De la cave au grenier

De la Cave au grenier, soirée d’ouverture du Collectif 12 .

De la cave au grenier dsc01950web-602x401-156x300Le Collectif 12, fabrique d’art et de culture, dispose d’un lieu chaleureux entre Mantes-la-Jolie et Mantes-la-Ville, avec  salles de répétitions, hébergement de plusieurs chambres, cuisine, et salle de spectacles. Frédéric Fachena et Laurent Vergnaud en ont pris la direction après le départ de Catherine Boskowitz. Ils animent une équipe  d’artistes, techniciens et  administratifs qui se réunissent chaque mois pour mettre sur pied des résidences, des ateliers en milieu scolaire, et des présentations des spectacles répétés dans leur lieu qui connaîtront une diffusion ultérieure.
   On a pu voir notamment Turandot de Brecht, mise en scène par Mirabelle Rousseau,  Le Précepteur de Lenz, Mange ta Tête d’Elsa Ménard, et encore le groupe Krivitch de Ludovic Pouzerate avec Brûle… Le Collectif 12 a également initié Une semaine en Compagnie avec l’aide d’ARCADI, du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis et de la Maison des Métallos, qui ouvre la saison théâtrale depuis quelques années.
Au Collectif 12, la saison commence traditionnellement avec une soirée chaleureuse ouverte aux voisins. Après les banquets théâtralisés des dernières années, nous sommes conviés à une visite ludique des différents lieux, avec des petites formes élaborées pendant le mois précédent, mêlant amateurs et professionnels, sous la direction de Christian Bourigault, étonnant chorégraphe en résidence dans la maison. Sur deux bancs dans la cour, des groupes d’acteurs assis à cheval les uns derrière les autres esquissent une chorégraphie.
Puis Pénélope Perdereau nous donne un avant-goût de O Bloque de Marina Damestoy, monologue d’une femme sans abri hallucinée qui sera présenté en tournée plus tard dans la saison. On nous emmène ensuite par petits groupes dans l’escalier vers une chambre d’hôtes, la porte s’ouvre pour laisser passer Myriam Krivine, émouvante chanteuse.
Dans la salle de théâtre, la compagnie du Dahu présente un extrait de Muscles, où l’on voit un handicapé se débattre avec sa chaise, pendant qu’un ange blanc s’enroule vers les cintres dans des tissus immaculés. Enfin,  un extrait prometteur de La comtesse Marie immaculée, d’après un scénario érotico-politique de Jean-Patrick Manchette, interprété par Estelle Lesage qui fume, allongée dans un lit aux draps de satin noir et qui  subit les assauts d’Étienne Parc.

Edith Rappoport

Collectif 12, Friche André Malraux, 174 rue du Maréchal Juin,  Mantes la Jolie (Yvelines). T:  01 30 33 22 65


Archive pour 29 septembre, 2013

Je serai abracadabrante jusqu’au bout

Je serai abracadabrante jusqu’au bout,  d’après le Journal de Mireille Havet, mise en scène de Gabriel Garran,

C’est une belle découverte que ce texte d’une jeune poétesse,  amie de Guillaume Apollinaire, morte à trente quatre ans ans  en 1932,  perdue dans les drogues et les amours libertines, Gabriel Garran, toujours à l’affût des textes rares avec son Parloir Contemporain, nous a conviés à la Maison de l’Arbre à entendre ce texte fulgurant publié en 95,  la grande salle de spectacles où l’on retrouvait nombre de personnalités, notamment le toujours jeune Jack Ralite, l’unique grand politique fidèle à ses convictions qui fréquente le théâtre.
On écoute avec curiosité ce texte étrange, avec les folles passions de Mireille Havet pour les femmes et toutes sortes de drogues dans un grand espace peuplé de fauteuils que l’actrice renverse au gré de ses divagations.
Mais Margot Abrascal qui incarne Mireille Havet n’est pas à la hauteur du texte qu’elle est censée incarner. Trop brusque, trop dure, elle a au moins le mérite d’avoir apporté ce texte à Gabriel Garran.

