Festival d’Avignon: Exhibit B

Festival d’Avignon : Exhibit B,  conception et mise en scène de Brett Bailey.

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© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon.

Cette « exposition » débute en réalité dans le sas d’attente: on impose au  groupe de vingt spectateurs,  silence,  interdiction de toucher les œuvres et entrée individuelle,  afin de mieux réguler le flux de la visite.
Dès le premier tableau, le choc est brutal:  un homme et une femme noirs sud-africains, le corps couvert de terre ocre, sont exposés comme des statues, au milieu d’une dizaine de têtes d’antilopes naturalisées. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’interaction visuelle entre le visiteur et « l’objet humain exposé », c’est à ce regard qu’il sera confronté en permanence.
Nous sommes  dans un zoo humain, avec des personnages bien vivants, comme à  la fin du XIX eme siècle et au début du XX ème, dans différents pays d’Europe- dont la France encore coloniale de l’époque-ci,  mais, ici, les tableaux humains sont assez éloignés les uns des autres pour induire un vrai recueillement devant chacun.
Après la découverte du corps de  la célèbre Venus Hottentote, on peut voir Soliman qui nous regarde allongé sur un catafalque. Le corps de ce Nigérien, qui porte le numéro 1721, fut naturalisé et exposé au public, jusqu’en 1840, dans une collection d’histoire naturelle de Vienne…
Nous découvrons ainsi à quel point la caution, dite scientifique, a permis la validation de ce type d’exposition, dans un but anthropomorphique.  « Il n’est pas anodin, dit
Brett Bailey,-un blanc sud-Africain, dont le pays a connu l’apartheid, régime de discrimination systématique des noirs jusqu’en 1994-que les centres de recherche des anciennes puissances coloniales détiennent encore des milliers de squelettes de citoyens de leurs ex-colonies. Ces ossements qui, dans de nombreuses cultures, ont un pouvoir spirituel. Butin macabre résonne comme un symbole mythique de l’équilibre des pouvoirs dans le monde post-colonial ».
Au milieu de l’exposition, son metteur en scène prend parti, et pose la question de l’immigration clandestine; il expose, comme des objets trouvés, un réfugié congolais, un immigrant erythréen et un immigrant somalien attachés par des câble à son siège d’avion!.
Ce travail sur la mémoire de notre belle Europe civilisée est à voir absolument. Dernier tableau bouleversant: dans une cage,  une femme de ménage  en robe à fleurs,  qui porte le numéro 0435766, classée métisse, est assise avec son seau et son balai.  Sur une pancarte est écrit: « Les noirs ont été nourris »; en contrebas, sur une autre pancarte,  à peine visible, indique  la fin de cette belle « exposition »-en harmonie parfaite avec le cadre solennel  de l’église des Célestins. Il y est inscrit la mention:  « The Divisional Council, Whire area », invitant ainsi le visiteur à sortir….

Jean Couturier

Église des Célestins jusqu’au 23 juillet   

 


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