Please, continue (Hamlet) (Montreuil)

Please, continue (Hamlet)  de Roger Bernat et Yan duyvendak.

L a salle Jean Pierre Vernant est transformée en cour d’assises.  Avec  des professionnels de la justice, des acteurs et du public.Le fait de départ est le meurtre d’un homme par l’ex-petit ami de sa fille pendant une nuit de mariage. Bien sûr, le jeune meurtrier c’est Hamlet, L’accusation c’est Ophélie et le témoin,  c’est Gertrude, mère d’Hamlet. Le drame a lieu pendant la fête de (re)mariage de Gertrude avec Claudius et le cadavre,  c’est Polonius, père d’Ophélie.
Trois acteurs sur le plateau pour incarner Hamlet, Ophélie et Gertrude, « matérialisés » par un tee-shirt jaune, enfilé par dessus leur vêtement  avec le nom de leur personnage  suivi de celui de son nom à lui ou elle entre parenthèses.
Les professionnels de justice qui se prêtent à ce jeu sont différents chaque soir. Ils n’ont pas répété, n’ont seulement reçu qu’un dossier d’instruction qui passe dans le public. Ici, les metteurs en scène ont tout fait pour que nous soyons plongés dans un procès aussi réaliste que possible, comme il aurait pu avoir  lieu si l’action datait de nos jours. Il y a d’ailleurs beaucoup d’actualisations qui enfoncent le clou : Hamlet est un  jeune homme mou, ayant arrêté l’école très jeune, consommant drogue et alcool de temps en temps (« à l’apéro quoi » comme il le dit).
Il  porte une arme sans autorisation parce que son quartier « craint un peu », et  pendant la fête du mariage où tout le monde boit beaucoup, il fait une « espèce de spectacle », un « sketch qui a mal tourné ». Puis Hamlet va discuter avec sa mère pour lui dire une fois de plus tout le mal qu’il pense de son union avec Claudius,  mais Polonius, voulant connaître les vraies raisons du malaise d’Hamlet se cache derrière un rideau pour espionner.
Malgré la complicité de Gertrude et Polonius, au premier mouvement de ce dernier derrière le rideau,  Hamlet plante son couteau dans  l’étoffe , tuant ainsi le père d’Ophélie,  croyant « planter un rat ». Le procès  décline ensuite les différentes auditions qui ont lieu après la découverte du corps. Le langage est moderne,  Ophélie,  partie civile, parle de pute, cite Hamlet lui disant qu’elle n’a plus qu’a se marier avec un
« blédard ». Bref, c’est un peu too much …!
L’intervention de l’expert psychiatre -criminologue est assez éclairante sur la psychologie d’un personnage comme Hamlet:  il est question « d’intoxication alcoolique »,  de « discernement entravé mais pas aboli », du caractère « passif dépendant » du fils de Gertrude. On tient là un moment de la pièce important et assez unique, ou comment, par le prisme de l’analyse psychiatrique et criminelle, on va dresser un portrait froid et clinique du plus grand héros du théâtre.
Là encore, pour faire moderne, on apprend qu’Hamlet consommait des anxiolytiques et des antidépresseurs  (dont la prise combinée annule les bienfaits de l’un et de l’autre, souligne l’expert !)
Deux autres moments de théâtre:  les plaidoiries des deux avocats, dont l’un annonce avec malice « on est à la cour d’assise ici et  est pas ailleurs ».  Puis huit  personnes sont tirées au sort sur la liste de réservation pour être juré,  et vont aller  délibérer. Filmés sans son pendant un entracte de 20 minutes. Le spectacle se termine sèchement sur l’énoncé du verdict, les comédiens ne saluent pas vraiment et les applaudissements sont plutôt maigres.
Au-delà de l’intention louable et malgré les 2h30 que dure le spectacle, c’est bien trop court pour que nous soyons véritablement plongés dans une ambiance judiciaire comme c’est l’objectif de départ. Un procès d’assises,  c’est toujours à un moment où un autre, et assez  effroyable, l’énoncé brut des faits, l’émotion des témoins et victimes, la froideur des pièces à conviction, les attaques menées d’avocat à avocat… Ici tout va trop vite, l’affaire est effleurée, on s’attarde sur la présence des rats, et sur la dératisation effectuée quelques mois plus tôt..
On est donc jamais dans l’émotion, quelque chose fait qu’on sait toujours qu’on est au théâtre et que, pour une fois, cela nous rassure.
 Rendre actuels l’histoire et les personnages fait sombrer le spectacle dans une simplification à outrance et des comédiens professionnels qui sont  ceux du plateau qui « jouent » le moins ! Hamlet est complètement amorphe et répond tout juste aux questions,  aucune trace de révolte ne brille dans ses yeux.
Au delà de la fausse bonne idée,  et pas nouvelle, l’alchimie n’a malheureusement pas lieu, ni pour célébrer le mythe shakespearien, ni pour montrer le métier de la justice se faire, mettant d’ailleurs les professionnels de la dite justice un peu en difficulté,  soumis qu’ils sont, pour chacune de leurs interventions, à  un temps imposé. On a l’impression à l’issue du spectacle  que tout le monde s’est bien amusé. Mais pas plus…

Julien Barsan

Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 19 octobre.

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