Festival d’Avignon: L’Ile de Vénus.

Festival d’Avignon: L’Ile de Vénus, comédie si l’on veut, de Gilles Costaz, mise en scène de Thierry Harcourt.

Festival d'Avignon: L'Ile de Vénus. phod6549d92-eb0c-11e2-9a13-88419670fc00-805x453Cela se passe dans une île absolument déserte où  Roger, un grand scientifique,  a pu trouver un refuge après un naufrage. Il réussit à survivre et ne se plaint pas trop  mais s’ennuie quand même un peu et,  pour s’occuper, s’est mis dans la tête d’inventer un nouvel alphabet. Quand,  miracle ou désespoir, on ne sait, arrive, elle aussi, après un naufrage, une belle jeune femme… tout à fait étonnée de ce qui lui arrive…
Après une période d’acclimatation, le couple qui n’en est pas un, va commencer à se chamailler. Lui, nouveau Robinson, s’est depuis longtemps, habitué à vivre absolument seul mais elle en est encore à se demander quelles sont les boutiques existant dans l’île. Bref le malentendu est complet!
Et Adam et Eve  vont occuper chacune une partie de l’île pour arriver à se supporter. Mais bon, comme rien n’est éternel, il y a comme un rapprochement des corps comme des esprits après cette difficile période de cohabitation qui n’interdit tout de même pas les conversations entre  les deux égarés et une certaine évolution des sentiments
Quand un jour, coup de théâtre, on entend au loin une forte voix d’homme dans un mégaphone: non, ce n’est pas un rêve mais le capitaine d’un bateau qui passait par là. Au mépris des conventions internationales dont il n’a rien à faire, il les laissera quand même à leur triste sort. En regardant le bateau s’éloigner sans eux, ils concluent de façon assez philosophique qu’il ne leur reste plus qu’à attendre le suivant..
C’est on l’aura compris, une sorte de fable,  à la Marivaux,  sur le couple placé dans une situation où l’homme et la femme, ex- »civilisés » ont quelque mal à se transformer en bons sauvages. Lui, ex-grand scientifique, ne semble pas tellement regretter sa vie d’autrefois, avec ses gloires mais aussi toutes  ses mesquineries et l’argent, moteur de toutes les guerres personnelles. Il n’ a plus aucun repère sinon ceux que lui procure la nature sur laquelle il compte pour se nourrir.
Tandis qu’elle vit, elle, encore mentalement dans un autre monde où tout  s’achète, sans aucun état d’âme,  maquillages de prix,  belles robes et bijoux, et où on a l’habitude, quoiqu’il arrive, d’avoir trois repas par jour. La pauvre jeune femme, désemparée, devra bien faire avec, sans doute à son grand étonnement personnel.

C’est plutôt intelligemment écrit, même si  Gilles Costaz, par ailleurs, notre confrère critique théâtral que vous pouvez entendre au Masque et la Plume, et déjà auteur de plusieurs pièces comme Le Crayon, où il y avait déjà ses démêlés entre un homme et une femme, a tendance, au début du moins,  à flirter avec la réplique de théâtre de boulevard un peu facile.
Mais, les deux acteurs: Julie Debazac, qui s’était  fait connaître, entre autres,  avec la série Avocats et associés et Nicolas Vaude,  sont bien dirigés par Thierry Harcourt. Comme tous les deux sont très crédibles et évitent d’en faire trop, la première demi-heure passe très vite; on sourit même souvent mais, ensuite, la pièce a tendance à s’enliser et cela tourne parfois à l’exercice de style.

En fait, comme souvent, cette fable-pochade quelque peu grinçante, ou « comédie si l’on veut » selon le sous-titre, par ailleurs assez plaisante,  gagnerait beaucoup à être resserrée. Gilles Costaz et Thierry Harcourt, encore un effort!

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Chêne  noir à  16h 30.  Le texte de la pièce est édité à L’Oeil du Prince.


