tabac rouge

tabac rouge  tabacrouge-richardhaughton

Tabac rouge, mise en scène, scénographie et chorégraphie de James Thiérrée.

 

C’est son cinquième spectacle, et le premier où il n’apparait pas sur scène. Il en a assuré à la fois la scénographie qui est toujours chez lui un des axes centraux , comme dans cette merveille qu’était en 98 La Symphonie du Hanneton,  mais aussi  la musique et  les lumières. Il y a aussi   ce même dénominateur commun: un personnage en lutte contre un groupe humain, sur un grand plateau.
Mais son travail, qu’il orientait davantage vers le mime et l’acrobatie de haut niveau,  comprend cette fois, de nombreux moments dansés dont il a assuré lui-même la chorégraphie visiblement influencée par Pina Bausch, Alain Platel et Wim Vandekeybus- il y a plus mauvaises  références!-qui entre ici en interaction avec quelque chose qui ressemble à du théâtre non parlé… Enfin, James Thiérrée a choisi comme parti pris, une sorte de déconstruction  permanente  surtout vers la fin,  avec un décor qui ne cesse pratiquement pas de bouger.

C’est, il faut le reconnaître, assez remarquable  sur le plan technique: imaginez un grand mur de perches imbriquées les unes dans les autres avec des châssis de miroirs, mur que les régisseurs déplacent, et qui, à la fin, happé par des filins,  se retrouve à l’horizontale au-dessus de la scène. C’est  d’une virtuosité exemplaire, comme le sont les enchaînements musicaux ou chorégraphiques. Tout cela fonctionne très bien comme dans une boîte à musique au mécanisme de montre suisse. Aucun doute là-dessus, Thiérrée sait faire, et bien faire,  tant  le grand plateau du Théâtre de la Ville lui est maintenant familier… Et on peut constater  que le spectacle  est bien rodé.
  Mais cela donne quoi sur le plan artistique? Désolé mais vraiment pas grand chose d’intéressant! Et les applaudissement ont été des plus frileux-il y eut même quelques sifflets et les saluts furent vite et tristement  abrégés. Thiérrée lui-même n’est pas venu saluer, comme s’il se doutait de l’accueil qui allait être réservé à cette chose. Comme me l’a dit,  à la sortie, un mien confrère, non dénué d’humour:  » C’est toi qui vas faire l’article, condoléances, cher Philippe ».
Mais il est intéressant d’essayer de comprendre  pourquoi cette grosse machine avec dix interprètes dont six danseuses, et une équipe technique remarquable,  qui a  exigé de gros moyens, ne fonctionne pas, et cela, dès pratiquement les premières minutes. D’abord, le grand praticable mobile  et le bureau aux deux lampes à abat-jour kitch, avec ses bataillons de roulettes ne sont quand même pas sur le plan plastique d’une grande réussite. Enfin passons!
Mais les faire sans cesse évoluer sur le plateau finit par donner le tournis et provoque une sorte d’anesthésie visuelle qui  empêche de voir le reste. Ce qu’un décorateur expérimenté aurait tout de suite conseillé à Thiérrée de ne pas faire. Kantor  était, lui, son propre  scénographe, mais il avait longtemps exercé ce métier difficile avec beaucoup de savoir-faire et d’intelligence, avant d’être le créateur à part entière de spectacles-cultes comme La Classe morte, Wielopole, Wielopole, etc….

