La Mécanique des Dessous

La Mécanique des Dessous, une histoire indiscrète de la silhouette,  scénographie de Constance Guisset .

La Mécanique des Dessous dans actualites thumb-la-mecanique-des-dessous-une-exposition-indiscrete-aux-arts-decoratifs-7355Théophile Gautier écrivait en 1858 : «L’on fera des salons plus grands, on changera la forme des meubles et des voitures, on démolira les théâtres ! La belle affaire ! Car les femmes ne renonceront pas plus à la crinoline qu’à la poudre de riz».
Depuis des centaines d’années, les « dessous » ont occupé paradoxalement  le devant de la scène.  C’est à ces artifices utilisés par les femmes et par les hommes du XIV ème siècle à nos jours, pour dessiner leur silhouette,  que cette riche exposition est consacrée.
   Mais la pénombre, qui donne au lieu une dimension magique, tout en protégeant de la lumière les pièces fragiles,  n’aide pas à la lecture des indications incrustées dans les parois en verre qui les protègent.
Dans une exposition essentiellement consacrée  aux parures féminines, cela commence par… la braguette rembourrée de la Renaissance, dont Montaigne disait que c’était «un vain modèle et mutilé d’un membre». Rembourrage en tissu ou proéminente braguette métallique intégrée dans les armures, font face aux corsets métalliques des femmes du 16 ème siècle destiné à donner  une belle taille.
Cette même fonction étant dévolue au pourpoint de l’homme ou au pourpoint espagnol féminin qui rigidifie la silhouette. Nous découvrons ensuite, quatorze mannequins avec des exemples de « corps à baleine » du  17 ème  et  18 ème siècle, un vêtement, qui se pose par dessus la chemise entourant le tronc des épaules aux hanches, pour ici encore, donner plus de rigidité au corps.
 Le corps à baleine surprend  car il est aussi destiné aux femmes enceintes et aux enfants !  Vers les années 1770, le corps à baleine s’enrichit de la robe à paniers, et  une  femme de  la Cour,  possède  une taille fine,  grâce à un jupon baleiné appelé panier qui étend  sa silhouette sur les côtés à partir des hanches.
Cinq robes à paniers sont exposées,  dont une étonnante robe à la polonaise qui, à l’aide de tirettes,  permet de retrousser en arrière les pans de la robe
. Un espace vidéo permet de redécouvrir des extraits de film dont Les liaisons dangereuses de Stephen Frears  (1988) avec de beaux exemples de robes à panier. Y fait suite un espace/essayage où fraise, bustier ou crinoline transforment les visiteuses en personnages d’une chorégraphie de Philippe Decouflé.
 Le deuxième étage de l’exposition, nous transporte sous le Directoire et le second Empire avec l’apparition de la crinoline, (un jupon baleiné), avec son évasement de la silhouette, d’autant que le corset crée une «taille de guêpe». Après 1870, la crinoline est remplacée par la tournure-dite aussi faux-cul-une protubérance du postérieur, qui donne à la femme un profil d’oie ! La suite de l’exposition est consacrée à la période 1900- 2013 avec l’apparition du premier soutien-gorge, jusqu’au push-up qui redonne du volume à de petites poitrines, en passant par les gaines des années 30.
Des vidéos de publicités évoquent cette évolution. Dans un coin, avant la sortie,  nous redécouvrons la parure masculine  avec le slip Kangourou, sa ceinture abdominale et ses très récents slips à rembourrage.
La dernière salle est passionnante comme l’ensemble de cette exposition: elle nous montre sur différents mannequins en tissu noir l’évolution de la taille féminine du XVIII ème  au XXI ème siècle. Il y a aussi un hommage aux grands créateurs de haute couture, Christian Lacroix, Jean-Paul Gauthier, Versace, etc…  qui,  par leurs créations,  ont tous fait référence à cette incroyable «mécanique des dessous».

Jean Couturier

Musée des Arts Décoratifs à Paris jusqu’au 24 novembre .


Archive pour août, 2013

La Traviata

La Traviata de Giuseppe Verdi, mise en scène et scénographie de Hugo de Ana.

