Cendrillon

Cendrillon, de Joël Pommerat

C’est une reprise, mais il faut  rappeler la qualité de ce spectacle éblouissant (voir Le Théâtre du Blog novembre 2011).De siècle en siècle, l’imaginaire de ce conte universel renouvelle la légitimité de son espace, littéraire et théâtral,dont s’emparent successivement les jeunes générations. Avec Perrault en 1697, les Frères Grimm en 1812 et Joël Pommerat maintenant, Cendrillon se plie au temps fondu et amer de notre contemporanéité. À sa manière analytique, l’auteur et metteur en scène réécrit  en effet cet ouvrage mythique destiné aux enfants et aux adultes.
Le matériau initial tourne autour d’une fillette qui, devenant orpheline de mère, perd non seulement l’attention paternelle mais « récupère » encore une marâtre dotée de deux filles aussi stupides que désagréables. Le monde est décidément un enfer, mais heureusement, il existe des marraines bienfaisantes et des princes charmants que l’on veut sortir de leur égarement.Pour le réveiller à l’aune du deuxième millénaire, Joël Pommerat adapte le conte en le prenant à rebrousse-poil, insérant dans la parole et le jeu de ses interprètes belges, humour et moquerie, ironie noire et sarcasme, une vision satirique du temps.

Cendrillon ciciolssonSa Cendrillon  la « très jeune fille », interprétée avec peps par Deborah Rouach, dégage une détermination et une certitude d’elle-même bien rares, prise entre l’image de sa mère défunte à laquelle elle se raccroche puisqu’elle est portée par la culpabilité d’avoir survécu à cette fatalité.
Elle s’oppose à sa belle-mère odieuse (Catherine Mestoussis) avec pertinence et un bel esprit de répartie, allant dans le sens de sa folie.
Elle acquiesce aux demandes de ce tyran en jupes, tout en restant sourde aux dénigrements de ses deux filles (Noémie Carcaud,)qui incarne également la fée protectrice et déjantée en mal de leçons pratiques de prestidigitation, et Caroline Donnelly, qui joue aussi le Prince incertain.
Alfredo Canavate est un père velléitaire et faillible, comme il se doit. La voix de la narratrice (Marcella Carrara) à l’accent italien,est saisissante de justesse et de clarté  et un narrateur (Nicolas Nore) sur la scène vide raconte dans le langage des signes et des gestes la beauté sombre de ce conte troublant.
Il y a un  beau décor et des lumières d’Éric Soyer, un cube noir à l’intérieur duquel les figures jouent leur scène comme une partition, tandis que les nuages dansent sur les murs alentour, tel un paysage céleste enserrant public et comédiens. Un rêve acidulé.

Véronique Hotte

Spectacle pour tous à partir de 8 ans.
Ateliers Berthier/Théâtre de l’Odéon. T. : 01-44-85 -40-40


Archive pour juin, 2013

L’Uruguayen

L’Uruguayen de Copi, adaptation de Claire Ruppli, mise en scène de Roberto Platé.

L’Uruguayen 4088394696Dans le roman, Copi, écrit depuis Montevideo, à son « cher maître » L’accablant d’insultes, il lui donne régulièrement des nouvelles de l’Uruguay, pays qui n’arrête pas de rétrécir, sorte de désert de sable menacé par la mer et dont les habitants meurent, puis renaissent, sous la férule d’un président sodomite manipulé par le pape d’Argentine… Accompagné d’un chien qui finira bientôt empaillé, il y fait son trou parmi les poulets rôtis qui s’égayent alentour et les Uruguayens qui n’ont pas plus de trois mots pour parler. Copi, lui, en a à revendre des mots. Et des images aussi, du pays où il a vécu enfant une dizaine d’années, après que ses parents eussent quitté l’Argentine et avant qu’ils ne s’installent en France.
C’est de cette langue bizarre-écrite en français mais  pensée et rythmée en espagnol- et de cette imagination hallucinée que Claire Ruppli s’empare, travestie en Copi. Petit bonhomme tout en nerf, elle virevolte, facétieuse, autour d’un grand phallus doré, devant d’immenses pages imprimées qui s’affichent au fur et à mesure que le roman s’invente. Son interprétation débridée donne une théâtralité à un  texte a priori non destiné à la scène et ressuscite, tout en restant à distance, un auteur tapageur qu’on a aujourd’hui tendance à oublier, et dont on méconnaît l’œuvre romanesque.
Copi dédia son premier roman, L’Uruguayen, à Roberto Platé, plasticien et scénographe argentin, membre  du TSE,  l’irrévérencieux et célèbre groupe théâtral. Platé, devenu aussi metteur en scène  et trouvant une similitude entre son  ami disparu et  Claire Ruppli, il  lui a demandé de porter le texte à la scène. » L’idée de faire porter ce texte par  Claire,  dit-il,  est au cœur de l’écriture de Copi qui,  sans cesse,  se transformait en femme ».
Heureuse initiative qui remet au jour l’univers déjanté de Copi et donne envie de relire ses romans et ses bandes dessinées… A la parution de L’Uruguyaen,  Michel Cournot, disait déjà, dans le Nouvel Observateur  en 1973 : » Il écrit des choses étonnantes, des choses qu’on n’a jamais lues nulle part et qu’on ne veut surtout pas rapporter, pour laisser au texte de Copi tout son effet ».
Et l’’affiche du spectacle est signée Topor…

 
Mireille Davidovici

Théâtre du Petit Hébertot jusqu’à fin juillet, 78 Bd des Batignolles 75017 Paris. T:  01- 42- 93-13-04. 

