Hatched

Festival Paris quartier d’été: Hatched, chorégraphie et interpétation de Mamela Nyamza

 

Hatched hatched_mamela_nyamza-john-hoggSa robe, tramée de pinces à linge, et la lessiveuse que Mamela Nyamza porte dignement sur la tête, parlent de sa condition, tandis qu’elle glisse latéralement, de jardin à cour, torse nu et de dos, avec de magistrales pointes, chaussons aux pieds.
L’image est forte, la danseuse est majestueuse.La vie quotidienne à peine suggérée se poursuit selon le même déplacement latéral et sur pointes. Le linge posé en couches successives sur la tête et qu’elle étend, rouge, comme le sang.  maillots et robes sur le fil à linge servent de pendrillons, lui laissant ainsi un espace pour changer de costume.
A l’avant- scène, le sol est recouvert d’un tissu grenat aux plis rangés, évoquant un filet de pêche posé là, dans toute sa circonférence.
La danseuse l’enfile, comme une robe de cérémonie, s’y enroule, mais, attachée au fil par une extrémité, s’y trouve emprisonnée. Ces moments, délicats dans le geste, entraînent des images indélébiles reliées au pays d’où elle vient, l’Afrique du Sud. Vision de morte vivante, sorte de momie à la verticale, elle se fond dans la nuit, à l’arrière du plateau.
Quand elle revient, entravée d’un tutu blanc et se débattant au sol, pleine de convulsions, celle qui lavait le sol à s’en décrocher les bras, semble quitter sa peau. Ses réminiscences d’enfance, entre joie et tristesse, par la robe qu’elle passe, ou le fil à linge qu’elle transforme en corde à sauter, sont retenus, pleins de pudeur. Quand elle quitte ses chaussons de danse, assise au centre du plateau et qu’elle fait vivre ses pieds nus, très naturellement,  elle demande cigarette et alumette aux spectateurs. Ce soir-là, pas de fumeur auprès d’elle.
Dernière image, elle retire les couches successives de ses atours et revêt le manteau rouge et cintré qui séchait encore au vent, et, tel un pantin désarticulé aux gestes secs et nerveux, elle est, en elle-même, le tragique.
Mamela Nyamza, chorégraphe et interprète, se raconte dans cette pièce : pratique de la danse classique dès l’âge de huit ans, au Cap puis à Prétoria, seule noire d’une troupe blanche qui ne parle que l’afrikaans. Puis, à l’école d’Alwin Ailey à New York, elle revit, au contact d’autres danseuses noires. Militante depuis toujours de la cause des femmes, la chorégraphe s’attaque, avec  les pièces qu’elle présente, aux sujet de société les plus osés. Parlant d’elle, elle parle de la femme, en Afrique du sud.
Sur le côté, absorbé par le paysage qu’il peint
sur une toile blanche et sous les yeux du public, son fils de treize ans, Amkele Mandla, la suit, un casque sur les oreilles et déconnecté de l’action mais discrètement présent, jusqu’à l’achèvement du tableau.
Il y a du silence dans cette pièce aux musiques bien dosées, du pur classique aux chants chorals d’Afrique, en passant par les sons de foule, de cloches ou de fête. Et le geste prime, épuré, fort et qui imprime émotion et respect.

Brigitte Rémer

Spectacle vu  le 16 juillet, Tours Aillaud à Nanterre;Théâtre 13/Seine, jusqu’au 20 juillet à 20h ;  le 21 juillet à 17h30, parc de l’Hôtel de Ville à Épinay-sur-Seine et  le 23 juillet à 18h, parc des Sévines à Gennevilliers.
Saisons Afrique du Sud – France : www.france-southafrica.com, et www.quartierdete.com

 

 


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