Body Platform, Cabinet Anthropomorphique

Festival d’Avignon : Body Platform, Cabinet Anthropomorphique conception et chorégraphie de Ting-Ting Chang.

Body Platform, Cabinet Anthropomorphique photo-3Une heure de voyage dans la beauté des formes humaines, voilà ce à quoi nous invite La chorégraphe taïwanaise avec ses danseurs pour sa première création.
Le corps humain qui s’ouvre par des tiroirs est une image que l’on retrouve souvent dans les peintures ou les objets crées par Salvador Dali, en particulier,   La ville aux tiroirs le cabinet Anthropomorphique ( 1936).
Ses œuvres ont directement inspiré Ting-Ting Chang pour ce spectacle qui mêle la danse à la manipulation d’objets, des tiroirs blancs, métaphores multiples de l’inconscient, réservoirs des souvenirs et des anxiétés refoulées.
Ce qui frappe d’emblée ici, c’est la beauté des corps du danseur et des trois danseuses, mis en valeur par le remarquable  travail de lumière de Qi-Min Hsieh.
Le langage du corps se confronte en permanence au matériau: ces tiroirs avec lesquels, les danseuses, en  body blanc ou de couleur, qui jouent et se dissimulent,  ce qui finit par entraîner une contrainte dans leurs mouvements, qu’elles contournent avec une  grâce réelle.
Chung-Ying Huang a créé une musique, qui s’associe à
l’empreinte vidéo démultipliée des corps des danseurs, qui est projetée  en fond de scène : autant de  tableaux d’une grande beauté. Ces sculptures de Rodin en mouvement sont encore à découvrir…

Jean Couturier

Condition des soies, salle carrée jusqu’au 28 juillet.


Archive pour 23 juillet, 2013

Festival d’Avignon: Hamlet 60 et Banquet shakespeare.

 Festival d'Avignon: Hamlet 60 et Banquet shakespeare.  hamlet60

Festival d’Avignon: Hamlet 60, d’après la traduction d’André Markowicz, mise en scène de  Philippe Mangenot et Banquet Shakespeare, d’Ezéquiel Garcia-Romeu, d’après Shakespeare notre contemporain, de Jan Kott , et les tragédies de Shakespeare.

Ça commence par la fin : tout le monde meurt ou est mort, seuls survivent le jeune Fortimbras, fils du voisin,  qui n’a pas eu grand chose à faire pour récupérer le royaume, et Horatio, à qui , dans un dernier soupir, Hamlet demande de raconter au monde la triste histoire des princes de Danemark. C’est la version de Philippe Mangenot, inspirée par la traduction rapide, agissante, d’André Marcowicz.
Donc, on ne traîne pas. Chacun des six comédiens s’empare à son tour d’un moment d’Hamlet, les épées imaginaires cliquettent au son de deux cuillers, les couronnes passent de tête en tête. Et pourtant,  rien n’est perdu de cette histoire d’un prince indolent que réveille jusqu’à la folie le mariage de sa mère, la reine Gertrude,  avec son beau-frère Claudius, et plus encore la conviction que son pressentiment était juste (O my profetic soul !) : c’est bien lui l’assassin, le spectre de son père vient le lui confirmer.
Hamlet est fou : fou d’amour pour Ophélie ? Allons, donc ! En soixante minutes –avec sablier et quelques suspensions du temps-, nous comprenons aussi bien qu’en cinq heures qu’il a fait le tour de l’amour en quelques jours, quelques heures, et qu’il en a trop attendu pour pouvoir le vivre, avec une famille pareille.
Au grand galop du spectacle, la poésie de Shakespeare se perd un peu, mais revient parfois en lambeaux éblouissants. Et chacun sait qu’Hamlet est une pièce « pleine de citations ». Le spectacle n’en manque aucune. À voir absolument : surtout si l’on assiste à Hamlet pour la première fois,  cela donne envie de voir la pièce en cinq heures, et pour le plaisir de voir mourir deux fois Gertrude (du poison destiné à son fils et bu par erreur), Laërte (frère d’Ophélie, qui tient à la venger, car, on a oublié de le rappeler, elle s’est suicidée par noyade), Claudius et Hamlet lui-même (de la même épée, vous découvrirez comment), sans compter tous ceux qui ne meurent qu’une fois.
C’est de toutes ces morts royales que se repaît Banquet Shakespeare. Le spectacle, créé au Théâtre de la  Commune d’Aubervilliers la saison dernière,  continue à  tourner. C’est le mot juste, pour son dispositif circulaire, et pour l’amour de Shakespeare, via Jan Kott, qu’il fait tourner dans nos têtes.Au milieu du cercle du conte, à la tangente du cratère (la scène du Globe ?) d’où sortiront les spectres en miniature des tragédies de Shakespeare,  la comédienne conteuse Odile Sankara, les appelle, invoque, et nous convoque à nous pencher sur « la triste histoire de la mort des rois ».
Peut-être faut-il avoir rencontré au moins une fois les Richard, les Henry, les Edouard, Duncan, Claudius, Lear et les autres. Tels quels, ces rois délicats et amers, sortis des mains d’Ezéquiel Garcia-Romeu et de Christophe Avril, reviennent inlassablement sur les lieux de leurs crimes.