Archive pour juillet, 2013

Clair-Obscur

Clair-Obscur, d’Israël Horovitz, mise en scène d’Anaïs Durand-Mauptit

 Clair-Obscur 8Au commencement était le verbe d’Horovitz, qui donne ici sa version de la création du monde, reprise par des comédiens pleins d’entrain portant des masques inspirés de ceux de la commedia dell’arte.
Mais ce n’est qu’un début, car la liturgie devient vite profane et met en scène une famille black version Harlem des années 60, qui rêve d’un autre monde : Updike et Gertrude les parents, Junior et Sissy, les ados (Claire Cambie, Jean-Louis Garçon, Thibaut Pietrera et Laura Mottet).
Et dans cet autre monde, la famille va aisément s’infiltrer, après avoir absorbé une pilule magique qui lui blanchit la peau, et lui permet ainsi un semblant d’assimilation, dans un jeu de rôles, savant. Tous les quiproquos deviennent alors possibles dans cette quête de leurs nouvelles libertés qu’ils expriment en chansons rock et jazzie.
Mais l’insouciance n’est pas de longue durée, apparaît un voisin, blanc de peau et noir de rage, Tillitch (Mathieu Milesi), pistolet à la main comme signe de pouvoir, à la recherche d’un certain Junior qui aurait déshonoré sa fille. Et le ton monte très vite. Le dédoublement des personnages, black and white, ne l’aide pas, pire, la famille se joue de lui et l’enfonce, en une sorte de mise à mort progressive qui entraîne le doute pour tous, le voisin, la famille et le spectateur. Tous les excès deviennent alors possibles dans ce mouvement de balancier dicté par la frustration.
Jeux de dupes, de séduction et de provocation, révolver, gouaille, burlesque et pénalty sont le vocabulaire de ce huis-clos qui fait penser à l’univers de Tennessee Williams, entre réalisme et rêve, désastre et fantaisie. De vingt ans son cadet, Horovitz, comme lui, parle de la société américaine, de sexe et de violence.
Les acteurs jouent merveilleusement de ce trouble dans la mise en scène d’Anaïs Durand-Mauptit, pleine de rebondissements et dialoguent avec quatre musiciens rock et jazzie, qui les accompagnent dans leurs partitions chantées, et se fondent dans l’action, en vis-à-vis, jouant in situ guitare, basse, trompette et percussions (Ophélie Lavoisier, Guillaume Castaignet, Mehdi Chenntouf et Tanneguy de Percin). La création musicale de Vincent Yeh et Anaïs Durand-Mauptit est un signe théâtral à part entière, qui mène jusqu’au rituel final, véritable danse satanique.

Passionnée de musique et de théâtre, Anaïs Durand-Mauptit signe là sa première mise en scène, qui a valeur de projet de fin d’étude du cours Florent, et la création de sa compagnie,
Ôdelyr. La jeune femme, par le choix du texte et des débats qu’il porte sur l’altérité, la famille, le pouvoir et la transgression, fait preuve d’une maturité qui laisse augurer de solides lendemains artistiques.

 Brigitte Rémer

Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg Montmartre, 75009. Métro : Rue Montmartre, les 24 et 25 juillet à 20h45, et 26, 27, 28 juillet, à 19h. Tél : 01 47 70 32 75. Reprise en alternance, du 8 septembre au 19 octobre, site : www.theatredunordouest.com/dow-programme-chefdoeuvre1 et www.billetreduc.com/94448/evt.htm

 

festival d’avignon: woyzeck /nadj

Woyzeck, ou L’Ebauche du vertige, conception et chorégraphie de Josef  Nadj.

