Une Sacrée Boucherie

Une Sacrée Boucherie, écriture d’Emmanuelle Laborit et Pierre-Yves Chapalain, mise en scène de Philippe Carbonneaux.

Une Sacrée Boucherie une_sacree_boucherie_sylvie_badie_levet_7Emmanuelle Laborit, directrice de l’IVT – International Visual Theatre – et première comédienne sourde à avoir reçu un Molière, a co-écrit avec l’auteur et comédien Pierre-Yves Chapalain Une Sacrée Boucherie, au titre métaphorique, le constat de notre triste monde tel qu’il est.
C’est une sorte d’ hommage au Grand-Guignol, à l’endroit historique des locaux de l’ancien Théâtre du Grand-Guignol au fond de la Cité Chaptal non loin de la rue Blanche – où les spectateurs du début du XX ème siècle, viveurs et amateurs de sensations fortes, se retrouvaient, accompagnés de leur maîtresse, pour assister à des créations frappées du sceau des trois S : Sang – Sueur – Sperme.
Les mêmes sensations, devenues banales peut-être en ces lieux de plaisirs, sont à l’œuvre dans Une Sacrée Boucherie, la dernière création de l’IVT qui raconte la cruauté animale de notre monde.
Victor, un enfant adopté, devenu boucher comme ses parents, vient d’être licencié d’une grande usine de production pour raisons économiques, et revient dans le giron natal pour prendre la succession de l’entreprise familiale, son père ayant quelques problèmes avec sa mémoire… Mais Victor est frère de triplés: deux filles et un garçon, enfants biologiques de ses parents et  nés après qu’il ait été adopté. Ces derniers d’ailleurs, apprend-on par la mère, sont frappés du sceau d’une malédiction… Toutes les vaches du village ont avorté le jour de leur  naissance!
Beau programme pour la cabane à cochons située non loin de la boutique ! Le père et le fils adopté sont proches et rivalisent pour le concours mondial du meilleur imitateur de cochon. Tous-parents et enfants-sont bouchers de formation et aident au commerce, mais chacun des trois enfants ont tous une particularité, ils ont des projets intellectuels ou artistiques, ce que Victor, lui, n’a pas.
Une Sacrée Boucherie
ne fait guère de différence entre le rêve et la réalité, l’angoisse et le cauchemar, l’enfer et le paradis, les sentiments qu’on voudrait inspirer et la haine provoquée en échange. Sur la scène, trône un comptoir de boucher, un établi d’ouvrier de la viande avec son piano de petits et grands couteaux, un jeu en sommeil d’armes blanches à venir dont les apprentis ne cessent de se saisir.
Les tabliers blancs bientôt maculés rouge sang se frottent aux côtes et côtelettes, aux morceaux de viande fraîche vermillon, aux os blancs et aux carcasses, restes de bête anéantie préparée pour la clientèle. Le bruit des couteaux qu’on aiguise devient vite infernal : « La viande vaut de l’or quand elle passe entre mes mains », dit le fils aîné. Servie par une double écriture-visuelle et verbale-et destinée aussi bien à un public sourd qu’à un public entendant, Une Sacrée boucherie s’inspire du Grand Guignol et met en scène la disparition de la différence entre l’homme et l’animal: cruauté, cris, essoufflements et assouvissement incontrôlé des instincts les plus triviaux; toute chair est à abattre.
Les acteurs, Emmanuelle Laborit, Simon Attia, Anne-Marie Bisaro, Jean-Philippe Labadie, Chantal Liennel et Bachir Saïfi,  jouent à n’en plus finir les variations d’un oratorio du malheur, engagés tragi-comiquement sur la scène et méditant plus tard dans leur for intérieur. Précis et imperméables à toute raison quand la folie les prend. Un retour du Grand-Guignol, plein de verve et de joie de vivre, par-delà la monstruosité humaine, et c’est peu dire… Cris et chuchotements.

Véronique Hotte

  IVT – International Visual Theatre, 7 cité Chaptal 75009 Paris. Tél : 01 53 16 18 18

 


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