Le soldat Ventre-creux

Le Soldat Ventre-creux de Hanokh Levin, texte français de Jacqueline Carnaud et Laurence Sendrowicz, mise en scène de Véronique Widock

Le soldat Ventre-creux soldat« Quand un soldat revient de guerre, il a… Simplement eu d‘la chance et puis voilà » : Yves Montand chantait ça, autrefois. Pour ce qui est de la chance, ce n’est pas si sûr, voir l’Histoire du soldat de Ramuz et Stravinsky : le diable et son violon magique lui ont pris trois ans contre trois jours et personne ne le reconnaît à son retour.
Celui-là aussi, comme le Sosie de Plaute puis de Molière, trouve à son retour sa maison occupée et sa femme dans les bras d’un autre, d’un autre qui prétend être lui-même.
Hanokh Levin réactive la farce tragique en introduisant un troisième Sosie : à côté du Soldat ventre-creux et du Soldat ventre-plein, vient s’inviter le Soldat ventre-à-terre, tenant ses tripes dans sa main comme le triste roi Renaud. Que va-t-il advenir de cette triple revendication ? Rien, parce que le plus fort reste le plus fort. La femme donnera un petit baiser et un petit bout de reconnaissance à chacun, mais le mieux nanti et le plus fort restera le mieux nanti et le plus fort, et  elle sera bien obligée de se soumettre à son pouvoir.
Le blessé, lui,  passera tout le temps de la pièce à mourir, et le ventre-creux ne cèdera jamais, malgré un bref moment de renoncement. Passe,  entre les trois Sosie,  un frêle enfant qui écoute de chacun sa chanson d’enfance et le récit-le même-de ses exploits. Les voisins sont aveugles ou sourds: c’est la guerre même pour l’arrière : le Soldat ventre-creux n’aura jamais pour lui ni preuve ni témoignage objectif qu’il est bien lui-même. Il lui suffit de trouver dans son appétit, dans le manque, la certitude de ce qu’il est. Il en entend peut-être un écho à peine perceptible dans le silence et la gravité de la femme, de l’enfant.
Stéphane Facco excelle dans ce personnage qui tient de l’Arlequin, affamé, virtuose de la comédie, obstiné, inventif, prenant le public à témoin… La mise en scène est de la même eau, forte et précise, à la hauteur de l’humour et de la vitalité de l’auteur, et de sa pudeur à dire le malheur.
On sait bien que Levin était obsédé par l’interminable guerre israélo-palestinienne. Ni sa pièce ni la mise en scène de Véronique Widock ne nous y confrontent directement, mais peut-être  sous le rire, sous le plaisir du travail bien fait, quelque chose de cette amertume trace un chemin ténu.

Christine Friedel

Théâtre de la Tempête, jusqu’au 19 septembre

 


Pas encore de commentaires to “Le soldat Ventre-creux”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...