Festival d’Avignon: Orphelins de Dennys Kelly,

Orphelins de Dennys Kelly, traduction de Philippe Le Moine, mise en scène d’Arnaud Anckaert.

Festival d'Avignon: Orphelins de Dennys Kelly,  dsc_1393Dennys Kelly est sans doute un des auteurs anglais les plus connus actuellement et maintenant souvent joué chez nous (voir Le Théâtre du Blog). Orphelins, dont c’est la création en langue française,  se situe dans un milieu ouvrier et a, au début du moins,  les allures banales d’un fait-divers, mais il va beaucoup plus loin.
Un jeune couple, Helen et Danny, qui a déjà un enfant et en attend un autre, est en train de dîner quand arrive Liam, le frère d’Helen. Il semble bizarre, ses paroles ne sont pas très cohérentes  et ses vêtements comme ses bras  sont pleins de sang.
Blessure personnelle? Accident? Violente bagarre? Parodie de suicide?  Meurtre prémédité? On ne saura vraiment ce qui s’est passé qu’à la fin, mais, rassurez-vous,  c’est encore plus horrible que prévu.
Claudine Chaigneau,  coordinatrice du Théâtre du Blog, et par ailleurs, grande connaisseuse de polars,  trouvera peut-être mais le public est resté scotché. Mais à l’extr^me fin,  Denny voudrait absolument que sa femme avorte sans qu’il dise pourquoi mais on a deviné…
Ce huis-clos-dans un triangle de contre-plaqué avec juste une table,  deux chaises et un téléphone- » thriller psychologique » selon l’auteur- va mettre en contradiction profonde les relations du couple et celle de la famille représentée en l’occurrence par ce beau-frère vraiment glauque que le public soupçonne de choses pas claires sur la personne d’un gamin étendu inanimé, pas très loin de leur maison .
C’est d’une habileté remarquable dans la progression de l’horreur mais ce ne serait pas bien de vous dévoiler la fin de ces Orphelins. Ce qui est très fort chez Kelly et ce qu’a très bien compris Arnaud Anckaert
, c’est une impression envahissante qui fait froid dans le dos: celle d’une  horreur bien  réelle, même si on ne voit pourtant pas grand-chose d’horrible,  pourrait très bien se passer dans n’importe quel milieu. Y compris le nôtre… Les commissaires de police,  anglais comme français, pourraient sûrement vous en dire plus. La pièce de Kelly est parfois un peu trop démonstrative et aurait gagné à être plus serrée mais bon…
Côté réalisation, c’est du genre impeccable. Sans doute, le metteur en scène n’en est pas à son coup d’essai mais quelle intelligence du texte, quelle direction d’acteurs… Tous impeccables et justes, aucune criailllerrie,aucun geste approximatif:  Valérie Marinese est l’épouse, enceinte,  à la fois meurtrie et d’un cynisme total quand il s’agit de prendre des décisions: appeler ou non la police quoiqu’il arrive ensuite, François Godart est le  mari au début attachant par son côté gros nounours, et encore plus glauque que son épouse. Et Fabrice Gaillard ( Liam) incarne  un être tout à fait inquiétant. Et en plus, la scénographie d’Alexandre Charles est tout à fait remarquable. Et il y a des confidences  subtilement amplifiées. 
Que demande le peuple?
Encore une fois, quitte à se répéter, l’image du off a bien changé en quarante ans. Du tout premier spectacle: La Paillasse au seins nus de  Gérard Gélas, très bêtement interdit par le préfet du Gard, ce qui mit le feu aux poudres du festival en 68,  des milliard de tonnes d’eau sont passées dans le Rhône. Et maintenant, bien des spectacles théâtraux, et en particulier de province, qui viennent dans le off, ont de remarquables qualités mais celui-ci, venu du Pas-de-Calais,  chaleureusement applaudi,  est exemplaire: ne le ratez surtout pas. On lui souhaite une belle et longue vie… à Avignon et en tournée.

Philippe du Vignal

Théâtre des Lucioles .Avignon. Présence Pasteur à 17h 45.