Tahoé

Tahoé de Frédéric Vossier, mise en scène de Sébastien Derrey.

Chaque mois, le petit mais chaleureux Studio-Théâtre de Vitry ouvre ses portes à une cinquantaine de spectateurs professionnels, pour des spectacles en devenir qu’ils ont accueillis en résidence pour  un mois de répétitions.
Tahoe
est le deuxième volet d’un dytique, dont Mannekjin du même auteur  constituait la  première partie; ces deux spectacles,  ont été créés en 2012 à l’Échangeur de Bagnolet et ensuite repris à Anis Gras d’Arcueil.

« J’ai toujours pensé qu’il fallait aborder au théâtre la question de l’industrie du spectacle – de son pouvoir économique, social et idolâtrique. Le phénomène de la célébrité est un facteur de domination sociale qui s’exerce massivement sur les subjectivités », dit Frédéric Vossier. C’est, selon lui, une évocation de la fin du « King » Elvis Presley!
Sur le plateau, un homme  est allongé sur un  grand  lit, avec, à ses côtés,  une forme féminine qui  s’agite sous les draps de satin gris. Coiffée d’une perruque blonde, elle  en surgit, toute habillée, chausse ses bottes et déclare qu’elle s’en va.

Le téléphone sonne, l’homme peine à répondre et  supplie la fille de revenir. Elle revient en effet, accompagnée d’une amie apeurée. Il y a des allées et venues des deux filles parties « se promener » dans les immenses pièces de cette demeure, les supplications amoureuses et  les paroles violentes du mâle en robe de chambre, des « fiançailles » dans la salle de bain, une alternance de faux départs et de retours figés auprès du lit.
Malgré l’engagement d’acteurs solides :Frédéric Gustaedt, Catherine Jabot et  Nathalie Pivain , ce spectacle nous a provoqué une violente allergie…

Edith Rappoport

Barbe bleue, espoir des femmes

Concours des jeunes metteurs en scène au Théâtre 13:  Barbe-Bleue, espoir de femmes de Dea Loher*, traduction de Laurent Mülheisen, mise en scène d’ Alain Carbonnel.

Dea Loher, née en 1964, fut étudiante à Berlin, notamment auprès d’Heiner Müller, et elle puise, à l’instar de son professeur, aux sources de la mythologie (Manhattan Medea) ainsi que dans l’histoire contemporaine de l’Allemagne, de la Pologne (Sanka) ou de l’Amérique du sud (La vie sur la Praça Roosvelt). Elle aborde aussi des sujets plus intimistes comme ici dans Barbe-Bleue, espoir des femmes, publié en 1999 en Allemagne.
..
Il s’appelle Henri Barbe-Bleue, il est roux (Thibaut Corridon), et plutôt doux, marchand de chaussures de son état. L’amour le guette à tous les coins de rue, mais ce sera pour lui une quête de plus en plus désespérée, tant l’amour entre homme et femme est pour lui inaccessible.
La première victime s’appelle Juliette (Ophélia Kolb), c’est elle qui le demande en mariage alors qu’il ne se connaissent que « depuis une heure et cinq minutes »; puis elle s’empoisonne sur le champ car il n’a pas su dire qu’il l’aimait « au-delà de toute mesure » Expéditif !
 « Ce ne sont que des mots, mais où est le sentiment qui va avec ?», demande Henri, désemparé, à Anne (Virginie Gritten), sa deuxième rencontre. Anne qui justement liste les beaux mots et les laids. Pour elle, « le sentiment vient avec les mots », elle lui propose donc de les trouver ensemble mais il ne pourra que l’étrangler sans autre forme de procès, entamant ainsi une carrière de serial killer malgré lui, au gré de ses rencontres féminines.
Une seule aura la vie sauve, l’Aveugle, sorte d’innocente extralucide à laquelle il se confie et qui finira par l’abattre. Elle a un statut à part dans la pièce : elle poursuit avec l’assassin un dialogue tout au long de la représentation et livre sa vision de l’amour dans un long monologue, véritable morceau de bravoure.
Organisées en chœur, les sept comédiennes accompagnent l’action par leurs commentaires, récitatifs, chants et didascalies, avant d’être chacune à son tour mise à mort par cet homme dont le mobile est simplement son incapacité à les aimer comme elles l’entendent. 
 Ce parti pris de mise en scène introduit une distanciation qui sied au style de la pièce. En effet, Dea Loher casse toute émotion dans cette suite de confrontations inattendues plutôt cocasses que tragiques ; elle crée des situations émotionnelles déconcertantes qui privilégient le suspense et opère dans son écriture même un décalage entre le cru et le poétique. 
Cette ambigüité engendre le comique, même si, derrière cette légèreté se cache, sous un certain cynisme, une profonde désespérance.
L’auteure n’a-t-elle pas dit de l’amour que c’est « un sentiment qui fait des ravages et qui engendre mort et souffrance « ? 
La mise en scène joue sur ce double registre. Un joyeux bric-à-brac encombre le plateau, en nous renvoyant aux greniers de notre enfance à la fois bienveillants et inquiétants, et aux réminiscences des contes de fées qu’on a aimé parce qu’ils font peur. Ce décor  a quelque chose ludique, que soulignent les changements de costume à vue, les éclairages et la bande-son et surtout le regard des comédiennes, toutes parfaitement justes, en particulier Dominique Jacquet dans Eve.
Alain Carbonnel, sorti de l’Ecole du Théâtre national de Strasbourg  en 2007,  a su relever le défi que pose cette œuvre complexe, où les personnages se noient dans de perpétuelles contradictions et où les situations se retournent sans cesse. Il a réussi à élucider cette écriture labyrinthique, au risque parfois d’un certaine  redondance.
Quand on connaît les conditions imposées aux équipes techniques et artistiques pour ce prix  du Théâtre 13, (aucun budget prévu pour les lumières et décors, et la rémunération des comédiens),  on ne peut que saluer un travail qui  trouvera son rythme de croisière.

