Festival d’Avignon: Risk

Festival d’Avignon:  Risk de John Retallack, mise en scène  d’Eva Vallejo, musique de  Bruno Soulier. 

Festival d'Avignon: Risk riskLe Londonien John Retallack nous plonge ici dans le monde de l’adolescence, de façon fragmentaire et stellaire, en proposant une succession de petites scènes rugueuses,  éclairages individuels acérés qui alternent régulièrement avec des instants d’expression collective rageuse.
Le public assiste d’emblée et sans préparation, au lancer explosif et tendu de bombes  percutantes, de la part de jeunes gens  fragilisés  et abîmés par la vie, avant de prendre leur envol.
Vociférations, expression de la haine et plaintes de colère, cris et chuchotements. L’œuvre,  chorégraphie visuelle et sonore, est mise en scène par Eva Vallejo,  avec une  musique de Bruno Soulier, qui s’attache au reflet et à l’écho des bruits, des sons, des éclats et des cris d’un monde urbain que chacun reconnaît, avec l’attirail médiatique (télé, radio, i-pod, ordinateur) qui caractérise notre temps. Des hurlements criards qui ignorent la paix. Mention spéciale  à Philippe Catalano pour ses lumières qui ajoutent au tournis d’une ambiance troublante et lourde.
Nulle morale, nul message à capter, si ce n’est le sentiment d’abandon de ces adolescents que les autres, c’est-à-dire les grands, – la famille, l’école, la société – se doivent de combattre pour la survie et le salut des générations à venir.
Constat  amer quand seule,  la souffrance d’être incombe au garçon ou à la fillette. Le propos sur la transmission est  plutôt rebattu : sauvons l’avenir avant qu’il ne soit trop tard. Incompréhension des adultes – les parents – face à l’enfant qui leur échappe, misère sociale et désœuvrement, abus d’alcool, de drogues et culte de la fête vaine à tout prix. Pour oublier ce qu’on est,  ou qui,  on est.
La pièce  installe un catalogue de situations-limites, un inventaire de toutes les horreurs que la jeunesse peut s’inventer pour pouvoir, croit-elle, exister.Telle jeune fille timide est confrontée à une camarade de classe agressive qui la bat et à laquelle elle résiste : la violence s’empare d’elle, et l’ancienne victime se fait bourreau à son tour.
Tel garçon ne vit que dans l’agression de ses semblables, petits vols, tours et détours…  Un autre encore préfère s’enfermer dans sa chambre par peur de l’extérieur : il s’invente un univers clos où il puisse vivre et qui ne peut que l’étouffer, les objets familiers, lui tenant lieu d’amis et d’amies…
Ce désenchantement installé est contrebalancé par l’engagement énergique de chacun des interprètes qui  donnent ainsi la preuve à la fois tangible et artistique d’un être-là au monde. Saluons sans réserve le jeu physique et verbal d’Henri Botte, Lyly Chartiez, Marie-Aurore d’Awans, Gérald Izing, Gwenaël Przydatek. Beaux petits diables, brigands malgré eux et avides d’en découdre avec le plateau…

Véronique Hotte

La Manufacture jusqu’au 27 juillet à 14h35.


Archive pour juillet, 2013

Festival d’Avignon: bien lotis

Bien lotis de Philippe Malone, mise en scène de Laurent Vacher.

 

 Festival d'Avignon: bien lotis bien-lotisBien lotis,  fiction périurbaine, est une comédie sociale, issue d’une  résidence en pays de Briey où, à la poursuite de son investigation autour des utopies urbaines, de 2010 à 2012, Philippe Malone, Laurent Vacher et le vidéaste Francis Ramm ont enquêté et collecté des témoignages, des récits de vie sur plusieurs générations de 1960 à nos jours. Le parcours des habitants est jalonné par différents types d’habitats, de la Cité radieuse de Briey-la-Forêt à la cité ouvrière, du village rural aux nouveaux lotissements…
Comment a été vécu le passage d’une utopie à une autre, de l’élan qui a suivi  la « reconstruction », au virage libéral et au pavillon ? Philippe Malone a écrit Bien Lotis à partir de ces petites histoires véhiculées par la grande Histoire. La maison traditionnelle, d’origine, modeste, inscrite dans un territoire et une commune, fut remplacée par un habitat collectif aux  appartements fonctionnels, où on accédait au confort à l’américaine
.
Les façons de vivre, de travailler et de se loger changeaient, mais la courbe de l’emploi ne baissait  pas. Plus tard, quand s’annoncera la crise économique, le chômage ramènera les travailleurs au foyer, hors de la société, avec les voisins pour seules relations.Restent les amitiés nouées aux débuts, quand on était plus jeune et avec un  emploi garanti.
Les enfants, eux,  échapperont à leurs parents et iront vivre ailleurs, dans un appartement jadis méprisé : la maison appartient désormais à un  rêve passé.« Ma morale peut se résumer à ceci : dans la vie il faut faire… Urbanisme, humaine recherche loyale et créatrice… Nous devons nous tourner au-delà des petits égoïsmes, de toutes les petites choses. Il faut essayer de découvrir la vie, de suivre la vie… », écrivait l’architecte inventeur Le Corbusier.Les emménagements et déménagements successifs d’un couple dessinent cette petite vie quotidienne et sans prétentions : illusions, utopies et désenchantements.
Un journaliste à figure de diablotin mène l’enquête pour une émission TV qui doit être au top, s’il veut survivre à la nouvelle grille qui lui apportera encore argent et notoriété.
Ces jeux médiatiques de questions/réponses envahissent le monde des téléspectateurs qui voient les candidats interrogés sommés de répondre, comme s’ils étaient des enfants irresponsables qui ne s’appartiennent pas. Milieu modeste: le mari s’exprime correctement mais l’épouse, intelligente mais plus « naïve », parle de « toupie » pour dire « utopie ». Indiscrétion et voyeurisme: le téléspectateur comme, du public  ici, est au  faîte d’une position personnelle plus enviable.
Le spectacle de Laurent Vacher, petit joyau dans un écrin fermé, est envahi par la régie générale à vue et la création sonore de Michael Schaffer, la création lumière et vidéo de Victor Egéa. La chambre intime est restituée sur la scène et des images  font défiler les extérieurs.