Le texte de la pièce est publié chez L’Arche éditeur


Archive pour 10 juillet, 2013

Festival d’Avignon: Mon Nom est Rouge

Festival d'Avignon: Mon Nom est Rouge mon-nom-est-rouge

 

 

Mon Nom est Rouge, d’après Orhan Pamuk, mise en scène d’Alain Lecucq et Narguess Majd

 

Avec à la co-mise en scène l’Iranienne Narguess Majd, la compagnie Papierthéâtre d’Alain lecucq nous invite à plonger – à travers le Off du Festival avignonnais – dans les contes ombragés et rafraîchissants des Mille et une nuits.

Pour un voyage dans les livres d’enluminures, une histoire d’esthétique et de peinture – à la manière persane ou bien vénitienne, selon la vision orientale ou occidentale, côté Islam ou coté Chrétienté.

 Un théâtre d’objets qui s’adapte à notre extrême contemporanéité.

 Au moment de bascule d’un monde à l’autre, dans un jeu d’influences, d’échanges et d’oppositions… avant d’autres retours en arrière qui nous effraient.

Il est vrai que l’épopée relatée sur le plateau de théâtre est inspirée de l’ouvrage averti Mon Nom est Rouge du Prix Nobel de littérature 2006, Orhan Pamuk.

 L’action se situe à Istanbul à l’hiver 1591, quand un peintre miniaturiste se fait assassiner.

 Un conte d’amour et de filiation, de transmission traditionnelle par-delà la transcendance même dans le domaine artistique, culturel et intellectuel.

Le père prépare en grand secret un ouvrage qui doit marquer le passage de la manière « traditionnelle » à la manière « occidentale » de peindre.

 Les ateliers des peintres bruissent de cette envie de changement, condamnée par les prédicateurs extrémistes. Dans un café, un conteur (Brice Coupey) se moque chaque soir des religieux grâce aux esquisses des peintres. De quoi exacerber les tensions…

 Avec sur la scène, la musique entêtante et suave du compositeur iranien et joueur de ney, oud et setar, Siamak Jahangiry, le spectacle égrène son récit comme en montant les marches successives d’un escalier immense qui mènerait à la découverte de la vérité et à un résultat artistique tant attendu, le renouvellement transgressif des manières à partir de la mémoire des traditions.

 Le questionnement touche au style de l’artiste et à sa signature, à l’évocation de son temps historique confronté au temps de Dieu. L’interrogation concerne enfin la cécité, ce pouvoir qui émane de l’obscurité, vision d’un monde prophétique et d’éternité. Que voit-on à travers l’image ? Un cheval ou bien le signe du cheval ?

 La philosophie fraie ici avec l’esthétique, et le déroulé des divers castelets sur lesquels les interprètes – Brice Coupey, Alain Lecucq et Narguess Majd – manipulent leurs figurines de carton coloré, comme s’il s’agissait de marionnettes, est un enchantement. À chaque petite scène, un éblouissement de l’action dans un décor pour figurines délicates.

 De petits théâtres dans le théâtre, des cadres de représentation qui s’emboîtent abstraitement les uns les autres, à la façon des pages que l’on tourne d’un grand livre d’images. Le spectateur est d’emblée « délocalisé » avec un bonheur assuré, du côté d’Istanbul et de son onirisme frontal : ses cavaliers à montures, près des palais et des demeures à minarets, non loin des mosquées et du Bosphore.

 Les « décors » successifs s’illuminent alternativement, passant d’un repère à l’autre, d’un centre artistique à un domaine privé et familial. La vie est un monde.

 Mon Nom est rouge embarque le public dans un rêve poétique à l’étoffe solide.

Véronique Hotte

 Caserne  des Pompiers du 8 au 24 juillet 2013 à 11h, relâche le 11 et le 18 juillet. . Tél : 04 90 84 11 52

Festival d’Avignon: Ping-Pang Qiu

Festival d'Avignon: Ping-Pang Qiu ping-pang-qiu

 

Ping Pang Qiu, texte mise en scène et scénographie d’Angélica Liddell, en espagnol surtitré.