 

 festival d'avignon: woyzeck /nadj joseph-woyzeckDu drame de Büchner qui raconte la triste destinée d’un soldat obligé,  faute d’argent de livrer son corps à des expérimentations médicales et qui poignardera sa femme par jalousie, Josef Nadj réalise une libre adaptation d’une grande intensité dramatique.
Le spectacle, créé en 94 en pleine guerre de Yougoslavie,  a reçu le prix du public au festival de théâtre de Belgrade en 98 et le Masque d’or du meilleur spectacle étranger à Moscou en 2002.
Il fait partie de cette mémoire théâtrale qu’Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont voulu exhumer dans la programmation  Des artistes, un jour, un festival. Le chorégraphe né en 57 en Voïvodine (actuelle Serbie) a succédé, en 2006,  à Jan Fabre,  comme artiste associé du festival. Comme lui, il est plasticien de formation, issu des Beaux-Arts de Budapest.
Durant une heure, six hommes dont Josef Nadj et une femme, le visage et les hauts du corps recouverts d’argile grise séchée,  jouent et dansent dans une sorte de boîte encombrée d’objets divers dont un couteau qui sera utilisé par le personnage de Josef Nadj pour fendre verticalement une tête en argile rouge dans une belle cruauté.
Pas de dialogue, mais des sons émis par les comédiens et une musique
d’Aladar Racz que l’on entend faiblement donnent à ces images une tonalité nostalgique. Chaque geste est d’une grande précision, et ces fantômes de personnages semblent obéir à des rituels dont, seuls,  ils  connaissent la signification.
Josef Nadj possède l’art de faire naître des tableaux absurdes, burlesques ou tragiques qui rappellent les images de  Tadeusz Kantor, en un poème théâtral de soixante minutes qui a ravit le public.

 

Jean Couturier

A l’Opéra-Théâtre le 21 juillet

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Casimir et Caroline

 Casimir et Caroline casimir_et_caroline_alain-monot-copie

 

Casimir et Caroline d’ Ödön von Horvath, traduction de Christophe Henri, mise en scène de Bernard Lotti. 

 

Le Festival du Pont du Bonhomme  à Lanester (Morbihan) a, pour cadre, le cimetière à bateaux de Kerhervy où un théâtre de plein air est  installé à ciel ouvert sur le Blavet, qui avance et qui recule,  au rythme des marées.
C’est une anse où  se dessinent, à l’horizon, des épaves abandonnées aux flots, des carcasses rondes de fausses baleines de bois usé. Face à ce tableau de maître, véritable paysage de perspective marine, le public du Pont du Bonhomme a découvert Casimir et Caroline de l’auteur cosmopolite hongrois Ödön von Horvath (1901-1938).
La pièce, créée en 1932 à Berlin et à Leipzig, époque de crise économique et financière, sonne comme un écho, un rappel lointain et proche de notre présent immédiat. Pour Von Horvath lui-même, il ne s’agit pas d’une simple satire de la Fête de la bière mais de la ballade de Casimir, chauffeur au chômage et de sa fiancée ambitieuse, « Une ballade d’une douce tristesse, modérée par l’humour, c’est-à-dire par la plus banale des certitudes : nous devons tous mourir. »
L’auteur écrit en exergue un verset de la Bible : « Et l’amour jamais ne cessera. » Et Jacques Nichet qui avait  monté Casimir et Caroline, cette ballade « rêvée », note que la pièce est l’exposé du démenti de l’exergue,  puisque les amants vont se séparer. En fait,  les jeunes gens s’aiment, « mais  sont aveuglés par l’époque, par le chômage, par les trop petits salaires, par l’illusion de pouvoir s’en sortir seuls ».
Les protagonistes sont les victimes consentantes de leurs besoins du jour, proies faciles de fêtes foraines et d’amusements sans lendemain. Chacun veut s’en sortir individuellement, hors de toute conscience politique. Casimir fait le reproche à Caroline de frayer avec deux hommes âgés et de statut social élevé : « Ce n’est pas des fréquentations pour toi, ces gens-là ! Ils se servent de toi, pour leur plaisir ». Mais la jeune fille  rétorque : « Tes sensibleries, ça suffit ! La vie est dure. Une femme avec de l’ambition,  doit attraper un homme influent par sa vie sentimentale ».
La pièce, prémonitoire,  conserve tout son mordant, surtout quand ses personnages sont en proie au délitement de leur énergie. Aux prises avec l’Histoire, le chômage, le mal-être, la solitude, la peur d’être incompris, ces jeunes gens sont à l’épreuve de la détresse et de l’alcool qui fait rêver…