Mais l’ensemble trop attendu, comme trop bien rôdé, souffre de sécheresse. Et surjoué : le couple paraît  imbécile, ce qu’il n’est pas, et le spectacle tombe alors dans les travers qu’il dénonce. Ainsi  l’épouse « joue » la petite fille face à l’animateur télé. Si ce n’est cette réflexion serrée sur l’urbanisme, l’évidence et la clarté de l’action nuisent à la scène.
Et les comédiens généreux (Christian Caro, Corrado Invernizzi, Martin Seize et Marie-Aude Weiss)  se donnent sans compter. On pourrait même les toucher, ce qu’on ne peut faire à la télé…

 Véronique Hotte

 La Manufacture  à 12h45 jusqu’au 27 juillet.

Festival d’Avignon: D’après une histoire vraie

D’après une histoire vraie, conception et chorégraphie de Christian Rizzo

 

Festival d'Avignon: D’après une histoire vraie d-apres_une_histoire_vraie__christophe_raynault_de_lage_4713-1-1 Christian Rizzo a inventé D’après une histoire vraie, en voulant retrouver la même puissance masculine de groupe vue une fois à Istanbul dans un spectacle improvisé-un groupe d’hommes se livrant à une danse traditionnelle.
De famille italo-espagnole née au Maroc, Rizzo cherche son territoire à travers la danse : le contour méditerranéen est en lien direct avec son histoire familiale, mais cette donnée ne le préoccupait pas jusqu’alors. Mais, à Istanbul, il  a observé, avec  Kerem Gelebek, les danses traditionnelles des clans , et où ils ont pu étudier les motifs dansés : une fascination pour l’artiste en recherche.
Les huit interprètes  masculins choisis ici sont tous  méditerranéens. Ils sont accompagnés sur scène par deux batteurs, Didier Ambact et King Q4,  qui se sont inspirés à la fois de « hardcore » et de musique liturgique, pour une danse qui se situerait entre le djembé, le folklore et la danse post-moderne américaine, du côté de Steve Reich, entre esthétique populaire et avant-gardiste. La pièce est magnifique d’humilité et de plénitude où  l’accomplissement individuel disparaît au profit du collectif. Les danseurs portent des pantalons du quotidien, T-shirts ou chemises d’été, cheveux longs ou  courts…comme le public.
Ils ne posent pas la danse comme un écran personnel et un territoire intime à sauvegarder et qui sépare. La banalité standard mais élégante des interprètes les mène à la pureté la plus nette dans le dessin des lignes. Selon les principes d’une danse tellurique, ils  courbent leur corps près du sol, virent en arrière, et suivent une spirale régulière qui les élève et les abaisse, successivement-attirés par la loi de la gravité. Le calcul de probabilités des mouvements engagés est variable à l’infini, et peut se renouveler sans jamais lasser : les danseurs donnent la sensation d’évoluer dans l’apesanteur, sans  efforts répétés et sans prémices d’essoufflement.
Ces danses sont partagées et appropriées par tous : les partitions d’un interprète, puis de deux, s’échangent, se recoupent, se regroupent pour une rencontre chorale pleine d’évidence et de grâce. Dans la reconnaissance des danses « archaïques » et traditionnelles, les mouvements individuels et collectifs sont amples : taper du pied et cultiver la douceur, lever les bras en l’air, tourner, joindre les mains…
Rien ne semble plus évident pour le spectateur, en même temps qu’essentiel et révélateur de la vie et du désir d’être là, pleinement. Danse détournée de derviches en rappel discret, la chorégraphie enchante par sa justesse et son trait sûr.

Véronique Hotte

Gymnase Aubanel, les 12 , 13, 14 et 15 juillet.

