Fin de série

Fin de série, spectacle de Zazie Delem, Alain Booon et Jean-Claude Cotillard, mise en scène de Jean-Claude Cotillard.

 

Fin de série 477709762.2Il y a sur le plateau, une table et deux chaises, une espèce de secrétaire à abattant,  un buffet de cuisine des années 50, le tout peint, au second degré bien sûr,  dans une couleur beige aussi uniforme qu’immonde, un aquarium avec un faux poisson rouge, un panier à chat avec un faux chat et une cage à oiseau sans oiseau visible mais qui chante tout le temps et surtout un couple, l’homme et la femme, un peu handicapés par l’âge mais ne voulant pas se l’avouer.
Lui,  un peu ratatiné,
maigre et échevelé dans un pantalon trop large et elle, en savates et vieille robe de chambre, remarquable de tristesse et de laideur. A la fois terriblement vrais mais attendrissants, et caricaturaux comme tout droits sortis d’une BD.
Au début du spectacle, ils prennent leur petit déjeuner dans un silence total qui demeurera tel ou presque ensuite; elle, rigolant bien de la blague qu’elle joue à son mari, tourne vite dans son dos et
de façon perverse  l’ampoule qui pend au-dessus de la table, alors  qu’il  vient juste de la  remplacer,  et qui ne fonctionne donc plus.
Le ton est donné et tout le spectacle est muet, à part quelques mots que l’on parvient à discerner parfois.
Ils essayent tous les deux de rétrécir un temps dont ils ne savent pas quoi faire: en se chamaillant pour un rien,
ou en savourant la visite du médecin qui les bombarde d’une ordonnance interminable, puis,  revenus de la pharmacie, en rangeant chacun  une montagne de boîte de médicaments inutiles mais bien rangés et entassés dans un sac en papier pour chacun. Ils reçoivent aussi un représentant en appareils électro-ménagers qui essaye de leur vendre tout et n’importe quoi. Et le délégué d’une entreprise de pompes funèbres qui vient leur vanter différents cercueils qu’il leur présente en modèles réduits…
Quant au four à micro-ondes, il  joue des tours au vieux monsieur,  dont le pacemaker  s’affole et qui l’emmène dans une suite de mouvements saccadés. Bref, rien n’est vraiment dans l’axe dans la vie de ces deux retraités qui pourtant,  ne se plaignent pas vraiment.
C’est d’un comique très acidulé, et même parfois méchant, visiblement influencé par les spectacles de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps, notamment Les Petit pas qui mettait en scène des personnes réellement âgées, pour les gags, les costumes, la gestuelle et un langage muet, ou à peine audible, bredouillé d’où émergent quelques mots auxquels on se raccroche. C’est magnifiquement bruité, et  drôle malgré certaines longueurs. Et Zazie Delem, Alain Booon et Jean-Claude Cotillard,  sont tout à fait justes et savent ne pas en faire trop, ce qui était le danger.
Reste à corriger une mise en scène pas toujours bien solide qui a tendance à patiner et à installer les choses; il faudrait aussi revoir la dernière partie mitée par plusieurs fausses fins, et resserrer un rythme général qui a parfois tendance à s’essouffler. Et ce ne serait pas un luxe d’ajouter quelques cuillerées de folie  à un ensemble un peu trop sage.
Mais, dans un genre pas évident ces derniers temps, le comique muet, cette Fin de série,  a fait l’unanimité du public pour une fois d’âge assez différent…Ce qui est toujours bon signe.

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué au Vingtième Théâtre jusqu’au 13 octobre et sera prochainement repris. 



Archive pour 14 octobre, 2013

Fin de série

Fin de série, spectacle de Zazie Delem, Alain Booon et Jean-Claude Cotillard, mise en scène de Jean-Claude Cotillard.

 

Fin de série 477709762.2Il y a sur le plateau, une table et deux chaises, une espèce de secrétaire à abattant,  un buffet de cuisine des années 50, le tout peint, au second degré bien sûr,  dans une couleur beige aussi uniforme qu’immonde, un aquarium avec un faux poisson rouge, un panier à chat avec un faux chat et une cage à oiseau sans oiseau visible mais qui chante tout le temps et surtout un couple, l’homme et la femme, un peu handicapés par l’âge mais ne voulant pas se l’avouer.
Lui,  un peu ratatiné,
maigre et échevelé dans un pantalon trop large et elle, en savates et vieille robe de chambre, remarquable de tristesse et de laideur. A la fois terriblement vrais mais attendrissants, et caricaturaux comme tout droits sortis d’une BD.
Au début du spectacle, ils prennent leur petit déjeuner dans un silence total qui demeurera tel ou presque ensuite; elle, rigolant bien de la blague qu’elle joue à son mari, tourne vite dans son dos et
de façon perverse  l’ampoule qui pend au-dessus de la table, alors  qu’il  vient juste de la  remplacer,  et qui ne fonctionne donc plus.
Le ton est donné et tout le spectacle est muet, à part quelques mots que l’on parvient à discerner parfois.
Ils essayent tous les deux de rétrécir un temps dont ils ne savent pas quoi faire: en se chamaillant pour un rien,
ou en savourant la visite du médecin qui les bombarde d’une ordonnance interminable, puis,  revenus de la pharmacie, en rangeant chacun  une montagne de boîte de médicaments inutiles mais bien rangés et entassés dans un sac en papier pour chacun. Ils reçoivent aussi un représentant en appareils électro-ménagers qui essaye de leur vendre tout et n’importe quoi. Et le délégué d’une entreprise de pompes funèbres qui vient leur vanter différents cercueils qu’il leur présente en modèles réduits…
Quant au four à micro-ondes, il  joue des tours au vieux monsieur,  dont le pacemaker  s’affole et qui l’emmène dans une suite de mouvements saccadés. Bref, rien n’est vraiment dans l’axe dans la vie de ces deux retraités qui pourtant,  ne se plaignent pas vraiment.
C’est d’un comique très acidulé, et même parfois méchant, visiblement influencé par les spectacles de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps, notamment Les Petit pas qui mettait en scène des personnes réellement âgées, pour les gags, les costumes, la gestuelle et un langage muet, ou à peine audible, bredouillé d’où émergent quelques mots auxquels on se raccroche. C’est magnifiquement bruité, et  drôle malgré certaines longueurs. Et Zazie Delem, Alain Booon et Jean-Claude Cotillard,  sont tout à fait justes et savent ne pas en faire trop, ce qui était le danger.
Reste à corriger une mise en scène pas toujours bien solide qui a tendance à patiner et à installer les choses; il faudrait aussi revoir la dernière partie mitée par plusieurs fausses fins, et resserrer un rythme général qui a parfois tendance à s’essouffler. Et ce ne serait pas un luxe d’ajouter quelques cuillerées de folie  à un ensemble un peu trop sage.
Mais, dans un genre pas évident ces derniers temps, le comique muet, cette Fin de série,  a fait l’unanimité du public pour une fois d’âge assez différent…Ce qui est toujours bon signe.

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué au Vingtième Théâtre jusqu’au 13 octobre et sera prochainement repris. 


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