Hannibal

Hannibal, de Christian Dietrich Grabbe, traduction de Bernard Pautrat, mise en scène de Bernard Sobel.

Hannibal hannibalPour  Christian Dietrich Grabbe (1801-1836), l’Histoire est perçue comme une vaste mascarade toujours recommencée. Napoléon ou les Cent-Jours (1831), montée déjà en 96 par Bernard Sobel, grand connaisseur du théâtre allemand, est l’œuvre maîtresse de ce dramaturge désenchanté d’outre-Rhin qui démolit la politique napoléonienne à partir de perspectives diverses,  et qui répond à  une vision de l’Histoire forcément sceptique pour ne pas dire nihiliste.
Hannibal (1835)  présente une fresque moins directement politique pour atteindre à une modernité devenue universelle. Le héros est pris dans l’étau de deux impérialismes économiques antithétiques, Rome et Carthage, à l’époque des guerres puniques entre le IIe et le Ier siècle avant J.C.
Selon Sobel, l’Histoire, lointaine ou proche, compose la matière poétique de l’œuvre méconnue de Grabbe, pourtant apte à mieux nous faire comprendre notre présent.
Sans illusions mais sans amertume, Hannibal, chef des armées carthaginoises, est lucide sur les calculs politiques et les stratégies de ses adversaires. Ainsi, en face, les Romains avec les frères Scipion ; et dans son propre camp, les alliés carthaginois qui, au lieu de le soutenir, le tiennent à l’écart, et ne lui fournissent pas les renforts nécessaires pour aider à une  victoire sur Rome.
Comment cacher une douleur longtemps éprouvée ? Telle est la question que se pose Hannibal, conscient dans sa solitude que l’homme égaré ne voit-hors de tout système-que « ses plus lointaines nébuleuses, et non ce qui est devant lui. »
Le héros qui aura tout fait pour triompher, se soustrait à la fin à ceux qu’il aura fait trembler, buvant une fiole préparée pour son suicide. Un héros libre infiniment. L’action d’Italie se déroule en Espagne,  et à Carthage  et Asie mineure, entre les sacrifices humains rendus à Moloch, la chute de Numance et l’incendie de Carthage.
À partir d’une Histoire aux événements approximatifs, la mise en scène invite à un voyage poétique dont l’esthétique est lumineuse. Le décor de Lucio Fanti participe de cette épopée géographique et guerrière. Un plateau de parquet de bois  à amples marches montantes vers un ciel de nuit étoilée, une carte topographique  au loin en ombres chinoises, où est esquissé le Sud de l’Europe, le pourtour méditerranéen, et l’Afrique du Nord. Les lieux et les temps de la bataille sont évoqués alternativement,  Carthage ou Rome avec  des tours de couleur et des toits,  comme en peignait Giotto, qui  descendent des cintres  donnant vie à un conte féérique.
La prose poétique de Grabbe évoque l’Afrique avec ses marchés: esclaves noirs, enfants, pucelles, filles de roi et veuves âgées. Des marchés où l’on vend en même temps, girafes, chameaux, autruches, lions et éléphants. Puis Rome advient encore avec le Sénat et ses tribuns aux parures éclatantes. L’armée napoléonienne est également rappelée avec ses atours militaires identifiables. Des rappels encore du Prince de Hombourg de Kleist, qui serait décalé et anachronique. Les acteurs, choisis avec rigueur, dont le baroque Pierre-Alain Chapuis, Claude Guyonnet, Jean-Claude Jay…participent à cette  fresque glorieuse, portant haut le verbe déclamé
Jacques Bonnaffé, lui,  rend vie à Hannibal, le héros moderne-notre contemporain-qui commente, en les méditant, les relations de pouvoir. Le discours clairvoyant du viril chef des armées se déplie sous le regard attentif et l’écoute intense du public : une pensée tour à tour confiante en l’humanité et se défiant d’elle.
Un texte d’envergure éclairé par la justesse de la mise en scène.

Véronique Hotte

  Les représentations se suivent et ne se ressemblent pas toutes, c’est un fait assez banal au théâtre … Nous étions à cet Hannibal deux jours avant celle à laquelle assistait notre amie Véronique et nous sommes loin d’avoir la même admiration pour ce spectacle. Et c’est un euphémisme! C’est vrai que nous avons raté le début à cause d’une erreur de lecture de l’horaire, mais le texte de Grabbe,  ne nous a pas paru vraiment très passionnant sur le plan théâtral,  même si le personnage d’Hannibal, bien joué par Jacques Bonnafé,  a quelque chose d’attachant. Et, dans une salle à moitié vide-ceci expliquait peut-être cela- le spectacle  se traînait, sans beaucoup de rythme. Et le reste de la  distribution est assez médiocre, si l’on excepte Pierre-Alain Chapuis, Claude Guyonnet et Jean-Claude Jay. Désolé,  le spectacle distillait ce soir-là, un ennui de premier ordre.
Certes le décor de Fanti est celui d’un bon peintre, et ces grandes maquettes de villes italiennes sont très belles mais quelle curieuse idée d’avoir imaginé ces grandes marches qui ne servent pas le jeu des acteurs  et dont l’un a failli tomber… Et on oubliera le n’importe quoi et la laideur des costumes.  Quant à la mise en scène de Sobel, elle nous a paru sèche et bien conventionnelle et on l’a connu plus inspiré comme  directeur d’acteurs…
  Le spectacle dure plus de deux heures ! Et c’est long, long! Il est vrai que, sur la fin, il  prend tout d’un coup de belles couleurs dramatiques  quand Hannibal s’empoisonne. Mais il il faut les mériter ces quelques minutes! Cet Hannibal semble avoir divisé la critique: une mienne consœur et un mien confrère m’ont avoué s’être profondément ennuyés mais une autre mienne consœur trouvait que, même si la distribution était loin du compte,  le spectacle dans son ensemble était intéressant. Mais…  aucune des trois n’avait la moindre intention d’y retourner!
Donc, à vous de juger mais, en tout cas,  nous ne vous y pousserons pas  à y aller.

Philippe du Vignal

Théâtre de Gennevilliers. Tél : 01 41 32 26 10,  jusqu’au 4 octobre,  les mardi et  jeudi à 19h30, les mercredi, vendredi et  samedi à 20h30, et le  dimanche  à 15h.

 


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