Traces d’Henry VI

Traces d’Henry VI d’après Shakespeare, mise en scène d’Agnès Bourgeois.

 

Traces d’Henry VI  dscf5852C’est « un travail å la table » auquel se livrent les élèves de première année de l’EDT91 (École départementale de théâtre): les voici donc attablés, tous identiquement vêtus, décortiquant en 90 minutes, cette trilogie fleuve qui  ne compte pas moins d’une centaine de personnages mais ils sont une douzaine à incarner les protagonistes de cette guerre de succession, qui se terminera, une pièce plus tard, par la prise de pouvoir d’un Gloucester, Richard lll…
En attendant, le couvert est mis pour le repas funèbre: les pairs d’Angleterre,  réconciliés pour l’occasion, pleurent la mort d‘Henri V. Trêve de courte durée. Ils auront tôt fait de reprendre les querelles qui opposent les clans irréconciliables de York et de Lancaster : roses rouges contre roses blanches. Ainsi débute le règne chancelant du jeune Henri Vl, encore sous la tutelle d’un Lord Protecteur, corrompu et contesté. Un mariage malheureux avec Marguerite d’Anjou, le fille du roi René, n’affermira pas son autorité:  le nouveau règne est constamment menacé par les luttes intestines.
Agnès Bourgeois a pris le parti radical de choisir l’intrigue politique plutôt que la fresque historique et de resserrer l’action sur un lieu unique, la table qui sera, tour à tour, scène de banquet, débarcadère, promontoire, jardin ou champ de bataille. Elle constitue l’espace symbolique « plein de bruit et de fureur » où se dévoilent les appétits féroces de chacun.
Pour traduire les soubresauts qui agitent le royaume,  s’instaure autour de cet espace circonscrit une ronde sans fin. Les apprentis-comédiens tournent jusqu’à ce qu’obéissant aux  coups de cymbale de la metteuse en scène  en fond de scène, ils s’immobilisent à une place. En s’asseyant sur l’une des chaises portant les noms des grands du royaume (Gloucester, Suffolk, York,  Somerset…, etc.) ou des deux seules femmes ici présentes (Marguerite et Eleonore), ils vont endosser le rôle assigné par le siège qu’ils occupent temporairement.
Pris dans  ce mouvement perpétuel, ils jouent ainsi une partition différente d’une représentation à l’autre. ce qui demande une certaine virtuosité. La pièce se trouve donc  réduite à une succession de figures, à un jeu de rôles où les personnages se fondent les uns dans les autres jusqu’au brouillage des repères…
Ce qui exige du public un effort constant de compréhension. L’exercice est formateur,
tant du point de vue de la dramaturgie que de l’interprétation, pour les comédiens en herbe. lancés sur les traces d’Henri VI . Mais ce jeu de chaises musicales exige  de chacun qu’il maîtrise la totalité du texte et réagisse promptement à toute situation.
C’est  un terrain de jeu et un beau laboratoire de travail offerts aux élèves mais cela constitue une  limite. Il  faut quand même saluer l’originalité de cet Henri Vl et la pertinence de la mise en scène…
Et, même si le acteurs ont parfois du mal à tenir le pari jusqu’au bout, on ne peut contester l’aspect ludique du spectacle. Les spectateurs s’amusent comme les élèves-comédiens à reconstituer la pièce livrée en fragments.

Anis Gras à Arcueil  jusqu’au 22 septembre 2013

 


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