La Traviata photo-206x300L’année 2013 aura été  marquée par le bicentenaire  de la naissance de Giuseppe Verdi et de Richard Wagner…. qui  ne se sont jamais rencontrés. Verdi place l’individu au coeur de ses opéras avec,  comme principaux thèmes,  la passion, la vengeance et  le crime, et Wagner modifie les codes de la dramaturgie en s’inspirant de la tragédie grecque pour faire ressortir des thèmes philosophiques.
Tous les festivals lyriques  ont célébré l’évènement, et  celui des arènes de Vérone  a offert  au public  cet opéra en trois actes,  créé à la Fenice de Venise le 6 mars 1853,  sur un livret de Francesco Maria Piave, inspiré du roman d’Alexandre Dumas La Dame aux camélias (1848) et de son adaptation au Théâtre du Vaudeville à Paris.
Ce mélodrame est un des opéras les plus joués au monde, et les prouesses vocales comme les qualités dramatiques de Maria Callas puis  de Renata Scotto sont restées inoubliables.
Cela se passe à Paris, vers 1850;  lors d’une fête, un jeune homme, Alfredo Germont, issu de la bourgeoisie provinciale,  tombe amoureux  de Violetta, une courtisane parisienne. Ils partent vivre ensemble à la campagne, jusqu’au jour où le père d’Alfredo demande à  Violetta de renoncer à son amour pour que l’honneur et la morale de sa famille soient sauvegardés.

Mais elle n’obtiendra la sollicitude de ce père seulement quand  la tuberculose l’emportera. Cet opéra intimiste, joué ici dans le grand espace des arènes, grâce à la scénographie, aux costumes et  aux lumières de Hugo de Ana , et au travail  de la chorégraphe Leda Lojodice a conquis le public .
Cette Traviata  se joue  sur une scène centrale et deux scènes  latérales, avec  des  cadres de tableaux baroques  qui délimitent chaque plateau.  Le prologue se joue dans la pénombre avec l’orchestre remarquablement dirigé par  Andrea Battistoni. On devine qu’on assiste à une vente aux enchères (en référence à la vente des biens de l’héroïne destinée à  couvrir ses dépenses  quand elle vivra avec Alfredo,  comme au début du Fantôme de l’opéra,  la célèbre production de Broadway.
Le premier acte est marqué par le jeu  caricatural de l’héroïne interprétée par Lana Kos qui se déplace comme une rock star, puis arrivent les choristes en costume de velours noir tout à fait impressionnants et dont l’interpétation s’impose davantage que celle des protagonistes.
Le chef  conduit à la fois l’orchestre de la fosse et un autre qui restera caché derrière la scène; il semble  conduire  un orchestre  muet, alors que la musique jaillit en arrière-scène.
Le second acte est  plus statique et comprend deux tableaux. On est d’abord  dans le boudoir japonisant de Violetta où le père d’Alfredo, inflexible,  lui demande de sacrifier son amour pour sauver l’honneur de la famille Germont. Les codes de la société vont avoir raison de l’amour d’Alfredo pour  Violetta.
Scène décisive: Verdi souligne ici l’esprit étriqué des bourgeois dont il a lui-même ressenti l’hypocrisie dans sa propre vie,  à cause  de sa relation-à l’époque choquante car hors mariage-avec Giuseppina Strepponi… qu’il épousera finalement en 1859.
Le deuxième tableau de ce second acte a pour thème un bal costumé avec des danses espagnoles et des  toréadors qui vont faire irruption. Le troisième acte-final et tragique- fait penser à un tableau vivant: l’image des interprètes se réfléchit dans un grand  miroir. La mort est évoquée à travers le retour des objets mis aux enchères et des personnages déguisés en Pierrots  à masque de mort d’inspiration mexicaine.
Pari réussi: le metteur en scène  aura réussi à préserver  au public le caractère intimiste de cet opéra à travers une  succession de tableaux qui évoquent aussi la vie de Verdi.

Nathalie Markovics

Festival des Arènes de Vérone jusqu’au 8 août 2013
www.arena.it

Docteur Glas

Docteur Glas, d’après l’œuvre d’Hjalmar Söderberg, adaptation de John Paval, mise en scène d’Hélène Darche.

