Anna .

Anna, paroles et musique de Serge Gainsbourg, d’après le film éponyme de Pierre Koralnik, adaptation et mise en scène d’Emmanuel Daumas. 

Anna, nouvellement embauchée dans une agence de pub parisienne,  découvre le milieu des créatifs tout aussi allumés que délurés mais elle traverse la vie d’un pied léger… Anna, ce fut d’abord Anna Karina, l’égérie de la nouvelle vague, qui donna son prénom au septième album de Gainsbourg, lui-même tiré de la bande originale d’un téléfilm diffusé le 13 janvier 1967 par l’ORTF. Elle y incarnait le rôle-titre auprès de Jean-Claude Brialy et Serge Gainsbourg.
Adolescent, Emmanuel Daumas a beaucoup écouté l’album et rêvé autour de l’intrigue amoureuse de cette comédie musicale : un homme tombe fou amoureux de la photo d’une de ses employées qu’il côtoie tous les jours sans la reconnaître.
Si « l’histoire est top », comme dit le metteur en scène, il reconnaît aussi que le téléfilm était « imparfait ». En effet, le scénario est bien mince. Le film tient donc sur une seule et unique idée, le génie de Gainsbourg et la présence magique d’Anna Karina assurant le reste. Adapter au théâtre un film à la dramaturgie incertaine était donc un sacré défi.
Pour ce faire Emmanuel Daumas a réuni une équipe de talent. A commencer par la belle et blonde Cécile de France qui crée une Anna nouvelle qui effaçe progressivement l’image le la brunette des sixties. De réservée et timide, elle s’affirme au fil du spectacle, entonnant, de sa petite voix sérieuse et précise,  le tube Sous le soleil exactement,  swinguant sur Roller Girl  et égrènant, imperturbable, les monosyllabes du joli duo Ne dis rien , malgré les contorsions superflues qui lui sont imposées. En contrepoint, l’interprétation désopilante des deux choristes danseuses (Florence Pelly et Crystal Sheperd-Cross) donnent du peps à ce show musical pop et reflète l’esprit de l’époque. Aidées par les arrangements de Bruno Ralle et Guillaume Siron,   la direction musicale  de Philippe Gouadin et l’habileté de ses musiciens.
Mais les chorégraphes Pierre Rigal et Mélanie Chartreux ont peine à faire évoluer les interprètes dans un décor encombré d’écrans, qui se veut mobile mais devient vite contraignant en dépit de belles idées telles que la projection de vues de Paris sur des panneaux pour figurer la quête effrénée de l’amoureux à travers la capitale ou son étreinte impossible avec l’image virtuelle d’Anna. Un coup de chapeau aussi au dessin animé pop de Mrzyk et Moriceau.
Cependant on est souvent loin de l’esthétique de Blow-up, de Dim Dam dom ou des images de  Jean-Christophe Averty : la prolifération des effets visuels, le kitch deuxième degré des costumes, la lourdeur des chorégraphies produisent une surenchère de signes, et  nuisent  à l’interprétation tout en finesse des comédiens et des musiciens
De bric et de broc, tous ces éléments jouent même parfois les uns contre les autres.  Et le spectacle n’est  pas toujours à la hauteur de ses ambitions…
Cela dit, on prend quand même bien du plaisir à entendre les chansons et la musique de Gainsbourg revisitées ici avec talent.

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond Point, 75008 Paris, jusqu’au 6 octobre. Puis les 8-9 octobre 2013, Théâtre du Velllein, Villefontaine (38)-11 octobre, L’Avant-Seine, Colombes (92)-12-13 octobre, la Ferme du Buisson, Noisiel (77)-15-16 octobre, Théâtre d’Angers (48)-18-19 octobre, Théâtre de la Liberté, Toulon (83)-7 novembre, Théâtre de la Comète, Châlons-en-Champagne (51)-9-10 novembre Théâtre de la Ville de Luxembourg (Luxembourg)-13-17 novembre Théâtre communautaire d’Antibes (06)-21-23 novembre, Théâtre de Liège (Belgique)-26-30 novembre, Théâtre de Namur (Belgique)-3-4 décembre, Théâtre de Charleroi (Belgique)-6 décembre, Théâtre municipal de Roanne (42)-10-14 décembre, Comédie de Saint-Etienne (42)-17-18 décembre, Le Colisée Roubaix-20 décembre, Le Moulin du Roc, Niort (79)-21-22 décembre, Le Grand R, La Roche-sur-Yon (85)-8-11 janvier 2014, Théâtre national de Toulouse (31)-14-19 janvier, Grand Théâtre d’Aix-en-Provence (13)-22-23 janvier, Théâtre de Sète (34)