Par ailleurs, désolé aussi de le dire mais la chorégraphie, même inspirée de celles des grands noms cités plus haut,  n’est pas vraiment du bois dont on fait les flûtes et n’accroche en rien le regard du spectateur qui cherche en vain l’axe d’une réalisation sans  unité qui part dans tous les sens, et   dispense un ennui de premier ordre pendant quatre vingt dix  minutes. Tabac rouge sans doute mais fil rouge, que nenni !
Denis Lavant, qu’on aperçoit seulement à cause de  la parcimonie des éclairages, fait ce qu’il peut,  mais,  à l’impossible,  nul n’est tenu. Sur le plan gestuel, il y a quand même quelques belles images, mais cela ne suffit pas et  Thiérrée est tombé dans tous les stéréotypes du spectacle contemporain depuis  cinquante ans: plateau nu, fumigènes à gogo avec effets lumineux comme  dans n’importe quelle boîte miteuse, interprète  qui s’enroule le corps d’une bande plastique noire, miroirs qui reflètent les spectateurs, danseuse qui traverse les premiers rangs du public… Tous aux abris ! Comme si,  à court d’idées, Thiérrée s’était rabattu sur des procédés dont n’importe quel jeune metteur en scène sait qu’ils sont usés jusqu’à la corde.
Reste à comprendre aussi comment un spectacle aussi pauvre  sur le plan artistique, a pu avoir droit de cité au Théâtre de la Ville. Il y a bien eu, au départ, un projet soumis à Emmanuel Demarcy-Motta -qui sait pourtant bien diriger sa grosse boutique- et à ses collaborateurs, non ? On ne comprend pas! Le Théâtre de la Ville s’en remettra et  James Thiérrée aussi mais mieux  vaudrait qu’il  renouvelle d’urgence son inspiration… On a presque l’impression que l’auteur de ce Tabac rouge n’est pas le même que celui de la célèbre Symphonie du Hanneton.
Que vous ayez vu ou non ses précédents spectacles, vous pouvez vous abstenir! Sinon, dans les deux cas, vous seriez déçu. On verra bien ce qu’en pensent nos amis russes, peu habitués à ce type de théâtre et donc, sans doute plus indulgents. Mais, comme disait l’immense Dante: «  Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate! »

Philippe du Vignal

Nous avons  demandé à notre jeune correspondante russe, Anastasia Patts,  doctorante à Paris, de nous donner aussi  ses impressions sur ce spectacle… Point de vue:

Le public s’habitue sans doute à ne pas chercher une histoire  chez certains metteurs en scène de théâtre visuel,  au motif qu’une vraie création se produit, non pas sur  le plateau mais dans son imagination. Comme dans les spectacles oniriques de James Thiérrée:  La Symphonie du hanneton, La Veillée des abysses, Au revoir parapluie et Raoul, qui se révèlent très achevés et même d’une indéniable cohérence). Dans T,  on cherche les trois principes fondamentaux  de narration: une intrigue, un pic et un dénouement mais difficile  de les  définir…
On essaye de trouver une explication à ces images de corps de comédiens/danseurs, dont on espérait percevoir les émotions. Mais, déception, c’est plutôt les changements de cette grande plaque de miroirs (tour à tour verticale, horizontale, ou inclinée) au mécanisme complexe  qui nous fascinent!
Et quand on  essaye de  voir les rapports entre le spectacle et la scénographie, on se perd en conjectures. Naturalisme? Surréalisme? Symbolisme? Pas d’interaction entre le décor et le jeu des comédiens! Les reflets vacillant des miroirs opaques et tremblants semble évoquer la fragilité de l’existence.  La fumée du tabac au début, les personnages clones issus de l’imagination du protagoniste (Denis Lavant), ou de ses hallucinations narcotiques,  leurs métamorphoses, la disparition du héros dans les dessous … tout cela  rappelle le fameux  baroque de La vie est un songe et le caractère illusoire de la vie, de la frontière confuse entre réalité et imagination.
 Mais on  s’interroge en vain sur le pourquoi de cette  séparation entre émotionnel et visuel, malgré   les trouvailles merveilleuses de mise en scène et de scénographie de James Thiérrée.

Anastasia Patts

Théâtre de la Ville jusqu’au 8 juillet puis en tournée..

addendum du 27 février:

cet article me semble bien sévère! J’ai vu ce spectacle avec plaisir. Certes on peut trouver des reproches à faire en sus des fumigènes, mais Ph. du Vignal s’en est largement chargé! peut-être Tabac rouge s’est bonifié depuis, il y avait de quoi se mettre sous l’œil et dans les noreilles, le public  à applaudi longuement et les rappels se sont succédés! Ce qui prouve que je n’était pas seule à apprécier le beau travail.