On se souvient du formidable coup de tonnerre dans le ciel serein d’Avignon quand l’artiste espagnole avait présenté, il y a trois ans, sa longue mais tout à fait remarquable performance La Casa de la fuerza (voir Le Théâtre du Blog). A 47 ans, auteur d’une vingtaine de pièces, elle est revenue depuis avec plusieurs spectacles au Festival et ensuite à Paris:  L’année de Ricardo, Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, Un projet d’alphabétisation. Et cette année, elle a été invitée avec d’abord Ping Pang Qiu et Todo el Cielo.
Ping Pong Qiu, c’est une sorte de théâtre document où Angélica Liddell nous livre à la fois son immense admiration et son amour pour la Chine où elle vient de passer quelques mois, sa fascination pour les 4.000 caractères à apprendre:  » Je m’impose des taches colossales qui m’aident à supporter le désespoir ». « La discipline m’aide à supporte le manque de joie et à me rendre inapte à la joie ».  » Quand les espoirs sont détruits, il faut chercher l’indestructible. Et les 4.000 caractères sont indestructibles. Et mon amour de la Chine est indestructible ».  La metteuse en scène essaye de comprendre cette  Chine qui avait conclu en pleine guerre froide avec les Etats-Unis un accord dit « de diplomatie du ping-pong « qui, en 1971,  permit grâce l’envoi de  joueurs américains dans l’empire de maintenir des relations convenables entre les deux pays. Même quand la  Chine  condamnait la guerre que menaient les Etats-Unis au Viet nam…
Mais, en fait, dans cette nouvelle pièce Angélica Liddell, en dix sept séquences, règle à nouveau ses comptes avec l’incarnation du mal: la dictature d’un homme seul sur un peuple comme Mao qu’un ami chinois a comparé à Hitler, avec les intellectuels et artistes français coupables à ses yeux d’une grande naïveté devant ce phénomène exaltant pour eux que fut la Révolution culturelle chinoise. La fille d’un général franquiste sait ce dont elle parle, pendant que défilent les célèbres images de cet homme seul face aux chars  sur la place Tien-Amen, elle tape juste, sec et fort:  » Bref, si la France avait eu affaire à Mao, Paris, le merveilleux Paris serait aujourd’hui une  grande plaque de ciment (…) Les Français ont de très jolis cafés et d’excellents vins pour défendre n’importe quoi « .