Pour en savoir + www.anna-le-spectacle.com

http://www.dailymotion.com/video/xztx52


Archive pour 7 septembre, 2013

Ferré Ferrat Farré

Ferré, Ferrat, Farré, textes et chansons de Léo Ferré, Jean Ferrat, Jean-Paul Farré, mise en scène de Ghislaine Renoir.

 

Ferré Ferrat Farré jpfarre_mg_5042 Il ne s’embarasse pas Jean-Paul Farré ! Quand le vocabulaire n’y suffit pas, il invente ses mots, et le néologisme du jour lui va bien. Votez poélitique ! clame-t-il, quand il présente sa candidature à l’élection du Président de la chanson Poélitique.
Côté jardin, il y a un piano à queue; une impatience à la boutonnière, le candidat attend ses musiciens retardataires. Arrivent en trombe, violoncelle sur le dos, Florence Hennequin, qui s’installe aussi vite, suivie de Benoît Urbain, qui se fait une place au piano et, qui, plus tard,  jouera aussi de l’accordéon.
Séquence avec dialogues de régulation entre eux, balance des instruments avant la répétition, puis conseils avisés des musiciens chargés d’aider à la composition d’un programme qui conduise le candidat au succès.
Et sa campagne électorale emprunte les chemins de poésie et d’anarchie, chers aux grands. Ironique, politique et poétique, Farré/Méphisto pose son habituel frac (sa marque de fabrique) et leur emboite le pas.
Et, entre les maillons du scénario, il ose Ferrat : On ne voit pas passer le temps, Tu verras tu seras bien, Je ne suis qu’un cri, Horizontalement et même Nuit et brouillard, dans un puissant contre-jour. Et il ose aussi  Ferré : Mon piano, Si tu t’en vas, C’est extra, L’âge d’or, Les poètes, Monsieur tout blanc, Les anarchistes. Et il ose enfin  Farré...
Et il a raison. De Ferrat et Ferré, il restitue les textes dans un phrasé parfait qui distille les mots – quel plaisir ! A sa manière, il nous permet de l’entendre lui, sans référence obligée à la version originale.
Ses propres textes ont une même force poétique, comme Paris et son guide où il indique aux touristes égarés les théâtres de la capitale, du Théâtre des Champs Elysées à celui du Châtelet. De la cour au jardin, jouant avec malice sur les extrêmes aigus du piano. Il rejoint sur le même thème Regarde-toi Paname de Ferrat, et Paris c’est une idée de Ferré. En fond de scène, une guirlande  lumineuse et clignotante en forme de grande dame de fer.
Son train pas comme un autre, une  fable où un président de la République tombe d’un train et se retrouve en pyjama de soie sur le ballast, est savoureuse et bon enfant et ses quatre vérités sont d’évidence: « Le bonheur c’est quand le chagrin se repose», ou encore : « Je déteste l’heure d’été, soixante minutes de perdu, du temps volé»… Tous ces moments made in Farré sont de pure poésie, comme aussi cette séquence musicale pour boîte à musique, à la manière d’une Symphonie des jouets (création sonore de Clément Lopez).
Un scénario malicieux, d’extraordinaires musiciens complices de Farré et un savant arrangement musical d’Isabelle Zanotti, participent de la réussite de cette soirée poélitique,  où se côtoient la gravité et le ludique, l’ironie et la tendresse, sur les pas de Ferrat et de  Ferré.
Courez-y! Jean-Paul Farré a un sacré tempérament-on le sait depuis longtemps-mais  il est ici très émouvant.

Brigitte Rémer

Vingtième Théâtre, 7 rue des Platrières, 75020. Métro : Ménilmontant, du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h, jusqu’au 13 octobre. Tél : 01-43-66-01-13, www.vingtiemetheatre.com et Compagnie des Claviers, cie.claviers@club-internet.fr

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