Pauvre fou

 

Pauvre fou, adaptation de L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Mancha de Miguel Cervantès, par  Chantal Morel.

Pauvre fou pauvre-fou

Chantal Morel, installée  dans le quartier de la Villeneuve à la sombre réputation dans les médias sous la sarkozie, elle développe un travail étonnant avec son Équipe de Création Théâtrale qui mélange des fous de théâtre, amateurs comme professionnels. Installée dans un appartement de la Villeneuve depuis janvier 2012, son équipe a d’abord travaillé sur En attendant Godot,  avant de passer à  Don Quichotte, avec dix  personnes, renforcée par cinq comédiens professionnels: Louis Beyler et Roland de Pauw (Don Quichotte et Sancho Pansa), et Ali Djilali-Bouzina, François Jaulin, Petra Korosi .
Don Quichotte, chevalier dépenaillé à la triste figure, défenseur de la veuve et de l’orphelin,  se fait servir dans une auberge, puis voit disparaître son dîner quand il annonce qu’il n’a pas d’argent. Il s’interpose entre un maître et son valet qui réclame vainement ses gages, menaçant le maître des pires sévices s’il ne les lui paye pas… Puis,  sur une coursive, Don Quichotte sur sa poétique Rossinante, recrute Sancho Panza et son âne, qu’il séduit par la promesse de devenir gouverneur d’un archipel.
Le pauvre Don Quichotte manque de mourir dans son combat contre les moulins à vent qu’il prend pour des géants, mais Sancho le soigne, et le tire de tous les mauvais pas où il se précipite,  à la recherche de sa Dulcinée. La deuxième partie nous ramène au sol, avec un Pancho devenu gouverneur qui rend la justice à contresens, devant un tribunal populaire circonspect. Maître et valet sont  soumis tous deux à un voyage imaginaire, les yeux bandés sur un cheval de bois. Sancho finit par revenir à la terre,  et à sa condition première de paysan, après avoir vainement tenté de déciller les yeux de son maître.
Louis Beyler et Roland Depauw forment un couple incomparable, servi par un chœur d’amateurs attentif et émouvant, dans un décor à double niveau avec des effets magiques de vélums.
Pauvre fou
est un très grand spectacle à ne pas manquer.

Edith Rappoport

Théâtre du Soleil, jusqu’au 7 juillet.T: 01-43-74-24-08; les 19 et 20 juillet au festival Hérisson en fête; et  du 17 au 29 septembre Théâtre Prémol à Grenoble.


Archive pour juin, 2013

Poor people

Poor People, d’après Pourquoi êtes-vous pauvre ? de William T. Vollmann, traduit de l’américain par Claro, version scénique de Fançois Wastiaux.