Claudine Chaigneau


Archive pour 27 juin, 2013

tabac rouge

tabac rouge  tabacrouge-richardhaughton

Tabac rouge, mise en scène, scénographie et chorégraphie de James Thiérrée.

 

C’est son cinquième spectacle, et le premier où il n’apparait pas sur scène. Il en a assuré à la fois la scénographie qui est toujours chez lui un des axes centraux , comme dans cette merveille qu’était en 98 La Symphonie du Hanneton,  mais aussi  la musique et  les lumières. Il y a aussi   ce même dénominateur commun: un personnage en lutte contre un groupe humain, sur un grand plateau.
Mais son travail, qu’il orientait davantage vers le mime et l’acrobatie de haut niveau,  comprend cette fois, de nombreux moments dansés dont il a assuré lui-même la chorégraphie visiblement influencée par Pina Bausch, Alain Platel et Wim Vandekeybus- il y a plus mauvaises  références!-qui entre ici en interaction avec quelque chose qui ressemble à du théâtre non parlé… Enfin, James Thiérrée a choisi comme parti pris, une sorte de déconstruction  permanente  surtout vers la fin,  avec un décor qui ne cesse pratiquement pas de bouger.

C’est, il faut le reconnaître, assez remarquable  sur le plan technique: imaginez un grand mur de perches imbriquées les unes dans les autres avec des châssis de miroirs, mur que les régisseurs déplacent, et qui, à la fin, happé par des filins,  se retrouve à l’horizontale au-dessus de la scène. C’est  d’une virtuosité exemplaire, comme le sont les enchaînements musicaux ou chorégraphiques. Tout cela fonctionne très bien comme dans une boîte à musique au mécanisme de montre suisse. Aucun doute là-dessus, Thiérrée sait faire, et bien faire,  tant  le grand plateau du Théâtre de la Ville lui est maintenant familier… Et on peut constater  que le spectacle  est bien rodé.
  Mais cela donne quoi sur le plan artistique? Désolé mais vraiment pas grand chose d’intéressant! Et les applaudissement ont été des plus frileux-il y eut même quelques sifflets et les saluts furent vite et tristement  abrégés. Thiérrée lui-même n’est pas venu saluer, comme s’il se doutait de l’accueil qui allait être réservé à cette chose. Comme me l’a dit,  à la sortie, un mien confrère, non dénué d’humour:  » C’est toi qui vas faire l’article, condoléances, cher Philippe ».
Mais il est intéressant d’essayer de comprendre  pourquoi cette grosse machine avec dix interprètes dont six danseuses, et une équipe technique remarquable,  qui a  exigé de gros moyens, ne fonctionne pas, et cela, dès pratiquement les premières minutes. D’abord, le grand praticable mobile  et le bureau aux deux lampes à abat-jour kitch, avec ses bataillons de roulettes ne sont quand même pas sur le plan plastique d’une grande réussite. Enfin passons!
Mais les faire sans cesse évoluer sur le plateau finit par donner le tournis et provoque une sorte d’anesthésie visuelle qui  empêche de voir le reste. Ce qu’un décorateur expérimenté aurait tout de suite conseillé à Thiérrée de ne pas faire. Kantor  était, lui, son propre  scénographe, mais il avait longtemps exercé ce métier difficile avec beaucoup de savoir-faire et d’intelligence, avant d’être le créateur à part entière de spectacles-cultes comme La Classe morte, Wielopole, Wielopole, etc….