Bernard Lotti parle, à propos de Casimir et Caroline,  d’une parole pour ne pas dire, une parole qui cherche à cacher ce que l’on pense, et où le silence est vérité.Le metteur en scène a été inspiré par l’ambiance festive et estivale du cadre, lumières colorées, jeux de fête foraine, stands et buvettes, bière qui coule à flots, vols et petits arrangements de bandits en germe. 
  Denis Fruchaud et Ana Kozelka, les scénographes ont imaginé un plateau en   lattes de bois,  avec,  comme  cadre de scène, une arche couleur cuivre qui laisse voir la mer au loin. 
Autour, des marionnettes joliment articulées, des pantins de bois animés grimpent dans les hauteurs pour descendre en acrobates, ou bien assoient leur mélancolie sur un banc de fortune, entre juke-box et jeu de force, stand de glaces et bistrot de fortune. L’atmosphère, rieuse et populaire, donne d’autant mieux à voir les petites misères morales aigues qui transparaissent à travers les fanfaronnades naïves de chacun.
L’équipe enjouée et endiablée est composée de jeunes comédiens  issus de l’école du Théâtre National de Bretagne, et  élèves du Conservatoire de Brest. Se sont  engagés dans l’aventure : Nicolas Sansier (Casimir), Margot Segreto (Caroline), Yassine Harrada (Juppmann), Tristan Rosmorduc (Franzel Mark), Christian Lucas (Tapp), mais aussi Mychel Chenier (Pick), Marina Keltchewsky (Erna) et Marieke Breyne (Elli).
L’enthousiasme collectif améliorera, chemin faisant,  des enchaînements un peu lents parfois entre les scènes. La représentation tient déjà serré son pari festif de divertissement estival doux-amer.

 

Véronique Hotte

  
Festival du Pont du Bonhomme  du 20 au 26 juillet  à Lanester (Morbihan).

Crédit Photo : Alain Monot

Festival d’Avignon: Walden

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Walden, texte d’après Walden ou La Vie dans les bois d’Henry David Thoreau, mise en scène de Jean-François Peyret, musique d’Alexandro Markeas, création vidéo de  Pierre Nouvel.

 