  Poor people poorpeople En avril 2013, un jeune journaliste britannique, qui voulait intégrer la rédaction de Channel 4, meurt d’hypothermie à New-Castle, après avoir choisi de vivre dans la peau d’un SDF pendant une semaine. Florence Aubenas, elle,  avait obtenu le prix Joseph Kessel pour son roman-reportage Le Quai de Ouistreham (2010) où elle tente de définir l’impact de la crise économique sur la vie quotidienne des plus défavorisés. Comment comprendre l’exclusion sociale ? À Caen, pendant six mois, la journaliste s’est transformée en femme de ménage sans formation ni emploi et est allée à la recherche d’heures de travail.
Bien avant, avec Pourquoi êtes-vous pauvre ? le romancier californien W. T. Vollmann, journaliste, photographe et peintre, s’était déjà employé,  pendant plus d’une décennie,  à recueillir la parole de « mendiants, estropiés, travailleurs avachis », anciens salariés en perte d’emploi. Il avait arpenté  la planète: un pont à Kyoto, un bidonville et une gare à Bangkok, un port de pêche au Yémen, un appartement à Saint-Pétersbourg ou à Kaboul, un taxi au Pakistan, un bar à hôtesses à Tokyo, une chambre de passe à Sacramento, un hôtel de luxe et un hôpital au Kazakhstan, une jungle aux Philippines, un taudis à Bogota, une colline de gravats à Nanning en Chine.
Entre photos, souvenirs, jeux de mémoire et trahison, subsistent, dans la caverne de l’imaginaire,  des traces incontournables de l’extrême violence du monde. Pourquoi êtes-vous pauvres ?  Tel est le mot de passe de  cette singulière entreprise. Une définition :  » La pauvreté est essentiellement estimée par le nombre de personnes vivant avec un revenu en dessous d’un niveau dit de pauvreté, qui est en 2002 de  deux dollars américains par jour. Le niveau de vie d’un dollar par jour est qualifié de  « niveau d’extrême pauvreté ». Le livre de Vollman a inspiré au comédien et metteur en scène François Wastiaux,  Poor People, un spectacle de théâtre-essai.
Les  acteurs–des intellectuels jouant à être “honnêtement”pauvres-se mettent à la recherche d’une humanité, sinon infréquentable,  du moins bien vivante, installée à proximité du métro. Des bandes sonores investissent l’espace mais nous n’en voyons pas les images ; klaxons criards, ambulances, camions, bruit de circulation bruyante sur les périphériques.
Sur le plateau, l’ombre surtout, et les bruits assourdissants de la rue. En fond de scène, témoigne en direct sur un clavier d’ordinateur  W. T. Vollman, qu’interprète, avec une belle niaque,  Nathalie Kousnetzoff.  D’un côté, l’univers sonore de Fabrice Naud, et de l’autre, quelques « campeurs » autour d’une tente Lafuma.
Ces sans-abri, dont les comédiens ne se risquent jamais à jouer impudiquement la condition, se départagent entre « faux » et « vrais » déshérités, mais  le public sait que tous sont des acteurs de théâtre, s’appliquant à l’écoute de La Misère du monde,  grâce à une subtile mise en abyme théâtrale.
Les vrais sont les sans-abri: Vimonrat (Elsa Bouchain) et Patrick, (Sylvain Fontimpe) ; les faux sont des journalistes embarqués dans cette aventure sociologique réalisée par Wastiaux : William (Stéphanie Constantin ou Sandra Choquet), Tanner (Diana Sakalauskaïté) et même Bill, l’hagiographe de W. T. Vollman. (François Wastiaux).
La pauvreté est-elle un destin ou bien un caractère ? Alcool, drogues, absence d’emploi, les aliénations s’accumulent sans qu’apparaisse le bout du tunnel. Le travail de François Wastiaux rappelle l’interrogation shakespearienne sur l’identité existentielle dans tel contexte social et économique, à travers un plateau-laboratoire de recherche artistique un peu brute, sans la moindre affèterie.
Mais ce théâtre responsable, au-delà de l’éclatement  du récit et de la variation enjouée des points de vue, le sujet-lourd et grave-aurait supporté un peu plus d’envolée et de liberté poétiques…

 Véronique Hotte

 Théâtre de l’Échangeur, jusqu’au 25 juin: 01-43- 62-71-20. Le livre est publié chez Actes-Sud, prix du Meilleur livre étranger-essai (2008).

L’intermittence en question

L’intermittence en question dans actualites 143-manifestation_d_intermittents_en_2003

A quelle sauce vont-ils être mangés ? L’intermittence en question

 Une assemblée générale d’information s’est tenue le 17 juin au théâtre de la Colline, à l’appel d’un comité de suivi composé de : CGT Spectacle, Coordination des Intermittents et Précaires, Fédération des Arts de la rue, Société des Réalisateurs de Films, SUD Culture Solidaire, SYNAVI, SYNDEAC, Syndicat des Musiques Actuelles, UFISC.