Festival d’Avignon: Faust I + II

Festival d'Avignon: Faust I + II faust

 

 

 

Faust I + II, de Johann Wolfgang von Goethe, mise en scène de Nicolas Stemann. 

faust2_krafft_angerer2Après Les Contrats du commerçant d’Elfried Jelinek en 2012, un auteur de prédilection qu’il met en scène pour des créations où  il dirige sa troupe sur le plateau, Nicolas Stemann propose aujourd’hui Faust I + II, le flambeau de Goethe, et un pilier de la culture européenne.
Le sympathique et élégant Stemann-chemise blanche, pantalon et cravate sombres – intervient sur la scène avant les différents moments de sa création (8h30), pour résumer les scènes à venir et non pour diriger les acteurs.
Cette marque de fabrique éclaire le public dans les labyrinthes du fleuve-abîme. Faust I + II est  un défi sportif mais aussi un pari  intellectuel et artistique, le Faust I étant d’emblée plus lisible que le Faust II. Faust I concerne le héros éponyme errant dans le petit monde ; la pièce raconte la tragédie de Marguerite, jeune fille villageoise séduite.
Et Faust II nous conduit dans le vaste monde économique, politique et scientifique, où se pose la question de la religion. Méphistophélès invente le papier-monnaie, et  va même jusqu’à introduire dans la cour de l’Empereur la belle Hélène mythologique dont Faust va  tomber amoureux. Mais tout échappe au chercheur dans un monde d’illusions manipulé par le diable, et il sombre dans l’inconscience.
Guerre, mouvements révolutionnaires, butins de terres côtières à exploiter avec les travailleurs, déplacements des populations, tout finit par le cliquetis de bêches qui ne construisent pas le nouveau monde rêvé, mais creusent la tombe du héros. Méphisto s’approprie cette âme précieuse : Faust est non pas sauvé mais peut-être racheté. Quel est le désir faustien ? Élucider ce qui fait l’unité du monde-dans son ensemble et non par fragments: Faust vise la toute-puissance et la connaissance universelle. Goethe de son côté, obéit au même rêve faustien en voulant embrasser le destin de l’humanité dans une seule œuvre : même sentiment d’impuissance où tout lui échappe.
L’art de la mise en scène de Nicolas Stemann devait forcément répondre à la même folie, au même emballement, au même capharnaüm créatif – mais dans le goût et la tendance du jou-, pari réussi, malgré des longueurs et complaisances faciles.
Les interprètes sont excellents-jeu physique et violent caractéristique de cette troupe allemande talentueuse, tonique et enjouée, mais Philipp Hochmair, Sebastian Rudolph, Patrycia Ziolkowska… échangent leurs rôles, se dédoublent, ironisent sur la figure de l’un ou l’interprétation de l’autre, se jetant dans le jeu et le « je » du personnage sans compter. Des hommes virils se volent les situations, se battent les uns les autres sans vergogne, et plus tard, esquissent des pas-de-deux gracieux et subtils en tutu romantique (le danseur Franz Rogowski).
La scène du monde est un show permanent : danse, chant lyrique (Friederike Harmsen, Esra Pereira Köster), chansons traditionnelles ou populaires, solo et chœur, musique techno:  la scène est envahie par un univers lourd d’onirisme  où les inventions trash et burlesque à n’en  finissent plus Pendant ce temps et c’est paradoxal, les stations du chemin goethéen avancent sûrement, en faisant la part belle à la contemplation romantique de la nature, au besoin de solitude de l’être et à la posture philosophique, grâce aux méandres d’une langue précise, sinueuse et ample.
Dessins en direct via l’informatique, vidéo, manipulation d’immenses  marionnettes,  bribes de films, images de cinéma expressionniste culte,  projetées sur les murs de la salle: la troupe nombreuse de Stemann se compose la fois de techniciens et d’interprètes. Mais les hommes en blanc de travail montent sur les échafaudages pour blanchir le mur de fond noir, à coups virulents de brosses à peinture.. sont les mêmes qui  chantaient auparavant en un chœur collectif d’accompagnement,  ou épousaient les pas d’une chorégraphie bien balancée. L’art est partout, infiltré dans le quotidien.
Ce Faust I + II déploie le monde sur la scène, une mise en abyme du théâtre dans le théâtre,  et du monde dans le monde, via le principe du divertissement et du show télévisuel dont le spectacle, très vivant, se moque en aussi. Décidément, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Une belle voiture cabossée, à la fois moderne et rustique, pleine d’hommes et de marionnettes,  roule sur une route bruyante et colorée qui la fait brinquebaler sans pitié, pour le bonheur du spectateur…

Véronique Hotte

Faust I + II de Goethe, mise en scène de Nicolas Stemann, les 13 et 14 juillet à 15h30 à la Fabrica, avenue du Général Eisenhower.

Festival d’Avignon: Terre sainte de Mahamed Kacimi.

Terre sainte de Mohamed Kacimi, mise en scène d’Armand Eloi.

