Clair-Obscur

Clair-Obscur, d’Israël Horovitz, mise en scène d’Anaïs Durand-Mauptit

 Clair-Obscur 8Au commencement était le verbe d’Horovitz, qui donne ici sa version de la création du monde, reprise par des comédiens pleins d’entrain portant des masques inspirés de ceux de la commedia dell’arte.
Mais ce n’est qu’un début, car la liturgie devient vite profane et met en scène une famille black version Harlem des années 60, qui rêve d’un autre monde : Updike et Gertrude les parents, Junior et Sissy, les ados (Claire Cambie, Jean-Louis Garçon, Thibaut Pietrera et Laura Mottet).
Et dans cet autre monde, la famille va aisément s’infiltrer, après avoir absorbé une pilule magique qui lui blanchit la peau, et lui permet ainsi un semblant d’assimilation, dans un jeu de rôles, savant. Tous les quiproquos deviennent alors possibles dans cette quête de leurs nouvelles libertés qu’ils expriment en chansons rock et jazzie.
Mais l’insouciance n’est pas de longue durée, apparaît un voisin, blanc de peau et noir de rage, Tillitch (Mathieu Milesi), pistolet à la main comme signe de pouvoir, à la recherche d’un certain Junior qui aurait déshonoré sa fille. Et le ton monte très vite. Le dédoublement des personnages, black and white, ne l’aide pas, pire, la famille se joue de lui et l’enfonce, en une sorte de mise à mort progressive qui entraîne le doute pour tous, le voisin, la famille et le spectateur. Tous les excès deviennent alors possibles dans ce mouvement de balancier dicté par la frustration.
Jeux de dupes, de séduction et de provocation, révolver, gouaille, burlesque et pénalty sont le vocabulaire de ce huis-clos qui fait penser à l’univers de Tennessee Williams, entre réalisme et rêve, désastre et fantaisie. De vingt ans son cadet, Horovitz, comme lui, parle de la société américaine, de sexe et de violence.
Les acteurs jouent merveilleusement de ce trouble dans la mise en scène d’Anaïs Durand-Mauptit, pleine de rebondissements et dialoguent avec quatre musiciens rock et jazzie, qui les accompagnent dans leurs partitions chantées, et se fondent dans l’action, en vis-à-vis, jouant in situ guitare, basse, trompette et percussions (Ophélie Lavoisier, Guillaume Castaignet, Mehdi Chenntouf et Tanneguy de Percin). La création musicale de Vincent Yeh et Anaïs Durand-Mauptit est un signe théâtral à part entière, qui mène jusqu’au rituel final, véritable danse satanique.

Passionnée de musique et de théâtre, Anaïs Durand-Mauptit signe là sa première mise en scène, qui a valeur de projet de fin d’étude du cours Florent, et la création de sa compagnie,
Ôdelyr. La jeune femme, par le choix du texte et des débats qu’il porte sur l’altérité, la famille, le pouvoir et la transgression, fait preuve d’une maturité qui laisse augurer de solides lendemains artistiques.

 Brigitte Rémer

Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg Montmartre, 75009. Métro : Rue Montmartre, les 24 et 25 juillet à 20h45, et 26, 27, 28 juillet, à 19h. Tél : 01 47 70 32 75. Reprise en alternance, du 8 septembre au 19 octobre, site : www.theatredunordouest.com/dow-programme-chefdoeuvre1 et www.billetreduc.com/94448/evt.htm

 

 


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