Sur le plateau vide du Tinel de La Chartreuse, deux pianos droits, quatre comédiens ( Clara Chabalier, Jos Houben, Victor Lenoble, Lyn Thibault, assis sur des chaises déjà sur scène avant l’arrivée du public, et à l’avant-scène,  des techniciens une batterie d’ordinateurs et de consoles électro-acoustiques qui parlent entre eux avant de dire des extraits d’un des textes poétiques majeurs qui ont beaucoup influencé les mouvements écologistes des années1960… écrit par Henry David Thoreau (1817-1862) qui  eut la singulière idée pour son époque-mais tout à fait prémonitoire- d’aller vivre deux ans  dans une cabane au Massachussets pour  mieu renouer avec la la nature et percevoir le cosmos.
Mais Thoreau est aussi bien connu pour un texte aussi fondamental que La Désobéissance civile (1849) qui avait beaucoup influencé les théoriciens et les praticiens de la non-violence comme  Julian Beck et Judith Malina , les fondateurs du Living Theater
.
 » J’ai pensé, dit Jean-François Peyret,   qu’il serait intéressant , dans le temps  de la réalité augmentée de la techonologie pure ( l’Experimental Media Performing Art) d’étudier cette œuvre. L’ idée me plaisait, dit Jean-François Peyret, d’aller titiller, avec les équipements scientifiques dont je disposais, le spectre de cet homme qui avait souhaité se réduire à se plus simple expression ».
Thoreau n’en finit pas d’être, avec la connaissance de la nature qui était la sienne, d’être convoqué, par des poètes, des scientifiques ou des philosophes comme Michel Onfray. Jean-François Peyret  y voit l’occasion de continuer avec ce travail son exploration d’un théâtre poétique qui lui tient à cœur. C’est aussi un travail de dramaturgie sur la mémoire associée au fonctionnement des machines et des voix de synthèse qui remplacent parfois celle des comédiens. Occasion aussi pour lui d’une réflexion sur le vivant et l’artificiel, thème  qui avait fait  l’objet d’une grande exposition au cloître Saint-Louis. A la fois,  avec un texte aux magnifiques fulgurances,  associé à de la musique en direct d’un voire de deux pianos,et de très belle images de la nature, à des sons retravaillés.
Et cela donne quoi? Un spectacle extrêmement travaillé qui n’est pas seulement une lecture d’extraits de Thoreau mais-et c’est sans doute un paradoxe qui n’a pas échappé à Peyret- une sorte de tricotage très complexe, comme il l’appelle lui-même entre différentes disciplines qui associent à la fois une parole de base et la tentative de constituer un univers scénique à base surtout d’images réelles ou de synthèse. C’est quand même un peu curieux quand on veut parler de la nature et de Thoreau.
Ou bien, se servir de ce livre exemplaire comme matériau théâtral destiné à mieux comprendre nos mécanismes psychiques de mémorisation, il faut avouer que le chose nous a semblé bien compliquée et finalement peu convaincante, quel que soit par ailleurs la qualité technique.
C’est, disons,  un travail de laboratoire, avec toutes les limites que cela suppose, un peu froid et  austère,  jamais dépourvu d’un certain humour, dans la lignée des autres spectacles de Peyret  mais quelque peu ennuyeux. Ce qui manque sans doute à ce spectacle trop long (90 minutes , sans beaucoup de rythme, c’est une certaine unité entre ses différents éléments. Ami-chemin entre la performance et un spectacle plus « classique ». On se prend parfois à rêver d’une simple lecture de Thoreau par quelques comédiens qui diraient dans une salle moins solennelle la parole du grand poète américain…


Philippe du Vignal

 

 

Spectacle joué du  6 au 11 juillet au Tinel de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Du 16 janvier  au 15 février 2014 au Théâtre National de la Colline à Paris.

Festival d’Avignon: Germinal

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Germinal, conception d’Antoine Defoort et Halory Goerger.

 

Voilà un bien curieux spectacle… On y rit beaucoup et on y découvre une forme de théâtre originale. D’abord, les lumières de la salle s’abaissent lentement jusqu’à l’obscurité presque complète puis reprennent de l’intensité, pour retomber à nouveau. Les premiers rires du public sont là, avec pas grand chose !
Le ton est donné ! On découvre un petit jeu de lumières, comme un big-bang de ce qu’accueillera ensuite le plateau. Des parties du  plateau sont éclairées,  successivement et très légèrement;  on aperçoit quatre personnes qui s’amusent aux consoles techniques et qui, ensuite, parleront à l’aide de ces consoles, en lançant un sous-titrage qui reflète leur pensée. Ils  finissent par parler seuls, et, comme en accéléré,  vont tenter de  faire des classements qui s’affichent en fond de plateau : ce qui fait « poc poc », ce qui fait « aïe », en  établissant  même des sous-classements dont nous vous épargnerons les détails…
Sur le plateau nu, une comédienne n’hésite pas à casser une plaque à coups de pioche pour en tirer un  micro, et y découvre la parole ! Un autre tirera même des gravats  une guitare et son ampli !
Derrière cet humour apparent, les protagonistes de Germinal découvrent et construisent le théâtre … comme s’ils  découvraient et  construisaient le monde. C’est la naissance d’une société en  accéléré qui évolue  sous nos yeux surpris par les coups de pioche sur le plateau.
Comique de situation très bien amené: Antoine Defoort explique avoir voulu faire une  grande fresque socialiste. « L
e spectacle, dit-il,  veut parler de la formation et de l’évolution possible d’une communauté ».  Vu comme ça,  Germinal devient ambitieux et se place au delà de l’humour pourtant bien présent. Il est rare de voir un public  du  festival in  aussi hilare et avec un si grand sourire à la sortie!
Les comédiens-Arnaud Boulogne, Ondine Cloez,
Antoine Defoort et Halory Goerger endossent très bien le rôle de gens ébahis, démiurges un peu idiots et, au delà de cette première impression de plaisir, on voit vite que beaucoup de choses sont dites  sur  l’organisation de nos sociétés. Voilà encore une réalisation qui s’attache à la science…
Le 
spectacle vivant élargit son spectre et c’est tant mieux ! Ne ratez pas Germinal.