Cela se passe dans une ville en guerre , non identifiée, probablement en Palestine, en tout cas au Moyen-Orient. Il y a des soldats qui se comportent  comme des soldats, et comme ils ont peur, ils  n’hésitent pas à tirer sur tout ce qui bouge y compris sur les chats, comme Jésus , celui d’Imen,  dont la mère  a d’un coup disparu  à un chek-point -et on sait que c’est toujours mauvais signe.
  Imen reçoit la visite de Ian,  un soldat qui la menace de son fusil mitrailleur et qui vient  perquisitionner la maison. Alia, une sage-femme essaye de trouver les mots qu’il faut pour lui apporter un peu de réconfort, et son mari, lui, préfère lui s’évader de cette guerre, en buvant de  l’arak. Il y aussi Amin, leur fils qui, pure folie d’un geste qu’il croit naïvement révolutionnaire, tue un soldat, au nom de Dieu, au nom de la liberté, au nom de n’importe quoi, on ne saura jamais…Signant par là sa propre mort!
Cette courte pièce est une sorte de tragédie des temps modernes qui raconte la guerre et qui dit la prison que vivent les personnages  dans leur ville, et qui se sont presque résignés au bruit des tirs de roquette,  au point de bien les identifier,  au seul bruit de la déflagration. Mais la guerre, c’est aussi  la mort qui rôde à chaque instant et dans chaque quartier.
Ce que dit très bien Kaicimi, c’est le fatalisme et la résignation  qui finissent  par envahir les habitants mais aussi la vie quotidienne qui continue malgré tout avec de petits moments  de bonheur intime  autour d’un verre à boire entre parents ou amis.  » Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte car la richesse est vaine chez les morts » disait déjà,  il y  vingt cinq siècles,  le grand Eschyle  dans Les Perses, autre pièce magnifique sur la guerre,  vue du côté Perse c’est à dire  ennemi de la Grèce.

Le texte est sans doute  inégal et parfois même bavard mais la  mise en scène très précise et  la direction d’acteurs d’Armand Eloi (Mireille Delcroix,  Sid Ahmed Agoumi, Pierre Bourel qui joue le double rôle de Ian et d’Amin et surtout Layla Metsitane qui a une formidable présence) sont d’une belle sensibilité.
Et il y  a un très beau travail  sonore de Jordan Allard: les rafales de mitraillette au loin et les bruits de bombe font froid dans le dos… « Ecrire aujourd’hui, et sur ce sujet-là, c’est montrer ce qui subsiste de l’humanité des êtres quand tout est fait pour la nier » dit justement  Mohamed Kacimi.Le théâtre peut encore servir à cela… Loin de certaines petites mises en scène aussi faibles que prétentieuses qui fleurissent dans le in.

Philippe du Vignal

Chapelle du Verbe incarné  210 rue des Lices Avignon tous les jours à 18h 50 jusqu’au 31 juillet.

Image de prévisualisation YouTube

Festival d’Avignon: La Palatine

Festival d’Avignon: La Palatine d’après la correspondance de Charlotte-Élisabeth de Bavière, adaptation et mise en scène de Jean-Claude Seguin.

 

Festival d'Avignon: La Palatine 8_monsieur_est_mortCe solo qui retrace la vie  d’une princesse de Bavière,  arrachée à 19 ans seulement à son Palatinat,  pour être mariée à Monsieur,  frère de Louis XIV, et interprétée ici avec une grande vérité  par  Marie Grudzinski, nous introduit dans une cour prisonnière de l’étiquette versaillaise.
D’amour, point, et surtout pas pour un mari dont on répugne les assauts sexuels, ni pour les enfants qui meurent en bas âge. « L’amour dans le mariage n’est plus du tout de mode ». D’ailleurs « tous les hommes ont leurs mignons »…

Attachée à son miroir, cette femme déjà mûre, très libre de ses propos et témoin privilégié du Grand Siècle,  qui a « pris le parti de rire elle-même de sa laideur » ne devient belle que lorsqu’elle revêt une perruque.
On entend déjà  dans ces lettres d’une aristocrate les bruits de la Révolution française qui mûrit dès le début du XVIIIe siècle : pour payer les dettes du roi qui refuse de réduire son train de vie, 24.000 personnes sont mortes en France !

Cherchez l’erreur  en 2013!

Edith Rappoport

Théâtre du Loup Blanc (Basse Normandie) Théâtre des Corps Saints, jusqu’au 31 juillet à 15 h, Tél 04 90 16 07 50.

Festival d’Avignon: Par les villages

Par les villages de Peter Handke, traduit de l’allemand par Georges-Arthur Goldschmidt, mise en scène de Stanislas Nordey. 

 

