Aragon

Aragon, ce livre ouvert, textes de Louis Aragon, adaptation d’Alain Paris, musique de Stéphane Puc.

Au bout d’un parcours labyrinthique, on se trouve,  face à un Aragon que l’on connaît peu, Aragon le bâtard. Il a raconté, non sans humour ni sans quelque amertume, la légende de son enfance : sa mère se faisait passer pour sa sœur, lui-même pour le fils adoptif de sa grand-mère, son père, sans le « reconnaître », ne lui a révélé son nom qu’au moment de son départ pour la guerre. Sa tombe devait afficher son identité… Pas étonnant, après cela, qu’il se soit choisi un nom de prince et qu’il ait réinventé l’amour…

Alain Paris glisse avec une grande maîtrise de la prose autobiographique à la poésie et de la  poésie à la chanson. Le style précisément bâtard d’Aragon permet ces glissements : haute langue et popularité, avec un mot canaille de temps en temps. Le rythme de la phrase balance l’alexandrin, qui scande de ses hémistiches la grande chanson à la française. On reconnaît la noble grandiloquence de Léo Ferré dans le poème de la grande guerre  « Tu n’en reviendras pas, toi qui courais les filles, jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu quand j’ai déchiré ta chemise… ». Le décasyllabe de la poésie courtoise chante dans le poème d’amour: «Il n’aurait fallu, qu’un moment de plus, pour que la mort vienne »…

Alain Paris a une belle voix, ample et nuancée, presque trop grande parfois pour cette salle (qui n’est pas si petite) et il nous fait la grâce de chanter sans micro. Enfin une voix naturelle, libre, sans les parasites et les souffles du son électrifié ! … Stéphane Puc, à l’accordéon, donne un beau coup de neuf aux mélodies de Ferrat et Ferré, et apporte ainsi  une touche supplémentaire d’élégance au spectacle.

 

Christine Friedel

Théâtre de Ménilmontant, 01 46 36 98 60, jusqu’au 27 octobre.


Archive pour 11 octobre, 2013

Please, continue (Hamlet) (Montreuil)

Please, continue (Hamlet)  de Roger Bernat et Yan duyvendak.

L a salle Jean Pierre Vernant est transformée en cour d’assises.  Avec  des professionnels de la justice, des acteurs et du public.Le fait de départ est le meurtre d’un homme par l’ex-petit ami de sa fille pendant une nuit de mariage. Bien sûr, le jeune meurtrier c’est Hamlet, L’accusation c’est Ophélie et le témoin,  c’est Gertrude, mère d’Hamlet. Le drame a lieu pendant la fête de (re)mariage de Gertrude avec Claudius et le cadavre,  c’est Polonius, père d’Ophélie.
Trois acteurs sur le plateau pour incarner Hamlet, Ophélie et Gertrude, « matérialisés » par un tee-shirt jaune, enfilé par dessus leur vêtement  avec le nom de leur personnage  suivi de celui de son nom à lui ou elle entre parenthèses.
Les professionnels de justice qui se prêtent à ce jeu sont différents chaque soir. Ils n’ont pas répété, n’ont seulement reçu qu’un dossier d’instruction qui passe dans le public. Ici, les metteurs en scène ont tout fait pour que nous soyons plongés dans un procès aussi réaliste que possible, comme il aurait pu avoir  lieu si l’action datait de nos jours. Il y a d’ailleurs beaucoup d’actualisations qui enfoncent le clou : Hamlet est un  jeune homme mou, ayant arrêté l’école très jeune, consommant drogue et alcool de temps en temps (« à l’apéro quoi » comme il le dit).
Il  porte une arme sans autorisation parce que son quartier « craint un peu », et  pendant la fête du mariage où tout le monde boit beaucoup, il fait une « espèce de spectacle », un « sketch qui a mal tourné ». Puis Hamlet va discuter avec sa mère pour lui dire une fois de plus tout le mal qu’il pense de son union avec Claudius,  mais Polonius, voulant connaître les vraies raisons du malaise d’Hamlet se cache derrière un rideau pour espionner.
Malgré la complicité de Gertrude et Polonius, au premier mouvement de ce dernier derrière le rideau,  Hamlet plante son couteau dans  l’étoffe , tuant ainsi le père d’Ophélie,  croyant « planter un rat ». Le procès  décline ensuite les différentes auditions qui ont lieu après la découverte du corps. Le langage est moderne,  Ophélie,  partie civile, parle de pute, cite Hamlet lui disant qu’elle n’a plus qu’a se marier avec un
« blédard ». Bref, c’est un peu too much …!
L’intervention de l’expert psychiatre -criminologue est assez éclairante sur la psychologie d’un personnage comme Hamlet:  il est question « d’intoxication alcoolique »,  de « discernement entravé mais pas aboli », du caractère « passif dépendant » du fils de Gertrude. On tient là un moment de la pièce important et assez unique, ou comment, par le prisme de l’analyse psychiatrique et criminelle, on va dresser un portrait froid et clinique du plus grand héros du théâtre.
Là encore, pour faire moderne, on apprend qu’Hamlet consommait des anxiolytiques et des antidépresseurs  (dont la prise combinée annule les bienfaits de l’un et de l’autre, souligne l’expert !)
Deux autres moments de théâtre:  les plaidoiries des deux avocats, dont l’un annonce avec malice « on est à la cour d’assise ici et  est pas ailleurs ».  Puis huit  personnes sont tirées au sort sur la liste de réservation pour être juré,  et vont aller  délibérer. Filmés sans son pendant un entracte de 20 minutes. Le spectacle se termine sèchement sur l’énoncé du verdict, les comédiens ne saluent pas vraiment et les applaudissements sont plutôt maigres.
Au-delà de l’intention louable et malgré les 2h30 que dure le spectacle, c’est bien trop court pour que nous soyons véritablement plongés dans une ambiance judiciaire comme c’est l’objectif de départ. Un procès d’assises,  c’est toujours à un moment où un autre, et assez  effroyable, l’énoncé brut des faits, l’émotion des témoins et victimes, la froideur des pièces à conviction, les attaques menées d’avocat à avocat… Ici tout va trop vite, l’affaire est effleurée, on s’attarde sur la présence des rats, et sur la dératisation effectuée quelques mois plus tôt..
On est donc jamais dans l’émotion, quelque chose fait qu’on sait toujours qu’on est au théâtre et que, pour une fois, cela nous rassure.
 Rendre actuels l’histoire et les personnages fait sombrer le spectacle dans une simplification à outrance et des comédiens professionnels qui sont  ceux du plateau qui « jouent » le moins ! Hamlet est complètement amorphe et répond tout juste aux questions,  aucune trace de révolte ne brille dans ses yeux.
Au delà de la fausse bonne idée,  et pas nouvelle, l’alchimie n’a malheureusement pas lieu, ni pour célébrer le mythe shakespearien, ni pour montrer le métier de la justice se faire, mettant d’ailleurs les professionnels de la dite justice un peu en difficulté,  soumis qu’ils sont, pour chacune de leurs interventions, à  un temps imposé. On a l’impression à l’issue du spectacle  que tout le monde s’est bien amusé. Mais pas plus…