Mireille Davidovici

Prix Théâtre 13 Jeunes metteurs en scène Autres spectacles en compétition :
Hôtel Palestine de Falk Richter, mise en scène de Fabio Godinho 14-15 juin. Münchhausen, le spectacle, écriture collective, mise en scène d’Elsa Robinne 18-19 juin. L’Anniversaire d’après C.T. mise en scène de Johanna Boyé 21-22 juin. Love and Money de Denis Kelly mise en scène de Benoît Seguin 25-26 juin. Alice, texte et mise en scène d’ Anaïs Laforêt et Aïda Asgharzadeh 28-29 juin.

Théâtre 13/Seine,  30 rue du Chevaleret 750013 Réservations : 01-45-88-62-22

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Kontakthof

Kontakthof, une pièce de Pina Bausch par le Tanztheater de Wuppertal

Kontakthof j-couturier-autorise-pat-la-ciePourra-t-on un jour se passer du Tanztheater au théâtre de la Ville et ailleurs ? Nous sommes des milliers de spectateurs à nous poser la question !
Le manque risque d’être grand, même si resteront de nombreux livres, des photos, des affiches ou des vidéos. Irremplaçables comme celles de Tadeusz Kantor, Merce Cunningham ou Giorgio Strehler , les images de la chorégraphe resteront dans les mémoires collectives et individuelles. Ce qui pousse un public passionné à se presser dès l’ouverture des abonnements ou au guichet de ce théâtre même quand il ne reste que 288 places…vendues en moins de deux heures.
Kontakhof est donc repris avec la troupe de Wuppertal, et ce spectacle sans doute un des plus marquant pour le public est entouré de nombreux superlatifs. Une pièce sur laquelle on a le plus écrit, jouée dans le monde entier,  qui a connu plusieurs générations de danseurs et dont il y a une version pour les adolescents et une autre pour des danseurs et des danseuses de plus de soixante-cinq  ans.
La pièce a donné lieu à deux films émouvants pour chacune de ces deux versions, et  a suscité l’écriture de livres. Elle aura marqué définitivement tout amoureux de la danse et du théâtre. Dans un décor de salle de bal conçu par Rolf Borzik, des femmes et des hommes tentent d’entrer en contact sur des musiques, en particulier celles de Juan Llossas et Jean Sibelius.
Il n ‘est pas utile de décrire ici en détail ce qui se passe sur scène. Il faut le vivre tout simplement et donner la parole à Pina Bausch quand elle dit dans le livre consacré à la version des personnes âgées, « Kontakhof est un lieu où l’on se rencontre pour chercher contact, se montrer, se défendre. Avec angoisse. Avec désir… Déceptions. Désespoirs. Premières expériences. Premiers essais. La tendresse, et ce qui peut de là surgir, était un thème de travail important. Le cirque, par exemple, en était un autre. Montrer quelque chose de soi, se surmonter ».
Heureux spectateurs qui pourront entrer en contact d’une certaine manière avec les danseurs tous profondément attachés à l’âme de cette pièce, sous le regard tendre de Dominique Mercy et Lutz Föster qui a été nommé en avril directeur artistique. La transmission de cette œuvre qui a connu plusieurs versions à différentes époques n’a réussi à se faire que parce qu’il a toujours existé un lieu permanent et une troupe, chose rare dans le contexte de la scène aujourd’hui.
Cette pièce traversant le temps a rencontré chaque fois un nouveau public très ému à chaque final. Il y a de l’émotion dans ce spectacle mais aussi de la légèreté aussi, laissons donc parler un des personnages quand il est assis en avant scène et nous prend à témoin, « Les plus belles nuits, ce sont les nuits d’été étoilées. Et alors quand on rentre avec son amie, on lui montre les étoiles. Et les grandes étoiles, ce sont les gros, beaux, et longs baisers. Eh! bien sur les constellations, ce sont les petits baisers que l’on donne, et alors bien sûr…le chemin peut bien être long, il semble toujours plus court quand on va de constellation en constellation et hop ! on est à la maison » ».
Kontakhof, c’est la vie tout simplement.

