L’Anniversaire

L’Anniversaire d’Harold Pinter, traduction d’Eric Kahane, mise en scène de Claude Mouriéras.

L'Anniversaire pinter« - C’est toi ? -Oui c’est moi…  etc. » , histoire de parler sans avoir rien à dire. Quoi de plus banal et risible que le dialogue qui s’instaure d’entrée de jeu entre Peter et Meg, un couple qui sonne creux. Ils vivent dans une petite maison au bord de la mer où ils accueillent épisodiquement des pensionnaires.
Stanley, leur unique client, soit-disant pianiste au chômage, s’est incrusté chez eux et a  une liaison avec  Meg. Arrivent deux visiteurs aux intentions obscures, en rapport (ou non) avec le passé opaque de  Stanley.
Ils vont organiser avec Meg l’anniversaire de ce dernier; mais est-ce bien le jour de son anniversaire? La fête tourne alors à un jeu de massacre orchestré par les nouveaux venus,  sans qu’on comprenne bien pourquoi ils déchaînent leur violence contre Stanley.
Il ne faut pas compter sur  les mots pour dévoiler la psychologie des protagonistes ou motiver leur comportement. Les dialogues lapidaires n’explicitent rien, mais, au contraire,  embrouillent tout dans un flot de paroles cinglantes, de questions qui restent souvent sans réponse. Le langage se contente alors d’être une machine à jouer, à incarner
dans toute leur brutalité les personnages, lâchés dans l’arène par l’auteur qui n’a jamais voulu donner d’explications sur eux. « Le langage, en art, demeure une affaire extrêmement ambigüe, des sables mouvants », rappelait  Pinter, à la conférence qu’il prononça, à l’occasion de la remise de son prix Nobel de littérature en 2005.
Séduit par  l’énigme de l’Anniversaire, le cinéaste qu’est Claude Mouriéras*  a tout de suite pensé à Hitchcock, au point de situer ce huis-clos dans un duplex new-yorkais des années 80, avec cuisine américaine clean et chambres à hauteur des cintres (la part cachée des choses)
Dans un décor sobre , la pièce se déroule comme dans un long plan séquence, avec des actions parfois simultanées. Pas de  fioritures de mise en scène ni de  pédagogie : les comédiens adoptent un jeu dépouillé, comme au cinéma. Nicolas Lormeau campe un mari indifférent qui ne veut surtout rien savoir. Un Monsieur tout le monde aveugle aux horreurs qui se déroulent à son nez et à sa barbe, de même que son épouse, Céline Brune en femme au foyer  vieillissante.  » Vieux crouton racorni », « Vieux sac à linge succulent » , lui lance à l’occasion Jérémy Lopez en Stanley dépressif et traîne-savate. Nazim Boudjenah et Eric Génovèse interprètent un duo de « tontons flingueurs »,  cyniques et goguenards.
L’Anniversaire
est la deuxième pièce de Pinter. Ecrite en 1958, elle fut rejetée par la critique à sa création avant de connaître un succès mondial, quand elle fut reprise en 1964 après Le Gardien et Le Retour.  Elle porte déjà en germe le  » théâtre de la menace » :  comme on qualifie souvent l’œuvre de Pinter car  s’y exprime la banalité du mal, la violence latente qui mène au totalitarisme. Mais il appartient au spectateur de se frayer son propre parcours dans les méandres d’une intrigue opaque. C’est un plaisir qui le conduit insidieusement au cœur des turpitudes dont les hommes  sont capables. Du grand art dramatique !
. »Chez Pinter il vaut mieux rire au début car, à la fin en général,  ça se gâte », avait prévenu le metteur en scène.

Mireille Davidovici

Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 24 octobre.

* Des films de Claude Mouriéras seront projetés au Vieux-Colombier et à la  Salle Richelieu.  (voir programme /www.comedie-francaise.fr)

 


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