Julien Barsan

Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 19 octobre.

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Festival mondial de Charleville-Mézières

17ème Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes Charleville-Mézières(suite et fin).

Avec une centaine de spectacles à l’affiche du in, une vingtaine de spectacles de rue, et  un nombre exponentiel de compagnies (impossible à  chiffrer) dans le off, et à présent l’apparition d’un off du off, sans compter les expositions,  rencontres,  le cinq à sept   de  Pulchinella… les festivaliers  ont de quoi faire, voir et entendre… Courant dans tous les sens, plan de la ville à la main.
Les habitants sont mis à contribution pour les héberger (l’infrastructure hôtelière reste insuffisante)  et les renseignent. Vendeurs de gaufres, frites, crêpes et même huîtres… ne chôment pas ! Pas snob du tout ce festival…
Mais cela n’empêche pas-au contraire -le professionnalisme de la programmation, loin des clichés,  et qui  offre un large éventail de formes qui font exploser les frontières entre les arts. Le thème de cette 17 ème édition: celui du passage entre  les générations, les expériences artistiques, les cultures…

Le Chant du Bouc par la compagnie À.

Festival mondial de Charleville-Mézières aThéâtre d’objets, sans parole, cette histoire de bouc émissaire  finit mal évidemment. A droite « la parfaite ménagère » (remarquable Dorothée Saysombat) avec sa maison « Sam – Suffit » en rose, sa petite auto, son petit chien- chien…,  la tondeuse à gazon et la musique du bonheur des  années 50 / 60.
A gauche,  le « parfait homme d’affaires » avec le même attirail en …bleu. Dans deux  espaces placés sur deux tables – guéridon à roulettes. Tout va bien… jusque là,  même les chiens sympathisent…Puis arrive un troisième larron pas-du-tout-du-même-style : caravane sans couleur, bicyclette, et une vache sur un troisième espace à roulettes.
  Une mise à mort  annoncée. Comme dans un film de Fassbinder: mêmes thèmes, mêmes musiques et  même ambiance délétère des années 50 mais il s’agit ici d’un drame réduit à une simplicité confondante: tout se joue sur trois tables, avec des éléments style Lego et des comédiens formidables.

La Pluie d’été de Marguerite Duras,  atelier-spectacle dirigé par Sylvain Maurice, avec la deuxième promotion de l’École supérieure des arts de la marionnette.

Sylvain Maurice a le sens de la marionnette;  avec  Les Sorcières, il entrait, de façon magistrale, dans cette forme artistique que peu de metteurs en scène de théâtre osent aborder pour en faire un moyen d’expression à part entière.
Avec ces élèves (des filles et un seul garçon), il a fait en sorte qu’ils  incarnent tour à tour,  un des points de vue du principal personnage, Ernesto. Tout se passe à Vitry-sur-Seine, dans  une famille un peu hors limites représentée par de toutes petites marionnettes  mais dont  la tête est celle des  comédiens, et dont les jambes et bras sont  animés par les doigts des manipulateurs.
L’ensemble donne un beau spectacle, frais, un peu éloigné du texte de Marguerite Duras, plus sombre, et  disons, plus sociologique mais se libérer des textes peut, comme ici , être positif.

bobFin de série  par le BOB Théâtre

Incroyable performance d’un acteur, seul en scène avec une bande-son parfaite et une musique connue :  celle des films de James Bond  des années 60 là aussi. Lui : Denis Athimon  n’a qu’une table, une chaise et un drapeau américain pour seuls accessoires. L’autre:  une bande-son remarquable de François Athimon.
Lui ne veut plus jouer au héros : il a peur, il a des chagrins d’amour comme tout le monde et en a assez d’accomplir  des missions impossibles, entre hôtels de luxe et  inévitables courses poursuites. L’autre multiplie les provocations à force de coups de poings sonores. James Bond terminera KO.
Une belle démystification d’un héros  mythique…

Mireille Sibernagl

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