Festival d'Avignon: Par les villages par_les_villages-Par les villages de Peter Handke est un « poème dramatique » écrit à Salzbourg en 1980/81, d’inspiration autobiographique, révélé au théâtre en France par Claude Régy en 83 à Chaillot, avec entre autres, Claude Degliame dans le rôle de Nora, et Andrewj Seweryn.
La pièce conclut  une tétralogie littéraire : Lent Retour, La Leçon de la Sainte-Victoire et Histoire d’enfant.
Handke veut en finir, dit-il,  avec le « vieux théâtre ». Avec ce qu’il appelle la « pièce parlée ». C’est aux mots seuls qui font ressentir le sentiment de l’existence que le dramaturge donne sa confiance. Des mots qui suivent la ligne souple et courbe de la nature, ses chemins de traverse et ses croisements de route familiers, la seule promesse de l’expérience de vivre.
À partir de l’unique épreuve énigmatique à laquelle chacun est confronté, l’humanité de l’être et de l’universalité du moi-je : « Oui, s’incliner devant une fleur, c’est possible. L’oiseau dans les branches, on peut lui adresser la parole et son vol donne du sens. Dans ce monde apprêté de couleurs artificielles retrouvez les couleurs vivifiantes d’une nature », profère la prêtresse Nora (Jeanne Balibar en majesté).
Par les villages
parle de la vie qu’on ne voit pas à cause de sa trop grande proximité. Une telle cécité structurelle travaille au ratage de l’existence, au manqué et au loupé des rencontres. Ainsi, Passez par les villages  pour vous rendre enfin aux invitations de la vie et voir s’épanouir les couleurs des feuillages, entendre le bruit des cours d’eau et sentir sur sa peau la caresse du soleil : « Non, nous ne pouvons pas ne vouloir rien être … Un homme qui vit regarde là où quelque chose vit encore. »
C’est une épopée du quotidien que le drame dessine : un frère aîné (Laurent Sauvage), écrivain et double de l’auteur, revient au pays natal où sont restés un frère (Stanislas Nordey), ouvrier, et une sœur (Emmanuelle Béart), employée de commerce. L’aîné – celui qui a réussi socialement et individuellement – revient pour finalement abandonner sa part d’héritage de la maison familiale à ses deux proches.
Le village avec ses baraquements d’ouvriers de chantier a bien changé : panneaux indicateurs, pancartes publicitaires et « civiques » ont tout envahi. Il n’en faut pas moins conserver l’esprit de la fête et de l’énigme heureuse d’être au monde. Puisque le chantier est terminé, les deux frères et la sœur, les ouvriers compagnons de travail du frère  (Raoul Fernandez, Moanda Daddy Kamono, Richard Sammut), l’amie de l’écrivain (Jeanne Balibar) et la gardienne du chantier (Annie Mercier), se retrouvent une dernière fois pour échanger et parler, transmettre des bribes de mémoires et des impressions singulières qui n’appartiennent qu’à soi.
Les exploités de la terre ont droit, eux aussi, de vivre au plus près l’énigme de l’existence pour en découvrir l’âme à travers la contemplation d’un visage ou bien d’un paysage : « Notre abri c’est nulle part. La seule prière efficace, c’est la gratitude ». Aux  sons  de la musique  d’Olivier Mellano à  la guitare électrique,  la mise en scène de Stanislas Nordey impose sa loi poétique, une déclamation à la fois naturelle et sacrée, un mouvement de basse continue de tension à la fois âpre et doucement exacerbée sur lequel les mots frappent juste et fort entre les cris des martinets tournoyants. Le public est au rendez-vous de la rencontre initiée par Nora : « Jouez le jeu – mais qu’il ait de l’âme. » Un art du théâtre dont le jeu nous désarme enfin.

Véronique Hotte

*********

 Nous n’avons pas dû voir tout à fait le même spectacle…  Il est vrai que c’était trois jours avant. Bien entendu, si l’on ne peut qu’admirer le style et la pensée d’Handke, l’intérêt de la  mise en scène de Nordey  nous a échappé…
   Certes,  il y  la belle image ( merci Emmanuel Cloius) de ces bungalows de chantier peint en bleu et disposés en arc-de-cercle sur le plateau de la Cour d’honneur  bourrée de public, où  la nuit tombe doucement sur les hautes murailles, pendant que se succèdent les vols de martinets au-dessus de nos têtes  (le miracle opère à chaque fois et quel que soit le spectacle!) .
Mais ensuite on retrouve le système Nordey qui a ses limites : raides face public, sans guère bouger pendant de très  longues minutes,  les  comédiens d’expérience et qui font partie de sa famille habituelle:  Laurent Sauvage, Annie Mercier, Jeanne Balibar, Emmanuelle Béart, Richard Sammut (lui-même  joue Hans) sont priés de débiter leur monologue amplifié par des micros HF. Que soit sur le plateau ou sur le toit des bungalows.  Des micros HF pour dire du Handke sur un plateau de 35 m d’ouverture! Cherchez l’erreur…
Que jouer dans la Cour d’Honneur se demande avec une fausse naïveté Stanislas Nordey qui répond: « Un grand poème dramatique ». On veut bien mais il faudrait donner à ce théâtre de la parole une mise en scène d’une autre envergure, quand on vous propose la Cour d’Honneur, ce cadeau qu’attendent tous les metteurs en scène..Et là, on est vraiment  loin du compte

 On ne voudrait pas jouer aux vieux cons mais tant pis: Régy, lui, il y a  quelque trente ans, avait mieux réussi son coup à Chaillot, et le texte nous paraissait plus clair, et dit avec beaucoup plus de nuances. malgré l’insupportable  statisme de la mise en scène, que l’on ne pardonnerait pas à un metteur en scène débutant, la première heure passe encore à peu près,   mais la seconde pas du tout, et il reste ensuite presque deux autres!  Beaucoup de spectateurs  sommeillaient, et nous nous y sommes ennuyés.
A l’entracte, désolé mais comme il était prévu que c’était Véronique Hotte qui devait faire le papier, moins patients qu’elle, nous avons  déclaré forfait. Il faudrait revoir la pièce quand elle sera jouée à la Colline… Mais ce sera sans nous. La vie est courte… Plus jamais Nordey!