Par ailleurs, désolé aussi de le dire mais la chorégraphie, même inspirée de celles des grands noms cités plus haut,  n’est pas vraiment du bois dont on fait les flûtes et n’accroche en rien le regard du spectateur qui cherche en vain l’axe d’une réalisation sans  unité qui part dans tous les sens, et   dispense un ennui de premier ordre pendant quatre vingt dix  minutes. Tabac rouge sans doute mais fil rouge, que nenni !
Denis Lavant, qu’on aperçoit seulement à cause de  la parcimonie des éclairages, fait ce qu’il peut,  mais,  à l’impossible,  nul n’est tenu. Sur le plan gestuel, il y a quand même quelques belles images, mais cela ne suffit pas et  Thiérrée est tombé dans tous les stéréotypes du spectacle contemporain depuis  cinquante ans: plateau nu, fumigènes à gogo avec effets lumineux comme  dans n’importe quelle boîte miteuse, interprète  qui s’enroule le corps d’une bande plastique noire, miroirs qui reflètent les spectateurs, danseuse qui traverse les premiers rangs du public… Tous aux abris ! Comme si,  à court d’idées, Thiérrée s’était rabattu sur des procédés dont n’importe quel jeune metteur en scène sait qu’ils sont usés jusqu’à la corde.
Reste à comprendre aussi comment un spectacle aussi pauvre  sur le plan artistique, a pu avoir droit de cité au Théâtre de la Ville. Il y a bien eu, au départ, un projet soumis à Emmanuel Demarcy-Motta -qui sait pourtant bien diriger sa grosse boutique- et à ses collaborateurs, non ? On ne comprend pas! Le Théâtre de la Ville s’en remettra et  James Thiérrée aussi mais mieux  vaudrait qu’il  renouvelle d’urgence son inspiration… On a presque l’impression que l’auteur de ce Tabac rouge n’est pas le même que celui de la célèbre Symphonie du Hanneton.
Que vous ayez vu ou non ses précédents spectacles, vous pouvez vous abstenir! Sinon, dans les deux cas, vous seriez déçu. On verra bien ce qu’en pensent nos amis russes, peu habitués à ce type de théâtre et donc, sans doute plus indulgents. Mais, comme disait l’immense Dante: «  Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate! »

Philippe du Vignal

Nous avons  demandé à notre jeune correspondante russe, Anastasia Patts,  doctorante à Paris, de nous donner aussi  ses impressions sur ce spectacle… Point de vue:

Le public s’habitue sans doute à ne pas chercher une histoire  chez certains metteurs en scène de théâtre visuel,  au motif qu’une vraie création se produit, non pas sur  le plateau mais dans son imagination. Comme dans les spectacles oniriques de James Thiérrée:  La Symphonie du hanneton, La Veillée des abysses, Au revoir parapluie et Raoul, qui se révèlent très achevés et même d’une indéniable cohérence). Dans T,  on cherche les trois principes fondamentaux  de narration: une intrigue, un pic et un dénouement mais difficile  de les  définir…
On essaye de trouver une explication à ces images de corps de comédiens/danseurs, dont on espérait percevoir les émotions. Mais, déception, c’est plutôt les changements de cette grande plaque de miroirs (tour à tour verticale, horizontale, ou inclinée) au mécanisme complexe  qui nous fascinent!
Et quand on  essaye de  voir les rapports entre le spectacle et la scénographie, on se perd en conjectures. Naturalisme? Surréalisme? Symbolisme? Pas d’interaction entre le décor et le jeu des comédiens! Les reflets vacillant des miroirs opaques et tremblants semble évoquer la fragilité de l’existence.  La fumée du tabac au début, les personnages clones issus de l’imagination du protagoniste (Denis Lavant), ou de ses hallucinations narcotiques,  leurs métamorphoses, la disparition du héros dans les dessous … tout cela  rappelle le fameux  baroque de La vie est un songe et le caractère illusoire de la vie, de la frontière confuse entre réalité et imagination.
 Mais on  s’interroge en vain sur le pourquoi de cette  séparation entre émotionnel et visuel, malgré   les trouvailles merveilleuses de mise en scène et de scénographie de James Thiérrée.

Anastasia Patts

Théâtre de la Ville jusqu’au 8 juillet puis en tournée..

addendum du 27 février:

cet article me semble bien sévère! J’ai vu ce spectacle avec plaisir. Certes on peut trouver des reproches à faire en sus des fumigènes, mais Ph. du Vignal s’en est largement chargé! peut-être Tabac rouge s’est bonifié depuis, il y avait de quoi se mettre sous l’œil et dans les noreilles, le public  à applaudi longuement et les rappels se sont succédés! Ce qui prouve que je n’était pas seule à apprécier le beau travail.

Claudine Chaigneau

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