Edith Rappoport

Maison de l’Arbre 9 rue François Debergue, Montreuil, du mercredi au samedi jusqu’au 27 octobre, sauf les 11, 12, 13 octobre, Tél 01 48 04 65
Le Journal de Mireille Havet est en vente librairie Michèle Firck, http://www.clairepaulhan.com

Don Quichotte ou le vertige de Sancho


Don Quichotte ou le vertige de Sancho, d’après L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de La Manche de Miguel de Cervantès, traduction d’Aline Schulman, adaptation, mise en scène et scénographie de Régis Hébette.

Don Quichotte ou le vertige de Sancho imagesUn voyant, un visionnaire, un prophète qui ne voit pas ce qui est mais ce qui devrait être, qui accumule les échecs et essuie des catastrophes successives, tel est bien Don Quichotte enclin à ses chères hallucinations, chevalier à la Triste Figure, dont aimait à parler Gilles Deleuze..
Jamais ce Matamore qui s’ignore ne désarme, il s’oppose seul à la folie du monde qui va selon les intérêts privés. À Sancho qui se plaint de ne voir ni géants, ni chevaliers, mais soupçonne plutôt chez  son maître une histoire d’enchantements, fantômes et  bêlements de moutons, Quichotte rétorque : « C’est la peur, Sancho, qui t’empêche de voir et d’entendre comme il faut ; car elle a parmi d’autres effets, celui de troubler les sens et de faire que les choses paraissent autrement qu’elles ne sont. »
Régis Hébette a senti une même passion pour cet être d’exception, toujours gentiment moqué quand il conviendrait de lui rendre raison. Le chevalier conseille même à Sancho de se mettre à l’écart de la bataille, et il saura seul donner la victoire au camp qu’il soutient. Que l’on soit lecteur de l’œuvre ou spectateur, ou que l’on soit un compagnon qui, dans le roman de Cervantès croise le héros,  impossible de distinguer entre le trouble mental et la volonté raisonnée chez le chevalier de roman : « Mille deux cents pages durant, dit Régis Hébette, Cervantès soutient que la frontière entre folie et raison est indéterminable, mettant ainsi en échec l’ordre binaire du monde ».
Depuis quatre siècles, la destinée  de l’œuvre  est inouïe:  elle a suscité tant d’interprétations contradictoires, que la réalité à laquelle la raison nous demande de revenir, ne se nourrit que de fictions nécessaires à sa perpétuelle réinvention.
Don Quichotte ou le vertige de Sancho
porte bien son nom: c’est le point de vue du valet, hébété le plus souvent, hagard encore, mais ferme sur sa saine raison, qui ne cesse de mettre en question les frasques successives de son maître.  A l’allure plébéienne, le pas lourd et la diction un peu lente et paysanne, il est pourtant porteur au second degré, de la raison du spectateur  qui assiste aux extravagances de Quichotte.
C’est un feu d’artifices scénique et scénographique, flirtant avec l’ »installation » et la performance. La mise en scène  joue avec les effets sonores et artisanaux en tout genre: la flûte, le violon, le bar à sons et à bruits radiophoniques, les chansons médiévales a capella, mais utilise  aussi le dessin et  la peinture sur fresque, à partir de larges feuilles de papier encadrées: paysages montagneux, châteaux du Moyen-Âge, esquisses du chevalier qui disparaissent  au profit d’autres. La monture Rossinante a droit à un cadre personnel, quand il s’agit de la lancer au galop, Quichotte en selle, hissé sur un escabeau, et Sancho s’essoufflant derrière à pied.
Humour, ironie et distanciation : les Quichotte, trois chevaliers à la triste figure, s’échangent les rôles, les répliques et les scènes. Un chœur de nobles chevaliers à la belle chemise blanche, le regard élevé et digne, interprété par des comédiens joyeux, fanfarons de belle envergure, se contentant d’un rien pour accessoire de théâtre, un sac, des chaussures à même la peau, jouant la folie avec les honneurs.
Un moment de théâtre et de franches hallucinations, dispensateur d’images issues de la mémoire collective et qui ont la capacité de peupler à satiété notre imaginaire. Avec, dirigés à la baguette, Pascal Bernier, Marc Bertin, Fabrice Clément et Sylvain Dumont, tous unis derrière la bannière de Don Quichotte…

Véronique Hotte

L’Échangeur, Théâtre de Bagnolet. Tél : 01 43 62 71 20, du 26 septembre au 19 octobre 2013, jeudi, vendredi, samedi, lundi à 20h30, dimanche à 17h.