Philippe du Vignal

 Par les villages de Peter handke, mise en scène de Stanislas Nordey, Cour d’Honneur du Palais des Papes jusqu’au 13 juillet. Et du 5 au 30 novembre au Théâtre de la Colline.

Festival d’Avignon: Orphelins de Dennys Kelly

Orphelins de Dennys Kelly, traduction de Philippe Le Moine, mise en scène d’Arnaud Anckaert.

Festival d'Avignon: Orphelins de Dennys Kelly  dsc_1393Dennys Kelly est sans doute un des auteurs anglais les plus connus actuellement et maintenant souvent joué chez nous (voir Le Théâtre du Blog). Orphelins, dont c’est la création en langue française,  se situe dans un milieu ouvrier et a, au début du moins,  les allures banales d’un fait-divers, mais il va beaucoup plus loin.
Un jeune couple, Helen et Danny, qui a déjà un enfant et en attend un autre, est en train de dîner quand arrive Liam, le frère d’Helen. Il semble bizarre, ses paroles ne sont pas très cohérentes  et ses vêtements comme ses bras  sont pleins de sang.
Blessure personnelle? Accident? Violente bagarre? Parodie de suicide?  Meurtre prémédité? On ne saura vraiment ce qui s’est passé qu’à la fin, mais, rassurez-vous,  c’est encore plus horrible que prévu.
Claudine Chaigneau,  coordinatrice du Théâtre du Blog, et par ailleurs, grande connaisseuse de polars,  trouvera peut-être mais le public est resté scotché. Mais à l’extrême fin,  Denny voudrait absolument que sa femme avorte sans qu’il dise pourquoi mais on a deviné…
Ce huis-clos-dans un triangle de contre-plaqué avec juste une table,  deux chaises et un téléphone- » thriller psychologique » selon l’auteur- va mettre en contradiction profonde les relations du couple et celle de la famille représentée en l’occurrence par ce beau-frère vraiment glauque que le public soupçonne de choses pas claires sur la personne d’un gamin étendu inanimé, pas très loin de leur maison . C’est d’une habileté remarquable dans la progression de l’horreur mais ce ne serait pas bien de vous dévoiler la fin de ces Orphelins.  Dennis Kelly fait très fort et  le metteur en scène a très bien compris
c’est une impression envahissante qui fait froid dans le dos: celle d’une  horreur bien  réelle, même si on ne voit pourtant pas grand-chose d’horrible,  pourrait très bien se passer dans n’importe quel milieu. Y compris le nôtre… Les commissaires de police,  anglais comme français, pourraient sûrement vous en dire plus. La pièce de Kelly est parfois un peu trop démonstrative et aurait gagné à être plus serrée mais bon…
Côté réalisation, c’est du genre impeccable. Sans doute, le metteur en scène n’en est pas à son coup d’essai mais quelle intelligence du texte, quelle direction d’acteurs… Tous impeccables et justes, aucune criaillerie, aucun geste approximatif:  Valérie Marinese est l’épouse enceinte,  à la fois meurtrie et d’un cynisme total quand il s’agit de prendre des décisions: appeler ou non la police quoiqu’il arrive ensuite, François Godart est le mari au début attachant par son côté gros nounours, et encore plus glauque que son épouse. Et Fabrice Gaillard (Liam) incarne  un être tout à fait inquiétant. Et la scénographie d’Alexandre Charles est tout à fait remarquable. Et il y a des confidences  subtilement amplifiées. 
Que demande le peuple?
Encore une fois, quitte à se répéter, l’image du off a bien changé en quarante ans. Du tout premier spectacle: La Paillasse au seins nus de  Gérard Gélas, très bêtement interdit par le préfet du Gard, ce qui mit le feu aux poudres du festival 68,  des milliard de tonnes d’eau sont passées dans le Rhône. Et maintenant, bien des spectacles théâtraux, et en particulier de province, qui viennent dans le off, ont de remarquables qualités mais celui-ci, venu du Pas-de-Calais,  chaleureusement applaudi,  est exemplaire: ne le ratez surtout pas. On lui souhaite une belle et longue vie… à Avignon et en tournée.

Philippe du Vignal

Théâtre des Lucioles .Avignon. Présence Pasteur à 17h 45.

Le texte de la pièce est publié chez L’Arche éditeur.

Festival d’Avignon: Mon Nom est Rouge

Festival d'Avignon: Mon Nom est Rouge mon-nom-est-rouge

 

 

Mon Nom est Rouge, d’après Orhan Pamuk, mise en scène d’Alain Lecucq et Narguess Majd

 

Avec à la co-mise en scène l’Iranienne Narguess Majd, la compagnie Papierthéâtre d’Alain lecucq nous invite à plonger – à travers le Off du Festival avignonnais – dans les contes ombragés et rafraîchissants des Mille et une nuits.

