec une vidéo.
Mais, malgré la beauté saisissante de l’œuvre, l’ensemble scénique, artificiel et sec, dégage une impression compassée et apprêtée. Les acteurs: Johan Leysen, Isabelle Ronayette et la soprano Louise Wayman sont sous-employés et c’est bien dommage. On aurait aimé goûter davantage à leur pleine présence et leur autorité…

Véronique Hotte

 

Théâtre des Bouffes du Nord du 12 au 15 juin 2013 avant la tournée 2013/2014.

Journal d’Amérique

Journal d’Amérique, de Bertolt Brecht.

Journal d’Amérique dans analyse de livre picture_id88_midAvant d’arriver en Californie en 1941, Bertolt Brecht et sa famille ( Hélène Weigel son épouse, Barbara et Stefan ses enfants et sa collaboratrice et maîtresse Ruth Berlau) ont d’abord  séjournés en  Scandinavie dès 33, juste après avoir fui l’incendie du Reichstag le 29 février et la tyrannie d’ Hitler.  Mais  les armées allemandes prennent du terrain! Les Brecht obtiennent alors un visa  pour les Etats-Unis en mai 41, et, c’est  sur un bateau suédois qui va  de Vladivostok à Los-Angeles, qu’ils prennent connaissance de l’attaque de l’Union soviétique par l’Allemagne.
Brecht  écrit son Journal d’Amérique de  41 à  47. La vie lui semble paradoxalement difficile sur le nouveau continent, « cette morgue de l’easy going ». Le dramaturge voit sa maison comme trop jolie, et son métier comparable à celui des chercheurs d’or : « Les chanceux dégagent de la boue des pépites grosses comme le poing, dont ensuite il est longtemps question, moi quand je me déplace, je marche sur des nuages comme un malade de la moelle épinière » Grete (Margarete Steffin son autre collaboratrice et maîtresse) lui manque là-bas, « comme  un guide qu’on lui aurait enlevé juste à l’entrée du désert ».
L’intérêt de son  journal réside dans ce regard distancié à la fois sur l’Europe et sur les   Etats-Unis que possède  un exilé apatride. Ce récit  de voyages et d’aventures (Scandinavie, Moscou, Vladivostok, Pacifique, Philippines, Californie, New York) laisse  aussi transparaître la détresse du peuple allemand mais avec l’approche particulière d’un des nombreux intellectuels  réfugiés aux Etats-Unis comme  Max Reinhardt, Fritz Lang, Hans Eisler, Alfred Döblin, Henrich Mann….
Il s’agit aussi pour Brecht de se confronter à l’industrie du cinéma américain. Et il réfléchit évidemment sur le métier d’acteur et sur sa mission d’éveil politique : « Pour le comédien, il s’agit de l’émancipation, de l’acquisition du droit d’influer sur la forme à donner à la société, du droit d’être productif… L’artiste n’a pas seulement une responsabilité devant la société, il lui demande des comptes ».
Brecht reconnaît que la « nature  » se reflète dans ses travaux : ville, paysage artistique, champ de bataille, fragment d’intérieur ou de paysage urbain dans Baal, Tambours, La Jungle, La Vie d’Edouard II d’Angleterre, Homme pour homme… Par contre, une pièce comme La Mère ne fait mention d’ aucun paysage;  il n’y a que des rapports humains directs.
« Ici, aux Etats-Unis, dit Brecht, on est objet de la littérature pas sujet ». Le « stanislavskisme » signifie ici encore comme en Allemagne, une protestation contre le théâtre mercantile, « une poignée de comédiens sérieux bâtissent un temple, sur la place du marché, il est vrai ». Brecht travaille pour Hollywood mais sans grand succès, et  cherche vainement des productions pour ses pièces.
Le regard sans pitié du metteur en scène engagé ne peut laisser le lecteur indifférent: la finesse de son analyse sur l’Allemagne et sur l’Europe ,  et sa vision d’une mise en cendres par des forces intérieures et extérieures restent  étrangement d’actualité…

Véronique Hotte

 L’Arche Editeur

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