Les Francophonies ont trente ans

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Les Francophonies ont trente ans: Les textes à la fête

Quand on consulte les programme du festival au fil des ans, on est frappé par la place qu’y prennent les auteurs. Aussi, pour sa 30ème édition, on  a choisi, plutôt que la commémoration, de mettre en lumière l’écriture théâtrale au présent en invitant des collectifs d’auteurs à concocter des interventions sur mesure.
Nous sommes vivants ! 
: Suisse, Moziki littéraire : République Démocratique du Congo ; Le Jamais Lu : Québec-Canada ont inauguré le cycle par une soirée commune :  La Soirée des manifestes. Un grand happening de textes et de musiques sous la houlette de Marcelle Dubois (de Montréal).

Pas triste non plus:
Kin Kiesse ! (On va s’écouter et bien vivre), kermesse littéraire, inventée pour recréer l’ambiance de Kinshasa. Marie-Louise Bibish Mumbu, Fiston Nasser Mwanza et Papy Maurice Mbwiti nous convient à une parcours croisé « dans une ville qu’on aime, une ville qu’on quitte », Kinshasa, « chaos, poussière et sensualité », « centre mondial du viol et de la torture », dit Bibish, dans un émouvant discours adressé, depuis le Québec, aux femmes de son pays natal qu’elle veut «négresses insoumises, femmes fortes et debout ».
Relayée par Fiston clamant en une prose rageuse et éruptive la solitude et la «nostalgie du fleuve scolopendre» ; un grand moment de poésie (
Le fleuve dans le ventre, édition Thanhäuser). Même sens de la formule dans la Lettre à Léopold ll de Papy : «La faim est devenue une saison au même titre que le printemps.»
Chacun à sa façon les trois compères sont taraudés par des questions comme : comment résister à la peur ? Rester ou partir de Kin, où se déroule une parodie d’élection avec 1800 candidats. Le montage photo des affiches projeté en musique est à la fois drôle et glaçant. Il clôt un spectacle un peu décousu mais non moins émouvant.
D’autres préoccupations agitent les auteurs
de Montréal. Dans Jusqu’où te mèneras ta langue ? Douze auteurs dramatiques québécois de la nouvelle génération ont été soumis à une batterie de questions de tout poil (qu’est-ce que la beauté ?  Le diable ? La plus grosse obscénité ?… afin de composer, le temps d’une soirée, un portrait impressionniste de l’air du temps montréalais.
Le printemps érable résonne encore dans leurs questionnements, ainsi que l’identité québécoise et le rapport avec «les cousins» français.
Sarah Berthiaume (dont on a pu voir à Paris Yukonstyle au théâtre de la Colline la saison dernière) se lance dans une critique truculente des clichés que les Français se font des Québécois et inversement. En écho, Dany Boudreault raconte comment il a été «un enfant folklorique». La colère résonne sous la plume d’Emmanuelle Jimenez contre le capitalisme triomphant symbolisé notamment par le pipeline de gaz bitumineux.
Martin Faucher a vu grand mais un peu long en mettant ce mélange pourtant savoureux de textes polémiques, politiques et poétiques avec les auteurs-comédiens et deux musiciens.

Pour célébrer l’écriture, les lycéens sont de la partie :
Le prix Sony Labou Tansi des lycéens fête, lui, son 10ème anniversaire. Plus de 800 lycéens de France, de Belgique, d’Algérie et du Togo se sont penchés sur six pièces de théâtre avant de décerner le Prix 2013 à Jean-Marie Piemme (Belgique) pour Dialogue d’un maître avec son chien sur la nécessité de mordre ses amis (Editions Acte Sud-papiers)
Devant la salle comble du théâtre de l’Union, une dizaine de lycéens, affublés de nez de clown, ont donné lecture d’un savoureux dialogue entre un portier d’hôtel vivant dans une caravane et un chien errant à la fois érudit et pétri de bon sens. Les lycéens ont été sensibles au caractère hautement politique de la pièce qui dénonce avec humour et sans grand discours ni complaisance la cruauté du monde. « Malgré la différence d’âge, dit l’auteur qui écrit du théâtre depuis 1986, on a des choses en commun ; on partage une certain nombre de valeurs

D’autres pays sont représentés :
Haïti -qui était à l’honneur lors de ce festival avec des spectacles et des débats-Guy Régis Junior est l’auteur d’un vaste poème dramatique saisissant, Mourir tendre (Les Solitaires intempestifs) dont Anne Alvaro a su donner un condensé incandescent. Puisse de cette rencontre éclore un projet théâtral !
Autre continent, autre style : avec
Intimité Data Storage(Les Solitaires intempestifs), Antoinette Rychner reçoit le prix de la dramaturgie Francophone de la SACD. La jeune Suissesse explore, avec humour et minutie, les nouvelles intimités qui découlent des technologies modernes : Lisa découvre une autre Lisa dans la mémoire reptilienne du téléphone de Frank, son amant.

 Les écritures en scène

Crabe rouge, texte et mise en scène de  Julien Bissilia

Tandis que la télévision retransmet le procès des responsables des « disparus du Beach », un millier de réfugiés massacrés lors de leur retour de Kinshasa à Brazzaville en 1999, l’auteur anime une sorte de revue dans un bar sordide au bord du fleuve Congo. Y évoluent Bibiche, chanteuse, le « colonel » Dolpic, le tenancier Bayouss et l’ex enfant-soldat Marley… Dans un bric-à-brac de caisses de bière, entre les coupures d’électricité à répétition et malgré la nouvelle loi «amovible» imposée par le « démocratie tropicale », qui interdit la consommation de bière durant le procès, ces personnages de cabaret exhibent leurs blessures et leur rage de vivre.
«Comment raconter ce que nous avons vécu, l’horreur sans pathos ? comment faire notre propre devoir de mémoire, rendre justice à nos disparus tout en gardant l’élan vital de notre jeunesse, l’insouciance et la joie qu’on confère à nos âges ?» écrit l’auteur qui nous livre un spectacle plein de bruit et de fureur mais qui est loin d’avoir trouvé ses marques.

 Et si je les tuais tous,  madame? , texte et mise en scène Aristide Tarnagda

« Qu’auriez vous fait madame, si l’espoir n’était qu’absence ? » Ainsi s’adresse Lamine à une dame arrêtée au feu rouge (le public), à laquelle il va faire entendre ses interrogations. Il lui (nous) déverse un flot de mots, revit son enfance, ses amours, évoque sa femme et l’enfant à naître laissés au pays. L’urgence des questions que porte le comédien dans son monologue est soutenue par un dialogue avec trois musiciens. Musique traditionnelle, rap et pluralité des voix donnent de l’ampleur, de l’espace et du souffle à une parole chorale et chorégraphiée dans une mise en scène très maîtrisée,.

 Spectacle à revoir au Tarmac du 4 au 14 mars 2014

Mireille Davidovici

 


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