Pour un voyage dans les livres d’enluminures, une histoire d’esthétique et de peinture – à la manière persane ou bien vénitienne, selon la vision orientale ou occidentale, côté Islam ou coté Chrétienté.

 Un théâtre d’objets qui s’adapte à notre extrême contemporanéité.

 Au moment de bascule d’un monde à l’autre, dans un jeu d’influences, d’échanges et d’oppositions… avant d’autres retours en arrière qui nous effraient.

Il est vrai que l’épopée relatée sur le plateau de théâtre est inspirée de l’ouvrage averti Mon Nom est Rouge du Prix Nobel de littérature 2006, Orhan Pamuk.

 L’action se situe à Istanbul à l’hiver 1591, quand un peintre miniaturiste se fait assassiner.

 Un conte d’amour et de filiation, de transmission traditionnelle par-delà la transcendance même dans le domaine artistique, culturel et intellectuel.

Le père prépare en grand secret un ouvrage qui doit marquer le passage de la manière « traditionnelle » à la manière « occidentale » de peindre.

 Les ateliers des peintres bruissent de cette envie de changement, condamnée par les prédicateurs extrémistes. Dans un café, un conteur (Brice Coupey) se moque chaque soir des religieux grâce aux esquisses des peintres. De quoi exacerber les tensions…

 Avec sur la scène, la musique entêtante et suave du compositeur iranien et joueur de ney, oud et setar, Siamak Jahangiry, le spectacle égrène son récit comme en montant les marches successives d’un escalier immense qui mènerait à la découverte de la vérité et à un résultat artistique tant attendu, le renouvellement transgressif des manières à partir de la mémoire des traditions.

 Le questionnement touche au style de l’artiste et à sa signature, à l’évocation de son temps historique confronté au temps de Dieu. L’interrogation concerne enfin la cécité, ce pouvoir qui émane de l’obscurité, vision d’un monde prophétique et d’éternité. Que voit-on à travers l’image ? Un cheval ou bien le signe du cheval ?

 La philosophie fraie ici avec l’esthétique, et le déroulé des divers castelets sur lesquels les interprètes – Brice Coupey, Alain Lecucq et Narguess Majd – manipulent leurs figurines de carton coloré, comme s’il s’agissait de marionnettes, est un enchantement. À chaque petite scène, un éblouissement de l’action dans un décor pour figurines délicates.

 De petits théâtres dans le théâtre, des cadres de représentation qui s’emboîtent abstraitement les uns les autres, à la façon des pages que l’on tourne d’un grand livre d’images. Le spectateur est d’emblée « délocalisé » avec un bonheur assuré, du côté d’Istanbul et de son onirisme frontal : ses cavaliers à montures, près des palais et des demeures à minarets, non loin des mosquées et du Bosphore.

 Les « décors » successifs s’illuminent alternativement, passant d’un repère à l’autre, d’un centre artistique à un domaine privé et familial. La vie est un monde.

 Mon Nom est rouge embarque le public dans un rêve poétique à l’étoffe solide.

Véronique Hotte

 Caserne  des Pompiers du 8 au 24 juillet 2013 à 11h, relâche le 11 et le 18 juillet. . Tél : 04 90 84 11 52

Festival d’Avignon: Ping-Pang Qiu

Festival d'Avignon: Ping-Pang Qiu ping-pang-qiu

 

Ping Pang Qiu, texte mise en scène et scénographie d’Angélica Liddell, en espagnol surtitré.

On se souvient du formidable coup de tonnerre dans le ciel serein d’Avignon quand l’artiste espagnole avait présenté, il y a trois ans, sa longue mais tout à fait remarquable performance La Casa de la fuerza (voir Le Théâtre du Blog). A 47 ans, auteur d’une vingtaine de pièces, elle est revenue depuis avec plusieurs spectacles au Festival et ensuite à Paris:  L’année de Ricardo, Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, Un projet d’alphabétisation. Et cette année, elle a été invitée avec d’abord Ping Pang Qiu et Todo el Cielo.
Ping Pong Qiu, c’est une sorte de théâtre document où Angélica Liddell nous livre à la fois son immense admiration et son amour pour la Chine où elle vient de passer quelques mois, sa fascination pour les 4.000 caractères à apprendre:  » Je m’impose des taches colossales qui m’aident à supporter le désespoir ». « La discipline m’aide à supporte le manque de joie et à me rendre inapte à la joie ».  » Quand les espoirs sont détruits, il faut chercher l’indestructible. Et les 4.000 caractères sont indestructibles. Et mon amour de la Chine est indestructible ».  La metteuse en scène essaye de comprendre cette  Chine qui avait conclu en pleine guerre froide avec les Etats-Unis un accord dit « de diplomatie du ping-pong « qui, en 1971,  permit grâce l’envoi de  joueurs américains dans l’empire de maintenir des relations convenables entre les deux pays. Même quand la  Chine  condamnait la guerre que menaient les Etats-Unis au Viet nam…
Mais, en fait, dans cette nouvelle pièce Angélica Liddell, en dix sept séquences, règle à nouveau ses comptes avec l’incarnation du mal: la dictature d’un homme seul sur un peuple comme Mao qu’un ami chinois a comparé à Hitler, avec les intellectuels et artistes français coupables à ses yeux d’une grande naïveté devant ce phénomène exaltant pour eux que fut la Révolution culturelle chinoise. La fille d’un général franquiste sait ce dont elle parle, pendant que défilent les célèbres images de cet homme seul face aux chars  sur la place Tien-Amen, elle tape juste, sec et fort:  » Bref, si la France avait eu affaire à Mao, Paris, le merveilleux Paris serait aujourd’hui une  grande plaque de ciment (…) Les Français ont de très jolis cafés et d’excellents vins pour défendre n’importe quoi « .

