Swan Lake

Swan Lake, chorégraphie et interprétation de Dada Masilo, d’après Le Lac des cygnes de Tchaïkowski.

Swan Lake swan-lake Le Swan Lake de la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo, inspiré de Tchaïkovski, s’approprie l’œuvre originale pour lui donner un envol aérien et rageur dans des hauteurs célestes mais aussi subversives.
Ce pari artistique est assumé avec brio à travers les acquis d’une danse académique sublimée grâce aux pointes des pieds nus des danseuses et danseurs qui envoient au diable leurs chaussons apprêtés.

 Les interprètes sont  tous, comme attendu en  tutu blanc mousseux. Les hommes,  féminisés et fiers, dressent haut leur torse nu, musculeux et bombé, avec,  sur la tête, une aigrette amusée de plumettes blanches. La distance par rapport aux canons du genre est souriante et facétieuse.
Et, comme la fresque glamour et provocatrice n’avait jamais été osée sur les scènes officielles, elle en acquiert ici davantage de peps et d’évidence.

 Avec force, la chorégraphie allie les codes du répertoire classique, la danse sur pointes – Dada Masilo avait ainsi  déjà revu Roméo et Juliette en 2008 et Carmen en 2009-à la danse contemporaine d’influence africaine, articulée sur une gestuelle traditionnelle dans les accords du corps tribal à la Terre Mère.
 À cette esthétique neuve, fondée sur la mémoire muséale et l’urgence contemporaine, s’ajoutent les préoccupations du temps, la question des sexes et des genres, dont l’homophobie dans une Afrique du Sud ravagée par le sida.
Le cœur de Siegfried n’est pas, comme d’habitude, déchiré entre deux femmes mais entre une femme et un homme, le cygne blanc et le cygne noir, et c’est le cygne sombre et viril qui a la préférence princière.

Les parents sont aux abois et la communauté entière refuse obstinément l’impérieux désir du fils épris d’amour et de passion pour un autre lui-même. Le ballet de Tchaïkovski se révèle à travers ce coup de fouet, soutenu par la musique  de Tchaïkovski, de Saint-Saëns mais aussi par celle de René Avenant, d’Arvo Pärt, de Steven Reich et par les rythmes de youyous méditerranéens et de percussions zouloues.
Corps athlétiques et chorégraphiés à la perfection, hautes et fines statures élancées sur les pieds dressés et bras levés en chœur, frétillements de petits pas bouillonnants  ou ruptures de gestes secs issus des terres ancestrales, l’osmose est accomplie entre la tradition et l’esthétique contemporaine comme entre un féminin et un masculin qui ne se distinguent plus.
Un rendez-vous espiègle venu de Johannesburg,  avec des corps sculptés, une séance « arts plastiques vivants » pour une résistance aux sociétés répressives.

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point à Paris T: 01 44 95 98 21  jusqu’au 6 octobre à 18h30, le dimanche à 15h, relâche lundi.


Archive pour 15 septembre, 2013

Une semaine en compagnie

Une semaine en compagnie 

Depuis quelques années, Frédéric Fachena et Laurent Vergnaud, directeurs du Collectif 12 de Mantes-la-Jolie, ont initié avec l’aide d’ARCADI, de la Maison des Métallos et de Christophe Rauck, directeur du Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis, une rencontre de compagnies naissantes qui méritent de prendre leur place dans le réseau de la décentralisation. Avec six spectacles présentés du 10 au 15 septembre, à la Maison des Métallos et au Théâtre Gérard Philipe.

Femme de chambre, adaptation et mise en scène de Sarah Capony, d’après le roman de Markus Orths.

Ce spectacle étrange, à la mise en scène remarquable, mais à la distribution inégale, et qui avait obtenu le prix du Théâtre 13 en 2012, a le mérite de révéler un romancier allemand d’une nouvelle génération révoltée qui fascine.. ( voir Le Théâtre du Blog).

Modeste proposition, de et par Jonathan Heckel.

Jonathan Heckel, après un parcours d’acteur au Théâtre du Nord à Lille, avait travaillé avec Gloria Paris dans Les Amoureux de Goldoni qui avait laissé le souvenir d’une belle écriture scénique. Il se lance ici dans une adaptation de Modeste contribution pour empêcher les enfants pauvres d’être à la charge de leurs parents et de les rendre utiles au public de Swift.
Mais ce sympathique solo, devant une table chargée de  nourritures qu’Heckel s’efforce d’offrir au public, n’a rien de la férocité de Swift et n’éveille aucune terreur salvatrice dans le public qui reste simplement amusé. L’évocation de la dégustation de la chair enfantine par un public de riches gourmets peine à se faire entendre.
Jonathan Heckel ferait sans doute mieux de poursuivre encore un temps une carrière d’acteur si bien commencée…

Les Juifs de Lessing, mise en scène d’Olivia Kryger.