Docteur Glas glas-et-helga-l-avenirGrand auteur suédois de la fin du dix-neuvième, au même titre que Strindberg mais une vingtaine d’années plus tard, Hjalmar Söderberg fut, de son vivant, très controversé, et obligé de s’exiler. Son roman, Docteur Glas, publié en 1905, lui valut des critiques féroces, car il s’attaquait à certains tabous, dont celui, pour la femme, du droit d’aimer et de disposer de son corps.
Que se passe-t-il dans les alcôves de la bonne bourgeoisie, le soir à la chandelle ? Le viol d’une femme mariée, propriété privée de l’homme qui l’a épousée, n’est pas extraordinaire, selon les mœurs de l’époque, et cela fait parti des non-dits.
Dans Docteur Glas, Helga Gregorius (Sofia Maria Efraimsson) se rebelle et demande l’aide de son médecin, pour sortir des griffes d’un époux,  pasteur de son état, plus lubrique qu’aimant.
Les aveux de la jeune femme créent chez le docteur Glas une vague de regrets et de désirs, entraînant entre les deux personnages, comme une sorte d’aimantation. Mais Helga est amoureuse par ailleurs, tandis que le docteur Glas, naufragé de la vie à sa manière, fait le point sur la sienne, dans un journal intime qu’il nous livre, par bribes. La pièce fait alterner ses monologues douloureux, et les scènes où Helga revient auprès de lui, demander de l’aide.
John Paval, (le docteur  Glas), a signé l’adaptation du texte dont il est tombé  amoureux et s’est investi dans l’entreprise. Il est aussi le directeur artistique d’Etoiles du Nord qu’il a créé il y a six ans, pour développer les échanges entre la France et la région Baltique.
Le personnage du docteur Glas a du charme et joue de mélancolie, déclinant une palette allant de l’ombrage à l’orage, mêlé de tendresse, mais on le sent hésiter entre son statut social, un certain romantisme, et sa souffrance, restant légèrement en extérieur, un zeste trop démonstratif.
Helga qui l’embrase, au fur et à mesure, est toute en retenue, comme son rang et sa situation l’exigent, et ne bascule jamais dans la folie.  Mais on aimerait que  ces deux personnages, qui brisent les apparences sociales et s’interrogent sur le bonheur, soient joués avec un peu plus de fureur et d’extravagance, et nous entraînent dans leur vertige.
La mise en scène-au rythme lent!-d’Hélène Darche, linéaire et classique, enferme un peu plus les personnages, qui restent sous contrôle. A peine quelques étreintes, très paternelles, rapprochent les personnages. Entre deux tableaux, un noir, ponctué de musique, guide cette méditation qui, à son époque, osait la modernité, en parlant de l’amour, de la vie et du statut de la femme.
« Nous voulons tous être aimés, à défaut, être admirés, à défaut, être redoutés, à défaut, être haïs et méprisés. Nous voulons éveiller une émotion chez l’autre, quelle qu’elle soit. L’âme frissonne devant le vide et recherche le contact à n’importe quel prix » disait  Hjalmar Söderberg, qui a, entre autres, signé Gertrud, une pièce portée à l’écran par Carl Dreyer.

Brigitte Rémer

Manufacture des Abbesses, 7, rue Véron, 75018, du 22 août au 27 octobre, du jeudi au dimanche, à 21h. Tél : 01-42-33-42-03

Derniers petits remords de n’avoir pas tout vu avant l’oubli

 

Festival d’Aurillac

Derniers petits remords de n’avoir pas tout vu avant l’oubli…

  L’édition 2013 du  festival d’Aurillac appartient déjà au passé!  Ite missa est… Les employés du service  Derniers petits remords de n'avoir pas tout vu avant l'oubli index1de nettoyage d’Aurillac- on devrait leur élever une statue!- rendent la ville à un  état plus normal. Des dizaines de milliers de gens en ont parcouru les rues anciennes du centre,  devenu une véritable taverne à ciel ouvert: ici, on mange et on boit partout, du vin, de la bière, et  le plus souvent , debout, en marchant  et surtout  des barquettes d’aligot à base de purée en poudre, surmonté d’une saucisse grillée industrielle: mieux vaut ne pas être difficile pendant toute la durée du festival…
Le square central, fermé pendant la semaine pour ne pas servir de toilettes aux punks de service, va rouvrir, et le supermarché Leclerc a déjà enlevé ses grillages qui interdisaient  son parking aux camionnettes et mobil home des compagnies et des spectateurs.

