Festival d’Avignon: Faust I + II

Festival d'Avignon: Faust I + II faust

 

 

 

Faust I + II, de Johann Wolfgang von Goethe, mise en scène de Nicolas Stemann. 

faust2_krafft_angerer2Après Les Contrats du commerçant d’Elfried Jelinek en 2012, un auteur de prédilection qu’il met en scène pour des créations où  il dirige sa troupe sur le plateau, Nicolas Stemann propose aujourd’hui Faust I + II, le flambeau de Goethe, et un pilier de la culture européenne.
Le sympathique et élégant Stemann-chemise blanche, pantalon et cravate sombres – intervient sur la scène avant les différents moments de sa création (8h30), pour résumer les scènes à venir et non pour diriger les acteurs.
Cette marque de fabrique éclaire le public dans les labyrinthes du fleuve-abîme. Faust I + II est  un défi sportif mais aussi un pari  intellectuel et artistique, le Faust I étant d’emblée plus lisible que le Faust II. Faust I concerne le héros éponyme errant dans le petit monde ; la pièce raconte la tragédie de Marguerite, jeune fille villageoise séduite.
Et Faust II nous conduit dans le vaste monde économique, politique et scientifique, où se pose la question de la religion. Méphistophélès invente le papier-monnaie, et  va même jusqu’à introduire dans la cour de l’Empereur la belle Hélène mythologique dont Faust va  tomber amoureux. Mais tout échappe au chercheur dans un monde d’illusions manipulé par le diable, et il sombre dans l’inconscience.
Guerre, mouvements révolutionnaires, butins de terres côtières à exploiter avec les travailleurs, déplacements des populations, tout finit par le cliquetis de bêches qui ne construisent pas le nouveau monde rêvé, mais creusent la tombe du héros. Méphisto s’approprie cette âme précieuse : Faust est non pas sauvé mais peut-être racheté. Quel est le désir faustien ? Élucider ce qui fait l’unité du monde-dans son ensemble et non par fragments: Faust vise la toute-puissance et la connaissance universelle. Goethe de son côté, obéit au même rêve faustien en voulant embrasser le destin de l’humanité dans une seule œuvre : même sentiment d’impuissance où tout lui échappe.
L’art de la mise en scène de Nicolas Stemann devait forcément répondre à la même folie, au même emballement, au même capharnaüm créatif – mais dans le goût et la tendance du jou-, pari réussi, malgré des longueurs et complaisances faciles.
Les interprètes sont excellents-jeu physique et violent caractéristique de cette troupe allemande talentueuse, tonique et enjouée, mais Philipp Hochmair, Sebastian Rudolph, Patrycia Ziolkowska… échangent leurs rôles, se dédoublent, ironisent sur la figure de l’un ou l’interprétation de l’autre, se jetant dans le jeu et le « je » du personnage sans compter. Des hommes virils se volent les situations, se battent les uns les autres sans vergogne, et plus tard, esquissent des pas-de-deux gracieux et subtils en tutu romantique (le danseur Franz Rogowski).
La scène du monde est un show permanent : danse, chant lyrique (Friederike Harmsen, Esra Pereira Köster), chansons traditionnelles ou populaires, solo et chœur, musique techno:  la scène est envahie par un univers lourd d’onirisme  où les inventions trash et burlesque à n’en  finissent plus Pendant ce temps et c’est paradoxal, les stations du chemin goethéen avancent sûrement, en faisant la part belle à la contemplation romantique de la nature, au besoin de solitude de l’être et à la posture philosophique, grâce aux méandres d’une langue précise, sinueuse et ample.
Dessins en direct via l’informatique, vidéo, manipulation d’immenses  marionnettes,  bribes de films, images de cinéma expressionniste culte,  projetées sur les murs de la salle: la troupe nombreuse de Stemann se compose la fois de techniciens et d’interprètes. Mais les hommes en blanc de travail montent sur les échafaudages pour blanchir le mur de fond noir, à coups virulents de brosses à peinture.. sont les mêmes qui  chantaient auparavant en un chœur collectif d’accompagnement,  ou épousaient les pas d’une chorégraphie bien balancée. L’art est partout, infiltré dans le quotidien.
Ce Faust I + II déploie le monde sur la scène, une mise en abyme du théâtre dans le théâtre,  et du monde dans le monde, via le principe du divertissement et du show télévisuel dont le spectacle, très vivant, se moque en aussi. Décidément, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Une belle voiture cabossée, à la fois moderne et rustique, pleine d’hommes et de marionnettes,  roule sur une route bruyante et colorée qui la fait brinquebaler sans pitié, pour le bonheur du spectateur…

Véronique Hotte

Faust I + II de Goethe, mise en scène de Nicolas Stemann, les 13 et 14 juillet à 15h30 à la Fabrica, avenue du Général Eisenhower.

 


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