La Fleur à la bouche

La Fleur à la bouche de Luigi Pirandello, traduction de Marie-Anne Comnène, accompagnée d’extraits du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, traduction de Jean-Paul Manganaro, mise en scène de Louis Arène.


 La Fleur à la bouche la_flleur_023_brigittteenguerandSur le plateau, s’ouvre la solitude d’un café ouvert la nuit, faiblement éclairé et environné de silence, au début du vingtième siècle.
Deux tables de café avec leurs  chaises  en bois.   Deux clients en costume,  portant  un masque de commedia delle arte, qui augmentent  leurs traits, comme si le théâtre et la mort étaient réunis métaphoriquement chez  ces êtres éphémères d’un soir.
L’Homme à la fleur, Michel Favory -qui est à l’initiative de ce  projet- porte sur les lèvres, cachée à l’observateur, une fleur violette, symptôme d’une maladie irréversible.
Dans la bouche du narrateur, un souffle qui s’amenuise, signe à peine perceptible de la mort. Le second visiteur (Louis Arène) est un homme d’affaires impatient qui a raté son train, et qui attend le prochain à l’aube. Il a laissé à la consigne les encombrantes  emplettes de sa femme et sa fille.
Ils boivent en guise de consolation, une menthe à l’eau ou une grenadine. Le public est convié  à un joli rendez-vous poétique avec des invités de choix: la littérature et la mort, via La Fleur à la bouche de Pirandello (1867-1936) et des extraits du Guépard de Lampedusa (1896-1957). Le face-à-face des deux œuvres -entre lecture et spectacle- est  judicieux: les auteurs siciliens presque contemporains ont en effet rendu compte, chacun à leur façon, du bouleversement historique  qu’a connu leur petite île méditerranéenne,  et le monde, en général.
À travers les proses poétiques de la pièce comme du roman, l’écoute du spectateur se fait attentive à cette  distillation élégante de la vie qui passe jusqu’au point exact de son achèvement, juste avant la rupture brutale qui fait s’entrechoquer vie et mort. Le narrateur de La Fleur à la bouche (1923), adaptée de la nouvelle Caffe notturno, analyse ce qu’être en vie veut dire, en s’attachant aux moindres détails de l’existence, une école de la vraie vie. Comment emballer un cadeau avec tact ou contempler la vitrine d’un magasin, des heures durant ? Une façon de s’oublier soi.
Le même désenchantement avec,  en alternance, le même emportement fougueux pour la vie, s’empare du Prince dans Le Guépard (1958). A Palerme, à un  bal dans un palais où se retrouvent  Don Fabrizio et des jeunes gens, dont Tancrède et Angelica, le Prince âgé se réfugie dans la bibliothèque et contemple un tableau, La Mort du Juste de Greuze, une mise en abyme de sa situation personnelle: sa mort qui  ne touchant guère les plus jeunes qui n’entrevoient  qu’intellectuellement
la fin de leur existence.
Le Prince rentre chez lui à pied, en  admirant les étoiles: « D’une petite rue de traverse, il entrevit la partie orientale du ciel, au-dessus de la mer. Vénus était là, enveloppée dans son turban de vapeurs automnales. Elle était toujours fidèle, elle attendait toujours Don Fabrizio au moment de ses sorties matinales, à Donnafugata avant la chasse, maintenant après le bal. »
À sa mort, une dame en costume de voyage le rejoint, et la créature, désirée depuis toujours, vient le chercher : « Arrivée face à lui, elle souleva sa voilette et ainsi, pudique mais prête à être possédée, elle lui apparut plus belle qu’il ne l’avait jamais vue dans les espaces stellaires. »
Quand le fracas de la mer se calme pour le Prince du Guépard, le spectateur ébloui écoute alors son cœur battre aux paroles de L’Homme à la fleur.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie Française. Tél : 01 44 58 98 58,  jusqu’au 3 novembre 2013, du mercredi au dimanche à 18h30.

 


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