Place du marché 76

Place du marché 76 photo
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon. 

Festival d’Avignon : Place du marché 76, texte, mise en scène et images Jan Lauwers

La fin de cette représentation ne peut laisser le spectateur indifférent, soit il adhère totalement au propos et à l’esthétique de la pièce soit il la rejette en bloc.Elle  regroupe nombre  de traumatismes que notre société civilisée peut générer. Jan Lauwers est le narrateur de cette histoire rythmée par les quatre saisons, «Nous sommes la Need company et nous allons vous raconter une histoire». Une explosion de gaz a décimé une partie de la jeunesse d’un village, un an après une commémoration de cet évènement connaît un autre drame, un enfant survivant se suicide, (c’est le fils du plombier).
Depuis ce choc collectif,  la source du village s’est tarie comme les désirs charnels de ses habitants. C’est l’occasion pour chacun de se confesser et raconter sa vie passée. Sous l’emplacement de cette source Alfred le plombier,(allusion directe à l’affaire Dutroux) a séquestré et abusé d’une fillette, (un personnage joué par la propre fille de Jan Lauwers), pendant 76 jours…. Un jugement est prononcé qui brouille les pistes sur la  véritable responsabilité de cette homme, même si juste auparavant, la scène de tentative de viol vue en vidéo et explicite et violente.
Les habitants du village se vengent et pendent le pédophile, après l’avoir noyé;  pour l’auteur,«il faut détruire pour continuer la vie». C’est la femme du plombier complice de son mari fou, qui, selon lui, est la plus coupable. Après avoir été condamnée à être enfermée 76 jours, elle a finir par s’offrir comme prostituée à tous les hommes du village, par plaisir: «J’aime les hommes, dit-elle,  et j’aime les sexe».
De ce faux sacrifice va naître un enfant, un gros bébé gonflable qui  envahit l’estrade centrale,  ce qui va redonner vie au village. En parallèle à ces événements, des balayeurs de rue, immigrés et mal considérés par les habitants, en combinaison orange, couleur symbole de  sécurité pour l’auteur, viennent panser les douleurs et les plaies de cette micro-société. Chaque nouveau personnage qui décède, revêt une tenue orange, et se transforme en ange protecteur, (sauf le plombier). Ce mélodrame prend la forme d’un cabaret qui utilise toutes les modes d’expressions artistiques: danse,  chant,  marionnettes et musique jouée en direct.

Lauwers est le démiurge de ces 2h15 de cris, de pleurs et de joie, témoignant des malaises et des fractures de notre société. Sa mise en scène repose sur l’interprétation d’un cortège d’acteurs et d’actrices à l’unisson de sa folie organisée.
Comme chez Brecht,  le metteur en scène rappelle souvent que l’on est au théâtre, pour dire le caractère cathartique de cet art. Sa mise en scène est mouvante;  pour lui,« l’acteur est ici un signe de reproduction comme dans le théâtre conventionnel et de production comme dans la performance». Il fabrique des images troublantes, ou les acteurs ne jouent pas les personnages mais sont les personnages. La fin ambiguë clôturée par le balayeur pose la question de la rédemption, comment peut on oublier le passé et pardonner! Tous le monde chante à l’unissons,  «Le marché doit être propre, nous sommes les balayeurs, les chanteurs des morts».
C’est un beau travail, qui dénonce nos hypocrisies et les relations troubles d’une micro-société.  Place du marché 76  fait parfois penser à la pièce de  Pirandello A chacun sa vérité.  Il laisse le spectateur libre de son opinion mais  il manque ici l’émotion et la beauté de la langue du célèbre auteur sicilien. Jan Lauwers est un bon faiseur d’images mais, comme cette création est à la frontière de différentes formes d’expressions artistiques et que le texte n’a pas une grande puissance théâtrale, le spectateur risque d’y rester étranger…

Jean Couturier

Le spectacle a été joué au cloître de Carmes du 8 au 17 juillet.

Jean Couturier

Festival d’Avignon In, joué du 8 au 17 juillet au Cloître des Carmes

 


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