Il y a dans des salles, sur des places et dans des rues, et dans la programmation officielle  vingt compagnies dont certaines ont qui bénéficié d’une résidence au Parapluie pour créer leur spectacle.  Et environ 500 « compagnies  dite « de passage », dont la moitié environ répertoriées dans le guide du festival, qui se produisent à leurs frais, en parallèle de la programmation  officielle, et qui gagnent leur argent au chapeau!
Il y a même aussi  au Parapluie, un spectacle-culte comme La Réunification des deux Corées de Joël Pommerat, créé cet hiver aux Ateliers Berthier/Odéon ( voir Le Théâtre du Blog) qui affiche complet.  Curieux paradoxe pour un festival qui était à l’origine, de rue,  et… gratuit. Tout se passe comme si Jean-Marie Songy  qui sait conduire son gros bateau, veut à tout prix qu’il acquiert une légitimité que les spectacles de théâtre de rue n’accordent pas toujours. Quitte à donner un petit coup de Laguiole à l’identité du festival. Effectivement quelle différence entre un spectacle de Pommerat programmé en Avignon dans le in d’Avignon et un spectacle de Pommerat dans le in d’Aurillac?

  En tout cas, côté public ou, du moins,  côté monde dans la rue, tout va pour le mieux: les parkings sont pris d’assaut, et la moindre place de stationnement légal, toléré ou interdite est immédiatement convoitée comme une denrée rare…. Il a fait très chaud comme les années précédentes, et on a l’impression qu’il y a chaque année de plus en plus de monde, partout et même  aux spectacles,  et de plus en plus de CRS, plutôt débonnaires.
Il y a  des dizaines de propositions chaque jour!  Théâtre, mime, danse, chant ou musique, et, en général,  à quelques exceptions près, pas très intéressants. Comme en Avignon, l’objectif pour ces compagnies, le plus souvent réduites à un acteur ou actrice, étant surtout de se faire remarquer par un éventuel programmateur. Quitte à perdre vite des dernières illusions!

Mais, semble-t-il, dans un étrange jeu de miroirs, la foule venait ici  se régaler…  de la foule, avec, pour faire pittoresque, la petite  note de couleur apportée par les saltimbanques…Nous avons essayé avec Edith Rappoport de vous donner un aperçu, mais forcément restrictif, du festival; ici, le meilleur côtoie le pire, comme en Avignon. Nombre de spectacles avaient cette année un petit côté sexe ou gore, ou les deux, comme si c’était devenu un argument de vente, plus ou moins imposé!
 Les deux derniers jours du festival, la ville était  bourrée de monde. Difficile par exemple, d’arriver à avancer dans la petite rue des Carmes;  la bière coulait  à flots dans des bars improvisés, et les supérettes débitaient des centaines de canettes en tout genre…On croise partout des-jeunes-voire très jeunes, alcoolisés C’est aussi un grand rendez-vous de chiens- il y en partout, leurs  déjections aussi-emmenés par des bandes de punks souvent agressifs qui font la manche, et c’est nouveau, parfois accompagnés de bébés. Bref, cet espace de liberté est devenu en quelque vingt cinq ans,  un immense bar à ciel ouvert où le théâtre/théâtre  est devenu  prétexte à rencontres estivales, dans une petite ville accueillante,  et ô combien tolérante- mais elle y trouve largement son intérêt en termes financiers- pendant  un peu plus de quatre jours!
  Les cracheurs de feu ont disparu, les échassiers aussi ou presque, mais les jongleurs en tout genre se sont multipliés, tout  comme les min-stands de maquillage ou de relaxation, et les cabarets, un des derniers trucs à la mode. Et les clowns des deux sexes- musicaux ou non-qui essayent de faire rire en vain un maigre public, avec de numéros des plus conventionnels. A noter, dans le in comme dans le off, une nette tendance aussi à utiliser de plus en plus  les micros HF et les ordinateurs portables pour programmer lumière et son, surtout chez les musicos, même pour dans la rue et pour de tout petits spectacles. On n’arrête pas le progrès…
Mais pratiquement aucun théâtre de texte classique, sauf quelques adaptations de Molière et Shakespeare ( compagnie Gérard-Gérard, et des textes de romanciers du genre Emile Ajar, Daniil Harms… Et de nombreuses compagnies de marionnettes à fil ou à gaine. Le festival, c’est aussi un rendez-vous professionnel, et on croise beaucoup de gens, artistes et politiques, parfois les mêmes qu’en Avignon. Mais Aurillac attire peu les gens de théâtre, acteurs, metteurs en scène et critiques extérieurs au théâtre de rue. Ainsi va la vie… Mais ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.

