Face à face

Face à face, concert, avec Yom, clarinettes et Sonia Wieder-Atherton, violoncelle

Face à face face-a-face-brigitte-remer Chaque été depuis plusieurs années, la Mairie de Paris joue la carte Musiques, au Parc floral, derrière le château de Vincennes, véritable villégiature pour ceux qui restent dans la capitale. Après Paris Jazz Festival en juillet et Les Pestacles, festival jeune public qui se tient jusqu’au 25 septembre, débute Classique au vert, programmé et organisé par l’agence Sequenza, sur la même scène à ciel ouvert, le Delta.
Le mot classique est ici très large et non pas enfermé dans son sens originel. C’est une magnifique invitation au voyage qui est adressée, croisant les cultures de différents horizons, et allant, cet été, de la Venise musicale du XVIIe siècle au hip-hop New Yorkais tendance XXIe, et de la comédie musicale pur Broadway à l’accordéon de Richard Galliano. Chaque concert est suivi d’une discussion avec les musiciens.
Ce premier rendez-vous de la série donne le ton ès qualités du programme : Yom, clarinettiste ahskénaze,  spécialiste de la musique klezmer des communautés juives d’Europe orientale qu’il mêle au rock et au jazz, est un homme des rencontres. Il est le fil rouge des trois festivals du Parc floral, dans lesquels il s’est produit cette année. Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste et voyageuse, d’inspiration multiple, allant des chants liturgiques juifs à la musique contemporaine, croise sa route.
Elle imagine un face à face à partir des Notes de chevet de Sei Shönagon, dame d’honneur de la princesse Sadako dans les premières années du XIème siècle à la Cour impériale japonaise, l’une des figures majeures de la littérature au Japon et, tour à tour, chacun se donne un thème. Ils développent ensemble des mélodies juives et yiddich, des morceaux de Bach, Britten, Janáček, Kurtag et Scelsi, des improvisations, et rendront un hommage à Lhasa, chanteuse très tôt disparue, il y a trois ans.

Ce parcours virtuose et sensible se divise en douze chapitres aux titres pleins de malice, à la manière des haïkus de Shönagon, titres annoncés par Sonia Wieder-Atherton et/ou Yom, complices dans la démarche,  qui livrent leurs réflexions à haute voix :
Choses qui calment le cœur
, improvisation à la clarinette et réponse du violoncelle au récit de Joseph, fils de Jacob et de ses frères ; Chose éloignée la plus proche, paroles d’un père et regrets de voir si peu son fils, : « Le matin, quand je pars, tu es à peine éveillé et le soir quand je rentre, tu dors déjà. Un jour, je serai mort et je ne t’aurai pas vu, mon fils».
Choses qui vous obsèdent, avec la Trilogie de Scelsi, pour violoncelle solo ; Choses qui ont une grâce raffinée où la clarinette raconte, sur  plusieurs octaves, le violoncelle faisant office de bourdon avant de jouer en solo ; Les choses volubiles, agitato à la clarinette et réponse du violoncelle.  Les choses qui ont intérêt à être courtes, jeux de suraigus à la clarinette, à en perdre le souffle, et fragilité du violoncelle, en réponse.  Choses qui semblent éveiller la mélancolie, nostalgies sublimes du violoncelle jusqu’à éteindre sa note finale qui s’envole au-dessus des spectateurs.
Balade pour aller vers toi
, est un morceau qui pleure, hommage à Lhasa, artiste canadienne, mexicaine et francophone, disparue très jeune d’un cancer, et partie comme elle avait vécu, avec discrétion. L’œuvre qu’elle laisse, entre blues, jazz et inspiration latine, est d’une grande générosité et pleine de mélancolie. Sensible à son univers, Yom et Sonia Wieder-Atherton ont écrit cette sublime balade, pénétrant dans son univers avec la même sensibilité écorchée ; Souvenir d’une course-poursuite, avec tension dramatique de type western et traversée du Grand Canyon, comme si on y était, magnifiquement animée par les deux instruments ; Chose qui évoque un regret, une danse par exemple, c’est une suite de Bach pour violoncelle ; et, à la fin, dans Le chapitre des choses qui méritent d’ête discutées, chaque soliste fait entendre son instrument, symbole de la confrontation des idées.
Un concert sublime, il n’y a pas d’autre mot pour évoquer ce moment rare du partage, d’une apparente simplicité, et la qualité d’écoute d’un public, suspendu. Le dialogue entre la clarinette et le violoncelle où se croisent force et fragilité, porté par deux immenses artistes, est un cadeau lumineux. Redescendre sur terre devient difficile, après un moment d’une telle intensité.

 Brigitte Rémer

 Vu le 3 août, au Parc floral de Paris, métro: Château de Vincennes. Festival Classique au vert, du 3 août au 15 septembre. Concert gratuit. Le public doit s’acquitter du droit d’entrée au Parc floral, soit 5,50€. Sites : www.classiqueauvert.paris.fr et www.sequenza-comprod.com

 


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