De Lessing, on se souvient avec émotion de Nathan le sage écrit en 1779, vue dans la belle mise en scène de Bernard Sobel à Gennevilliers, puis de Dominique Lurcel au Théâtre Silvia Monfort, et enfin de celle très récente de Bernard Bloch à Colmar.
Les Juifs, écrit par Lessing quelque trente ans avant Nathan le sage, aborde le thème de l’antisémitisme virulent qui régnait déjà en Allemagne. Des personnages masqués au nez crochu, avec une longue barbe se frappent la poitrine : « Si j’étais roi, je n’en laisserais pas un seul en vie. Les juifs, c’est un peuple de fripouilles intimes ! ».
On retrouve un voyageur qui a sauvé d’une agression par de soit-disant juifs, un noble qui l’héberge avec son domestique. La jeune fille de la maison le remercie, échange des propos avec lui, mais le jeune homme souhaite partir au plus vite, son domestique a préparé les bagages. Le valet de son hôte a dérobé la tabatière en argent du sauveur, il en fait cadeau à une servante. La tabatière passe de mains en mains, pendant qu’une histoire d’amour se noue entre le sauveur et la fille de la maison.
Le père, agressé par les faux juifs, veut donner sa fille en mariage au jeune homme, mais celui-ci commence par refuser,  vu les propos antisémites qui dominent dans la conversation. Mais le pot aux roses est découvert, les agresseurs ne sont pas juifs, par contre le jeune sauveur en est un ! Et tout finit par un mariage providentiel ! Interprété sur un plateau nu, avec  sur une composition musicale et sonore de Pierre Badaroux, par six comédiens, ce spectacle, malgré un aspect un peu manichéen et simpliste, retient  le public en haleine.

Paradis impressions de Christophe Giordano et Lucie Valon.

Lucie Valon, qui a déjà à son actif plusieurs spectacles ( voir Le Théâtre du Blog), avec son nez rouge de clown, sa voix flûtée changeante, son fil blanc vers le paradis, a une présence certaine et une bonne technique. Mais on oublie très vite ce qu’elle nous raconte, malgré les rires bruyants d’une partie du public. Et, ce qui est plus ennuyeux,  aucune émotion ne surgit de ce spectacle…

Les Optimistes par le Théâtre Majâz.

Le Théâtre Majâz (métaphore, en arabe) a été fondé par trois étudiants issus de chez Jacques Lecoq, Ido Shaked, Lauren Houda Hussein et Hamideh Gadhirzadeh en 2007. Issus du Liban, d’Israël, de Palestine, d’Espagne ou d’Iran, chaque comédien apporte un morceau de son histoire à la compagnie. Après Croisades de Michel Azama, le Théâtre Majâz avait été accueilli en 2011 au Théâtre du Soleil par Ariane Mnouchkine, pour poursuivre son travail avec une nouvelle création Les Optimistes entreprise depuis mai 2010 au Théâtre de la ville de Saint-Jean d’Acre et à l’Espace culturel Arabita de Jaffa.
Trois générations se croisent à Jaffa, quartier autrefois palestinien annexé par Tel-Aviv . On y voit le jeune Samuel envoyé par son grand père pour vendre sa maison autrefois habitée par une famille palestinienne qui a dû émigrer dans un camp de réfugiés. Retour dans le passé, son grand-père Beno, dont la famille a été massacrée en Pologne, émigre en 1948 à Jaffa, bien décidé à habiter « cette terre sans peuple », et s’installe dans cette maison. Journaliste, il prend conscience de la discrimination subie par les Palestiniens contraints de se réfugier au Liban. Il se lie d’amitié avec ses voisins arabes de Jaffa et même avec un prêtre arabe qui parvient à transmettre des messages et même un film fictif, aux exilés qui demandent des nouvelles des orangers disparus.
On se perd un peu dans ce croisement des générations, mais avec un décor très simple, un cadre métallique suspendu aux cintres que les comédiens font tourner à vue, des piles de dossiers entassés à l’avant- scène puis relégués au fond, un canapé, une table et des chaises, on assiste à un témoignage revigorant sur des liens d’amitié entre des peuples qui se sont déchirés. On y parle l’hébreu, l’arabe, l’anglais et le français, le banc de surtitrage reste lisible, mais on reste parfois tellement captivé par ce qui se passe sur scène qu’on oublie de le regarder.

Edith Rappoport

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