La Fleur à la bouche

La Fleur à la bouche de Luigi Pirandello, traduction de Marie-Anne Comnène, accompagnée d’extraits du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, traduction de Jean-Paul Manganaro, mise en scène de Louis Arène.


 La Fleur à la bouche la_flleur_023_brigittteenguerandSur le plateau, s’ouvre la solitude d’un café ouvert la nuit, faiblement éclairé et environné de silence, au début du vingtième siècle.
Deux tables de café avec leurs  chaises  en bois.   Deux clients en costume,  portant  un masque de commedia delle arte, qui augmentent  leurs traits, comme si le théâtre et la mort étaient réunis métaphoriquement chez  ces êtres éphémères d’un soir.
L’Homme à la fleur, Michel Favory -qui est à l’initiative de ce  projet- porte sur les lèvres, cachée à l’observateur, une fleur violette, symptôme d’une maladie irréversible.
Dans la bouche du narrateur, un souffle qui s’amenuise, signe à peine perceptible de la mort. Le second visiteur (Louis Arène) est un homme d’affaires impatient qui a raté son train, et qui attend le prochain à l’aube. Il a laissé à la consigne les encombrantes  emplettes de sa femme et sa fille.
Ils boivent en guise de consolation, une menthe à l’eau ou une grenadine. Le public est convié  à un joli rendez-vous poétique avec des invités de choix: la littérature et la mort, via La Fleur à la bouche de Pirandello (1867-1936) et des extraits du Guépard de Lampedusa (1896-1957). Le face-à-face des deux œuvres -entre lecture et spectacle- est  judicieux: les auteurs siciliens presque contemporains ont en effet rendu compte, chacun à leur façon, du bouleversement historique  qu’a connu leur petite île méditerranéenne,  et le monde, en général.
À travers les proses poétiques de la pièce comme du roman, l’écoute du spectateur se fait attentive à cette  distillation élégante de la vie qui passe jusqu’au point exact de son achèvement, juste avant la rupture brutale qui fait s’entrechoquer vie et mort. Le narrateur de La Fleur à la bouche (1923), adaptée de la nouvelle Caffe notturno, analyse ce qu’être en vie veut dire, en s’attachant aux moindres détails de l’existence, une école de la vraie vie. Comment emballer un cadeau avec tact ou contempler la vitrine d’un magasin, des heures durant ? Une façon de s’oublier soi.
Le même désenchantement avec,  en alternance, le même emportement fougueux pour la vie, s’empare du Prince dans Le Guépard (1958). A Palerme, à un  bal dans un palais où se retrouvent  Don Fabrizio et des jeunes gens, dont Tancrède et Angelica, le Prince âgé se réfugie dans la bibliothèque et contemple un tableau, La Mort du Juste de Greuze, une mise en abyme de sa situation personnelle: sa mort qui  ne touchant guère les plus jeunes qui n’entrevoient  qu’intellectuellement
la fin de leur existence.
Le Prince rentre chez lui à pied, en  admirant les étoiles: « D’une petite rue de traverse, il entrevit la partie orientale du ciel, au-dessus de la mer. Vénus était là, enveloppée dans son turban de vapeurs automnales. Elle était toujours fidèle, elle attendait toujours Don Fabrizio au moment de ses sorties matinales, à Donnafugata avant la chasse, maintenant après le bal. »
À sa mort, une dame en costume de voyage le rejoint, et la créature, désirée depuis toujours, vient le chercher : « Arrivée face à lui, elle souleva sa voilette et ainsi, pudique mais prête à être possédée, elle lui apparut plus belle qu’il ne l’avait jamais vue dans les espaces stellaires. »
Quand le fracas de la mer se calme pour le Prince du Guépard, le spectateur ébloui écoute alors son cœur battre aux paroles de L’Homme à la fleur.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie Française. Tél : 01 44 58 98 58,  jusqu’au 3 novembre 2013, du mercredi au dimanche à 18h30.

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