 

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 21 juin.

Soda (Soyons Oublieux des Désirs d’Autrui)

Soda (Soyons Oublieux des Désirs d’Autrui) soda

SODA (Soyons Oublieux des Désirs d’Autrui)  de Nicolas Kerszenbaum, Denis Baronnet et  Ismaël Jude, mise en scène de Nicolas Kerszenbaum.

La couleur du spectacle est à la mesure de l’obstination du metteur en scène Nicolas Kerszenbaum auquel il aura fallu cinq années de fol entêtement pour réaliser ce projet qui lui tenait à cœur : « Une saga théâtrale en huit épisodes, onze heures, quatorze comédiens, quatre musiciens, et  une quinzaine de pop songs. »
Qu’est-ce que Soda ? Une série télé servie sur un plateau… de théâtre.
Un soap opera, façon Plus belle la vie, mais avec des musiciens à la  guitare électrique  qui créent un accompagnement rock pour chansons facétieuses et  songs brechtiens. Il s’agit en fait d’un feuilleton retraçant l’histoire de plusieurs familles, à travers de multiples intrigues parallèles  avec affaires personnelles, problèmes d’identité, conflits moraux …
Cette fiction se déroule en plusieurs épisodes où, dans des familles issues de milieux sociaux-modestes, moyens ou bien cossus-les rejetons connaissent des orientations sexuelles variées. Soda donne à voir le désordre flagrant et  le chaos bruyant de la vie actuelle cadencée à l’extrême. L’existence décrite ici est plutôt déconnectée de l’être intime et d’un retour à soi ; le rythme intensif quotidien correspond à un travail stressant.
Un des personnages, est employé à Planète Assistance, et c’est, par mobile et écran interposés, l’occasion de semblants d’échange: « Oui, oui, je vous écoute, nous allons intervenir pour vous sauver et vous rapatrier« , dit une salariée performante à un interlocuteur velléitaire perdu au bout du fil et du monde.
Une infirmière s’épuise dans un hôpital où sévit le « mal rose » qui provoque de fausses couches  chez de nombreuses jeunes femmes.. Une secrétaire d’État, ambitieuse et vindicative, tente d’éradiquer l’épidémie. Enceinte elle-même, elle  perd son enfant pour d’autres raisons, et souhaite le remplacer par le bébé d’une demandeuse d’emploi, donc  contre de  l’argent. La dir’com’ de cabinet est des plus persuasives ; elle mène la danse en magicienne.
La jeune mère de l’enfant à venir, de père algérien disparu, est la figure de proue de ce récit épique enivrant. L’intrigue tourne en effet autour de Leïla qui a une foi tonique en la vie, une conviction intime dans la force du partage. Issue de deux origines, elle assume la mixité de son être-là aujourd’hui. Elle a perdu son emploi mais  n’en prétend pas moins se hisser vaillamment dans l’échelle sociale. Avec  la niaque mais sans agressivité envers les autres.
Le spectateur la suit, depuis l’appartement de sa mère où vit  aussi son frère homosexuel qui est dramaturge,  puis dans son entreprise où un supérieur hiérarchique  la harcèle sans cesse. Existe-t-il un salut providentiel qui vaille la peine dans une société où prévaut un consumérisme décomplexé lié à la satisfaction immédiate des désirs  mais jamais  àl’écoute du désir vrai de l’homme, cette profondeur absolue et énigmatique.
Dans Soda, la forêt tient lieu d’espace de salut, de respiration et de retrouvailles entre les défunts et les morts. Un espace naturel et existentiel de proximité entre soi et soi, au plus profond de l’intime et de l’âme. L’intrigue obéit à la loi du va-et-vient entre les cuisines, les lieux de travail, et la forêt inquiétante et attachante dont les branches feuillues tombent des cintres.
Théâtre efficace: le public est absorbé par le jeu frontal des comédiens: sous la lumière, ils montent et sautent d’une tribune politique à l’autre, selon l’ordre social auquel ils appartiennent.Puis, ils transgressent peu à peu les milieux, les catégories et les genres, choisissant le risque du grand écart pour venir flâner sur des chemins forestiers de traverse.
Avec une  énergie à toute épreuve, ils  jouent des personnages qui  vivent  des drames intérieurs douloureux, au plus près de chacun. Il faut tous les citer : Bertrand Barré, Magali Caillol, Laurent Charpentier, Françoise Cousin, Elsa Hourcade, Isabelle Juanpera, Cyrille Labbé, Catherine Morlot, Clotilde Moynot, Céline Pérot, Ludovic Pouzerate, Xavier Tchili, Jean-Baptiste Verquin, Clément Victor et les musiciens Denis Baronnet, Jérôme Castel, Benoit Prisset, Ronan Yvon.
Un enchantement.

 Véronique Hotte

Le spectacle s’est joué au Théâtre de l’Aquarium les 1er, 2, 8 et 9 juin.