Les informations les plus contradictoires circulent au sujet du régime d’assurance-chômage des métiers de l’audiovisuel et du spectacle. D’un côté, la Cour des comptes lui attribue un déficit d’un milliard d’euros. De l’autre, le rapport Gille dément catégoriquement ce déficit. Ce député, à la suite d’une étude très précise, fait en outre observer  » la charge que constituerait l’attribution du revenu de solidarité active aux intermittents du spectacle si ceux-ci étaient exclus de l’indemnisation du chômage « . Fort de ce rapport, Michel Sapin déclare que le régime est pleinement légitime. Que les intermittents du spectacle ne représentent que 100.000 allocataires, soit 3% des chômeurs indemnisés. Pour le ministre du travail,  » il y a une forme d’incompréhension de la logique même du système assurantiel. »
Incompréhension, certes, il y a, dans  l’opinion publique, relayée par la presse, qui considère les intermittents comme des privilégiés, sans connaître la réalité des métiers du spectacle et de l’audiovisuel et la précarité de ceux qui les exercent.
Il s’agissait d’évoquer les prochaines négociations relatives à l¹assurance chômage et spécifiquement aux annexes 8 et 10 qui doivent se tenir d’ici la fin de l’année 2013. De dresser un état des lieux et de proposer une plateforme commune de revendications, à savoir : annexe unique pour les artistes et les techniciens ; indemnisation sur 12 mois pour 507 heures travaillées en 12 mois ; plafonnement du cumul salaires et indemnités.
Jusqu’à présent, le gouvernement ne s’est pas positionné sur les principales revendications de cette plateforme.
Cependant, les récentes communications ministérielles, les préconisations du rapport Gille, laissent à penser que l’Etat se satisferait d’un statu quo. La Cour des comptes propose, elle,  de durcir les conditions d’accès,  voire de supprimer l’annexe des techniciens ; le M.E.D.E.F, lui, verrait d’un très bon œil la fin de ce régime jugé « trop généreux « , à l’instar du F.M.I et de la commission européenne !
Or la situation est déjà catastrophique : les règles de l’assurance-chômage sont obscures depuis la disparition des Assedic spectacle: les textes sont complexes et les agents de Pôle emploi mal informés. Un soupçon de fraude pèse en permanence mais, malgré les fréquents contrôles, seulement 3% de fraudes ont été relevés. Quant aux « permittents », ils ne représentent que 4% des intermittents. Fragilisés, isolés, fustigés, les intermittents sont plus contrôlés que leurs employeurs
et renoncent souvent à se battre contre le harcèlement de l’administration. Ainsi, comme les autres bénéficiaires de l’assurance chômage, moins d’un intermittent sur deux se voit indemnisé.

Sans compter la fonte des budgets de la culture tant de la part de l’Etat que des collectivités territoriales qui ont d’ores et déjà une incidence sur l’emploi dans un secteur où les deux tiers des salariés ont le statut d’intermittent. Les petits lieux sont les premiers à disparaître et on assiste au délitement progressif d’une structure sociale et associative.
La partie risque donc d’être serrée à l’automne, aussi le comité de suivi envisage-t-il plusieurs actions : lecture d’un texte au lever de rideau pendant les festivals pour informer le public ; rassemblements à la date des négociations. Pour commencer, il accueillera la marche des chômeurs, à son arrivée, le 6 juillet car, même s’ils bénéficient d’un régime spécifique lié à la spécificité de leur travail, les intermittents ne doivent pas rester isolés ni se distinguer des autres chômeurs.

 Mireille Davidovici

Pour en savoir plus et suivre l’actualité  www.syndeac.org;  CGT spectacle : www.fnasac-cgt.com Site intermittents et précaires d’Ile-de-France : www.CIP-IDF.org et apport Gille : http://www.assemblee-nationale.fr

Trauerzeit /En deuil

Trauerzeit /En deuil, d’après Le Chant d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke de Rainer Maria Rilke, mise en scène de  Johan Leysen, musique et direction de Dominique Pauwels. 

 

Trauerzeit /En deuil en_deuilC’est à partir d’un document que son oncle Jaroslav Rilke découvrit en faisant des recherches généalogiques, que le poète Rainer Maria Rilke écrivit Le chant d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke.