  Les paramètres ont peu changé mais Jean-Marie Songy semble vouloir quand même accueillir plus de spectacles de théâtre créés en salle fermée, bénéficiant d’une aura médiatique, et,  pour le théâtre dit de rue, des compagnies très connues du grand public, comme l’an passé Le Royal de luxe ou cette année Oposito ou Generik vapeur. Un budget reste un budget surtout en ces périodes de vache maigre..Mais Jean-Marie Songy  arrive à équilibrer les choses.
Mais, au fait, pourquoi, à la fin des vacances d’été, tant de gens ici rassemblés, pourquoi surtout tant de gens qui voudraient être reconnus comme acteurs ou metteurs en scène ? On repense à cette phrase de Louis Jouvet:  » On fait du théâtre, parce qu’on a l’impression de n’avoir jamais été soi-même et qu’enfin, on va pouvoir l’être ».

Philippe du Vignal

Motus Too late (Antigone)

Festival d’Aurillac 2013

Motus  Too late (Antigone) , conception et direction d’Enrico Casagrande et Daniela Nicolo.

C’est un spectacle créé au Teatro Stabile de Turin en 2009 et repris ici dans le grand gymnase des Camisières. Une scénographie bi-frontale avec des gradins pouvant accueillir  deux cent personnes. Une scène nue, éclairée par des rampes d’un jaune très glauque au début qui donne un côté statufié à Créon,  comme aux spectateurs situés en face de nous.
Le plateau, nu,  est juste couvert de deux rouleaux de tapis de danse vert pomme qui seront entièrement déroulés plus tard face-à-face. Deux acteurs seulement et deux personnages: Vladimir Aleksic et Silvia Calderoni, lui joue Créon et,  elle, grande et fluette,  avec une perruque, est un être androgyne à la voix modifiée,  celle d’un  très jeune homme qui  incarne Hémon,  le fils de Créon. Ils sont tous les des deux tout à fait remarquables, dans la vérité qu’ils imposent et dans  la distance même qu’ils ont par rapport à leurs personnages. Et quand Créon se tient  affublé d’un masque au visage fermé et au crâne chauve surmonté d’une mince barre de cheveux, absolument sinistre derrière un bureau, cela fait froid dans  le dos.

En fait, quelques vingt  minutes après le début, on s’aperçoit que cet être androgyne est une jeune femme, ce qui rend les choses encore plus fortes.  Il s’agit en fait , dans cet impitoyable face-à-face des deux personnages mythiques de Sophocle, d’une paraphrase de la tragédie antique que Daniella Nicolo (Hémon), qui est aussi responsable de la dramaturgie du spectacle,  veut relier aux nombreuses tragédie de l’Europe actuelle, notamment celle de la mort d’Alexis Grigoropoulos, un jeune grec de quinze ans tué par la police.
Hémon se heurte vite  à son père; pas de conciliation possible.  Ce qui n’est pas toujours évident mais qu’importe:  en 50 minutes, sont décortiqués les mécanismes du pouvoir,  dans une mise en scène d’une rigueur absolue. Créon indique bien quels sont les enjeux:  » Tout est clair: on ne peut pas revenir en arrière ».

Comment transformer l’indignation en action se demandent les deux auteurs de cette Antigone revue et corrigée?
Il n’est pas sûr que l’on perçoive bien tous les enjeux de cette  thématique de ce spectacle qui, certes, n’est pas accessible à tout le monde mais  que Jean-Marie Songy a eu raison  de faire venir. On ressort de là, profondément  troublé; ce n’est aps le genre de spectacle qui s’oublie facilement…

Philippe du Vignal

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Zinzin

Festival d’Aurillac 2013

Zinzin par la compagnie 25 watts.