Où sont les femmes ?

Où sont les femmes ?  Lancement de la première Saison Egalité 2013-2014 par   H/F en ÎIe-de-France, branche francilienne du Mouvement pour l’Egalité hommes/femmes dans les arts et la culture. 

Ce lundi 10 juin 2013, à la S.A.C.D.  une table ronde L’égalité a-t-elle du talent  réunissait  des hommes et des femmes, qui ont abordé la question brûlante de la parité hommes-femmes dans les métiers de la culture. Comment y parvenir ? Faut-il instaurer des quotas ? Réduire les subventions des théâtres qui n’accueillent pas ou trop peu de créatrices ? Comment peser sur les pouvoirs publics, (en majorité par des hommes blancs de plus de cinquante ans)? En tous cas, fut-il conclu, il est temps d’agir , car,  si rien n’est fait, il faudra, selon une étude américaine des plus sérieuses, attendre soixante-douze ans pour que s’instaure un semblant d’équité !
La pente à remonter est vertigineuse. Les chiffres en témoignent. En 2006, le rapport de Reine Pratt,  commandé  par le ministère de la culture,  fit l’effet d’une bombe. Il dévoilait l’inégalité qui règne entre les femmes et les hommes,  notamment dans le domaine du spectacle vivant. Surprenants pour une profession qui se croyait à l’avant-garde du progrès!
Depuis, malgré une importante mobilisation, les statistiques n’ont guère évolué :en effet, 85% des postes de direction dans le domaine  de la culture sont tenus par des hommes! 75% des théâtres nationaux et 85% des centres dramatiques nationaux sont dirigés par des hommes  comme 96% des opéras,  92% des théâtres lyriques ainsi que 100% des orchestres. ..Les centres chorégraphiques, naguère dirigés par des femmes,  sont revenus à 75% sont entre les mains des hommes! Comme 75% des  compagnies de théâtre subventionnées par le ministère de la culture…
La proportion de femmes présentes dans les œuvres diffusées est tout aussi effarante : 5% seulement de cheffes d’orchestre, 15% d’auteures,  22% de metteuses en scène,  30% de comédiennes et 18%de musiciennes.*
Partant de ce constat consternant, quelques metteuses en scènes et professionnelles de l’action culturelle de la région Rhône-Alpes constituent en 2008 une association : H/F Rhône-Alpes aussitôt suivies par l’Île-de-France en 2009. H/F fédère aujourd’hui 12 régions et compte plus de 1.000 adhérents. En 2011 H/F Rhône-Alpes inaugure une Saison égalité hommes- femmes dans le spectacle vivant à Lyon ; une Saison 2 vient de se clore dans cinq départements  de la région Rhône-Alpes. C’est au tour de H/F Île-de-France de lancer sa Saison 1 : en partenariat avec plus de 25 théâtres dans six départements.
Les partenaires de la
Saison 1 se fixent pour objectifs de tendre vers un équilibre de programmation et de coproduction de spectacles créés, mis en scène, chorégraphiés, écrits tant par des femmes que par des hommes. Ils s’engagent, si possible, à accueillir en résidence autant d’artistes femmes que d’artistes hommes ; à tendre à la parité dans les équipes techniques et administratives. Ils veilleront aussi  à l’égalité salariale et à la répartition des responsabilités, et  à inscrire la parité au sein des conseils d’administration, jurys, comités de sélection. Par ailleurs, il conviendrait de féminiser les noms de métiersMais là ne s’arrêtent pas les actions des associations H/F. La réflexion, la mise en place de pôles ressources, le lancement de programmes d’études et la veille statistique seront des outils indispensables aux combats pour l’égalité.
Il existe, entre autres, une « commission matrimoine » qui travaille à mettre en lumière les créatrices artistiques souvent rayées des livres d’histoire, telle la fameuse compositrice Augusta Holmès,  si célèbre en son temps.
Selon Aurore Evain, historienne qui aborde en particulier la problématique des femmes dramaturges, les autrices de théâtre ont bel et bien existé : on en compte environ 150 sous l’Ancien Régime, 350 au XlX
e siècle et 1.500 au XXe siècle. Rien qu’en France,  environ 2 000 autrices se sont donc succédées or, plus elles étaient nombreuses, moins elles étaient jouées.
Ce paradoxe se retrouve notamment dans la programmation des auteurs-femmes jouées à la Comédie-Française : on en compte 17 au XVlll
e siècle, 12 au XlXe, 5 au XXe… Entre 1958 et 2002, aucune n’y a été programmée, alors que, durant cette période,  l’écriture des femmes dramaturges a connu un essor important. Aurore Evain insiste sur le caractère particulier de ces femmes. Elles se devaient d’avoir une force incroyable et un talent certain pour réussir à écrire et à jouer, notamment dans les théâtres professionnels.

Puisse, grâce à la ténacité du mouvement H/F, le talent des femmes soit  bientôt reconnu à sa juste valeur !