Un cornette est l’officier porteur de l’étendard dans une compagnie de cavalerie. Le poème rend hommage au destin tragique d’un ancêtre de Rilke, engagé comme porte-étendard des armées. Après avoir découvert l’amour dans les bras d’une jeune femme, le soldat se retrouve,  au matin, séparé du reste de la troupe et périt sous les coups de l’ennemi qui l’encercle.
Cette œuvre de jeunesse connut un vrai succès populaire durant la grande guerre, allant dans le sens d’un nationalisme que l’auteur n’avait pas voulu provoquer. L’année  1664 avait été choisie par Rilke pour évoquer un événement historique : la bataille victorieuse de l’alliance chrétienne, conduite par l’Empereur Léopold Ier contre les Turcs, à Mogersdorf et Saint-Gothard, le 30 juillet. Parmi les alliés, 5.000 soldats français sont envoyés par Louis XIV au secours de Léopold Ier, sous le commandement de Jean de Coligny.
La  prose versifiée de Rilke est marquée par un élan poétique et un rythme enlevé. Et pour lui, ce poème de jeunesse à une seule qualité: « Le rythme tout intérieur, le rythme du sang qui le traverse, qui le porte, qui l’entraîne d’un bout à l’autre, sans qu’il y ait un moment d’hésitation ou d’incertitude ». Le poème en prose, écrit en une seule nuit en 1899, et dont la troisième et dernière version de 1906 fait référence, associe étrangement des caractéristiques à la fois épiques et lyriques.
Le metteur en scène néerlandais Johan Leysen, a connu le poème grâce à la traduction néerlandaise qu’en fit son propre père et  reste fasciné par l’équilibre singulier de l’écriture de Rainer Maria Rilke. Cet art d’écrire fait se côtoyer dans une même œuvre « l’élégante délicatesse d’une très pure idylle amoureuse avec la sauvagerie barbare des mœurs brutales de la guerre ».  Le récit rappelle le destin d’un garçon quittant  sa mère pour aller rejoindre son armée : il entre dans le monde des adultes et découvre l’amitié, l’étranger, la cruauté, la solitude, la fatigue, l’ennui, la bataille, la reconnaissance… et les femmes. Récit des horreurs de la guerre, Le Chant transcrit des histoires de vie, d’amour et de mort. Le frère Otto est le seul héritier de son frère mort, En deuil donc.
Sous la direction  du compositeur Dominique Pauwels, avec le quatuor de violoncellistes Aton’& Armide et la soprano Louise Wayman, ce théâtre musical privilégie l’esprit grave de l’œuvre, quand  se font entendre aussi les voix de Johan Leysen  et de la comédienne Isabelle Ronayette. Le plasticien Hans Op de Beeck joue avec malice de l’encombrement des poussettes que l’on fait avancer de force ; et la cinéaste Laurence Rebouillon s’amuse du passé de l’enfance avec une vidéo.
Mais, malgré la beauté saisissante de l’œuvre, l’ensemble scénique, artificiel et sec, dégage une impression compassée et apprêtée. Les acteurs: Johan Leysen, Isabelle Ronayette et la soprano Louise Wayman sont sous-employés et c’est bien dommage. On aurait aimé goûter davantage à leur pleine présence et leur autorité…

Véronique Hotte

 

Théâtre des Bouffes du Nord du 12 au 15 juin 2013 avant la tournée 2013/2014.

Journal d’Amérique

Journal d’Amérique, de Bertolt Brecht.

Journal d’Amérique dans analyse de livre picture_id88_midAvant d’arriver en Californie en 1941, Bertolt Brecht et sa famille ( Hélène Weigel son épouse, Barbara et Stefan ses enfants et sa collaboratrice et maîtresse Ruth Berlau) ont d’abord  séjournés en  Scandinavie dès 33, juste après avoir fui l’incendie du Reichstag le 29 février et la tyrannie d’ Hitler.  Mais  les armées allemandes prennent du terrain! Les Brecht obtiennent alors un visa  pour les Etats-Unis en mai 41, et, c’est  sur un bateau suédois qui va  de Vladivostok à Los-Angeles, qu’ils prennent connaissance de l’attaque de l’Union soviétique par l’Allemagne.
Brecht  écrit son Journal d’Amérique de  41 à  47. La vie lui semble paradoxalement difficile sur le nouveau continent, « cette morgue de l’easy going ». Le dramaturge voit sa maison comme trop jolie, et son métier comparable à celui des chercheurs d’or : « Les chanceux dégagent de la boue des pépites grosses comme le poing, dont ensuite il est longtemps question, moi quand je me déplace, je marche sur des nuages comme un malade de la moelle épinière » Grete (Margarete Steffin son autre collaboratrice et maîtresse) lui manque là-bas, « comme  un guide qu’on lui aurait enlevé juste à l’entrée du désert ».
L’intérêt de son  journal réside dans ce regard distancié à la fois sur l’Europe et sur les   Etats-Unis que possède  un exilé apatride. Ce récit  de voyages et d’aventures (Scandinavie, Moscou, Vladivostok, Pacifique, Philippines, Californie, New York) laisse  aussi transparaître la détresse du peuple allemand mais avec l’approche particulière d’un des nombreux intellectuels  réfugiés aux Etats-Unis comme  Max Reinhardt, Fritz Lang, Hans Eisler, Alfred Döblin, Henrich Mann….
Il s’agit aussi pour Brecht de se confronter à l’industrie du cinéma américain. Et il réfléchit évidemment sur le métier d’acteur et sur sa mission d’éveil politique : « Pour le comédien, il s’agit de l’émancipation, de l’acquisition du droit d’influer sur la forme à donner à la société, du droit d’être productif… L’artiste n’a pas seulement une responsabilité devant la société, il lui demande des comptes ».
Brecht reconnaît que la « nature  » se reflète dans ses travaux : ville, paysage artistique, champ de bataille, fragment d’intérieur ou de paysage urbain dans Baal, Tambours, La Jungle, La Vie d’Edouard II d’Angleterre, Homme pour homme… Par contre, une pièce comme La Mère ne fait mention d’ aucun paysage;  il n’y a que des rapports humains directs.
« Ici, aux Etats-Unis, dit Brecht, on est objet de la littérature pas sujet ». Le « stanislavskisme » signifie ici encore comme en Allemagne, une protestation contre le théâtre mercantile, « une poignée de comédiens sérieux bâtissent un temple, sur la place du marché, il est vrai ». Brecht travaille pour Hollywood mais sans grand succès, et  cherche vainement des productions pour ses pièces.
Le regard sans pitié du metteur en scène engagé ne peut laisser le lecteur indifférent: la finesse de son analyse sur l’Allemagne et sur l’Europe ,  et sa vision d’une mise en cendres par des forces intérieures et extérieures restent  étrangement d’actualité…

