Le plus heureux des trois

 Le plus heureux des trois d’Eugène Labiche et Edmond Gondinet,   mise en scène de  Didier Long.

 

Le plus heureux des trois piecegalerie.1192.thumb_Un cerf aux cornes imposantes trône sur la cheminée du salon et abrite un coucou offert au cocu par l’amant  qui est, par ailleurs, et ce n’est pas incompatible, son meilleur ami. C’est là que les infidèles cachent leur correspondance secrète qui  engendrera tous les quiproquos  de la pièce, alors que s’entremêlent les intrigues amoureuses.
La femme et l’amant trompent le mari; l’amant trompe sa maîtresse; le mari trompe sa femme avec la femme du domestique qui a trompé son mari avec l’amant; l’oncle de l’amant a trompé le mari avec la première femme de ce dernier; le domestique trompé trompe ses maîtres, etc…
Labiche conjugue au pluriel le fameux trio-chacun des huit personnages trompant les autres, au vu et au su du spectateur… spirale infernale développée à l’infini, de cocufiages posthumes à ceux encore dans l’œuf. La mécanique du rire est toujours maîtrisée et  savamment dosée dans cette œuvre écrite en 1870, quelque vingt ans après Le Chapeau de paille d’Italie,  et dix ans après Le Voyage de Monsieur Perrichon.
La mise en scène, tout en respectant la folie débridée de la pièce, ne force pas la caricature et les acteurs ont peaufiné leur personnage. Arthur Jugnot campe un amant enthousiaste,  Jean Benguigui compose un mari retors et cynique sous des airs de fausse naïveté face la femme adultère, Constance Dollé, parfaite écervelée.
Dans un décor élégant et astucieux qui se déglingue à mesure que l’action se précipite et qui  permet aux entrées et sorties incessantes une fluidité naturelle. Sous les rebondissements et les calembours en cascade, pointe une certaine gravité: les bourgeois balourds et hypocrites que le dramaturge prend plaisir à épingler n’en sont pas moins humains et assaillis de doutes; les domestiques, qui contribuent pour une bonne part aux intrigues, bien que caricaturés, ont aussi leur complexité.
La servante peu accorte fait chanter sa maîtresse et joue les voyeuses  et le couple de domestiques alsaciens,  affublés d’un accent à couper au couteau, n’est pas en reste. C’est une  vision bien noire de la société basée sur le faux-semblant, le mensonge, y compris  ceux qu’on se fait à soi-même.
Au sein de cette constellation de triangles amoureux, quel est le plus heureux des trois? Aucun, dirons-nous. Mais le public est séduit par une mise en scène sobre qui laisse entendre la virtuosité du texte.

  

Mireille Davidovici

 

Théâtre Hébertot  Paris  T: 01 43 26 20 22


Archive pour 12 octobre, 2013

Roméo et Juliette, Omar Porras

Roméo et Juliette de Shakespeare, adaptation, scénographie et mise en scène d’Omar Porras,  spectacle en japonais et en français.

Omar Porras, nous l’avions découvert  avec La Visite de la vieille dame de Durenmatt en 94. Il a maintenant à son actif de nombreux spectacles,  dont Noces de sang de Lorca,  Maître Puntila et son valet Matti  de Brecht,  L’Éveil du printemps de Wedekind etc… mais son Roméo et Juliette conçu après plusieurs années de travail au Japon est vraiment  remarquable !
  Le spectacle a été conçu et élaboré avec dix acteurs-huit japonais et  deux français-dans une scénographie épurée d’Omar Porras:  un cercle de poteaux de bois avec, au centre,  un panneau transparent. C’est  la chambre de Juliette qui s’ouvre pour laisser passer le souverain prostré sous une épaisse chevelure. Soutenu par les percussions d’Alessandro Ratocci, ce Roméo et Juliette nous tient en haleine,  et on ne décroche pas  une seconde.
Il y a une très grande force vitale, avec des tableaux grotesques inspirés du bunraku et du kabuki japonais et interprétés par des travestis joyeux. Les costumes orientaux, la musique, l’énergie hors pair de cette troupe, nous emportent dans l’univers de Shakespeare comme jamais.

Edith Rappoport

Théâtre 71 de Malakoff jusqu’au 19 octobre, mardi, vendredi à 20 h 30, mercredi, jeudi, samedi à 19 h 30, dimanche à 16 h T 01 55 48 91 00,  et en tournée, jusqu’au 19 décembre.

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