 Mireille Davidovici

 Prochains Rendez vous: marathon lecture avec 24 heures de lectures d’extraits de textes de 72 auteuses. Confluences :190 Boulevard de Charonne, 75020 Paris ; tél :01 40 24 16 46
14-15 juin.
Festival d’Avignon:samedi 13 juillet à 15 h sur la péniche Rhône-Alpes, Quai de la Ligne, lundi 15 juillet à 14 h 30, Théâtre de la Parenthèse, 18 rue des Études et vendredi 19 juillet à 11h 30 , Chapiteau du Village du off, 1 rue des Écoles
. Festival d’Aurillac: Lancement officiel du collectif HF Auvergne pendant : 21-24 août
Soirée de lancement Saison 1 H/F Ile de France: lundi 21 octobre 2013 à partir de 18h  à l’Athénée-Théâtre Louis Jouvet Square de l’Opéra-Louis Jouvet – 75009 Paris.
En Normandie, le 21 octobre, au Théâtre de la Foudre à  Rouen. En Nord-Pas-de-Calais:
17 octobre, au Théâtre du Prato à Lille. En Rhône-Alpes: évènements autour de 30, pièce écrite, mise en scène et jouée par des femmes. Et à Lyon les 7-19 octobre, dans le cadre de la Quinzaine de l’Egalité de la Région Rhône-Alpes

Pour en savoir plus:-Site du mouvement : www.mouvement-hf.org. Site H/R Rhône Alpes : http://www.hfrhonealpes.fr/. Site de H/F Île-de-France : http://www.hf-idf.org

 -Enregistrement par Anne Alvaro, Cécile Brune, Catherine Ferran, Sabine Haudepin, Agnès Sourdillon, Coline Serreau de la résolution du parlement européen du 10 mars 2009 sur l’égalité de traitement et d’accès entre les hommes et les femmes dans les arts du spectacle: http://www.hf-idf.org/category/objetssonores/

-Rapports de Reine Prat rédigés dans le cadre de la Mission EgalitéS – DMDTS en mai 2006 et mai 2009: http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/prat/egalites.pdf http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/egalite_acces_resps09.pdf

-Conférence d’Aurore Evain : Du patrimoine au matrimoine ; comment mettre en lumière les pionnières et figures féminines marquantes de notre héritage culturel : à télécharcher en pdf sur le site H/F Rhône-Alpes.

L’annuelle des artistes à la campagne

L’Annuelle des artistes à la campagne, spectacles de rue autour de Bouclans  (Doubs).

Voilà douze ans que l’Annuelle des artistes, organise des activités toute l’année sur une communauté de communes de 7.000 habitants, et  une rencontre de spectacles de rue le premier week-end de juin. Après des débuts modestes dans  six villes historiques dont Bouclans et Champlive, une quinzaine d’ateliers de danse, théâtre, cirque, poterie, cuisine ,photo, couture réunissent toute l’année des amateurs des vingt-et-un anciens villages ruraux qui bordent le Doubs; leurs activités industrielles, ont été abandonnées  et sont maintenant peuplés par des « rurbains » comme on dit…
Laurent Giraud,  du Pudding Théâtre, compagnie  implantée à proximité de Besançon,  assume la direction artistique de cette Annuelle. Hébergements et repas sont assurés par les habitants  qui ont un rare sens de l’hospitalité. Le soir, un grand dîner sous chapiteau réunissait près de 500 personnes avant un concert de You touff…
En guise d’ouverture, Jacques Livchine  assis sur une charrette, dans un  costume blanc prononce un discours en dénigrant avec humour le programme de la journée, et en martelant J’aime pas les gens de Louis Aragon. Le Théâtre de l’Unité avait aussi mobilisé  quatre « inspecteurs » chargés de critiquer les spectacles et leur public mais leurs interventions  plutôt lourdes n’étaient  pas  drôles…
Après le concert de Twakoukou, la chorale locale a interprété les chansons d »un répertoire hispanique,  accompagnée à la guitare par leur chef, puis on a pu assister à une exposition des travaux d’ateliers pour enfants animés par la compagnie Gravitation de Besançon. Mais, vu l’afflux du public, et l’exigüité de la salle, on ne pouvait pas  voir les objets réalisés! On a quand même pu entendre Fabien Thomas commenter ces objets, et apprécier la projection d’un film onirique sur ces travaux. Mais cette compagnie, au dynamisme insolite et ravageur, n’a pas été retenue pour succéder  à  Christophe Maltot, à la direction du Centre Dramatique National de Besançon qui n’a pas été une franche réussite, et c’est un euphémisme! Dommage…

Les Risk totaux par la  compagnie Serious Road Trip.

Connexion bisontine d’une association humanitaire fondée à Londres, elle voyage de par le monde avec des spectacles de cirque qui  retracent l’histoire d’une famille de lanceurs de couteaux. Gabriella présente ses deux frères Chico et Juan Miguel qui veulent honorer la mémoire de leurs parents disparus dans l’exercice de leur art.
Les trois comédiens en font des tonnes et, malgré leur dextérité qui séduit un public familial, on reste sur le bord du chemin.

Alambic par la compagnie Pudding Théâtre.