Véronique Hotte

 L’Arche Editeur

Que faire? Le retour

Que faire ( Le Retour)  de Jean-Charles Massera, mise en scène de Benoît Lambert.

Que faire? Le retour que-faire-615_vincent-arbeletLe Théâtre de la Colline vient heureusement de reprendre dans la grande salle ce spectacle décapant, vu en 2011, interprété avec brio par  François Chattot et Martine Schambacher, un couple de  grands acteurs qui ont fait les beaux jours d’Hérisson et du Théâtre de Bourgogne avec la bande de Jean-Paul Wenzel, Jean-Louis Hourdin et Olivier Perrier.
Une cuisine au jardin bordée par de grandes piles de livres aux belles reliures, entassés sur sur de grands plateaux. L’homme est attablé à bricoler, sa femme chargée de courses vide frénétiquement son cabas, sert la soupe, s’attable. Elle est en train de lire et cite une des Méditations de Descartes  : « Maintenant que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions ».
Le couple se met à ranger les livres comme  entre autres le célèbre De la démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. Le mari  dit:  » La propriété c’est le vol, mais la propriété c’est la liberté ! En théorie,  ça peut être juste, mais en pratique, ça ne vaut rien ! » Et au fil des rangements, ils passent en revue le totalitarisme:  « Les droits de l’homme, ça existe pas, il y a des hommes. Puis mai 68:  « on fait quoi avec ? (…) un phénomène collectif de voyance qui a engendré les impasses de la crise actuelle en France, chaque fois le possible a été refermé ! »
Ce voyage de Français moyens dans nos bibliothèques pose l’interrogation suprême que nous sommes en train de vivre: « Comment en est-on arrivé à cette furie économique, à nous livrer à la fornication dans les harems de la frigidité affective ? L’argent a tout, il n’est rien ! »
La deuxième partie se veut plus théâtrale:  la femme se travestit en Nina Hagen, et son mari chante avec une belle prestance; ils finiront tous les deux par démonter leur cuisine, aligner les bouteilles, se masquer avec des assiettes en carton et sur la chanson Boum de Charles Trenet: « La pendule fait tic tac tic tac. Les oiseaux du lac font pic pic pic pic. Glou glou glou font tous les dindons. Et la jolie cloche ding din don ».
Benoît Lambert qui avait déjà monté plusieurs spectacles passionnants avec Jean-Charles Massera comme We are la France  et We are l’Europe, vient-et c’est heureux-de succéder à François Chattot à la tête du Théâtre Dijon-Bourgogne.

Edith Rappoport

Théâtre de la Colline jusqu’au 22 juin, du mercredi au samedi à 20 h 30, mardi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, Tél 01-44-62-52-52 http://www.colline.fr

La culture comme promesse d’une métropole citoyenne

 

La culture comme promesse d’une métropole citoyenne, rencontre des directeurs des affaires culturelles d’Île-de-France.