Julien Barsan

Théâtre Benoît  jusqu’au 24 juillet. Et du 27 au 30 décembre au Merlan /Scène Nationale de Marseille; du 4 au 19 mars au Cent Quatre ; le 25 mars à Chateauvallon ;  le 9 avril à Orléans,  etc…

Body Platform, Cabinet Anthropomorphique

Festival d’Avignon : Body Platform, Cabinet Anthropomorphique conception et chorégraphie de Ting-Ting Chang.

Body Platform, Cabinet Anthropomorphique photo-3Une heure de voyage dans la beauté des formes humaines, voilà ce à quoi nous invite La chorégraphe taïwanaise avec ses danseurs pour sa première création.
Le corps humain qui s’ouvre par des tiroirs est une image que l’on retrouve souvent dans les peintures ou les objets crées par Salvador Dali, en particulier,   La ville aux tiroirs le cabinet Anthropomorphique ( 1936).
Ses œuvres ont directement inspiré Ting-Ting Chang pour ce spectacle qui mêle la danse à la manipulation d’objets, des tiroirs blancs, métaphores multiples de l’inconscient, réservoirs des souvenirs et des anxiétés refoulées.
Ce qui frappe d’emblée ici, c’est la beauté des corps du danseur et des trois danseuses, mis en valeur par le remarquable  travail de lumière de Qi-Min Hsieh.
Le langage du corps se confronte en permanence au matériau: ces tiroirs avec lesquels, les danseuses, en  body blanc ou de couleur, qui jouent et se dissimulent,  ce qui finit par entraîner une contrainte dans leurs mouvements, qu’elles contournent avec une  grâce réelle.
Chung-Ying Huang a créé une musique, qui s’associe à
l’empreinte vidéo démultipliée des corps des danseurs, qui est projetée  en fond de scène : autant de  tableaux d’une grande beauté. Ces sculptures de Rodin en mouvement sont encore à découvrir…

Jean Couturier

Condition des soies, salle carrée jusqu’au 28 juillet.

Festival d’Avignon: Hamlet 60 et Banquet shakespeare.

 Festival d'Avignon: Hamlet 60 et Banquet shakespeare.  hamlet60

Festival d’Avignon: Hamlet 60, d’après la traduction d’André Markowicz, mise en scène de  Philippe Mangenot et Banquet Shakespeare, d’Ezéquiel Garcia-Romeu, d’après Shakespeare notre contemporain, de Jan Kott , et les tragédies de Shakespeare.