Une pluie fine s’étant  mise à tomber, il faut s’abriter pour revoir un spectacle que nous avions déjà vu à au dernier festival de la Franc-Comtoise de rue. Une famille hérite de l’alambic familial que les enfants continuent à  emmener sur les routes à grand renfort d’acrobaties. Le marc  distillé est généreusement  distribué à la fin aux spectateurs. Mais l’effet de surprise, un peu  évanoui dans nos  souvenirs,  peine à se raviver.

Edith Rappoport

http://www.artistesalacampagne.fr

Le Dindon de Feydeau mise en scène de Philippe Adrien

Le Dindon de Georges Feydeau mise en scène de Philippe Adrien.

 

Le Dindon de Feydeau mise en scène de Philippe Adrien dindongrandCe Dindon avait été mise en scène par Adrien il y a deux ans, à la Tempête (voir l’article d’Edith Rappoport  dans Le Théâtre du Blog) et est repris aujourd’hui au Théâtre de La Porte Saint-Martin, avec la même distribution ou à peu près, et dans le même décor intelligent et raffiné  de Jean Haas. Soit une boîte noire avec un plateau tournant  où peuvent coexister deux univers opposés-du coup vite introduits-comme un salon familial et une chambre d’hôtel de passe,
Nous  vous épargnerons le scénario-toujours compliqué chez Feydeau mais qui est loin d’une mécanique implacable-le mot ne plaît guère à Adrien-et il a raison.
 Il s’agit bien en effet d’une dramaturgie très construite  avec des procédés comiques , des dialogues d’une grande virtuosité et des personnages hauts en couleur:  Il y a ainsi un Londonien qui a l’accent marseillais, une médecin retraité et sa femme sourde, une jeune Anglaise, survoltée et obsédée par le sexe, une gentille petite pute mondaine qui connaît toutes les ficelles,  un commissaire de police chargé de constater les adultères commis dans un hôtel borgne, deux belles jeunes femmes, jusque-là fidèles à leurs maris qui n’arrêtent pas, eux,  de coucher sans aucun état d’âme, avec toutes celles qui passent à leur portée.
Mais les femmes dans ce jeu pervers sont bien plus adroites, plus intelligentes quant  aux moyens à mettre en œuvre quand il s’agira aussi bien  de goûter au fruit défendu  avec les premiers qui les dragueront. En fait, à la fin, on ne sait plus très bien qui trompe qui… Le constat de Feydeau est amer: les hommes servent de cible idéale quand leurs épouses ,ou leurs amantes d’un moment, commencent à vouloir se venger. Et ils seront vite emportés dans un tourbillon infernal où se profile une  catastrophe sentimentale et/ou sexuelle,  où l’argent est souvent moteur….

C’est l’univers de Nana que Zola écrivit à la même époque mais, quand  Feydeau met en scène  avec précision cette galerie de grands bourgeois, toujours accompagnés de quelques domestiques ou prolétaires, c’est dans la plus pure tradition française de la comédie de l’arroseur arrosé, et du cocu cocufié.Il y a  dans Le Dindon comme dans ses autres pièces,  une réflexion plus intense sur le genre humain qu’il n’y paraît  et,  parfois, avec des coloris assez sombres! Quant aux   intrigues imaginées par  Feydeau, elle appartiennent  à une autre société que la nôtre mais les affaires récentes qui ont agité le petit monde politico-économique français sont bien du même tonneau. Mais, dommage, nous n’avons pas actuellement  notre Feydeau!
Avant même que ne commence vraiment la pièce, il y a une scène muette vraiment formidable: comme un morceau d’anthologie, où on retrouve le cinéma muet et Buster Keaton: le plateau tourne avec ses personnages qui semblent désemparés  et qui se cognent à des portes qui se referment tout à coup, subtile métaphore  de cette pièce, à la fois comique et profondément noire pour qui sait y aller voir…
573014_1370538321_573014-0202811551177-webCes grands bourgeois sont loin d’être stupides:ils se font simplement embarquer  dans une série d’intrigues, erreurs, quiproquos, et imbroglios qu’ils ont eux-même, par leur comportement délirant, contribué à forger  mais qu’ils ne peuvent plus ensuite maîtriser.
Et la suite? Pendant, disons,  les trente premières minutes, le spectacle  fonctionne assez bien et on rit de bon cœur ,même si déjà perce le style de comique clownesque un peu facile  avec lequel les personnages de Feydeau  n’ont pas grand-chose à voir.
Philippe Adrien adore  déconstruire les codes  du théâtre bourgeois, mais sa mise en scène a du mal à passer  de la petite salle avec gradins de la Tempête,  à celle beaucoup plus grande d’un théâtre de boulevard qui a vu naître Cyrano.  Et le très beau plateau tournant  que Jean Haas a  créé, situé plus haut sur une  scène déjà un peu haute, n’a plus toute la place qu’il mériterait.