La culture comme promesse d’une métropole citoyenne 62a87f3882

A l’invitation de l’association des directeurs des affaires culturelles en Île-de-France, et de la Fédération nationale,  Véronique Balbo-Bonneval, directrice générale adjointe à  la communauté d’agglomération de Saint -Quentin-en-Yvelines a organisé cette rencontre et en a assuré la présidence.
Elus et professionnels de l’Etat et des collectivités territoriales, artistes, opérateurs culturels, chercheurs, acteurs économiques, urbanistes et aménageurs, se sont réunis pour partager leurs réflexions sur le thème du Grand Paris-Plaine commune.
Ils ont échangé leurs points de vue sur le nouvel enjeu culturel comme clé du développement local et global, et sur l’articulation entre créativité et héritage de la démocratisation culturelle, au cours de quatre tables rondes. « Il n’y a pas de ville , s’il n’y a pas de représentation mentale de la ville »,  rappelle l’un d’eux, citant Julien Gracq.
1) Dans la société participative de demain,  société de la connaissance autant que des loisirs, tout est à inventer… Alors comment passer d’une approche culturelle « ville centre-banlieues à une ville multipolaire » et comment faire pour que chacun ait un endroit qui ne soit pas laissé pour compte ? La culture se repense dans les périphéries, reconnaît Patrick Braouezec, Président de Plaine Commune qui qualifie de mille feuilles, les contrats de développement territorial, affirmation politique de coopération entre l’Etat et les collectivités territoriales.

S’ils ne comportent pas à ce jour de volet financier, ils devraient comprendre  un volet culturel et citoyen. Braouezec évoque, avec Pierre Mansat, chargé de Paris Métropole auprès du maire de Paris, la recherche d’un autre modèle de ville et de nouvelles méthodes de gouvernance. Fondée sur un système complexe de relations, l’idée de culture ne devrait plus faire référence aux seuls  équipements, mais à la dynamique de projets et à la question du « vivre ensemble ».
2) Des expériences mêlant « acteurs publics et acteurs privés de la culture » ont été présentées: le mécénat de compétence et l’accompagnement des émergences, avec l’exemple donné de la friche industrielle de Pantin comme prototype d’un territoire mixte et d’un éco-système privé/public ; l’évocation de la maîtrise d’ouvrage et des conditions qui en découlent: ouvrir le droit à la concurrence, stopper la loi du moins-disant, utiliser les outils de contractualisation, avoir une vision du territoire en termes de service aux publics et s’inscrire dans une problématique d’adaptation.
Les intervenants ont aussi parlé de la nécessité d’élargir notre conception de la culture et Jean-Louis Bonnin, à partir de son expérience à Nantes, a évoqué la nécessité de créer des lieux de rencontre et de convivialité, avec le besoin de repenser le quartier, en amont des projets.
3) Comment garantir l’équilibre entre développement urbain et service public de la culture, entre droits culturels et ville créative ? Cette table ronde a évoqué, entre autres, la mobilité et le foncier. Charles Ambrosino, de l’Institut d’urbanisme de Grenoble, a reconnu que la ville était créative mais dévorée par les nouvelles technologies, et mis en relief le paradoxe entre  création individuelle et  création collective.

Le Président de Paris Métropole et de la Fédération nationale des collectivités pour la Culture, Philippe Laurent, a donné la statistique : 206 entités administratives adhèrent à ce jour à Paris Métropole, et Nicolas Frize, compositeur, seul représentant de la corporation des artistes, a parlé de son expérience, dans Plaine Commune. La pertinence de son intervention a été remarquée, contre-point salutaire d’une journée de consensus mou. Frize a évoqué le syndrome de Bilbao: un équipement important mais qui ne fait pas émerger de projet artistique, ce qui allume des clignotants. Il a aussi évoqué l’amagalme entre les notions d’identité et de diversité culturelles, d’inter et poly-culturalités, entre les sentiments d’appartenance et de non-appartenance, et suggère plutôt de parler des modalités de vie, d’éducation commune et de conscience collective.
Pour lui, la culture est un «dépôt, ce que nous produisons, des déplacements et de l’action. Tout est culture et chacun de nous est un autre, alors pourquoi nier les parcours individuels et « anthropologiser » les peuples », demande-t-il ? L’exemple du travail qu’il a engagé depuis deux ans chez PSA Peugeot, (entretiens avec les salariés et création musicale à partir de pièces fabriquées dans l’usine), s’apparente à un travail sur la mémoire. La parole collective devient ici action de création.
4/Les participants à la dernière table ronde se sont interrogés sur la «défense du service économique d’intérêt général auprès des instances européennes» qui posent la question vitale du maintien du financement public. Le discours juridique d’Eric Baron, avocat, fut ardu mais utile car il mettait en lumière le danger des textes qui, actuellement, se mettent en place, au niveau européen et l’imprécision de la Commission. La notion d’exception culturelle, quoiqu’à double tranchant, pose la question du respect, dans le cadre européen, des spécificités  françaises.  L’optimisme n’était pas de mise…
A la veille des élections législatives européennes, l’urgence de se fédérer, sans positions sectorielles, pour défendre globalement la culture, est nettement apparue.

