Lucrèce Borgia

Lucrèce Borgia de Victor Hugo, mise en scène de Lucie Berelowitsch.

Lucrèce Borgia redim_proportionnel_photo-5Qu’il ait une mission politique, sociale ou humaine, le poète hugolien a toujours charge d’âmes. S’il souligne la beauté et la laideur moralement emmêlées chez ses héros de théâtre, la vertu reste la seule référence possible comme projet existentiel. Partant à la conquête scénique de cet idéal romantique, Lucie Berelowitsch met en scène Lucrèce Borgia avec une troupe de jeunes comédiens déjà aguerris qui entourent prestement de bruit et de fureur la pudique Marina Hands, pleine de flamme dans le rôle éponyme.
Une brigade de jeunes gens roués,  avec  un esprit de troupe, maladroite et brouillonne dans ses excès mais très convaincante. Il y a de quoi faire, le chaos élaboré sur scène montre: « Le cercueil dans la salle de banquet, la prière des morts à travers les refrains de l’orgie, la cagoule du bourreau à côté du masque de fête » ( Préface, 1833).
Le grotesque et le sublime se confrontent ici, et cette leçon didactique qui pourrait être issue de la Préface de Cromwell (1827). Une vie vertigineuse frôle une mort longuement préparée et subitement donnée. Avec une griffe cinéma, identifiable dans les mouvements et scènes chorégraphiées, les gros plans sur tel personnage exclu, ou bien aux aguets.
Parmi les fêtes effervescentes, bat le cœur d’une caverne platonicienne habitée d’ombres éphémères, un clair-obscur pictural de verdure entre rêve et cauchemar. La mise en scène, attentive à la noirceur du drame, varie de la nuit étoilée à des fonds bourbeux, de l’or des masques vénitiens à des faciès macabres.
Avec, en parfum d’ambiance, les vapeurs de flacons de poison qui diffusent çà et là l’accent d’une esthétique gothique. Une verrière de métallos en guise de façade de palais, rehaussées de barres de fer élevées propices aux apparitions menaçantes. des comédiens sur des échafaudages tubulaires qu’ils escaladent sans fin, depuis des fenêtres d’appartements devinées, dont les hauteurs plongent dans les paysages lointains de la campagne de Ferrare.
Quelques lustres de cristal et des lumières scintillantes de carnaval éclairent ces jeunes compagnons d’armes à la vie houleuse, face au pouvoir arbitraire, tous victimes familiales des Borgia et  qui n’aspirent qu’à se venger  des tyrans.
Le jeune Gennaro accompagne fraternellement Maffio dans ce désir vindicatif. Gennaro est un orphelin rêvant d’une mère inconnue, et on le croyait exclu de l’histoire des Borgia  mais s’il est porteur d’une lourde fatalité héréditaire, il ignore sa filiation directe avec l’ennemie de tous, Lucrèce-dépravée et criminelle-et le propre frère de celle-ci. Une figure maternelle avilie dont le père est le pape Alexandre VI.
« Prenez, dit Victor Hugo, la difformité morale la plus hideuse… dans le cœur d’une femme, avec toutes les conditions de beauté physique et de grandeur royale, qui donnent de la saillie au crime (…) Mêlez à toute cette difformité morale… le sentiment maternel … le monstre fera pleurer… »
Marina Hands a le cran souhaité-vivacité verbale et répartie gestuelle-pour se battre politiquement et physiquement contre ses adversaires virils. Elle sait aussi s’abandonner à la tendresse. Mais Gubbetta, le traître vendu aux basses œuvres, manipule des deux côtés les ennemis. À côté d’une fresque éclairée à la Delacroix de corps dénudés et sans vie, une tension infinie se tisse entre la mère et le fils qui s’ignore.
Saluons tous ces fêtards d’un soir funeste, en particulier, Dan Artus, Julien Gosselin, Thibault Lacroix, Nino Rocher.

Véronique Hotte

Athénée-Théâtre Louis Jouvet jusqu’au 19 octobre, relâche lundi et dimanche, matinée le 13 octobre à 16h.


