La Dame de la mer

La Dame de la mer, d’Henrik Ibsen, adaptation d’Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène de Jean-Romain Vesperini.

 

La Dame de la mer scene05L’investigation patiente de la psychologie féminine, a toujours été privilégiée par Ibsen. La Dame de la mer distille ainsi « cette mélancolie, comme une sourde lamentation sur la condition humaine dans son ensemble et sur la conduite des hommes ». Certains ont pu voir dans la pièce  (1888), une étude réussie d’un cas d’hystérie ou de névrose, compliquée d’hypnose-discipline en  vogue dans  cette seconde moitié du XIX ème siècle.
Ellida, qu’incarne avec une rare justesse Anne Brochet, distille une mélancolie chagrine que l’attraction pour les choses de l’au-delà et le mépris pour les réalités des jours qui passent, entretiennent. Figure insolite  soumise à l’envoûtement indéfinissable d’un homme venu de l’ailleurs.
L‘hypnose est attachée au marin – l’Étranger – et à son regard, voire à la mer abyssale et tourmentée que représente l’aventurier. Il n’est guère possible de résister à une telle fascination inconsciente pour la nageuse expérimentée, fille de gardien de phare. Le sincère amour de Wangel – (Jacques Weber) père de deux jeunes filles, Hilde et Bolette, et qui a épousé Ellida en secondes noces, ne peut s’opposer à la malédiction qui pèse sur l’amante de la mer.
Le silence et le non-dit, l’allusion, la demi-teinte, la suggestion, sont des signes de reconnaissance infaillibles du théâtre d’Ibsen. L’indicible encore est l’univers dans lequel le couple se réfugie : le mari et la femme ne se parlent pas, ils se parlent à eux-mêmes, livrant de temps à autre des bribes de leur réflexion personnelle, dans un monologue intime dont ils ne se départissent jamais.
Un ancien motif légendaire, populaire et à connotation magique, venu d’Islande et des pays du Nord, semble avoir présidé à la conception de la pièce, une histoire de sirène métamorphosée en femme terrestre et qui aspire finalement à retourner à la mer dont elle sent l’appel irrésistible.

La mer est souveraine : l’élément bachelardien a laissé un temps la sirène vaquer à ses occupations quotidiennes, près du fjord, et elle demande à présent que la belle lui revienne, un dû suite à un pacte conclu  par marin interposé (Laurent Fernandez). Ainsi, deux bagues nouées et jetées dans la grande bleue en guise de promesse d’amour pour le marin américain et pour Ellida qui n’était pas mariée encore. La pièce romanesque est mêlée de symbolisme et de réalisme, un mélange subtil… qu’il n’est guère aisé d’atteindre.
Anne Brochet, qui sait jongler avec les deux courants artistiques, est une vraie Dame de la mer intérieure, tout en retenue, pudique, idéaliste et attachée aux forces oniriques qui l’accaparent.
Jacques Weber fait son job comme attendu–paroles pesées et démarche de sénateur. Notons la poésie des prestations soignées  du rêveur Jean-Claude Durand, du facétieux Jean-François Lapalus,  et de l’aimable et rieuse Ninon Brétécher, un plaisir pour le public…

Véronique Hotte

Du mardi au samedi à 20h30, matinées samedi à 17h30 et dimanche à 15h30. Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaieté 75014 Paris. Tél : 01 43 22 77 74


Archive pour 6 octobre, 2013

La Dame de la mer

La Dame de la mer, d’Henrik Ibsen, adaptation d’Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène de Jean-Romain Vesperini.

 

La Dame de la mer scene05L’investigation patiente de la psychologie féminine, a toujours été privilégiée par Ibsen. La Dame de la mer distille ainsi « cette mélancolie, comme une sourde lamentation sur la condition humaine dans son ensemble et sur la conduite des hommes ». Certains ont pu voir dans la pièce  (1888), une étude réussie d’un cas d’hystérie ou de névrose, compliquée d’hypnose-discipline en  vogue dans  cette seconde moitié du XIX ème siècle.
Ellida, qu’incarne avec une rare justesse Anne Brochet, distille une mélancolie chagrine que l’attraction pour les choses de l’au-delà et le mépris pour les réalités des jours qui passent, entretiennent. Figure insolite  soumise à l’envoûtement indéfinissable d’un homme venu de l’ailleurs.
L‘hypnose est attachée au marin – l’Étranger – et à son regard, voire à la mer abyssale et tourmentée que représente l’aventurier. Il n’est guère possible de résister à une telle fascination inconsciente pour la nageuse expérimentée, fille de gardien de phare. Le sincère amour de Wangel – (Jacques Weber) père de deux jeunes filles, Hilde et Bolette, et qui a épousé Ellida en secondes noces, ne peut s’opposer à la malédiction qui pèse sur l’amante de la mer.
Le silence et le non-dit, l’allusion, la demi-teinte, la suggestion, sont des signes de reconnaissance infaillibles du théâtre d’Ibsen. L’indicible encore est l’univers dans lequel le couple se réfugie : le mari et la femme ne se parlent pas, ils se parlent à eux-mêmes, livrant de temps à autre des bribes de leur réflexion personnelle, dans un monologue intime dont ils ne se départissent jamais.
Un ancien motif légendaire, populaire et à connotation magique, venu d’Islande et des pays du Nord, semble avoir présidé à la conception de la pièce, une histoire de sirène métamorphosée en femme terrestre et qui aspire finalement à retourner à la mer dont elle sent l’appel irrésistible.

La mer est souveraine : l’élément bachelardien a laissé un temps la sirène vaquer à ses occupations quotidiennes, près du fjord, et elle demande à présent que la belle lui revienne, un dû suite à un pacte conclu  par marin interposé (Laurent Fernandez). Ainsi, deux bagues nouées et jetées dans la grande bleue en guise de promesse d’amour pour le marin américain et pour Ellida qui n’était pas mariée encore. La pièce romanesque est mêlée de symbolisme et de réalisme, un mélange subtil… qu’il n’est guère aisé d’atteindre.
Anne Brochet, qui sait jongler avec les deux courants artistiques, est une vraie Dame de la mer intérieure, tout en retenue, pudique, idéaliste et attachée aux forces oniriques qui l’accaparent.
Jacques Weber fait son job comme attendu–paroles pesées et démarche de sénateur. Notons la poésie des prestations soignées  du rêveur Jean-Claude Durand, du facétieux Jean-François Lapalus,  et de l’aimable et rieuse Ninon Brétécher, un plaisir pour le public…

Véronique Hotte

Du mardi au samedi à 20h30, matinées samedi à 17h30 et dimanche à 15h30. Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaieté 75014 Paris. Tél : 01 43 22 77 74

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