Brigitte Rémer

Rencontres du 31 mai, aux Archives Nationales à Pierrefitte-sur-Seine



 

 

Le grand bal masqué du château de Versailles.

Le grand bal masqué du château de Versailles.  jc-versailles

Le grand bal masqué au château de Versailles.

Deux mille trois cents personnes-toutes déguisées et masquées-ont occupé  durant une nuit un peu folle, l’Orangerie, construite par Mansart de 1684 à 1686 et les jardins du château de Versailles. Pour 70 euros minimum, elles ont donc dansé dans la galerie de l’Orangerie, après avoir assisté au spectacle des grandes eaux nocturnes, avec feu d’artifice.
Pour cette troisième édition, Kamel Ouali a conçu cette nuit avec cinquante danseurs, musiciens et circassiens. Il y avait aussi plusieurs dompteurs avec des tigres et des aigles, et de minuit à quatre heures du matin, un bal rythmé par les meilleurs D. J.
Au lever du soleil, les participants ont été invités à rejoindre la salle de bal de Grove dans le jardin royal pour poursuivre la danse et partager une frugale collation. Nuit très réussie où les participants, venus de toute la France et d’Europe, ont joué le jeu avec de magnifiques costumes, loués, achetés ou fabriqués spécialement pour l’occasion.
Il fallait compter un budget conséquent qui pouvait atteindre 500 euros (costume loué ou acheté, entrée et consommations)! Jeux de masques et jeux de miroirs où se reflètent nos désirs et nos contradictions, cette fête nocturne, remarquablement organisée a aussi été l’objet d’un narcissisme évident pour beaucoup d’entre eux. Les smartphones remplaçant les miroirs, l’important était souvent  de se prendre en photo pour témoigner, via les réseaux sociaux, de cette nuit de privilégié.
Au point qu’il était difficile de photographier les costumes sans avoir un portable parasitant l’image. Dyonisos avait disparu au profit d’une communication sans frontières via internet. Certains n’ont pas vraiment vécu le moment présent, sauf pour dire :“j’y étais ” ! Mais ce fut une belle fête, et s’il ne fallait ne retenir qu’une image de cette nuit, ce  serait ce couple de marquis et marquise qui, sans téléphone dans les mains, se touchait, s’embrassait et se parlait, en semblant indifférents à la folie ambiante! Sourds profonds, la langue des signes les avait réunis ! Rendez-vous donc l’année prochaine.

Jean Couturier

HYPERLINK « http://www.chateauversailles-spectacles.fr » www.chateauversailles-spectacles.fr