La Chine la fascine mais Angélica Liddell n’est pas dupe:  ce conflit permanent qu’il y a chez elle, entre  amour et politique, la renvoie aussi à ses propres questionnements sur la vie qui passe, sur ses amours disparues et sur sa haine des parents  » Ce qui nous sauve de tout, c’est la solitude ». Le public écoute,  dans un silence presque religieux,  cette jeune femme pour qui le langage est une arme redoutable dont elle sait admirablement se servir, et sans aucune concession. Y compris quand il s’agit de parler de relations sexuelles. Lucide mais très pudique, Angélica Liddell n’en dira pas plus même si on sent chez elle une terrible violence intérieure:  » Quand on tombe amoureux, on peut juste choisir entre la discipline et la punition. S’éloigner et respecter la discipline. Ou bien se rapprocher et supporter la punition ».
  »La véritable anéantissement de l’être humain consistait à priver les générations à venir de la beauté suffisante pour comprendre le monde, pour comprendre la triste boue dont nous sommes faits » quand elle parle des nazis brûlant des œuvres de Klimt. Pour de telles phrases, il lui sera beaucoup pardonné à Angélica Liddell qui  cite aussi  Le Livre d’un homme seul de Gao XingGiian, l’écrivain chinois à qui fut attribué le prix Nobel et réfugié en France.
Sur le plateau d’un gymnase, pas grand chose d’autre que des caisses de Coca-Cola, un petit tas de sable blanc où l’on verra -sublime image- un livre que l’on fait  flamber dans un seau, et une table de pin-pong au centre, avec quelques chaise hideuses en tubes inox et  sièges en vinyl marron. Reviennent plusieurs fois des extraits de l’opéra de Glück Orphée et Eurydice, dont le fameux Che faro senza Euridice, métaphore de son attachement à la Chine au point, dit-elle,  de vouloir l’arracher à ses ombres. On entend aussi à la fin  Perfidia chanté par Nat King Cole. Angélica Liddell s’est entouré de quatre comédiens espagnols, dont deux grimés en chinois, et même s’ils ont une belle présence, on voit vite que c’est d’elle, et encore d’elle qu’il s’agit. Elle parle, danse dans une grande robe rouge sans manches et ne craint pas de s’allonger les seins nus sur la table de ping-pong.
ppqCela dit, même si on ne boude pas tout le plaisir que l’on a à retrouver cette boule de colère et de violence, sa mise en scène est loin de l’excellence. Rien à dire sur sa direction d’acteurs et ses images sont toujours aussi luxueuses, comme cette machine à lancer des balles de ping-pong pour l’entraînement des joueurs où chaque balle s’en va rebondir une fois sur la table, puis sur le sol et une dernière fois sur le même projo orange d’une série ! On regarde fasciné alors qu’il n’y a rien de bien particulier à voir! A mi-chemin d’une performance aux images luxueuses et d’un projet plus théâtral qui manque parfois d’une véritable unité. Et quelle sotte idée d’avoir appareillé les comédiens de micros HF qui donnent de drôles de couleurs au texte! C’est devenu une véritable manie  dans le in comme dans le off. Et Angélica Liddell aurait pu nous épargner cette pénible séquence finale de bouffe de nouilles chinoises que ses acteurs s’enfournent dans la bouche, et jettent un peu partout sur le plateau. C’est long, inutile, même pas provocant et surtout ne signifie rien. Elle gardera sans doute cette séquence mais, on le lui dit quand même, elle est vraiment nulle!
Alors à voir? Oui, mais en tournée et à Paris, car cela parait foutu pour entrer au gymnase du lycée Mistral, on s’arrache les places mais enfin, vous pouvez toujours essayer de trouver un billet revendu…Malgré ces faiblesses de mise en scène, ce Pin Pang Qiu reste un spectacle intéressant. Les dramaturges  contemporains, mis à part Thomas Bernhard dont Angélica Liddell cite l’exemple, ne sont pas si fréquents à s’exprimer avec une telle rage et à se battre contre la pourriture du monde.
On vous parlera demain de Todo el cielo, son autre spectacle à Avignon.

Philippe du Vignal

Gymnase du lycée Mistral, à 15 heures, jusqu’au 11 juillet. Durée : 1 h 40. Ensuite au Théâtre de l’Odéon.

1...45678

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...