L’Amour à l’agenda

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L’Amour à l’agenda de Michel-Marc Bouchard, mise en scène de Jean-Stéphane Roy.

 Difficile d’associer le nom de Michel-Marc Bouchard (auteur québécois d’œuvres aussi recherchées que Les Feluettes) à cette soirée de folie furieuse trempée dans le burlesque kitsch inspiré du comique hollywoodien. Mais, voilà ce à quoi Bouchard, maître de l’écriture théâtrale, se dédie depuis un certain temps.
Après tout, quelle meilleure manière de faire de l’argent pour un auteur de théâtre, surtout en été ? Mais il est rassurant que le kitsch de la réalisation n’ait rien à voir avec l’auteur dramatique. Le style est plutôt le résultat des fantasmes  du metteur en scène, libéré par l’absence de toute indication scénique dans le texte.
On assiste ainsi  à un chassé-croisé entre les parents sur le point de se séparer et le jeune couple sur le point de s’installer dans son propre appartement. La mère veut sa liberté, le père pleure la perte de sa fille (Patricia), Richard, le jeune marié est confus et Patricia croit qu’elle sait ce qu’elle fait. À partir de ce quatuor de relations parfaitement équilibrées, les  malentendus entre gais et « straights », succèdent aux conflits de générations et aux conceptions différentes du mariage. Finalement entre jalousie, frustration,  panique,  stress au  travail et ambiguïtés identitaires, tout est bousculé, y compris les notions  les plus solides du couple.
Dialogue  pétillant,  rythme soutenu,  structure de la pièce impeccable: on sent la main d’un maître qui sait nouer plusieurs intrigues à la fois, faire éclater des rebondissements au bon moment, et faire  basculer les choses dans un chaos bien orchestré où tout  finit par s’arranger.
Mais le travail  de Jean-Stéphane Roy qui aboutit à un délire  de film comique, finit par noyer la complexité de l’intrigue et par transformer tous les acteurs en clowns. C’est du théâtre d’été, direz-vous, mais quand  même! La trame  est déjà chargée d’éléments invraisemblables, et  on ne voit pas pourquoi il y ajoute tout un cirque extratextuel : grimaces, hurlements, tics nerveux et  crises de nerfs.. Certaines répliques y perdent leur sens, et les nuances disparaissent.
Nicolas Desfossés (Paul, le copain de la mère),  a un   jeu subtil et sait nous faire rire, sans céder  au cabotinage. Il incarne  un homme gai qui fait semblant de flirter avec Huguette pour que son mari Richard devienne jaloux.  Pas très original… mais le personnage composé par Desfossés est  attachant, et ses regards nous mènent  loin quand ils nous renvoient- clin d’œil quasi parodique-aux personnages torturés des premières pièces de Bouchard, et parfois même, au monde de La Cage aux folles. Desfossés habite son personnage et touche à quelque chose d’émouvant et de  drôle à la fois.
Le metteur en scène est capable de passer d’un style à un autre sans effort apparent, et sa vision esthétique est toujours  claire mais ce genre de burlesque qui frôle le grotesque est tellement kitsch qu’il noie le propos de la pièce. Sans doute, a-t-il imposé un tel style parce qu’il connait bien les attentes d’un public estival  qui, lui,  était tout à fait ravi…

 Alvina Ruprecht

Théâtre de l’Ile (Gatineau) jusqu’au 24 août.

 


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