Poor people

Poor People, d’après Pourquoi êtes-vous pauvre ? de William T. Vollmann, traduit de l’américain par Claro, version scénique de Fançois Wastiaux.

  Poor people poorpeople En avril 2013, un jeune journaliste britannique, qui voulait intégrer la rédaction de Channel 4, meurt d’hypothermie à New-Castle, après avoir choisi de vivre dans la peau d’un SDF pendant une semaine. Florence Aubenas, elle,  avait obtenu le prix Joseph Kessel pour son roman-reportage Le Quai de Ouistreham (2010) où elle tente de définir l’impact de la crise économique sur la vie quotidienne des plus défavorisés. Comment comprendre l’exclusion sociale ? À Caen, pendant six mois, la journaliste s’est transformée en femme de ménage sans formation ni emploi et est allée à la recherche d’heures de travail.
Bien avant, avec Pourquoi êtes-vous pauvre ? le romancier californien W. T. Vollmann, journaliste, photographe et peintre, s’était déjà employé,  pendant plus d’une décennie,  à recueillir la parole de « mendiants, estropiés, travailleurs avachis », anciens salariés en perte d’emploi. Il avait arpenté  la planète: un pont à Kyoto, un bidonville et une gare à Bangkok, un port de pêche au Yémen, un appartement à Saint-Pétersbourg ou à Kaboul, un taxi au Pakistan, un bar à hôtesses à Tokyo, une chambre de passe à Sacramento, un hôtel de luxe et un hôpital au Kazakhstan, une jungle aux Philippines, un taudis à Bogota, une colline de gravats à Nanning en Chine.
Entre photos, souvenirs, jeux de mémoire et trahison, subsistent, dans la caverne de l’imaginaire,  des traces incontournables de l’extrême violence du monde. Pourquoi êtes-vous pauvres ?  Tel est le mot de passe de  cette singulière entreprise. Une définition :  » La pauvreté est essentiellement estimée par le nombre de personnes vivant avec un revenu en dessous d’un niveau dit de pauvreté, qui est en 2002 de  deux dollars américains par jour. Le niveau de vie d’un dollar par jour est qualifié de  « niveau d’extrême pauvreté ». Le livre de Vollman a inspiré au comédien et metteur en scène François Wastiaux,  Poor People, un spectacle de théâtre-essai.
Les  acteurs–des intellectuels jouant à être “honnêtement”pauvres-se mettent à la recherche d’une humanité, sinon infréquentable,  du moins bien vivante, installée à proximité du métro. Des bandes sonores investissent l’espace mais nous n’en voyons pas les images ; klaxons criards, ambulances, camions, bruit de circulation bruyante sur les périphériques.
Sur le plateau, l’ombre surtout, et les bruits assourdissants de la rue. En fond de scène, témoigne en direct sur un clavier d’ordinateur  W. T. Vollman, qu’interprète, avec une belle niaque,  Nathalie Kousnetzoff.  D’un côté, l’univers sonore de Fabrice Naud, et de l’autre, quelques « campeurs » autour d’une tente Lafuma.
Ces sans-abri, dont les comédiens ne se risquent jamais à jouer impudiquement la condition, se départagent entre « faux » et « vrais » déshérités, mais  le public sait que tous sont des acteurs de théâtre, s’appliquant à l’écoute de La Misère du monde,  grâce à une subtile mise en abyme théâtrale.
Les vrais sont les sans-abri: Vimonrat (Elsa Bouchain) et Patrick, (Sylvain Fontimpe) ; les faux sont des journalistes embarqués dans cette aventure sociologique réalisée par Wastiaux : William (Stéphanie Constantin ou Sandra Choquet), Tanner (Diana Sakalauskaïté) et même Bill, l’hagiographe de W. T. Vollman. (François Wastiaux).
La pauvreté est-elle un destin ou bien un caractère ? Alcool, drogues, absence d’emploi, les aliénations s’accumulent sans qu’apparaisse le bout du tunnel. Le travail de François Wastiaux rappelle l’interrogation shakespearienne sur l’identité existentielle dans tel contexte social et économique, à travers un plateau-laboratoire de recherche artistique un peu brute, sans la moindre affèterie.
Mais ce théâtre responsable, au-delà de l’éclatement  du récit et de la variation enjouée des points de vue, le sujet-lourd et grave-aurait supporté un peu plus d’envolée et de liberté poétiques…

 Véronique Hotte

 Théâtre de l’Échangeur, jusqu’au 25 juin: 01-43- 62-71-20. Le livre est publié chez Actes-Sud, prix du Meilleur livre étranger-essai (2008).

 


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