La Chine la fascine mais Angélica Liddell n’est pas dupe:  ce conflit permanent qu’il y a chez elle, entre  amour et politique, la renvoie aussi à ses propres questionnements sur la vie qui passe, sur ses amours disparues et sur sa haine des parents  » Ce qui nous sauve de tout, c’est la solitude ». Le public écoute,  dans un silence presque religieux,  cette jeune femme pour qui le langage est une arme redoutable dont elle sait admirablement se servir, et sans aucune concession. Y compris quand il s’agit de parler de relations sexuelles. Lucide mais très pudique, Angélica Liddell n’en dira pas plus même si on sent chez elle une terrible violence intérieure:  » Quand on tombe amoureux, on peut juste choisir entre la discipline et la punition. S’éloigner et respecter la discipline. Ou bien se rapprocher et supporter la punition ».
  »La véritable anéantissement de l’être humain consistait à priver les générations à venir de la beauté suffisante pour comprendre le monde, pour comprendre la triste boue dont nous sommes faits » quand elle parle des nazis brûlant des œuvres de Klimt. Pour de telles phrases, il lui sera beaucoup pardonné à Angélica Liddell qui  cite aussi  Le Livre d’un homme seul de Gao XingGiian, l’écrivain chinois à qui fut attribué le prix Nobel et réfugié en France.
Sur le plateau d’un gymnase, pas grand chose d’autre que des caisses de Coca-Cola, un petit tas de sable blanc où l’on verra -sublime image- un livre que l’on fait  flamber dans un seau, et une table de pin-pong au centre, avec quelques chaise hideuses en tubes inox et  sièges en vinyl marron. Reviennent plusieurs fois des extraits de l’opéra de Glück Orphée et Eurydice, dont le fameux Che faro senza Euridice, métaphore de son attachement à la Chine au point, dit-elle,  de vouloir l’arracher à ses ombres. On entend aussi à la fin  Perfidia chanté par Nat King Cole. Angélica Liddell s’est entouré de quatre comédiens espagnols, dont deux grimés en chinois, et même s’ils ont une belle présence, on voit vite que c’est d’elle, et encore d’elle qu’il s’agit. Elle parle, danse dans une grande robe rouge sans manches et ne craint pas de s’allonger les seins nus sur la table de ping-pong.
ppqCela dit, même si on ne boude pas tout le plaisir que l’on a à retrouver cette boule de colère et de violence, sa mise en scène est loin de l’excellence. Rien à dire sur sa direction d’acteurs et ses images sont toujours aussi luxueuses, comme cette machine à lancer des balles de ping-pong pour l’entraînement des joueurs où chaque balle s’en va rebondir une fois sur la table, puis sur le sol et une dernière fois sur le même projo orange d’une série ! On regarde fasciné alors qu’il n’y a rien de bien particulier à voir! A mi-chemin d’une performance aux images luxueuses et d’un projet plus théâtral qui manque parfois d’une véritable unité. Et quelle sotte idée d’avoir appareillé les comédiens de micros HF qui donnent de drôles de couleurs au texte! C’est devenu une véritable manie  dans le in comme dans le off. Et Angélica Liddell aurait pu nous épargner cette pénible séquence finale de bouffe de nouilles chinoises que ses acteurs s’enfournent dans la bouche, et jettent un peu partout sur le plateau. C’est long, inutile, même pas provocant et surtout ne signifie rien. Elle gardera sans doute cette séquence mais, on le lui dit quand même, elle est vraiment nulle!
Alors à voir? Oui, mais en tournée et à Paris, car cela parait foutu pour entrer au gymnase du lycée Mistral, on s’arrache les places mais enfin, vous pouvez toujours essayer de trouver un billet revendu…Malgré ces faiblesses de mise en scène, ce Pin Pang Qiu reste un spectacle intéressant. Les dramaturges  contemporains, mis à part Thomas Bernhard dont Angélica Liddell cite l’exemple, ne sont pas si fréquents à s’exprimer avec une telle rage et à se battre contre la pourriture du monde.
On vous parlera demain de Todo el cielo, son autre spectacle à Avignon.

Philippe du Vignal

Gymnase du lycée Mistral, à 15 heures, jusqu’au 11 juillet. Durée : 1 h 40. Ensuite au Théâtre de l’Odéon.

Les cartographies

Les Cartographies Petites conférences théâtrales sur les endroits du monde de et par Frédéric Ferrer

Les cartographies ferrerC’est l’apéro aux Métallos ! Dans le théâtre aménagé en bistrot, la boisson est offerte avant les conférences. Quatre au total*. Ce soir, il sera question des Vikings, plus exactement du Groenland où Eric le Rouge (940-1010) fonda une colonie qui dura quatre cents cinquante ans,  avant de disparaître inexplicablement vers 1430.
Frédéric Ferrer convoque la figure du redoutable guerrier comme enjeu des violents débats sur le réchauffement climatique. Le Groenland était-il vert comme son nom l’indique ? Eric a-t-il menti afin de convaincre des migrants de quitter avec lui l’Islande pour une terre promise? Et donc es «climatosceptiques» auraient raison contre les «réchauffistes» (ceux qui imputent l’activité humaine au réchauffement climatique) quand ils affirment, avec force chiffres et courbes, qu’au Moyen âge, la terre s’était aussi fortement réchauffée, avant un refroidissement qui entraîna la fin de la civilisation Viking. Si bien que le réchauffement actuel serait d’ordre purement cyclique sans lien avec les émissions de C0 2.
Géographe de formation, notre conférencier s’est livré à une enquête méticuleuse et fort sérieuse reposant sur des données scientifiques d’archéologues, climatologues, ethnologues, glaciologues, océanologues… Powerpoint, cartes, photos et schémas à l’appui, il va réfuter ou valider les thèses et arguments des uns et des autres, en prenant parfois des chemins détournés comme la pêche au phoque annelé chez les Inuits,  ou l’octroi accordé par le Comte de Flandres aux habitants de Dunkerque.
Car Frédéric Ferrer est aussi acteur, metteur en scène et auteur : il sait pimenter son discours scientifique d’anecdotes apparemment hors sujet, de digressions poétiques, mais tout à fait utiles à son raisonnement. Il s’applique aussi à tracer sur un  tableau de papier,  de petits schémas amusants illustrant ses hypothèses, heureux de forcer le trait.
Deux autres conférences sont consacrées au Pôle Nord, une quatrième aux pérégrinations du moustique-tigre, vecteur de la dengue ou du chikungunya. Du sérieux qui ne se prend pas au sérieux, telles sont ces conférences qu’il faut courir écouter et voir pour ne pas mourir idiot.