Zinzin  parick-danino_13.05.11_zinzin_0091Elle sont trois, issues, l’une des Beaux-Arts de Paris, les deux autres  de facs  et cours de théâtre. « Nous, disent-elles,  chipies, démones, femmes à barbe. Nous sommes un trio burlesque tantôt dans la complicité, tantôt dans la fâcherie ». Elles ont adapté trois contes du célèbre auteur russe Danill Harms,  né  en 1905 et l’un des fondateurs du mouvement d’avant-garde Oberiou, précurseur de l’absurde, interdit en 32 par le régime de Staline.
Les textes d’Harms ont été lus, chantés ou joués clandestinement. Persécuté, l’écrivain  fut emprisonné et placé en en hôpital psychiatrique où il mourra en 1940…  

Zinzin se passe sur la place de la Préfecture du Cantal, derrière la statue d’un soldat de la guerre de 70.  Belle connivence avec Harms! Le public est assis par terre sur une natte de paille. A côté de nous deux belles plantes, visiblement équipées, ont tiré de leur sac de vrais verres,  des cubes de glace, du rhum blanc et une canette de boisson indéterminée et se sont fait un  cocktail en regardant le spectacle…
Pas de scène, juste une petite table, et un portant muni d’un voile en polyester  blanc pour dissimuler les quelques accessoires  et objets utilisés pour leur valeur symbolique et métaphorique. « Notre désir, disent-elles,  est de faire résonner les significations multiples de ces petits contes, en restant fidèles à la fois à leur mystère et à leur dimension critique. Dans leurs démêlés quotidiens avec leur entourage et avec l’administration, dans la violence qui les traverse ou qu’ils subissent, les personnages de Harms sont implicitement porteurs de satire sociale et politique. Mais ils possèdent aussi un petit grain de folie onirique, que l’auteur a su semer en nous et que nous cherchons à transmettre ».
Deux des jeunes femmes disent donc avec une belle voix,  les textes de Harms,  en les illustrant  avec de petites marionnettes ou accessoires;  la troisième, costumée  en vieille dame, et chaussée de mules usées, est en fauteuil roulant et assure les intermèdes chantés en s’accompagnant au synthé. Elles ont une très bonne diction mais  leurs manipulation d’objets parasite leur parole… si bien que l’on ne comprend pas grand chose à ces contes qui devraient au contraire avoir le mérite de la clarté.
C’est dire que, du côté dramaturgie, il  faudrait beaucoup plus de rigueur pour que le spectacle puisse commencer à exister.  Quant à la scénographie, elle n’est pas du bois dont on fait les flûtes,  et est assez vulgaire quant aux formes et aux  couleurs.

En fait, tout se passe comme si  la pauvreté de la mise en scène et de la direction d’acteurs  qui sont des plus médiocres,   pénalisait les intentions de départ . Seul, le dernier des contes avec des personnages découpés dans des photos de magazine comporte un commencement de de commencement de poésie…La rue est une rude école qui ne pardonne rien, et, ce qui arriverait quand même à passer, ici ne fonctionne pas.
Saluons le choix de Danill Harms, et le recours à des marionnettes  pour illustrer ces contes mais l’ensemble n’est pas du tout convaincant, surtout en plein air.  La rue ne pardonne rien.
Allez les chipies/démones!  Au travail! On vous reverra avec plaisir quand vous aurez suffisamment bossé! Un bon choix de texte ne suffit pas. Comme dit souvent  l’ami Jacques Livchine qui nous avait conseillé d’aller voir ce Zinzin, et qui assistait à cette même représentation: trois mois de prison avec sursis…

Philippe du Vignal


http://www.cie25watts.com/

Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet

Festival d’Aurillac 2013

Les Danseurs ont apprécié la qualité du parquet, création collective des Chiens de Navarre dirigée par Christophe Meurisse.

Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet chiens_de_navarre200-199x300Nous sommes assis sur des gradins,  au fond d’un grand hangar dont le sol est couvert de  tourbe brune. Un pianiste s’acharne sur un vieux piano qui continue à jouer quand il s’arrête et le fond du hangar s’ouvre sur la montagne proche pour laisser entrer neuf  acteurs masqués en vieux répugnants, qui entrent d’un pas lent.
Ils sont suivis par trois  voitures qui évoluent dans ce vaste espace, et qui serviront de loge pour une bacchanale orgiaque : hommes et femmes exhibent  leur juvénile nudité qui contrastent avec leurs masques de visages hideux. Ils s’enfilent par groupes, se sucent, se caressent violemment, bref, le marquis de Sade n’est pas loin. Tandis que monte la musique du Boléro de Ravel, un par un, les acteurs se démasquent, et rythment la musique d’un pas répétitif, jusqu’au bout, avant de reculer vers la montagne.
Ce spectacle  bien chorégraphié, et  sans aucune parole a, 
jusqu’au bout, mobilisé notre attention, sinon notre émotion, et n’a heureusement pas  les ruptures du précédent, Quand je pense qu’on va vieillir ensemble… ( voir Le Théâtre du Blog).