Ça commence par la fin : tout le monde meurt ou est mort, seuls survivent le jeune Fortimbras, fils du voisin,  qui n’a pas eu grand chose à faire pour récupérer le royaume, et Horatio, à qui , dans un dernier soupir, Hamlet demande de raconter au monde la triste histoire des princes de Danemark. C’est la version de Philippe Mangenot, inspirée par la traduction rapide, agissante, d’André Marcowicz.
Donc, on ne traîne pas. Chacun des six comédiens s’empare à son tour d’un moment d’Hamlet, les épées imaginaires cliquettent au son de deux cuillers, les couronnes passent de tête en tête. Et pourtant,  rien n’est perdu de cette histoire d’un prince indolent que réveille jusqu’à la folie le mariage de sa mère, la reine Gertrude,  avec son beau-frère Claudius, et plus encore la conviction que son pressentiment était juste (O my profetic soul !) : c’est bien lui l’assassin, le spectre de son père vient le lui confirmer.
Hamlet est fou : fou d’amour pour Ophélie ? Allons, donc ! En soixante minutes –avec sablier et quelques suspensions du temps-, nous comprenons aussi bien qu’en cinq heures qu’il a fait le tour de l’amour en quelques jours, quelques heures, et qu’il en a trop attendu pour pouvoir le vivre, avec une famille pareille.
Au grand galop du spectacle, la poésie de Shakespeare se perd un peu, mais revient parfois en lambeaux éblouissants. Et chacun sait qu’Hamlet est une pièce « pleine de citations ». Le spectacle n’en manque aucune. À voir absolument : surtout si l’on assiste à Hamlet pour la première fois,  cela donne envie de voir la pièce en cinq heures, et pour le plaisir de voir mourir deux fois Gertrude (du poison destiné à son fils et bu par erreur), Laërte (frère d’Ophélie, qui tient à la venger, car, on a oublié de le rappeler, elle s’est suicidée par noyade), Claudius et Hamlet lui-même (de la même épée, vous découvrirez comment), sans compter tous ceux qui ne meurent qu’une fois.
C’est de toutes ces morts royales que se repaît Banquet Shakespeare. Le spectacle, créé au Théâtre de la  Commune d’Aubervilliers la saison dernière,  continue à  tourner. C’est le mot juste, pour son dispositif circulaire, et pour l’amour de Shakespeare, via Jan Kott, qu’il fait tourner dans nos têtes.Au milieu du cercle du conte, à la tangente du cratère (la scène du Globe ?) d’où sortiront les spectres en miniature des tragédies de Shakespeare,  la comédienne conteuse Odile Sankara, les appelle, invoque, et nous convoque à nous pencher sur « la triste histoire de la mort des rois ».
Peut-être faut-il avoir rencontré au moins une fois les Richard, les Henry, les Edouard, Duncan, Claudius, Lear et les autres. Tels quels, ces rois délicats et amers, sortis des mains d’Ezéquiel Garcia-Romeu et de Christophe Avril, reviennent inlassablement sur les lieux de leurs crimes.

 Leurs mains minuscules s’agrippent à la surface de ce monde, puis retombent. La table du banquet de Macbeth surgit par magie, avec un unique verre de vin qui s’écoule comme du sang : on a juste le temps de se souvenir du spectre de Banquo, tué par son ami, et de tous les autres banquets fatals, dans un sombre tourbillon.
À Villeneuve–les-Avignon, le cloître carré de la Collégiale offrait un cadre parfait au spectacle. Ailleurs, il sera aussi fascinant : sa profonde poésie naît au centre du cercle.

Christine Friedel

 Le Petit Louvre  13 h O5 et à Villeneuve-lès-Avignon jusqu’au  28 juillet. 

Le Nez dans la Serrure

Festival d’Avignon: Le Nez dans la serrure de Julien Bonnet par la compagnie du Dagor