Comme cette  salle-ce soir là, peu remplie-est aussi plus grande, les comédiens pour être convaincants, se croient obligés de surjouer constamment, de rouler des yeux et  de criailler sans arrêt, ce qui est la pire des idées. Et on ne sait plus très bien alors, si c’est au premier ou au second degré qu’il faut voir les choses…
 Du coup, les deux heures vingt cinq (sans entracte comme à la Tempête) de cette pièce inégale et un peu longuette, surtout en son milieu, finissent par peser.Le public, lui, semble étonné mais apprécie cette version du Dindon à des années-lumière de celle de la Comédie-Française en 68, toute droite sortie du 19 ème siècle:  il applaudit aux entrées ou sorties des comédiens quand la scène lui a plu, chose classique dans le théâtre privé mais totalement impensable à la Tempête…
Alors à voir? Cela dépend de  ce que vous en attendez mais c’est un spectacle assez décevant et encore une fois, qui souffre à l’évidence d’un atterrissage sur un terrain non prévu au décollage. Bref, la malédiction de la reprise a encore frappé…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris.

Antigone

Antigone, d’après Sophocle, texte français d’Irène Bonnaud et Malika Hammou, mise en scène de Gwenaël Morin

Antigone antigone

  Metteur en scène et chef de troupe, Gwenaël Morin a quitté les Laboratoires d’Aubervilliers pour  diriger le Théâtre du Point du Jour à Lyon depuis janvier dernier, mais il n’en poursuit pas moins le même travail  de » théâtre permanent »  commencé en 2009.
La compagnie est prise tout entière par l’urgence d’explorer le répertoire en montant ,dans un désordre bienfaisant, des classiques comme Tartuffe, Bérénice, Hamlet, Lorenzaccio, Woyzeck,  des modernes comme Les Justes… et les tragiques grecs comme Philoctète ou Antigone de Sophocle,  créée au Festival d’Aurillac (voir Le Théâtre du Blog) et présentée cette année aux Nuits de Fourvière. Mettre en scène Antigone et sa résistance dans les ruines romaines du sanctuaire de Cybèle, se révèle judicieux: le théâtre « brut » de Gwenaël Morin peut  en effet s’y déployer en toute liberté.
Pour l’encadrement de la porte de Thèbes, il y a juste un panneau de mur de grosses pierres, dessiné  façon B. D. Le public, juché sur sur cette butte herbeuse et pierreuse , peut voir  la ville de Lyon qui s’étend au loin, et la scénographie égrène les signes identifiables et naïfs, « politiquement incorrects » du metteur en scène: petites poutres de pin, banderoles de tissu brandies à la manière des manifs juvéniles,  soleil dessiné en effigie que l’on élève ou bien rabat pour stimuler et revivifier métaphoriquement la vénération dûe aux dieux. Et une  photo agrandie d’amphithéâtre pour rappeler  l’antiquité.
Plus bas, une photo du cadavre de Polynice, frère d’Antigone qui n’a pas droit à une sépulture car il a fait appel à des armées étrangères pour s’emparer de la ville. Polynice et  son frère Étéocle- tous deux fils d’Œdipe et de Jocaste-se sont entretués pour prendre le pouvoir que le roi Créon, leur oncle, occupe à Thèbes depuis la disparition de leur père.
Le fidèle Étéocle, lui, vénéré par Créon,  peut être enterré. La photo, en  grand format noir et blanc, du corps abandonné d’une victime de guerre, au-dessus de laquelle tourne un vol d’oiseaux de proie, essaim d’ombres noires.
Pour restituer davantage le matériau initial de la pièce en y ajoutant une variation dramaturgique personnelle, les comédiens (Renaud Béchet, Julian Eggerickx) interprètent des femmes,  et les personnages masculins, sont le plus souvent joués par des actrices. Nathalie Royer incarne, elle, le vieux devin Tirésias et  Virginie Colemyn « est » Créon avec une  force virile majestueuse. Choix insolite mais pertinent: la gravité de la parole en jeu en ressort d’autant plus clairement, toujours en phase avec l’écoute du public.
Au décor dépouillé, correspondent des costumes  très simples : jupes pour les  comédiens femmes ou hommes, perruques grotesques et seins dessinés au feutre à même le corps pour rappeler la féminité. Pantalon et sweats noir et couronne royale en forme de tour pour le tyran Créon; casque de heaume comique pour le simple soldat: dignes ou triviales,  ces coiffes sont en carton  collées avec du  ruban adhésif.
Face aux protagonistes, veille un chœur, voix de la cité et de l’opinion, joué par des  amateurs, dont le coryphée (Ulysse Pujo) mène la danse et les chants douloureux, accompagné par le tambour fédérateur de Barbara Jung. L’ensemble est chorégraphié avec précision: mains et bras tendus pour supplier le tyran, ou bien pour fuir la cruauté royale menaçante, cris de colère face à l’horreur, et formulation de la raison.
Que faut-il défendre, les valeurs de la cité ou celles de la religion? Qui mérite l’amour, la radicalité intégriste d’Antigone ou la « laïcité » de Créon? Y-a-t–il un compromis  possible L’énigme reste des plus actuelles, entre  valeurs collectives à défendre et  vérités intérieures à sauvegarder. Ce que Gwenaël Morin a bien su faire incarner par ses comédiens en mettant en scène la célèbre pièce de Sophocle.

Véronique Hotte

Nuits de Fourvière à Lyon jusqu’au 12 juin. T : 04-72-32-00-00

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