 Leurs mains minuscules s’agrippent à la surface de ce monde, puis retombent. La table du banquet de Macbeth surgit par magie, avec un unique verre de vin qui s’écoule comme du sang : on a juste le temps de se souvenir du spectre de Banquo, tué par son ami, et de tous les autres banquets fatals, dans un sombre tourbillon.
À Villeneuve–les-Avignon, le cloître carré de la Collégiale offrait un cadre parfait au spectacle. Ailleurs, il sera aussi fascinant : sa profonde poésie naît au centre du cercle.

Christine Friedel

 Le Petit Louvre  13 h O5 et à Villeneuve-lès-Avignon jusqu’au  28 juillet. 

Le Nez dans la Serrure

Festival d’Avignon: Le Nez dans la serrure de Julien Bonnet par la compagnie du Dagor

Le Nez dans la Serrure 5528767-8247393Julien Bonnet, interprète talentueux du Goret mis en scène par Johanny Bert (voir Le Théâtre du Blog) présente ici  avec  Le Nez dans la Serrure sa première mise en scène. Le thème : quatre  personnages vivent dans une armoire, on les voit manger, dormir, fumer, rêver, se gratter ou tenter de s’échapper.
 Et c’est toute une petite société qui se recrée, avec ses habitudes, ses alliances, ses mesquineries, même dans un si petit cadre de vie, chacun s’aménage son espace. Et tout est bien rodé.
 Comme tout engrenage il se grippe à un moment et le désir du dehors apparaît … Et cette tentation de l’ailleurs est pour eux toute une aventure, empreinte de risques,  pour celui qui part, comme pour ceux qui restent, à essayer de retrouver un  équilibre détruit.
On est face à un objet inclassable et délicatement absurde, ce n’est ni tout à fait  du mime, ni tout à fait du théâtre d’objets,  et pas vraiment de la danse. Cela confère au  Nez dans la Serrure,  une originalité et une fraîcheur bienfaisante.
Les quatre comédiens évoluent dans ce ballet  très bien rodé et,  au delà du ballet de gestes, les expressions des visages sont très précises.
 Le spectacle a un fort pouvoir évocateur : la vie en société, les questions relatives au (mal) logement, la peur du dehors, les habitudes tenaces…
 Chacun y trouvera matière à extrapoler. C’est fou comme un spectacle sans aucun mot prononcé peut nous faire voyager loin en nous. Avantage aussi : c’est nous qui choisissons le trajet de notre voyage intérieur. Enfin un peu de liberté !
« Quand je ne parle pas, dit Julien Bonnet, j’ai toujours l’impression que mes yeux grandissent et que mes oreilles s’allongent. Et c’est exactement cela qui m’intéresse : qu’est-ce qui se modifie lorsqu’on ne parle pas ? (…) L’acteur a un outil de travail incroyable qui est son corps. Comment chacun se débrouille-t-il avec ? (…) J’ai fréquemment la sensation que l’on parle trop, que l’on explique trop, souvent par peur du silence ou d’être incompris »
On  ne peut  que lui donner raison, le silence peut aussi faire théâtre, parfois avec bien plus de pertinence et de force que certaines logorrhées que l’on subit ici sur les scènes du in comme du off.

Julien Barsan

Espace Alya , du 8 au 28 juillet à 11h35, réservations : 04 90 27 38 23

Le Cirque des mots

Festival d’Avignon: Le Cirque des mots  de Pierre Fourny.

Le Cirque des mots   p.fournyPierre Fourny est un travailleur des mots, et,  depuis quelque vingt ans,  il invente des jeux de mots qui tiennent autant au  sens qu’à la graphie. Il les retourne, au sens propre du terme, pour qu’un mot différent surgisse, en ayant seulement  fait glisser la barre d’un  « t » ou d’un « f »,  et transforme  un « q »  en « p ».
Avec son dernier spectacle, il a souhaité créer un  petit cirque avec des numéros de mots qui reprennent les conventions du cirque et du cabaret : les mots deviennent  acrobates, farceurs,  et un « arbre » se retrouve à cacher une « forêt », la « raison » se transforme en « prison », on en voit pas le temps passer (à travers un tuyau).
Il y a sans doute un gros travail de préparation, un principe développé et décliné dans un spectacle intelligent … mais pas du  tout spectaculaire. Personnage tout de noir vêtu, austère et pince sans rire, Pierre Fourny a créé un spectacle où l’unité visuelle est le noir et  le blanc, (tous les mots sont en blanc sur fond noir).
Mais on a l’impression que, pour légitimer son travail, il refuse la moindre inclination clownesque ou  simplement un peu détachée, ce qui n’enlèverait rien au sérieux de la démarche.Et c’est dommage! Cela peut en effet très bien « ne pas prendre » et c’est du  coup à l’artiste, de  lancer, grâce à une pancarte :applaudissements, les applaudissements qui peinaient à venir…
La rigueur qu’il s’impose est périlleuse si le public ne répond pas! En effet, les numéros s’égrènent et ce séquençage fait qu’on voit le temps passer, d’autant plus  que Fourny- et c’est maladroit- marque la moitié du spectacle! On sait donc à ce moment le temps de représentation qu’il reste! Il s’en faudrait de peu pour que ce « cirque de mots » soit tout à fait intéressant, si le  personnage créé par Pierre Fourny, était un peu plus «  lâché », un peu plus à  l’écoute du public et si il n’avait pas peur de son potentiel comique. Cela donnerait plus de latitude au spectacle et la possibilité de le faire évoluer en fonction du public.

Julien Barsan

Espace Alya du 8 au 31 juillet 13h
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