Adieu Ginz

Adieu Ginz…

Adieu Ginz andre-ginsburgerJe ne prendrai plus l’ascenseur du 47 rue de Richelieu, à Paris,  porte à gauche, 7 ème étage.  André Ginsburger aura  eu une vie  extraordinairement remplie:  de la Comédie de l’Est après la guerre, au Théâtre de l’Alliance française à la direction du festival de Sarrebrück . Mais, comme agent  surtout, il aura  accompagné, excusez du peu: Le Royal de Luxe, Jérôme Savary et son Magic Circus, Dominique Houdart, Le Living théâtre, la compagnie russe du Licedei, et tant d’autres…  Toujours avec une perspicacité et une intelligence remarquables. Il avait des antennes et des correspondants dans le monde entier,  et nous lui devons, nous Théâtre de l’Unité,  dix ans de tournées internationales.
Son catalogue était une référence, et quand il ne croyait pas trop à un spectacle,  il le  déconseillait.Il suivait  tout avec une attention et un discernement remarquables. Dès 73, il avait  senti que le théâtre de rue et le nouveau cirque allaient être les pics innovants de l’histoire du théâtre de cette  fin du XX ème siècle.
Je lui avais   demandé une fois  pourquoi une chape d’ennui  avait  recouvert le théâtre académique dans les années 80. Et  il  m’avait répondu  que  c’est Vitez qui avait désincarné le théâtre, ou quelque chose comme ça, mais que, lui,  se considérait  plus ou moins responsable de sa nomination  comme professeur au Conservatoire National  parce qu’il l’avait recommandé au directeur de l’époque, Pierre-Aimé Touchard.
Nous  perdons vraiment un homme de grande culture. J’étais allé le voir il y a trois semaines; son estomac était fermé à toute nourriture, il avait maigri, mais l’œil et la pensée restaient vives. Il me rappelait sans arrêt que nous avions compté pour lui, et je lui disais que c’était réciproque… Seul, son chat était le témoin de notre conversation.
Quand on meurt à 88 ans, ce n’est pas vraiment triste, mais ce sera pour ses proches et pour ceux qui l’ont connu une immense absence. J’avais vraiment envie de lui parler, je venais de lui envoyer le dossier de presse de notre Macbeth en forêt, mais il n’aura pas pu me faire de commentaire. Sa mort aura fait tout de même un heureux, celui qui avait acheté son appartement en viager…
Nous serons au Père Lachaise le 19 juin, ce serait si bien qu’il puisse assister à l’hommage que nous allons tous lui faire…

Jacques Livchine

Fadjiri

Fadjiri, chorégraphie de Serge-Aimé Coulibaly.

Fadjiri fadjiri55ph.ericlegrandL’homme au gilet blanc est enraciné dans le sol, habité d’une grande force dramatique. Son balancement est récurrent, comme son rire, qui devient douleur et cri.
On pense à Munch. Lui, fait référence au tableau du Prado, El Tres de Mayo peint par Goya en 1814. Ce n’est pas tant le contexte historique -les soldats français exécutent les combattants espagnols faits prisonniers-qui intéresse le chorégraphe, également concepteur et interprète du spectacle, que l’homme vêtu de blanc qui va être fusillé et lève les bras face au peloton d’exécution.
La force émotionnelle qui s’en dégage, l’a nourri. Coulibaly l’intériorise, elle l’inspire. Le spectacle débute avec  une certaine lenteur et une grande intensité, avec la présence de ce Christ recrucifié. Une vidéo déroule des éléments d’eau, de feu, et de nuages sur les différents espaces de la scénographie : de formes et niveaux différents, ces plateformes souples où il marche comme dans le sable et s’enfonce, balisent son chemin initiatique. Mais avec qui l’homme communique-t-il ? C’est la bande-son qui le guide, enchaînant les musiques, éclectiques, du classique au vocal, des percussions à la world musique.
Fadjiri
est une expression dioula, qui indique ce tout petit moment, juste avant l’aube, quand les esprits maléfiques sortent et que tout devient possible. Et le danseur, dans sa concentration aigüe,  joue entre possession et dépossession de lui-même, passant par la transe, les tremblements, les chutes, le sémaphore, l’autodestruction.
Il est végétal, animal, et humain, en souffrance. Tout est intériorisé à l’extrême, il esquisse un geste et immédiatement le contredit, ses regards sont perdus et éperdus, ses gestes saccadés, parfois syncopés. Il sait être félin, avec quelques bonds puissants, puis esquisse quelques  pas de danse sorte de remémoration, cherche ses vocabulaires, se crée des embûches dans un tracé en marche arrière, se jette de tout son long, et appuyé contre le mur, ressemble à un arbre mort.
Imprégné de Césaire, Serge-Aimé Coulibaly cherche du côté de ses racines burkinabé. Il a créé sa compagnie, Faso Danse Théâtre en 2002 et travaille aussi avec des chorégraphes comme Alain Platel, Rachaël Swain et Sidi Larbi Cherkaoui. Sa forte présence dégage une certaine étrangeté, et quand, dans Fadjiri, la marée montante envahit le plateau, il remonte le courant avec son énergie vitale, et il nous  transmet comme une sensation d’éternité.

 Brigitte Rémer

Le Tarmac, 159, avenue Gambetta. 75020, du 4 au 15 juin, du mardi au vendredi, à 20h, samedi à 16h. Tél : 01-43-64-80-80. www.letarmac.fr

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