Festival d’Avignon: Yvonne, Princesse de Bourgogne

 Festival d'Avignon: Yvonne, Princesse  de Bourgogne  yvonne_3dominique-valles

Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, mise en scène d’Anne Barbot

Yvonne, est une jeune fille que le prince Philippe, héritier du trône,  introduit à la cour de Bourgogne. Sans beaucoup d’attraits, elle a tout pour plaire:  à la fois, agaçante, timide, apeurée, en proie à un mutisme insupportable. Mais  le jeune  prince ne veut pas obéir à l’usage qui le contraindrait à n’aimer que les belles jeunes filles séduisantes.  Et il choisira Yvonne comme fiancée.
Introduite à la cour royale,  Yvonne, malgré son mutisme, est bien là et devient une sorte de bouc émissaire. « Un facteur de décomposition, dit Gombrowicz,. La  présence muette, apeurée, de ses multiples carences révèle à chacun,  ses propres failles, ses propres vices, ses propres saletés… La Cour n’est pas longue à se transformer en une couveuse de monstres. Et chacun de ces monstres rêve d’assassiner l’insupportable Yvonne. La cour mobilise enfin ses pompes et ses œuvres, sa supériorité et ses splendeurs, et, de toute sa hauteur, la tue ».
La pièce de Gombrowicz a de grandes qualités mais elle est  parfois assez bavarde et démonstrative;  souvent montée  par des metteurs en scène dix fois plus aguerris qu’Anne Barbot, elle ne rend pas toujours la monnaie de la pièce, et de loin!  C’est sa première mise en scène (2011) mais elle semble avoir déjà une sacrée maîtrise: d’abord de la dramaturgie- elle a bien fait de pratiquer des coupures,- et de la direction d’acteurs sur le plan gestuel et vocal,  de l’espace  scénographique, des costumes, et des maquillages,  des lumières et de la musique, c’est beaucoup oui, c’est, surtout chez une jeune metteuse en scène, et, croyez-nous, ce n’est pas si fréquent.
Quelques voiles transparents, une lumière bleue et l’on voit un des personnages avachi sur un canapé… Anne Barbot réussit à nous embarquer dans un univers très pictural avec des images de toute beauté. Où plane parfois l’ombre du grand  Tadeusz Kantor,  du théâtre nô qu’Anne Barbot a connu au Japon où elle a travaillé, et si, si, c’est vrai, d’Angélica Liddell. Il y a de plus mauvaises influences!
yvonne_12-dominique-valls-300x199D’abord avec un idée forte: Yvonne est la seule à n’être pas masquée, alors que tous les aristocrates, eux le sont. Et quels masques! -en fait des demi-masques, absolument sublimes comme les maquillages en noir et blanc qui les complètent,  à la fois grotesques et effrayants,  signés Yngvild Aspeli,  jeune créatrice norvégienne.

Anne Barbot sait visiblement  s’entourer: Charlotte Maurel, la scénographe, a bien réussi son coup avec un travail sans prétention mais absolument efficace; Jean-Marc Hoolbecq qui a assuré la chorégraphie,  ou Vincent Artaud qui a composé la musique de cette création. Les dix acteurs- en particulier Fanny Santer (Yvonne), David Lejard-Ruffet (Le Prince)  ont tous un jeu sobre, exempt de toute prétention mais singulièrement juste, et maîtrisent parfaitement les codes gestuels imposés par Anne Barbot dont on voit tout de suite qu’elle est passée par  l’Ecole Jacques Lecoq.
Il y a de la folie pure dans la fable de Gombrowicz, et donc un risque constant de dérapage mais ici, tout est parfaitement réglé. Mais ici, chez ces comédiens,  aucun geste gratuit et tout obéit à la dramaturgie qu’elle  propose avec une grand sens  du plateau où les scènes  s’enchaînent avec  aisance. Ce qui caractérise ce  spectacle, c’est sans doute son exceptionnelle unité (jeu, mise en scène,scénographie) .

Il y a sans doute quelques longueurs mais c’est dû à ce bavard impénitent de Gombrowicz, et non à la réalisation. En tout cas, on a rarement vu une Yvonne, princesse de Bourgogne d’aussi belle facture, et pourtant on en a vu…
Tiens, une idée aussi sotte que grenue, comme disait le grand Olivier Revault d’Allonnes (mais taisez-vous du Vignal, avec vos avis à deux centimes!):  si Olivier Py, qui va être aux manettes du in dans quelques semaines, demandait à des gens comme Anne Barbot de présenter son spectacle l’an prochain dans le in, par exemple dans le bel écrin de l’Opéra-Théâtre… ou à Arnaud Anckaert avec Orphelins de Dennis Kelly ( voir Le Théâtre du Blog)

Si lui ou un de ses conseillers lit ces lignes, qu’il aille au Théâtre des Lucioles voir de quoi il en retourne. Décidément, il y aura eu dans  le off cette année quelques belles réussites, ce qui n’aura pas toujours été le cas dans le in….

Philippe du Vignal

Théâtre des Lucioles 10 rue Rempart Saint-Lazare  à 19h 15; relâche le 18 juillet,  jusqu’au 28 juillet.

 


Un commentaire

  1. Fluo dit :

    Bel article! Il me semble que l acteur interprétant Philippe se prénomme David et non Denis….

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