 Mireille Davidovici

La Maison des métallos jusqu’au 13 juillet94 rue Jean-Pierre-Timbaud 75011 T: 01 48 05 88 27 Intégrale des conférences:  le 13 juillet * Pôle Nord Les Vikings et les Satellites Les déterritorialisations du vecteur A la recherche des canards perdus. Du 8 octobre au 9 novembre : en tournée dans les Instituts français d’Afrique; les 21et 22 novembre : Le Manège de Reims et le 3 décembre à  La Ferme du Buisson, Marne-la-vallée; le 5 décembre au  Quai à  Angers et le 6 décembre au  Théâtre du Rond-Point Paris.

Festival d’Avignon: La Ville

Festival d'Avignon: La Ville laville


La Ville de Evgueni Grichkovets, traduction d’Arnaud Le Glanic, mise en scène d’Alain Mollot.

Dramaturge, mais aussi comédien et chanteur, Evgueni  Grichkovets, est né en 1967 à Kemerovo ( Sibérie). Créateur d’une petite troupe, il monte en solo d’abord ses propres textes inspirés par  la société russe. En 1998,  Comment j’ai mangé du chien  présentée au festival international de  Moscou, le  fait mieux connaître dans son pays-où c’est maintenant un auteur et metteur en scène culte- mais aussi  en Europe et en France où la pièce avait été jouée au Théâtre de la Bastille.
La Ville est  fondée sur sur les errances de Sergei Basin, un intellectuel qui ne se sent pas très à l’aise dans l’entreprise qui l’emploie et qui dit tout le temps à sa femme Tatiana, et à son ami  Maxime qui essaye de lui emprunter de l’argent pour faire des travaux chez lui,  qu’il va tout plaquer. Distrait, il perd agenda, chaussettes ou billet de train selon les jours. Seul, son père fait  preuve de compréhension envers lui.
En fait,  le personnage semble quelque peu mystérieux, et le dialogue du coup en devient presque surréaliste avec des répliques souvent absurdes: personne n’écoute vraiment personne et tous se laissent , surtout lui, entraîné par une sorte de délire collectif. Mais au fait pourquoi Serguei veut-il partir. A-t-il une autre vie quelque part? Quelles sont ses relations avec son épouse et son père? Grichkovets sait créer une sorte de climat bizarre où les personnages nous emmènent dans un monde où règnent l’absurde, le  poétique  et le métaphysique à la fois. Il livre les questions sans apporter les réponses…Et c’est sans doute ce qui avait séduit Alain Mollot qui a créé la pièce à Villejuif en janvier dernier. C’est la première, et malheureusement la dernière fois,  qu’il mettait en scène un texte d’un auteur contemporain.
La pièce, à vrai dire, est un peu longuette  et démonstrative (80 minutes et beaucoup de monologues où Serguei explique sa pensée) et aurait mérité d’être un peu abrégée. Mais, avant de disparaître en juin, Alain Mollot nous a laissé une belle mise en scène, à la fois précise et fine, toute en nuances et servie par  cinq  comédiens de haut niveau: Cécile Métrich, Philippe Millas-Carus, Bruno Paviot, François Roy et Pierre Trapet, et dans une scénographie assez futée de Raymond Sarti.
Malgré les réserves que l’on peut avoir sur ce texte trop bavard, on passe un bon moment et on découvre un auteur.  C’est sûrement un des meilleurs et des plus intelligents spectacles du off… qui ne fourmille pas toujours de bonnes surprises. Il est d’un format, d’une qualité et d’une interprétation qui  ne serait pas du tout déplacée dans le in.  Que demande le peuple?