 

Edith Rappoport

http://www.chiensdenavarre.com/

Festival d’Aurillac, le 24 août.

La montagne

La Montagne, par la Compagnie du Bonheur intérieur brut,  mise en scène de Jack Souvant.

 

 La montagne collectif_bib_la_montagne_web_ok-300x286Après Ticket, un spectacle qui relatait un extraordinaire voyage d’émigrés sans-papiers, auxquels nous étions identifiés dans un voyage en bus sans retour, Jack Souvant remet le fer à l’ouvrage autour de nos peurs. Au sommet d’une pente noire vertigineuse dans la cour du château qui surplombe Aurillac, dans un bruit de vrombissement d’avion, six acteurs surgissent , la dévalent, remontent pour glisser à nouveau à plat ventre.
Puis, on les accueille à la Clinique de la mer pour analyser leurs peurs à partir des symptômes, et pour les éliminer à partir d’exercices publics.
Le mur noir de la peur se scinde en trois  parties que l’on déplace dans la foule, sur chaque bloc un couple, l’homme voudrait sauter mais n’ose pas, l’autre lui dit:  » Si tu veux, tu peux »,  d’après une chanson de Brel. Puis,  c’est le retour à d’autres peurs, que les acteurs inscrivent à la craie sur les pentes noires. Et un maître d’école qui punit ses élèves pour leurs peurs…
Difficile de relater par le menu ce spectacle singulier et inégal, auquel il était impossible d’assister sans se déplacer, avec l’avantage de pouvoir s’asseoir sur des murets, de se rapprocher pour des séquences plus mordantes, au sein d’une foule compacte, ou de quitter la place,  si l’ennui vous prenait.

Edith Rappoport

Aurillac Château Saint-Étienne;  et les  7 et 8 septembre à Cognac, les  14 et 15 septembre à Cergy Soit, et les  28 et 29 septembre à Hénin-Beaumont


La mouette et le chat

Festival d’Aurillac 2013
La Mouette et le chat
, d’après Luis Sepulveda, conception de
Sophia Shaik.

La mouette et le chat mouette-chatLoin du vacarme du Off d’Aurillac, nous découvrons ce délicieux spectacle dans une tranquille cour d’école, au sommet de la ville. Cette histoire de Kengah, une  mouette morte,  après avoir plongé dans une nappe de mazout qui couvrait la mer. Avant d’expirer, elle a confié son œuf au chat Zorba en lui arrachant trois promesses: couver son œuf, protéger le poussin et lui apprendre à voler.
Sophia Shaikh nous  conte cette fable avec un  humour délicat et des images simples et émouvantes. Des ombres sur un petit écran, un parapluie, des airs d’accordéon, font vibrer cette étrange solidarité entre des matous qui cherchent dans l’encyclopédie comment apprendre à voler à cette petite mouette qui se prend pour un chat.
Mutine et séduisante, Sophia Shaikh captive son public, dans des bibliothèques, des écoles et des théâtres,  avec  ce spectacle qui fête à Aurillac sa   150e représentation.

Edith Rappoport

http://www.chambouletoutheatre.fr/

Apartés

Festival d’Aurillac 2013

Apartés, par  la Compagnie toulousaine de cirque. 

Lauréate de Jeunes Talents Cirque en 2009, La Compagnie Toulousaine de cirque  porte bien son nom… Impossible de dévoiler les ficelles de  ce délicieux spectacle qui rassemblait plusieurs centaines de spectateurs au bord de la Jordanne hier soir.
On peut seulement dire que la compagnie attend en vain toute la soirée le réglage d’un problème technique, que les partisans de l’utilisation des techniques modernes s’affrontent avec ceux qui se réclament du plateau nu.

Une technique chorégraphique et circassienne très maîtrisée, un humour sans faille et un solide sens de la plaisanterie chez cette dizaine d’artistes de haut niveau.

Edith Rappoport

La Toulousaine de Cirque, École de la Jordanne,  et  en tournée en France jusqu’en  mai 2014.

http://www.lacompagniesinguliere.fr-laciesinguliere@free.fr

http://www.dailymotion.com/video/xhcykw

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