Trauerzeit /En deuil

Trauerzeit /En deuil, d’après Le Chant d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke de Rainer Maria Rilke, mise en scène de  Johan Leysen, musique et direction de Dominique Pauwels. 

 

Trauerzeit /En deuil en_deuilC’est à partir d’un document que son oncle Jaroslav Rilke découvrit en faisant des recherches généalogiques, que le poète Rainer Maria Rilke écrivit Le chant d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke.

Un cornette est l’officier porteur de l’étendard dans une compagnie de cavalerie. Le poème rend hommage au destin tragique d’un ancêtre de Rilke, engagé comme porte-étendard des armées. Après avoir découvert l’amour dans les bras d’une jeune femme, le soldat se retrouve,  au matin, séparé du reste de la troupe et périt sous les coups de l’ennemi qui l’encercle.
Cette œuvre de jeunesse connut un vrai succès populaire durant la grande guerre, allant dans le sens d’un nationalisme que l’auteur n’avait pas voulu provoquer. L’année  1664 avait été choisie par Rilke pour évoquer un événement historique : la bataille victorieuse de l’alliance chrétienne, conduite par l’Empereur Léopold Ier contre les Turcs, à Mogersdorf et Saint-Gothard, le 30 juillet. Parmi les alliés, 5.000 soldats français sont envoyés par Louis XIV au secours de Léopold Ier, sous le commandement de Jean de Coligny.
La  prose versifiée de Rilke est marquée par un élan poétique et un rythme enlevé. Et pour lui, ce poème de jeunesse à une seule qualité: « Le rythme tout intérieur, le rythme du sang qui le traverse, qui le porte, qui l’entraîne d’un bout à l’autre, sans qu’il y ait un moment d’hésitation ou d’incertitude ». Le poème en prose, écrit en une seule nuit en 1899, et dont la troisième et dernière version de 1906 fait référence, associe étrangement des caractéristiques à la fois épiques et lyriques.
Le metteur en scène néerlandais Johan Leysen, a connu le poème grâce à la traduction néerlandaise qu’en fit son propre père et  reste fasciné par l’équilibre singulier de l’écriture de Rainer Maria Rilke. Cet art d’écrire fait se côtoyer dans une même œuvre « l’élégante délicatesse d’une très pure idylle amoureuse avec la sauvagerie barbare des mœurs brutales de la guerre ».  Le récit rappelle le destin d’un garçon quittant  sa mère pour aller rejoindre son armée : il entre dans le monde des adultes et découvre l’amitié, l’étranger, la cruauté, la solitude, la fatigue, l’ennui, la bataille, la reconnaissance… et les femmes. Récit des horreurs de la guerre, Le Chant transcrit des histoires de vie, d’amour et de mort. Le frère Otto est le seul héritier de son frère mort, En deuil donc.
Sous la direction  du compositeur Dominique Pauwels, avec le quatuor de violoncellistes Aton’& Armide et la soprano Louise Wayman, ce théâtre musical privilégie l’esprit grave de l’œuvre, quand  se font entendre aussi les voix de Johan Leysen  et de la comédienne Isabelle Ronayette. Le plasticien Hans Op de Beeck joue avec malice de l’encombrement des poussettes que l’on fait avancer de force ; et la cinéaste Laurence Rebouillon s’amuse du passé de l’enfance avec une vidéo.
Mais, malgré la beauté saisissante de l’œuvre, l’ensemble scénique, artificiel et sec, dégage une impression compassée et apprêtée. Les acteurs: Johan Leysen, Isabelle Ronayette et la soprano Louise Wayman sont sous-employés et c’est bien dommage. On aurait aimé goûter davantage à leur pleine présence et leur autorité…

Véronique Hotte

 

Théâtre des Bouffes du Nord du 12 au 15 juin 2013 avant la tournée 2013/2014.

 


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