.Philippe du Vignal

Théâtre des Lucioles à 17h 25

La Ville et les  pièces de Grichkovets sont publiées aux  Solitaires intempestifs.

L’Amour à l’agenda

L’Amour à l’agenda agenda5886_546315885430134_2035073611_n

L’Amour à l’agenda de Michel-Marc Bouchard, mise en scène de Jean-Stéphane Roy.

 Difficile d’associer le nom de Michel-Marc Bouchard (auteur québécois d’œuvres aussi recherchées que Les Feluettes) à cette soirée de folie furieuse trempée dans le burlesque kitsch inspiré du comique hollywoodien. Mais, voilà ce à quoi Bouchard, maître de l’écriture théâtrale, se dédie depuis un certain temps.
Après tout, quelle meilleure manière de faire de l’argent pour un auteur de théâtre, surtout en été ? Mais il est rassurant que le kitsch de la réalisation n’ait rien à voir avec l’auteur dramatique. Le style est plutôt le résultat des fantasmes  du metteur en scène, libéré par l’absence de toute indication scénique dans le texte.
On assiste ainsi  à un chassé-croisé entre les parents sur le point de se séparer et le jeune couple sur le point de s’installer dans son propre appartement. La mère veut sa liberté, le père pleure la perte de sa fille (Patricia), Richard, le jeune marié est confus et Patricia croit qu’elle sait ce qu’elle fait. À partir de ce quatuor de relations parfaitement équilibrées, les  malentendus entre gais et « straights », succèdent aux conflits de générations et aux conceptions différentes du mariage. Finalement entre jalousie, frustration,  panique,  stress au  travail et ambiguïtés identitaires, tout est bousculé, y compris les notions  les plus solides du couple.
Dialogue  pétillant,  rythme soutenu,  structure de la pièce impeccable: on sent la main d’un maître qui sait nouer plusieurs intrigues à la fois, faire éclater des rebondissements au bon moment, et faire  basculer les choses dans un chaos bien orchestré où tout  finit par s’arranger.
Mais le travail  de Jean-Stéphane Roy qui aboutit à un délire  de film comique, finit par noyer la complexité de l’intrigue et par transformer tous les acteurs en clowns. C’est du théâtre d’été, direz-vous, mais quand  même! La trame  est déjà chargée d’éléments invraisemblables, et  on ne voit pas pourquoi il y ajoute tout un cirque extratextuel : grimaces, hurlements, tics nerveux et  crises de nerfs.. Certaines répliques y perdent leur sens, et les nuances disparaissent.
Nicolas Desfossés (Paul, le copain de la mère),  a un   jeu subtil et sait nous faire rire, sans céder  au cabotinage. Il incarne  un homme gai qui fait semblant de flirter avec Huguette pour que son mari Richard devienne jaloux.  Pas très original… mais le personnage composé par Desfossés est  attachant, et ses regards nous mènent  loin quand ils nous renvoient- clin d’œil quasi parodique-aux personnages torturés des premières pièces de Bouchard, et parfois même, au monde de La Cage aux folles. Desfossés habite son personnage et touche à quelque chose d’émouvant et de  drôle à la fois.
Le metteur en scène est capable de passer d’un style à un autre sans effort apparent, et sa vision esthétique est toujours  claire mais ce genre de burlesque qui frôle le grotesque est tellement kitsch qu’il noie le propos de la pièce. Sans doute, a-t-il imposé un tel style parce qu’il connait bien les attentes d’un public estival  qui, lui,  était tout à fait ravi…

 Alvina Ruprecht

Théâtre de l’Ile (Gatineau) jusqu’au 24 août.

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