Le Nez dans la Serrure 5528767-8247393Julien Bonnet, interprète talentueux du Goret mis en scène par Johanny Bert (voir Le Théâtre du Blog) présente ici  avec  Le Nez dans la Serrure sa première mise en scène. Le thème : quatre  personnages vivent dans une armoire, on les voit manger, dormir, fumer, rêver, se gratter ou tenter de s’échapper.
 Et c’est toute une petite société qui se recrée, avec ses habitudes, ses alliances, ses mesquineries, même dans un si petit cadre de vie, chacun s’aménage son espace. Et tout est bien rodé.
 Comme tout engrenage il se grippe à un moment et le désir du dehors apparaît … Et cette tentation de l’ailleurs est pour eux toute une aventure, empreinte de risques,  pour celui qui part, comme pour ceux qui restent, à essayer de retrouver un  équilibre détruit.
On est face à un objet inclassable et délicatement absurde, ce n’est ni tout à fait  du mime, ni tout à fait du théâtre d’objets,  et pas vraiment de la danse. Cela confère au  Nez dans la Serrure,  une originalité et une fraîcheur bienfaisante.
Les quatre comédiens évoluent dans ce ballet  très bien rodé et,  au delà du ballet de gestes, les expressions des visages sont très précises.
 Le spectacle a un fort pouvoir évocateur : la vie en société, les questions relatives au (mal) logement, la peur du dehors, les habitudes tenaces…
 Chacun y trouvera matière à extrapoler. C’est fou comme un spectacle sans aucun mot prononcé peut nous faire voyager loin en nous. Avantage aussi : c’est nous qui choisissons le trajet de notre voyage intérieur. Enfin un peu de liberté !
« Quand je ne parle pas, dit Julien Bonnet, j’ai toujours l’impression que mes yeux grandissent et que mes oreilles s’allongent. Et c’est exactement cela qui m’intéresse : qu’est-ce qui se modifie lorsqu’on ne parle pas ? (…) L’acteur a un outil de travail incroyable qui est son corps. Comment chacun se débrouille-t-il avec ? (…) J’ai fréquemment la sensation que l’on parle trop, que l’on explique trop, souvent par peur du silence ou d’être incompris »
On  ne peut  que lui donner raison, le silence peut aussi faire théâtre, parfois avec bien plus de pertinence et de force que certaines logorrhées que l’on subit ici sur les scènes du in comme du off.

Julien Barsan

Espace Alya , du 8 au 28 juillet à 11h35, réservations : 04 90 27 38 23

Le Cirque des mots

Festival d’Avignon: Le Cirque des mots  de Pierre Fourny.

Le Cirque des mots   p.fournyPierre Fourny est un travailleur des mots, et,  depuis quelque vingt ans,  il invente des jeux de mots qui tiennent autant au  sens qu’à la graphie. Il les retourne, au sens propre du terme, pour qu’un mot différent surgisse, en ayant seulement  fait glisser la barre d’un  « t » ou d’un « f »,  et transforme  un « q »  en « p ».
Avec son dernier spectacle, il a souhaité créer un  petit cirque avec des numéros de mots qui reprennent les conventions du cirque et du cabaret : les mots deviennent  acrobates, farceurs,  et un « arbre » se retrouve à cacher une « forêt », la « raison » se transforme en « prison », on en voit pas le temps passer (à travers un tuyau).
Il y a sans doute un gros travail de préparation, un principe développé et décliné dans un spectacle intelligent … mais pas du  tout spectaculaire. Personnage tout de noir vêtu, austère et pince sans rire, Pierre Fourny a créé un spectacle où l’unité visuelle est le noir et  le blanc, (tous les mots sont en blanc sur fond noir).
Mais on a l’impression que, pour légitimer son travail, il refuse la moindre inclination clownesque ou  simplement un peu détachée, ce qui n’enlèverait rien au sérieux de la démarche.Et c’est dommage! Cela peut en effet très bien « ne pas prendre » et c’est du  coup à l’artiste, de  lancer, grâce à une pancarte :applaudissements, les applaudissements qui peinaient à venir…
La rigueur qu’il s’impose est périlleuse si le public ne répond pas! En effet, les numéros s’égrènent et ce séquençage fait qu’on voit le temps passer, d’autant plus  que Fourny- et c’est maladroit- marque la moitié du spectacle! On sait donc à ce moment le temps de représentation qu’il reste! Il s’en faudrait de peu pour que ce « cirque de mots » soit tout à fait intéressant, si le  personnage créé par Pierre Fourny, était un peu plus «  lâché », un peu plus à  l’écoute du public et si il n’avait pas peur de son potentiel comique. Cela donnerait plus de latitude au spectacle et la possibilité de le faire évoluer en fonction du public.

Julien Barsan

Espace Alya du 8 au 31 juillet 13h
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