Archive pour 7 octobre, 2013

Lucrèce Borgia

Lucrèce Borgia de Victor Hugo, mise en scène de Lucie Berelowitsch.

Lucrèce Borgia redim_proportionnel_photo-5Qu’il ait une mission politique, sociale ou humaine, le poète hugolien a toujours charge d’âmes. S’il souligne la beauté et la laideur moralement emmêlées chez ses héros de théâtre, la vertu reste la seule référence possible comme projet existentiel. Partant à la conquête scénique de cet idéal romantique, Lucie Berelowitsch met en scène Lucrèce Borgia avec une troupe de jeunes comédiens déjà aguerris qui entourent prestement de bruit et de fureur la pudique Marina Hands, pleine de flamme dans le rôle éponyme.
Une brigade de jeunes gens roués,  avec  un esprit de troupe, maladroite et brouillonne dans ses excès mais très convaincante. Il y a de quoi faire, le chaos élaboré sur scène montre: « Le cercueil dans la salle de banquet, la prière des morts à travers les refrains de l’orgie, la cagoule du bourreau à côté du masque de fête » ( Préface, 1833).
Le grotesque et le sublime se confrontent ici, et cette leçon didactique qui pourrait être issue de la Préface de Cromwell (1827). Une vie vertigineuse frôle une mort longuement préparée et subitement donnée. Avec une griffe cinéma, identifiable dans les mouvements et scènes chorégraphiées, les gros plans sur tel personnage exclu, ou bien aux aguets.
Parmi les fêtes effervescentes, bat le cœur d’une caverne platonicienne habitée d’ombres éphémères, un clair-obscur pictural de verdure entre rêve et cauchemar. La mise en scène, attentive à la noirceur du drame, varie de la nuit étoilée à des fonds bourbeux, de l’or des masques vénitiens à des faciès macabres.
Avec, en parfum d’ambiance, les vapeurs de flacons de poison qui diffusent çà et là l’accent d’une esthétique gothique. Une verrière de métallos en guise de façade de palais, rehaussées de barres de fer élevées propices aux apparitions menaçantes. des comédiens sur des échafaudages tubulaires qu’ils escaladent sans fin, depuis des fenêtres d’appartements devinées, dont les hauteurs plongent dans les paysages lointains de la campagne de Ferrare.
Quelques lustres de cristal et des lumières scintillantes de carnaval éclairent ces jeunes compagnons d’armes à la vie houleuse, face au pouvoir arbitraire, tous victimes familiales des Borgia et  qui n’aspirent qu’à se venger  des tyrans.
Le jeune Gennaro accompagne fraternellement Maffio dans ce désir vindicatif. Gennaro est un orphelin rêvant d’une mère inconnue, et on le croyait exclu de l’histoire des Borgia  mais s’il est porteur d’une lourde fatalité héréditaire, il ignore sa filiation directe avec l’ennemie de tous, Lucrèce-dépravée et criminelle-et le propre frère de celle-ci. Une figure maternelle avilie dont le père est le pape Alexandre VI.
« Prenez, dit Victor Hugo, la difformité morale la plus hideuse… dans le cœur d’une femme, avec toutes les conditions de beauté physique et de grandeur royale, qui donnent de la saillie au crime (…) Mêlez à toute cette difformité morale… le sentiment maternel … le monstre fera pleurer… »
Marina Hands a le cran souhaité-vivacité verbale et répartie gestuelle-pour se battre politiquement et physiquement contre ses adversaires virils. Elle sait aussi s’abandonner à la tendresse. Mais Gubbetta, le traître vendu aux basses œuvres, manipule des deux côtés les ennemis. À côté d’une fresque éclairée à la Delacroix de corps dénudés et sans vie, une tension infinie se tisse entre la mère et le fils qui s’ignore.
Saluons tous ces fêtards d’un soir funeste, en particulier, Dan Artus, Julien Gosselin, Thibault Lacroix, Nino Rocher.

Véronique Hotte

Athénée-Théâtre Louis Jouvet jusqu’au 19 octobre, relâche lundi et dimanche, matinée le 13 octobre à 16h.

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