Festival mondial de Charleville-Mézières
17ème Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes Charleville-Mézières(suite et fin).
Avec une centaine de spectacles à l’affiche du in, une vingtaine de spectacles de rue, et un nombre exponentiel de compagnies (impossible à chiffrer) dans le off, et à présent l’apparition d’un off du off, sans compter les expositions, rencontres, le cinq à sept de Pulchinella… les festivaliers ont de quoi faire, voir et entendre… Courant dans tous les sens, plan de la ville à la main.
Les habitants sont mis à contribution pour les héberger (l’infrastructure hôtelière reste insuffisante) et les renseignent. Vendeurs de gaufres, frites, crêpes et même huîtres… ne chôment pas ! Pas snob du tout ce festival… Mais cela n’empêche pas-au contraire -le professionnalisme de la programmation, loin des clichés, et qui offre un large éventail de formes qui font exploser les frontières entre les arts. Le thème de cette 17 ème édition: celui du passage entre les générations, les expériences artistiques, les cultures…
Le Chant du Bouc par la compagnie À.
Théâtre d’objets, sans parole, cette histoire de bouc émissaire finit mal évidemment. A droite « la parfaite ménagère » (remarquable Dorothée Saysombat) avec sa maison « Sam – Suffit » en rose, sa petite auto, son petit chien- chien…, la tondeuse à gazon et la musique du bonheur des années 50 / 60.
A gauche, le « parfait homme d’affaires » avec le même attirail en …bleu. Dans deux espaces placés sur deux tables – guéridon à roulettes. Tout va bien… jusque là, même les chiens sympathisent…Puis arrive un troisième larron pas-du-tout-du-même-style : caravane sans couleur, bicyclette, et une vache sur un troisième espace à roulettes.
Une mise à mort annoncée. Comme dans un film de Fassbinder: mêmes thèmes, mêmes musiques et même ambiance délétère des années 50 mais il s’agit ici d’un drame réduit à une simplicité confondante: tout se joue sur trois tables, avec des éléments style Lego et des comédiens formidables.
La Pluie d’été de Marguerite Duras, atelier-spectacle dirigé par Sylvain Maurice, avec la deuxième promotion de l’École supérieure des arts de la marionnette.
Sylvain Maurice a le sens de la marionnette; avec Les Sorcières, il entrait, de façon magistrale, dans cette forme artistique que peu de metteurs en scène de théâtre osent aborder pour en faire un moyen d’expression à part entière.
Avec ces élèves (des filles et un seul garçon), il a fait en sorte qu’ils incarnent tour à tour, un des points de vue du principal personnage, Ernesto. Tout se passe à Vitry-sur-Seine, dans une famille un peu hors limites représentée par de toutes petites marionnettes mais dont la tête est celle des comédiens, et dont les jambes et bras sont animés par les doigts des manipulateurs.
L’ensemble donne un beau spectacle, frais, un peu éloigné du texte de Marguerite Duras, plus sombre, et disons, plus sociologique mais se libérer des textes peut, comme ici , être positif.
Fin de série par le BOB Théâtre
Incroyable performance d’un acteur, seul en scène avec une bande-son parfaite et une musique connue : celle des films de James Bond des années 60 là aussi. Lui : Denis Athimon n’a qu’une table, une chaise et un drapeau américain pour seuls accessoires. L’autre: une bande-son remarquable de François Athimon.
Lui ne veut plus jouer au héros : il a peur, il a des chagrins d’amour comme tout le monde et en a assez d’accomplir des missions impossibles, entre hôtels de luxe et inévitables courses poursuites. L’autre multiplie les provocations à force de coups de poings sonores. James Bond terminera KO.
Une belle démystification d’un héros mythique…
Mireille Sibernagl
